Yolande Béatrix, sœur de Télecteur Maximilien
2. Ferdinand de Médicis, fils aîné du grand-duc Cîosme III et d'une fille de Gaston d'Orléans, né en 1663, mort sans postérité en 1713, avant son père.
3. L'archiduc Joseph, fils de l'empereur Léopoid, couronné roi de Hongrie le 9 décembre 1687, en môme temps que les États de Hongrie étaient obligés de déclarer la couronne héréditaire dans la maison d'Autriche. Il succéda à son père sous le nom de Joseph !•'.
4. Guillaume Egon de la maison princière de Fûrstenberg, né en 1629, évéque de Metz, puis de Strasbourg, cardinal en 1682. Après l'échec de sa candidature à l'électorat de Cîologne, il se retira à Saint-Germain-des-Prés où il mourut en 1704.
5. L'élection à des fonctions épiscopales d'un cardinal prêtre ou
Le marquis de Yillars employoit auprès de Téleoteur toutes les meilleures raisons dont il pût s'aviser, mais les meilleures étoient faibles. Au fond, il s'agissoit principalement de faire entendre au cardinal de Furstemberg, dans un temps où il n'avoit lieu de r^arder Télecteur que comme ennemi de la France, que Sa Majesté ne pouvoit pas l'abandonner. Le cardinal, s'étant donc assuré du chapitre, fut élu coadjuteur canoniquement.
Peu de mois après, l'électeur de Cologne mourut, la coadjulorerie du cardinal de Furstemberg le faisoit électeur sans difficulté; mais le pape S peu favorable alors à ce que le roi désiroit, refusa un bref à ce cardinal, qui crut pouvoir se soumettre sans crainte à une nouvelle élection, malgré les avis du marquis de Yillars, qui étoit bien averti que plusieurs des chanoines, qui lui avoient donné leur voix pour le faire coadjuteur, étant mécontents de la comtesse de Furstemberg, qui ne leur avoit pas tenu les paroles qu'elle leur avoit données, manqueroient absolument au cardinal, s'il vouloit procéder à une autre élection. En effet, plusieurs de ceux sur lesquels il comptoit le plus l'abandonnèrent, et le prince Clément fut élu ^.
Cependant, ce qui regardoit la réunion de l'électeur et du roi avançoit toujours. L'électeur écrivit au roi
diacre est soumise par le droit canon à la forme dite postulalio, par laquelle le pape est prié d'affranchir le candidat des liens qui l'attachaient à une fonction spéciale ou d'une subordination déterminée.
i. Innocent XI, en lutte avec Louis XTV depuis l'affaire dite des Franchises ou des imtnunités diplomatiques à Rome.
2. L'élection n'eut lieu qu'à la fin de juillet 1688. Villars anticipe ici sur les faits.
plusieurs lettres de sa main, lui promettant de se lier avec lui par un traité ^ et, à la diète de Ratisbonne, il fit toutes les démarches que Sa Majesté pouvoit désirer.
Le marquis de Yillars remit dans la conBdence secrète de l'électeur le chancelier Schmit que les ministres de la maison d'Autriche avoient chassé. Ce prince alloit souvent la nuit travailler avec lui. Ce n'étoit que la nuit que le marquis de Yillars voyoit ce ministre, et toutes les mesures se prenoient assez conformément aux intentions du roi.
La cour de Vienne envoya à Munich la vieille comtesse de Paar, femme de beaucoup d'esprit, très intrigante, et qui avoit été fort avant dans la confidence de rélecteur. Elle savoit la galanterie que ce prince avoit eue, mais qui ne dura pas longtemps, avec M^^"" de Welen, qui étoit encore cachée dans le palais, d'où elle sortit aussi secrètement qu'elle y étoit entrée. Cette comtesse la maria avec un gentilhonune de Bohème, moyennant cent mille écus, argent comptant, que l'électeur donna, et qui furent partagés également entre la vieille, la maîtresse et le mari, et il ne fut plus question que de W^^ de Sinzendorfi et de quelques-unes de ces camerera dont nous avons parlé, pour lesquelles on n'avoit pas une grande considération*.
1 . Il ne ressort pas de la correspondance de Yillars et de la cour que les choses fussent aussi avancées, mais l'électeur écrivit à son envoyé auprès de la diète de ne se prêter à aucune démarche hostile à la France.
2. Il résulte pourtant de la correspondance que M"« de Welen seconda activement les efforts de TAutriche, et que le désir de la retrouver contribua à attirer l'électeur à Vienne. Quant à M**« de Sinzendorff, l'alliée de Villars, elle ne parait pas avoir réussi à
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1688. L'hiver se passa. La paix avec le Turc ne se conclut point, et la cour de Vienne recommença ses menées pour engager Télecteur à retourner en Hongrie. Mais il le refusa hautement, disant qu'il avoit déjà fait assez de campagnes pour ne pouvoir plus y aller avec honneur, s'il ne commandoit l'armée en chef, c et même >, ajoutoit-il, par le conseil du marquis deVillars qui n'y mettoit pas, sans dessein, une condition presque impossible, c sans que le duc de Lorraine M à l'armée. > Or, il n'étoit pas vraisemblable que l'empereur se privât des services d'un général aussi respectable, après tant de grands succès, et d'ailleurs son beau-frère.
Le prince Hermann de Bade et le prince Louis, son neveu, appuyoient la demande de l'électeur, mais leur cabale à la cour de Vienne étoit détruite par celle du duc de Lorraine, et, dès l'hiver, pour éloigner le prince Hermann, on l'envoya à la diète de Ratisbonne en qualité de principal commissaire de l'empereur. Garaffa, qui commandoit en Transylvanie et dans la Haute-Hongrie, lui suscita des dénonciateurs, qui n'alloient pas moins' qu'à rendre sa fidélité suspecte.
Cependant la cour de Vienne, qui craignoit avec raison les mesures que l'électeur pourroit prendre avec le marquis de Villars, n'oublioit rien pour le retenir par des avantages considérables. Elle lui ofiroit, conjointement avec le roi d'Espagne, la Flandre en souveraineté comme dot de l'électrice sa sœur, héritière présomptive de la monarchie d'Espagne, et s'enga-
prendre sur l'électeur l'influence que Villars se flattait de lui assurer.
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geoit à Ten mettre actuellement en possession. Le marquis de Villars, informé de ces offices par Télecteur lui-même S tâcha de les lui faire regarder comaie funestes, et de lui faire entendre que, puisque toute la monarchie d'Espagne ne pouvoit soutenir la Flandre contre les moindres forces du roi, toutes les siennes Tentreprendroient en vain, et qu'il seroit obligé de laisser ses provinces à la merci de Tempereur, qui, après l'avoir ruiné dans les guerres de Hongrie, ne demandoit pas mieux que de le voir s'abimer pour des États qui sont bien éloignés de pouvoir se défendre d'eux-mêmes.
A cela, l'électeur répondoit : c Mais le roi ne m'assure rien de présent et de réel. — Mais, lui répliquoit le marquis de Yiilars, jusqu'à présent, vous n'avez
1 . Il ne résulte pas de la correspondance conservée aux archives des Affaires étrangères que l'électeur ait été aussi explicite sur Toffre de la Flandre espagnole. Villars écrit le 15 janvier 1688 que rélecteur lui a laissé entendre qu'il pourrait obtenir immédiatement, s'il le voulait, des États qui seraient de nature à être échangés avec le roi de France contre Naples et la Sicile, lors de la succession éventuelle du roi d'Espagne : Villars croit corn* prendre qu'il s'agit des Pays-Bas ; mais l'électeur, interrogé à ce sujet, élude toute réponse catégorique; un peu plus tard, des allusions de môme nature rencontrent une égale réserve ; il est donc difficile de savoir si l'électeur avait réellement reçu l'offre sérieuse des Pays-Bas ou s'il la supposait pour stimuler les propositions de Louis XIV i. Le roi, par dépêche du 25 janvier, réfute l'intérêt qu'aurait l'électeur à écouter ces offres et renouvelle ses propres propositions. Il résuite de ces correspondances qu'en 1688, aussi bien à Vienne qu'à Versailles, l'idée d'un démembrement possible de la monarchie espagnole, à la mort du roi Charles II, était parfaitement acceptée.
1. Depuis rimpression de cette notei j'ai trouvé aux Archives Impériales de Vienne des documents prouvant que l'offre n'avait pas été faite à rÉlecteur. — Voy. l'Appendice.
demandé au roi que de vous soutenir dans vos légitimes prétentions sur Âugsbourg, Ratisbonne, Nuremberg et autres États en Souabe; il vous Ta promis dès que vous trouveriez vous-même le temps propre à faire valoir vos droits. Â Tégard des États de la monarchie d'Espagne, le roi n'est pas à présent le maître de vous mettre en possession d'aucun . »
Cependant le marquis de Villars écrivit à Sa Majesté, qui lui donna ordre de déclarer à l'électeur, qu'en cas de mort du roi d'Espagne, elle et monseigneur le Dauphin s'engageoient à lui céder les royaumes de Naples et de Sicile. Il demanda encore des éclaircissements; si ce seroit sans retour, au cas qu'il n'eût pas d'enfants de l'électrice, ce qui paroissoit fort à craindre, tant par la mauvaise conformation de cette princesse, qu*à cause du peu de conunerce qu'il avoit avec elle. Le roi y consentit, et par là les engagements de l'électeur augmentèrent encore^.
Le mariage de la princesse de Bavière avec le tils aîné du grand duc étoit traversé, conmie nous l'avons dit, par l'offre du roi de Hongiîe, le plus grand parti de l'Europe. Mais le marquis de Villars, fort lié d'inclination avec une très belle personne, qui avoit le plus de part à la confiance de la princesse de Bavière, engagea cette princesse à déclarer qu'elle ne vouloit pas de lui .
i. Par des instructions en date du 3 décembre 1687, Louis XIV intorisa Villars à offrir à l'électeur, non seulement la cession éventuelle de Naples et de la Sicile, mais des subsides en hommes et en argent, et ses bons offices pour faire passer la couronne impériale de la maison d'Autriche dans la sienne, ainsi que pour agrandir ses États héréditaires.
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Le grand duc avoit envoyé l'auditeur Finetty, un de ses premiers ministres, et le père Benfaty^, son intime confident, pour traiter ce mariage, et, surtout, il leur étoit prescrit de se conduire par les conseils du marquis de Villars. Le moine avoit de l'esprit, mais il étoit glorieux et impudent, et sur quelques contestations qu'il eut avec l'auditeur, qui étoit le représentant, il disoit qu'à son retour à Florence, il le feroit envoyer aux galères. Enfin, toutes les conditions de ce mariage furent remplies. Le marquis de Corsini, un des premiers de Florence et parent du grand duc, fut nommé ambassadeur extraordinaire pour venir épouser. On fit la cérémonie et la princesse partit^.
Le refus que l'électeur avoit fait du roi de Hongrie pour la princesse de Bavière marquoit en lui un dessein formé de se détacher de la maison d'Autriche. En vain l'excusa-t-il sur la répugnance qu'il avoit trouvée
1. L'orthographe de ces deux noms est empruntée à la correspondance de Yillars; dans le manuscrit, le premier est écrit Sinetty, et le second Benfay : dans la correspondance ce religieux est aussi désigné sous le nom de P. Maestro.
2. La négociation de ce mariage fut très laborieuse : les ministres de Bavière et surtout le vice-chancelier Leydel étaient acquis à la cause de l'Autriche, les envoyés de Toscane eux-mômes ne paraissaient pas insensibles aux offres de Kaunitz, de sorte que les discussions sur les articles du contrat menaçaient de s'éterniser : Villars déjoua ces intrigues en s'adressant directement soit à rélecteur, soit au grand-duc et en obtenant d*eux des solutions qu'ils imposaient à leurs mandataires à chaque difficulté qu'ils soulevaient. Aussi fut-il reconnu que le mariage ne se serait jamais conclu sans son intervention. La conclusion est du 25 mai, mais le marquis Gorsini n'arriva à Munich que le 48 novembre; le mariage par procuration fut célébré le 21 et la princesse partit pour Florence le 25. — Voyez à l'appendice les extraits de la correspondance relative à cette négociation.
dans l'esprit de la princesse sa sœur, faible obstacle pour les mariages, surtout des souverains, et qui ne fut regardé par la cour de Vienne que comme un prétexte. Elle ne. douta plus qu'elle ne fût sur le point de perdre tout à fait l'électeur, et elle fit les derniers efforts pour tirer ce prince de Munich. Le comte de Kaunitz y avoit déjà fait cinq voyages, soit pour proposer à l'électeur des avantages de la part de l'empereur et du roi d'Espagne, soit pour empêcher le mariage de la princesse avec le fils aine du grand duc, soit pour les diverses élections qui se faisoient à Cologne, soit pour engager l'électeur à faire la campagne de Hongrie. Le marquis de Villars avoit été assez heureux pour rompre toutes les mesures du comte de Kaunitz et pour traverser tous ses desseins. Mais enfin, l'empereur se crut obligé d'y envoyer le comte de Stratmann.
Le lendemain de son arrivée à Munich, il vint dtner chez le marquis de Villars, et lui dit : c II n'est plus question de vous offrir l'amitié ni les grâces de l'empereur, aussi, n'ai-je plus qu'à vous assurer de son estime. Mon attachement vous est connu, mais il ne m'empêchera pas de vous déclarer que, quoique l'empereur se soit très bien trouvé de vos services en Hongrie, s'il en est le maître, et si j'y puis réussir, nous ne vous y verrons pas cette campagne, si l'électeur veut bien la faire. »
Le marquis de Villars avoit cru y mettre un obstacle invincible par les conditions qu'il avoit obligé l'électeur d'exiger, mais la cour de Vienne accorda tout, et les armées furent assemblées sous les ordres de l'électeur de Bavière avec tout l'appareil nécessaire
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pour faire le siège de Belgrade. Sur cela, Félectear dit au marquis de Yillars : c Non seulement c'est me déshonorer que de refuser un tel emploi, mais quaft déclarer la guerre à Tempereur, et vous savez que je ne suis pas encore en état de rompre avec lui ; il me faut plus de temps, mais j'écris au roi^ que mes sentiments sont toujours les mêmes. »
Ce fut à peu près en ce temps-là que M. de Loovois, las apparenunent de haïr le marquis de Yillars, qui n'avoit contre soi que d'être d'une famille qu'il n'aimoit pas, ou peut-être, car on peut le présumer d'un granxi homme, ce ministre amené à force d'estime jusqu'à des sentiments d'amitié, écrivit au marquis de Yillars une lettre assez polie, à quoi le marquis de Yillars répondit avec une froideur respectueuse. M. de Louvois lui en écrivit une seconde pour le prier de lui apprendre ce que c'étoit que les chevaux de frise, dont l'infanterie impériale se servoit, au lieu de piques qu'elle avoit abandonnées. U vint enfin jusqu'à une quatrième lettre, qui contenoit en trois lignes : € Je ne sais pourquoi nous avons été mal ensemble, je désire que cela finisse. Mettez-moi à quelque épreuve, et je vous ferai connottre que je suis votre serviteur. » Le marquis de Yillars lui répondit qu'il étoit également surpris et touché de sa dernière lettre, et d'autant plus persuadé que ses bontés étoient sincères,
1 . La lettre existe en original aux archives des Affaires étrangères; elle est du 5 juillet 1688 et entièrement autographe; Télecteur explique au roi les motifs qui Tobligent à accepter le commandement de Tarmée et à éloigner Yillars ; il promet de répondre aux offres du roi, à son retour de Hongrie, et l'assure de sa fidélité à ses intérêts, mais sans prendre aucun engagement.
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que c*étoit pour la première fois qu'il lui permettoit de s'en flatter ; qu'il commençoit donc par leur donner liea d*agir en sa faveur; que le moyen de lui faire regagner dans Tétat de la guerre des rangs qu'il osoit dire avoir mérités par ses services, étoit de lui faire (d>tenir du roi la charge de commissaire général de la cavalerie 9 qui pouvoit le remettre devant bien des gens qui n'auroient pas dû passer devant lui ; mais que pour faire voir à M. de Louvois qu'il vouloit lui en avoir toute l'obligation, sa seule démarche pour y parvenir seroit ce qu'il avoit l'honneur de lui en dire.
Ce ministre, pour savoir si le marquis de Villars n'en avoit rien mandé à sa famille, sonda sur cela le père du marquis de Villars et le maréchal de Bellefonds; il les trouva également peu instruits, et, dès lors, il prit des mesures pour lui faire avoir cette diarge, comme nous le verrons dans la suite. Retour^ Dons à ce qui se passoit en Bavière.
Le comte de Stratmann pressoit extrêmement l'électeur de faire la campagne de Hongrie, et le marquis de Villars ne crut pas s'y devoir opposer. Il le lui conseilla même, pourvu, lui dit-il, qu'il la fit enfin avec dignité, ajoutant que le roi ne lui feroit jamais donner de conseils qui ne fussent conformes à sa gloire, et que d'ailleurs Sa Majesté ne doutoit point que l'électeur ne connût assez ses véritables intérêts pour désirer sincèrement de s'attacher à elle.
Divers bruits s'étant répandus de la. mauvaise santé du duc de Lorraine, l'électeur envoya exprès pour en être exactement informé. Le marquis de Villars lui disoit qu'il ne devoit nullement se fier à ces bruits ; qu'on publieroit le duc de Lorraine à l'extrémité jus-
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qu'à ce que Télecteur fût à l'armée ; qu'alors ce prince s'y rendroit en poste, et que l'électeur s'y trouveroit au même état qu'à toutes les campagnes précédentes, c'est-à-dire avec une apparence de commandement, et subalterne en effet. Mais le comte de Stratmann, pour ôter tout prétexte de défiance à l'électeur, lui déclara qu'en quelque état que fût la santé du duc de Lorraine, et lui permit-elle de faire la campagne, il ne mettroit pas le pied à l'armée, et que lui seroit l'unique général.
Il ne fut plus possible à l'électeur de ne pas accepter un aussi grand et important emploi. La gloire de faire le siège de Belgrade, et de terminer la guerre par une si brillante conquête, étoit trop flatteuse pour la refuser. Il consentit donc à partir ; mais, le lendemain, dans une seconde audience que prit le comte de Stratmann, après avoir fait valoir à l'électeur la confiance avec laquelle l'empereur se remettoit à lui du soin de son propre salut et de celui de l'Empire, il lui représenta qu'il n' étoit pas possible que l'empereur consentit à voir auprès de ce prince un ministre de France, que l'éloignement que marquoit l'électeur pour un beau-père qui l'avoit toujours aimé si tendrement, ne lui pouvoit être inspiré que par les ennemis déclarés de la maison d'Autriche; qu'enfin il pouvoit sentir l'impossibilité de garder dans les armées impériales le marquis de Villars, dont le crédit auprès de lui le rendoit très redoutable aux intérêts de l'empereur, qui le feroit prier de ne pas mettre le pied dans ses États, c C'est pourtant à ce même marquis de Villars, répliqua l'électeur, que l'on doit en partie, non seulement d'avoir porté à donner cette bataille,
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doot le succès a été si important et si glorieux , mais eocore dans l'action même d'avoir conseillé des mouvements de troupes qui se sont trouvés très utiles. » — € J'en conviens, reprit le comte de Stratmann, et moi-même j'ai eu ordre, à son retour à Vienne, de lui en marquer la reconnoissance de l'empereur ; mais depuis, tout a bien changé ^ . »
Enfin, l'électeur partit. Le marquis de Villars le suivit jusqu'à Passau, où ce prince lui dit d'attendre; qu'il feroit toutes les tentatives possibles auprès de l'empereur pour le faire venir, et que, si elles étoient inutiles, il lui enverroit un courrier. Elles ne pouvoient guère réussir; le courrier arriva, et le marquis de Villars profita de la permission que le roi lui avoit donnée de revenir en France pour le temps que dureroit la campagne de Hongrie, s'il ne lui étoit pas possible de la faire. 11 passa par Ratisbonne, où il vit le prince Hermann de Bade, proprement disgracié, mais revêtu du titre de principal commissaire de l'empereur à la diète. Il trouva ce prince rebuté par tous les dégoûts qu'il recevoit continuellement de la cour de Vienne, résolu à quitter tout service, et il mourut peu de temps après.
1. Villars parait s'être fait des illusions, jusqu'au dernier jour, sur les véritables dispositions de l'électeur. Maximilien, avide de gloire militaire, n'avait rien à refuser à l'empereur qui lui offrait le commandement de l'armée impériale, et la perspective de brillants succès en Hongrie. Je crois devoir reproduire, à l'appendice, les dépêches où Villars expose au roi, avec plus de détails, les incidents qui précèdent : après les avoir lues il est difficile de se méprendre sur les intentions véritables de l'électeur, n était acquis à la maison d*Autriche et devait la servir jusqu'à ce que la guerre de la succession d'Espagne eût de nouveau confondu ses intérêts avec ceux de la France.
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Le marquis de Yillars arriva à la cour. Le roi le reçut avec beaucoup de bonté, et lui fît Thonneur de lui dire qu'il l'avoit toujours connu pour un très hrme homme, mais qu'il ne l'avoit pas cru si grand négociateur.
M°^^ de Maintenons lui fit aussi un accueil très obligeant, et, le jour même de son arrivée, elle le mena à une comédie que l'on représentoit à SaintrGyr devant le roi, et où très peu de gens fiirent admis.
G'étoit alors une faveur très particulière que d*étre nommé pour les voyages de Marly. Le roi, dans les commencements, y menoit fort peu de monde, et le marquis de Yillars n'avoit pas encore osé demander d'en être. Il étoit établi que tous ceux qui pouvoient espérer d'être nommés le demandassent, même tous les grands officiers de la maison du roi. Bontemps, premier valet de chambre et honmie de confiance de Sa Majesté, vint trouver le marquis de Yillars dans la galerie de Yersailles, et lui dit : c Yous avez demandé d'aller à Marly? » Le marquis de Yillars lui répondit qu'il étoit bien éloigné d'oser prendre cette liberté, c Et moi, je vous soutiens que vous l'avez demandé, » lui répliqua Bontemps. c Puisque vous m'en assurez,
1. C'est la première fois qu'il est question de M"«de Maintenon dans les Mémoires, et pourtant les relations de Yillars avec Françoise d'Aubigné dataient de loin : son père était l'ami de ]^me Scarron, d*une amitié que les biographes modernes ont victorieusement défendue contre les insinuations malveillantes de Saint-Simon. Arrivée au pouvoir, M°>« de Maintenon ne cessa de protéger Yillars et de lui donner de bons conseils : on en verra la preuve dans la suite de ces Mémoires et dans les quelques lettres qui nous sont restées de la volumineuse correspondance de M"*« de Maintenon avec Yillars.
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reprit le marquis de Yillars, qui connut bien, au ton dont parloit Bontemps, que c'étoit une grâce que le roi Youloit lui faire, j'ai demandé. » Aussitôt Bontemps rentra dans le cabinet du roi, et le moment d'après parut la liste où le marquis de Villars étoit nommé.
Depuis que H. de Louvois avoit pris pour lui des dispositions favorables, ce ministre avoit toujours conduit en secret tout ce qui regardoit l'acquisition de la charge de conunissaire général de la cavalerie. On donna au régiment de cavalerie, qu'avoit le marquis de Villars, le nom d'Anjou, au moyen de quoi le marquis de Blanchefort l'acheta 90,000 livres. La chaîne de commissaire général de la cavalerie fut taxée à 50,000 écus, et le marquis de Villars y fut établi K
Peu de jours après, deux grandes nouvelles agitèrent toute la cour. L'une étoit le dessein du prince d'Orange sur l'Angleterre, mené avec beaucoup d'adresse et de secret, mais cependant pénétré par quelques-uns des ministres du roi dans les cours étrangères. Barillon^, ambassadeur en Angleterre, y fut trompé aussi bien que le roi Jacques lui-même ; mais ce pauvre prince le fut en tout. Le comte
1. La charge de commissaire général de la cavalerie fut achetée (i septembre 1688) au marquis de Montrevel, alors maréchal de camp, depuis maréchal de France : Villars la revendit le 3 juillet 1703 au comte de Verrue, avec le régiment Commissaire général et la cornette de la compagnie colonelle, pour 210,000 livres. — Le marquis de Blanchefort-Gréquy, qui acheta de Villars le régiment d'Anjou 30,000 écus, fut fait brigadier en 1693 et mourut trois ans après. Voy. Lettre de Sémgné à Bussy, du 25 août 1688.
2. Paul de Barillon, marquis de Branges, d'une famille de robe établie à Paris depuis François I<» : il fut successivement conseiller au Parlement, intendant, plénipotentiaire à CSologne et ambassadeur en Angleterre en 1677 ; il mourut en 1691.
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duré onze ans^ depuis, plus que celle que nous avons soutenue contre TEmpire.
Le général Montclar, qui commandoit en Alsace, eut ordre d'entrer dans l'Empire et de pousser des partis tout le plus avant qu'il pourroit. Le roi confia au marquis de Villars le dessein qu'il avoit de faire attaquer Philisbourg par monseigneur le Dauphin, et d'occuper toutes les places du Haut-Rhin depuis Bàle jusques à Mayence, et en même temps Sa Majesté lui ordonna de se rendre à Munich.
Gonune il ne le pouvoit plus par la route ordinaire, il fut obligé de prendre celle d'Italie et de se déguiser en sortant de France. Il traversa l'Italie et l'Allemagne avec de très grandes difficultés, et fut arrêté, trois heures la nuit, à Inspruck où le duc de Lorraine étoit alors, bien résolu à s'en aller seul, si ses gens étoient retenus. Il sortit de la maison de la poste, menant son cheval par la bride, pendant qu'un valet allemand, qui passoit pour le maître, disputoit pour avoir la liberté de sortir. Enfin, à deux heures après minuit, ses gens le rejoignirent à la dernière maison du faubourg, où il leur avoit dit qu'il les attendroit. Et après avoir fait tout le chemin depuis Boi^oforte sur le Pô jusqu'au premier village de Bavière, sans s'arrêter que pour manger, il se rendit à Munich^.
Le marquis de Villars s'attendoit bien à trouver de grands changements dans l'esprit et dans la cour de l'électeur. Ce prince avoit été cinq mois, soit à la tête des armées de l'empereur et de l'Empire, soit à