‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 21 sur 130 · Kanisza et Sziget · texte numérisé non relu

Kanisza et Sziget

1687] BfÉMOIRES DE YILLAHS. . 81

d'une bataille, dont on donnoit toute la gloire à l'électeur, il le prieroit d'aller se reposer le reste de la campagne à l'ombre de ses lauriers, et de laisser à la conduite du duc de Lorraine le peu qui restoit à faire ; car c'est ainsi que l'empereur s'expliquoit dans les lettres qu'il écrivoit à l'électeur. Il marquoit même que le prince de Bade commanderoit un corps d'armée vers la Drave. Gomme le marquis de Villars paroissoit avoir assez de pouvoir sur l'esprit de l'électeur, le duc de Lorraine voulut l'engager à combattre ce désir d'aller faire le siège d'Erla. Le prince de Bade lui confia aussi ses chagrins contre le duc de Lorraine, qui ne voulut le ménager en rien, et qui, muni d'ordres secrets, refusa de donner à ce prince aucun commandement séparé, et chai^ea même le général Dunewald, qui n'étoit pas feld-maréchal, du commandement qui paroissoit destiné au prince de Bade, revêtu de cette dignité. L'électeur pressa vivement, sur ce sujet, mais inutilement, le duc de Lorraine, et partit assez content de retourner à Vienne et dans ses états jouir de sa gloire au milieu des plaisirs, et plus touché du désir de faire parler de lui que soigneux d'acquérir un savoir bien profond dans la guerre.

Le prince de Bade quitta l'armée, sans vouloir prendre congé du duc de Lorraine, et ramena dans sa calèche de poste les marquis de Villars et de Gréquy. Le duc de Lorraine, seul maître de l'armée, alla soumettre la Transylvanie, et fit prendre Ësseck par le général Dunewald.

Si l'on rassemble les lettres^ ^ marquis de Villars,

i. La correspondance de Villars complète en effet, d'une manière 1 6

on y trouvera des mémoires sur la guerre des Turcs et sur les divers caractères des officiers généraux de Tempereur qui méritent de l'attention.

Le marquis de Villars arriva à Vienne* avec le prince de Bade, et à la première audience qu'il eut de l'empereur, ce prince voulut bien lui dire que ses généraux l'avoient' informé de son ardeur, de son rôle et des services qu'il lui avoit rendus.

Le comte de Stratmann, proprement premier ministre de l'empereur par la grande confiance que ce prince avoit en lui, quoiqu'il n'en eût pas le titre, étoit un homme de beaucoup d'esprit. Elevé dans la cour de l'électeur Palatin, ci-devant duc de Neubourg, père de l'impératrice Éléonore , cette princesse, dont le crédit étoit fort grand, Favoit établi auprès de l'empereur. Le marquis de Villars l'avoit connu à Berlin dans le voyage qu'il y fit, étant encore fort jeune, et nous avons parlé des tentatives inutiles de ce ministre pour l'attacher, et pour ainsi dire le gagner, à l'empereur son maître. Au retour de la campagne de Hongrie, à un diner chez lui, comme on buvoit les santés des généraux et des ministres de l'empereur, il en porta une fort haut au marquis de Villars, en ces termes : c A la santé des braves généraux et des bons ministres de l'empereur, et de M. le marquis de Villars qui, n'étant ni l'un ni l'autre, n'a pas laissé de le servir très utilement et du bras et de la tête, cette dernière campagne ; l'empereur le sait et

iatéressante, le récit de eette campagne; voy. les extraits que nous en donnons à l'appendice, ainsi que le mémoire de Villars sur les généraux de TEmpire.

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