Frédéric-Casimir, né en 1650, mort en
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ment, suivirent assez vivement toute cette cavalerie turque, qui s'éloignoit avec autant de vitesse que le terrain étroit le lui pouvoit permettre. Mais ils ne les suivirent pourtant que d'aussi près qu'il le falloit pour empêcher des troupes épouvantées de regarder derrière elles et de démêler le peu de gens devant qui elles fuyoient. Ils entrèrent les premiers dans les tentes du grand vizir. Le marqm's de Yillars et le marquis de Créquy, ayant passé la nuit sur le champ de bataille, et revenant au point du jour aux équipages chercher de quoi manger, rencontrèrent le duc de Mantoue^ à pied, qui les reconnut, et vint leur demander des nouvelles.
Le butin fut immense, par la quantité d'or et d'argent qui resta, par la magnificence des armes et celle des tentes, et peut-être ne sera-t-on pas fâché de trouver ici une description de celles du grand yizir ; la voici copiée d'après une lettre du marquis de Yillars :
Il dit que, devant la grande avenue de ces tentes, étoit une espèce d'allée de cinquante pas de longueur, formée des deux côtés par deux rangs de coffres assez beaux, et en une quantité prodigieuse, posés les ans sur les autres avec beaucoup d'ordre. Les prisonniers lui dirent que c'étoit là le trésor de l'armée. Outre l'argent, il y avoit dans ces coffres les robes de distinction qui se donnent après quelque action remarquable, soit aux janissaires, soit aux autres que
i. Charles IV de Gonzague, dernier duc de Mantoue, né en 1658, dépossédé par l'empereur en 1708, et mort la mônie année. Une lettre autographe de Villars, que nous publions à l'appendice, insiste sur cette rencontre dans des termes très plaisants' et assez malTeillants pour le duc.
l'on juge les avoir méritées. Tout le gros des tentes du grand vizir étoit entouré de deux enceintes de murailles. Dans la première, faite d'une toile rouge d'environ huit pieds de haut, et séparée par des colonnes vertes de même toile, étoient un grand nombre de tentes fort belles pour les principaux officiers du grand vizir.
Une autre enceinte de murailles de toile verte, de même hauteur que la première, et séparée par des colonnes de toile rouge, enfermoit les tentes destinées pour la personne du grand vizir. D'abord, on voyoit la grande tente d'audience du grand vizir, qui présentoit un frontispice, tel que celui d'une église, soutenu par huit gros piliers brisés par le milieu, et les brisures étoient de bronze doré. Ces huit piliers soutenoient une avance de tente par laquelle on arrivoit à la grande tente d'audience soutenue par un seul mât, gros comme celui d'un médiocre navire. A l'entrée de la tente s'offroient conmie deux troncs d'arbres, avec cinq ou six branches, sur lesquelles étoient perchés les oiseaux de chasse du grand vizir. Elle étoit séparée en deux par deux grands rideaux de brocard d'or et cramoisi, relevés par les côtés. Une estrade, d'environ trois toises en carré et d'un demi-pied de haut, couverte d'un drap de couleur de feu, étoit appuyée au grand mât, auprès duquel, sur cette estrade, étoit un carreau de brocard d'or et cramoisi, accompagné de deux autres semblables, posés à quatre pieds de distance de celui-là. Enfin, la tente, dans laquelle couchoit le grand vizir, étoit soutenue par des piliers de trois en trois pieds de distance, enfermés dans des murailles de la tente, dont le des-
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SUS avoit la forme d'un parasol; ainsi, il n'y avoit point de mât dans le milieu. Cette tente et celle des aodieiioes, toutes brodées en dedans d'une broderie très fine : le haut étoit d'étoffes d'or et d'argent, découpées et brodées, de noanière que, de l'endroit le phis élevé, il sortoit un éclat qui s'affoiblissoit à mesure que la broderie descendoit, parce qu'elle n'étoit que de soie^.
Presque toutes les tentes des Turcs ont ce que nous appelons des marquiseSy c'est-à-dire une double tente, pour garantir de la pluie et de la chaleur. Tout avoit ëé tendu le matin même, ce qui marque le prodigieux nombre d'esclaves qui servent à leurs équipages. Le marquis de Yillars rapporte encore, dans la même lettre, que rien n'étoit dérangé dans leur camp, et qu'à cette occasion, le duc de Lorraine lui avoit dit qu'il avoit remarqué dans les guerres contre les Turcs, qu'après le gain d'une bataille, on trouvoit toujours \ear camp tout tendu, ce qui n'arrive pas dans les guerres entre les du^étiens, et aussi, qu'au lieu que, dans DOS batailles, on discerne souvent les généraux qui sont suivis d'un plus grand nombre de gens, qui vont à la tête des troupes et paroissent donner des ordres, chez les Turcs, personne ne se montre hors de leurs lignes, et qu'il est impossible d'y démêler un officier général, ce qui marque, ainsi que toute leur
i. Ona conservé pendant longtemps, à Tarsenal de Vienne, des tentes turques provenant du butin fait soit lors de la levée du siège de Vienne, soit pendant la campagne de Hongrie ; elles ont été malheureusement dispersées dans ces dernières années ; quelques fragments recueillis à l'Académie des beaux-arts par M. le professeur Eisenmenger répondent parfaitement à la description de Villars.
conduite, UDe parfaite ignorance dans l'art de la guerre.
Le prince de Savoie^ fut envoyé à Fempereur lui porter cette grande nouvelle et recevoir ses ordres pour des projets tout différents de ceux que Toq avoit formés d'abord. Avant la bataille, on ne songeoit qu'à retirer les gaîrnisons de Siclos et de Cinq- Églises, à raser ces petites villes et tous les postes que l'on avoit le long de la Drave, et l'on laissoit aux Turcs la liberté de ravitailler Ganise et Siget, places très importantes^.
Mais le gain de la bataille donna bien d'autres vues. L'électeur de Bavière, conformément à celles du prince de Bade, qui désiroit la séparation des armées, en avoit de très opposées à celles du duc de Lorraine. Il vouloit aller, avec une armée séparée, faire le si^e d'Erla. Pour le duc de Lorraine, il avoit des desseins plus grands et même plus convenables. Il ne doutoit pas, qu'après de tels succès, on dût marcher en Transylvanie faire prendre Esseck, et qu'ensuite Erla, aussi bien que Ganise et Siget, ne tombassent d'ellesmêmes.
Le prince de Bade, ennemi déclaré du duc de Lorraine, entroit dans les sentiments du prince Hermann de Bade, son oncle, président du conseil de guerre, que le parti du duc de Lorraine. accusoit d'avoir fait manquer le premier siège de Bude.
L'empereur se remettoit de tout au duc de Lorraine, et il étoit bien aisé de juger, qu'après le gain