Au commencement de septembre
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VOUS en tient compte, et m'a commandé d'en rendre an témoignage public. > Attention glorieuse pour le marquis de Yillars et plus encore pour le prince.
L'électeur partit bientôt de Vienne, et il assura le marquis de Yillars que, dans l'intention où il étoit de prendre avec le roi des engagements solides, il avoit abrégé son séjour pour éviter les vives sollicitations que l'empereur lui faisoit de renouveler les siens avec lui. Le marquis de Yillars reçut à Yienne des ordres pour suivre l'électeur et prendre auprès de ce prince la qualité d'envoyé extraordinaire de la cour de France*. L'envoyé de l'empereur étoit le comte de Thun, frère de l'archevêque de Salzbourg, un des plus paissants princes de l'Empire.
L'électeur continua à traiter le marquis de Yillars avec beaucoup de distinction, et à lui donner tous les agréments possibles. Il le mettoit de toutes ses parties et de tous les soupers particuliers avec les dames. Ce prince aime les plaisirs, il est galant, homme de musique, de chasse, adroit à tous les exercices, et ce n'étoit tous les jours que carrousels, opéras, comédies de dames de sa cour, comédies italiennes, courses de traîneaux pendant l'hiver^. L'électeur s'attacha à une des filles d'honneur de l'électrice, nommée M^^® de
1. Quoique Yillars fit les fonctions d'envoyé, il n'en avait pas le titre officiel; Louis XIV et Groissy lui recommandent toujours de ne rien faire ou dire qui pût faire croire qu'il eût une mission de la cour de France.
2. L'éleeleur s'ennuyait beaucoup à Munich et cherchait à se distraire par des plaisirs renouvelés et par des déplacements fréquents à Schleissheim, Kaiserfeld, Altenberg, Leonsberg, Landshut, résidences princières où il chassait le cerf, le sanglier et le castor.
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SinzendorfF, d'une beauté et d'un esprit médiocres, mais retenue par assez de vertu pour ne pas accorder les dernières faveurs ; ce qui piqua l'électeur et le rendit plus amoureux. Cet engagement n'excluoit pas quelques commerces passagers et plus vifs, quoique moins touchants, avec les camerera ou femmes de chambre de la cour. Le marquis de Yillars, et par son goût et pour l'intérêt même du service du roi, se maintenoit dans la plus étroite liaison qu'il lui étoit possible avec l'électeur, et savoit mettre à profit pour le succès des négociations jusqu'à ses plaisirs. Il étoit donc de tout et menoit une vie fort agréable.
La cour de Vienne, informée de ses progrès et du peu de crédit qu'avoit en comparaison de lui le comte de Thun, envoya à Munich le comte de Kaunitz, homme très habile, et qui depuis a été un des premiers ministres de l'empereur. Gonmie il avoit été, autrefois, dans la plus grande familiarité avec l'électeur, il fut de tous les soupers. Il y en eut un où ce prince, animé par quelques lettres qu'il avoit reçues de son ministre à Rome, s'emporta un peu contre le pape, qui, au lieu de lui accorder quelque grâce légère qu'il lui demandoit, avoit chargé son ministre de lui parler sur ses galanteries qui mettoient l'électrice au désespoir, et sur les dépenses excessives qu'il faisoit pour ses plaisirs, enfin de lui faire de sa part une espèce de réprimande. Sur cela, l'électeur dit : c De quoi se mêle le saint-père, il of&e des chapeaux de cardinal aux enfants du duc de Lorraine, et il s'avise de me faire des reproches sur ma conduite, pendant que, de ma personne et de mon bien, je sers TÉglise et l'Empire contre les Turcs. > Le comte de Kaunitz répliqua
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que, s'il le désiroit, le saint-père offriroit de même un chapeau pour son frère, mais que, devant être électeur de Cologne, il seroit au-dessus de cette dignité. Le marquis de Villars, qui n'étoit pas fâché de piquer un peu Télecteur contre le comte de Kaunitz, prit la parole et dit : c Que c'étoit faire tort à l'électeur de penser qu'il ne pût désirer cette dignité que pour le prince Clément, et n'eût pas des amis et des serviteurs auxquels il seroit bien aise de la procurer, que l'empereur venoit d'en faire honorer le chevalier de Wallsteïn , son capitaine des gardes , et que, puisque le pape l'ofifroit au duc de Lorraine, il éloit bien juste qu'il en usât de même avec l'électeur, et lui laissât le choix du sujet. > Le comte de Kaunitz, pour ne pas adresser la parole à l'électeur qui s'échauffoit, et dont les reparties commençoient à s'aigrir, dit au marquis de Villars : c A qui voulez-vous donc. Monsieur, que son Altesse électorale donne ce chapeau? > — c A moi, dit le marquis de Villars, qui le servirois très bien dans le sacré collège. > La vivacité s'augmentoit de la part de l'électeur. Le comte de Kaunitz se tourna vers le marquis de Villars, et lui dit en riant : c Voilà, Monsieur, où votre ambition d'être cardinal mène les choses. > Le marquis de Villars lui répondit en souriant aussi : c Commencez par me faire cardinal, et tout cela s'accommodera. >
Cependant, il suivoit toujours le dessein qu'il avoit d'abréger le séjour du comte de Kaunitz auprès de l'électeur, et il y réussit si bien, qu'au bout de quinze jours, ce ministre fut obligé de retourner à Vienne, où il rapporta qu'il y avoit beaucoup d'apparence, que l'électeur vouloit reprendre les anciennes liaisons
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de sa maison avec la France, et que le marquis de Villars y travailloit vivement.
Il y avoit encore deux autres négociations dont le marquis de Villars étoit chargé. L'une étoit le mariage de la princesse de Bavière^ avec le grand prince de Toscane^, mariage traversé par les offres du roi de Hongrie^, qui étoit un parti tellement au-dessus de l'autre, qu'il n'étoit pas aisé d'obtenir la préférence en faveur de son concurrent. Le marquis de Villars en vint pourtant à bout, comme on le verra dans la suite.
La seconde négociation regardoit les desseins du cardinal de Furstemberg^ sur l'électorat de Cologne, et il s'agissoit d'y faire consentir l'électeur de Bavière, qui vouloit l'électorat pour son frère le prince Clément. Le roi n'avoit pas encore de traité fait avec l'électeur, et il étoit engagé au cardinal de Furstemberg, qui vouloit être élu coadjuteur, mais qui n'étoit pas encore assuré des voix, dont il lui falloit les deux tiers, , attendu qu'il ne pou voit être élu que par postulation^.