‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 25 sur 130 · Voyez ci-de8su8, pp · texte numérisé non relu

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2. Guy de Durfort-Duras, comte puis duc de Lorges, maréchal de France en 1676, cordon bleu en 1688, beau-père de Saint- Simon. Mort le 22 octobre 1702 à 72 ans.

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il se trouva commandant de Tarmée avec le marquis de Vaubrun, homme très hardi, de Tesprit et peu de talents pour la guerre. Il étoit Thomme du ministre dans une armée fort dévouée au maréchal qui en étoit ennemi déclaré. Ainsi Vaubrun étoit haï et le maréchal de Lorges aimé, et Ton donna au dernier tout l'honneur du combat d'Altenheim. Le marquis de Vaubrun a voit reçu, quelques jours auparavant, une fort grande blessure qui ne Tempècha pas de se trouver dans Taction et d'y demeurer jusques à ce qu'il fût tué.

L'armée du roi ayant repassé le Rhin, tout parloit pour le comte de Lorges. La cour, qui ne vouloit pas le faire maréchal de France , envoya le maréchal de Duras, qui étoit en Franche-Comté, prendre le commandement de l'armée, et le comte de Lorges ne fut élevé à la dignité de maréchal de France que l'hiver [suivant]. Mais à peine fut-il à la tète des armées que les mérites cpi'il avoit acquis subalterne furent étouffés par le poids du commandement en chef, véritablement au-dessus de son génie. Tous ces nouveaux généraux avoient eu le malheur de succéder aux deux plus grands hommes de leur siècle, le grand Condé et le vicomte de Turenne, et ceux qui les avoient vus servir y trouvoient une si grande différence que l'esprit se soumettoit avec peine à la considération qu'exigeoient leurs commandements et leurs dignités. On doit cependant distinguer le maréchal de Luxembourg, dont les grandes qualités ne pou voient être obscurcies par le peu d'application que l'on vouloit lui croire, l'abandon à ses favoris et une espèce de légèreté peu convenable à un grand homme.

Ce peu que nous disons des généraux, qui ont commandé dans la guerre qui commença en \ 688 et ne finit qu'en 1697, suffit pour les faire connoltre. Et certainement la France devoit retirer de plus grands avantages, surtout en Allemagne, par l'heureuse disposition de ses frontières, ayant cinq ponts sur le Rhin, autant de places qui nous ouvroient l'Empire uniquement couvert d'une très mauvaise armée souvent mal commandée, la guerre des Turcs occupant les meilleures troupes et les plus capables génâ^ux de l'empereur.

Revenons à la campagne de 1689 et à ce qui regarde le marquis de Yillars dont on prétend écrire principalement la vie et les mémoires.

Le maréchal d'Humières n'avoit aucun dessein que de couvrir la frontière, et il parut que ceux de la cour étoient uniquement de laisser consonmier nos ennemis par les efforts qu'ils faisoient pour le siège de Mayence. Pendant ce temps-là le maréchal de Duras acheva un ouvrage que l'on pouvoit dire très opposé à la gloire de la nation et même à celle d'un très bon et très grand roi.

L'on avoit persuadé au roi, dont certainement la bonté n'a jamais été assez connue, que le salut de l'État consistoit à mettre des déserts entre notre frontière et les armées de nos ennemis. Pour cela, contre nos propres intérêts et même contre les raisons de guerre, on avoit brûlé les grandes villes de Trêves, Worms , Spire , Heidelberg , une infinité d'autres moins considérables, les plus riches et les meilleurs pays du monde. On avoit poussé cette vue pernicieuse

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josques à défendre de semer à quatre iieues en deçà et au delà du cours de la Meuse.

On n'a jamais pu imaginer par quelle fatalité ces horribles conseils ont pu être donnés. Le marquis de Louvois, homme de beaucoup d'esprit, ne s'y opposa pas et les persuada au roi, malgré sa bonté, laquelle, je le répète, étoit au plus haut point. Les ordres furent donnés, suivis et exécutés avec une rigueur qui sera toujours reprochée à la plus valeureuse nation de l'univers.

Le maréchal de Duras étoit occupé à tout brûler et rebrûler, car on détruisoit même les caves ; on ne pardonnoit à aucune église. La justice et la piété du roi en firent depuis rebâtir quelques-unes, mais le mal étoit irréparable.

La campagne se passa donc en Allemagne à voir prendre Mayence, et en Flandre à de très médiocres mouvements. Le marquis de Villars, peiné de commander une si brillante cavalerie sans action, proposa plusieurs partis ; ils n'étoient pas du goût du maréchal d'Humières. On chercha même à le brouiller avec ce général, et sa bonne volonté fut inutile. Les ennemis firent un fourrage hasardé ; il alloit en attaquer les escortes lorsque le chevalier de TilladetS lieutenant général de jour*, l'en empêcha d'autorité. Dans un

1. J.-B. de Cassagnet, marquis de Tilladet, chevalier des ordres, gouverneur d'Arras, envoyé extraordinaire en Angleterre (1683), blessé à Steinkerke, meurt de ses blessures à Mons, le 20 août

2. Les lieutenants généraux attachés à un corps d'armée n'avaient pas de commandement déterminé : ils roulaient entr'eux et chacun avait son ;our, suivant un ordre réglé d'après le tableau d'an-

autre que faisoient nos troupes, un parti se jeta sur dos fourrageurs. Le marquis de Yillars l'attaqua et le prit, et un coup de fusil blessa le jeune prince de Rohan qui le suivoit, jeune homme d'une très grande valeur qui mourut quelque temps après de sa blessure. Enfin, les ennemis étant venus camper près de Yalcour, petite ville dont les murailles étoient bonnes, un peu éloignée de la tète de leur camp, le maréchal d'Homières crut pouvoir leur emporter ce poste et le fit attaquer sans l'avoir bien reconnue Nous y perdîmes le chevalier Golbert^, brigadier, et colonel de Champagne, trois capitaines aux gardes ; le marquis de Saintr Gelais y fut tué d'un coup de canon ; cette mauvaise aventure fit tort au maréchal d'Humières.

Quelques jours après, on crut pouvoir canonner le camp des ennemis ; on en montra le dessein et, à la pointe du jour, notre canon placé, on trouva que celui des ennemis l'étoit beaucoup plus avantageusement, que la partie de leur camp qui étoit exposée la veille avoit été retirée la nuit, et ils nous firent une salve de 30 pièces de canon avant que la nôtre eût conunencé à tirer. Cette campagne ne fut pas bien glorieuse. Le duc du Maine n'en rendit pas un compte avantageux au roi, et l'armée fut destinée pour la campagne suivante au maréchal de Luxembourg.

Le marquis de Yillars fut occupé l'hiver à visiter

cienneté établi par Louvois. Saint-Simon (XII, 55) critique avec raison cette méthode.

i. 27 août.

2. Antoine-Martin Golbert, fils du ministre, bailli de l'ordre de Malte, colonel du régiment de Champagne : brave, mais de mœurs assez légères. — Bussy, Correspondance, I) ^ii ; V, 46.

la cavalerie, et avec une grande confiance du roi et des ministres. Les inspecteurs eurent ordre de le suivre diacun dans l'étendue de son inspection. Le marquis de Villars étoit chargé de changer les majors qu'il trooveroit n'être pas propres à ces emplois, de proposer des capitaines en leur place, d'examiner dans tous les corps les méchants officiers et d'en purger la cavalerie.

Le roi le fit maréchal de camp à la fin de 1 689, et il fut destiné à servir dans l'armée que devoit conmiander le marquis de Boufflers avec le comte de Tallard^ et les marquis d'Harcourt^ et de Tessé^, aussi maréchaux de camp.

Cette campagne se passa sans événement, et le corps d'armée du marquis de Boufflers, destiné à tenir le miUeu des frontières entre les armées d'Allemagne, sous les ordres de monseigneur le Dauphin, et celle de Flandre, commandée par le maréchal de Luxembourg, ne vit aucune action. Cette inutilité affligeoit le marquis de Yillars au point qu'il voulut partir pour aller volontaire pendant quelques jours et dans un temps où il paroissoit par les mouvements des armées d'Allemagne que l'on y verroit une bataille. Le marquis de Boufflers l'en empêcha, lui représentant à

1. Camille d'Hostun, comte de Tallard, puis duc d'fiostun en 1714. Ambassadeur en Angleterre en 1698, maréchal de France en 1703, mort en 1728 à 76 ans.

2. Henri, marquis puis duc d'Harcourt, ambassadeur en Espagne en 1698, maréchal de France en 1703, cordon bleu en 1705, mort en 1718.

3. Henri de Froulay, comte de Tessé, maréchal de France en 1703, ambassadeur à Rome en 1708, en Espagne en 1713, mort en 1725 à 74 ans.

quelles réprimandes il s'exposoit du côté de la cour s'il s'avisoit de quitter le poste où il étoit, sans permission, pour aller dans une autre armée. Enfin , soit chagrin, soit un effet naturel, il tomba malade dans les Ârdennes, et si dangereusement que Ton désespéroit de sa vie. Le marquis de Boufflers même, étant obligé à quitter le camp d'Obersdorff dans le temps que le marquis de Yillars étoit à la dernière extrémité, laissa deux régiments de dragons pour le garder. L'émétique et la bonté de son tempérament le sauvèrent, et on le porta à Arlon, de là à Sedan où il reçut des ordres de la cour pour aller commander en Flandre , pendant Thiver, sous les ordres du marquis de Boufflers. Le bruit de l'extrémité où il étoit porta le marquis de la Valette^ à demander son conmiandement, et il l'obtint. Sa santé cependant lui permettant de servir, le marquis de la Valette fut renvoyé sur la frontière de Picardie.

1 690. Dans le conmiencement de Tannée 1 690, la cour envoya des ordres au marquis de Boufflers de marcher avec un corps d'armée derrière Bruxelles, la laissant sur la gauche, et le marquis de Yillars eut ordre avec 7 ou 8,000 honmies de passer la Dendre et de marcher droit à Bruxelles. Le marquis de Yillars rassembla toutes ses troupes avec un grand secret sous Tournay, et partit par un temps fort rude, ayant même une assez grosse fièvre, dont il ne parla point, de peur que les gens attachés d'amitié à lui ne s'opposassent à sa résolution de ne pas confier ce com-

1. Louis Félix de Nogaret, marquis de La Vailette, fut fait lieutenaut général en 1693, et mourut Tannée suivante.

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mandement à un autre. Bien qu'il y eût véritablement du péril pour lui à faire cette course-là, par un temps très fâcheux, avec la fièvre, il alla camper à Grammont. Cette fièvre causée par un rhume violent cessa avec le rhume, qui fut dissipé par beaucoup d'eau-devie brûlée et trois heures de sommeil.

Le marquis de Villars eut avis que le comte de Varsassine avoit rassemblé 2,500 chevaux à deux lieues de Grammont ; il marcha à lui et le joignit à trois lieues de Bruxelles. Le marquis de Yarsassine se mit en bataille derrière un ruisseau, et le marquis de Yillars ayant ordonné aux sieurs de VandeuiP, maréchal de camp, et Dachy^, brigadier, de faire sonder le passage pendant qu'il remontoit le ruisseau pour prendre le derrière des ennemis, son ordre fut mal exécuté, et Yarsassine voyant qu'il alloit être coupé par le marquis de Yillars laissa trois troupes sur le bord du ruisseau et se retira sans que ceux qui avoient ordre de le serrer de près fissent un pas pour le suivre. Ainsi ce corps, qui pouvoit être défait, ne perdit que les trois troupes qu'il avoit sacrifiées pour sa retraite. Quelques jours après, la gelée étant très forte, on résolut d'aller passer les canaux au-dessus de Gand et d'entrer dans le pays de Yaas. On marcha avec 18 ou 20,000 hommes par deux endroits. Le marquis de Yillars, avec les troupes qui partoient de

!. Fr. de Clérembault, marquis de Vandeuil, fut lieutenant générai en 1702, lieutenant des gardes du Cîorps, et mourut en 17!2.

2. Fr.-Ph. de Carvoisin, marquis d*Achy : brillant mestre de camp de cavalerie, ne dépassa pas le grade de brigadier. Il se retira en 1703 à 68 ans, et mourut en 1718.

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Tournay , Yalenciennes, Douay et Lille, laissa la Lys sur sa gauche, qu'il alla passer à Deinse, et le marquis de Boufflers avec toutes les troupes qui venoîeot de Dunkerque, Ypres et autres places, alla droit sur le canal de Gand à Bruges. Les glaces étant fortes, on passa le canal, et le marquis de Yillars entra dans le pays de Yaas. Cette marche valut au roi 4 millions de contributions, et Ton ne perdit personne. Les troupes rentrèrent dans leurs garnisons et il ne fut question que de les laisser reposer jusqu'à l'entrée de la campagne. Le roi prit toutes les mesures et avec grand secret pour faire le siège de Mons. Cette place étoit très forte, très importante et défendue par une garnison nombreuse. Le prince de Grimberg en étoit gouverneur, etFagel, lieutenant général, ycommandoit les troupes hollandoises. Le maréchal de Boufflers et le marquis de Yillars furent seuls chargés de l'investiture^ et du secret. Il falloit cacher ce dessein aux ennemis et leur donner de l'inquiétude pour tant de places différentes qu'il leur fut difficile de démêler le véritable objet.

1 691 . Les troupes conunençoient à s'ébranler dès le 1 ®' avril sur la Meuse, dans le Hainault, la Flandre et du côté de la mer; et les ennemis incertains laissèrent dans toutes les places menacées les garnisons ordinaires. Le marquis de Yillars fut chargé d'investir Mons du côté le plus dangereux, qui étoit celui de Bruxelles et d'Ath, le seul par lequel il fût possible à l'ennemi d'y jeter du secours. Il partit de Gondé laissant la rivière d'Haisne sur la droite. Le marquis de

1 . Yillars se sert souvent de ce mot pour désigner V investissement.

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Créquy commandoit sous ses ordres les troupes qui dévoient former cette investiture. Il se perdit, de manière qu'à l'entrée de la nuit le marquis de Yillars ne trouva que cinq escadrons et n'eut pas d'autre parti à prendre que de se mettre avec ce peu de troupes à 1 50 pas de la porte de Mons à Bruxelles, pour empêcher, du moins autant qu'il seroit en son pouvoir, qu'il n'entrât personne, la nuit, dans Mons. A la pointe du jour, le marquis de Créquy arriva avec les troupes, et le marquis de Yillars occupa le village de Nimy, l'abbaye de Saint... ^ et toutes les principales avenues de la place, fît couper et barrer tous les chemins et conmiencer à tracer la ligne de contrevallation. Les pionniers arrivèrent le troisième jour. Avant cela, il parut des partis considérables de cavalerie, des détachements de grenadiers des ennemis, mais aucun n'osa tenter de forcer les avenues occupées, et avant le quatrième jour les postes étoient pris et retranchés de manière qu'il falloit une armée entière pour en approcher.

Le prince d'Orange se rendit en diligence à Bruxelles où il donna rendez-vous à toutes les forces de la ligue. Le roi arriva au siège, et toutes les dispositions étant bien faites par les soins du marquis de Louvois, très capable de n'en oublier aucun, soit pour former une armée nombreuse, soit pour assurer toutes les subsistances et tous les convois de vivres et de munitions de guerre, l'on ouvrit la tranchée le neuvième

1. En blanc dans le manuscrit. U s'agit de Tabbaye de Saint- Denis ou de Tabbaye ruinée d'Espiniieu, situées Tune en amont, l'autre en aval de Nimy.

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jour de Tinvestiture. Le prince d'Orange s'approdia avec une armée considérable, et le roi raisonnant avec plusieurs officiers généraux et le marquis de Louvois sur le parti que pourroit prendre le prince d'Orange, le sentiment de plusieurs fut que le prince d'Orange tenteroit une action générale. Le marquis de Villars dit : c Je crois qu'il ne fera rien. > Le roi lui demanda pourquoi. Yillars répondit : c Parce qu'il vaut mieux ne rien faire que de faire mal, et que les mesures de Votre Majesté sont si bien prises, les postes si bien occupés et retranchés, le nombre de troupes si supérieur à celui des ennemis, qu'il n'y a qu'à désirer que le prince d'Orange veuille les attaquer. >

Le marquis de Louvois fut bien aise de voir avancer et soutenir cette opinion, car le courtisan vouloit porter le roi à penser que ce ministre avoit hasardé sa gloire et sa personne, et la vérité étoit que jamais entreprise n'avoit été formée avec plus de raison et de moyens d'en rendre le succès infaillible. La défense des ennemis fut très molle : une seule attaque ne réussit point. L'ouvrage à corne fut attaqué et pris; mais soit que les matériaux pour s'y retrancher n'eussent pas été assez promptement apportés, ou par quelque négligence du régiment des gardes duquel oo se plaignit, les ennemis y rentrèrent : mais il fiit repris, quelques heures après, très facilement, et le marquis de Yillars y étant entré des premiers trouva Constant, capitaine du régiment des vaisseaux, encore en vie, avec une blessure très dangereuse; les ennemis l'avoient laissé comme mort. Cette action fut la seule de tout le siège de Mons. Il [en] coûta peu au roi, qui retourna à Versailles et eut la bonté de mar»

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quer au marquis de Yillars beaucoup de satisfaction de ses services.

Les troupes furent renvoyées dans les garnisons et en quartiers de fourrage dans toutes les places de Flandre, de la Meuse, Picardie, Champagne, et les Ëvèchés, et assez de proche en proche pour rassembler Tarmée et entrer en campagne dès que les mouvements des ennemis y obligeroient.

Ils renvoyèrent leurs troupes aussi dans des quartiers assez éloignés, et Ton résolut de bombarder la ville de Liègç et d'y tirer des boulets rouges. Le marquis de Boufflers fut chargé de cette expédition, et le marquis de Yillars destiné à servir dans cette armée, laquelle fut placée sur les hauteurs, du côté de la Chartreuse. L'on tira quantité de boulets rouges qui firent lui médiocre effet. Le fort de Chenay, éloigné de la ville de près d'une demi-lieue, étant gardé par 500 honunes, le marquis de Yillars, qui se prome- Doit aux gardes les plus avancées, remarqua quelque mouvement dans les troupes qui étoient dans ce fort, et ayant jugé que cette garnison vouloit l'abandonner et sortoit avec précipitation, il prit les premiers piquets de cavalerie et d'infanterie qui se trouvèrent à la tête du camp, et ayant couru très diligemment sur leur route, les 500 honunes furent tous pris ou tués ; c'est ce qu'il y eut de plus considérable dans cette expédition.

L'on ordonna de brûler les faubourgs en se retirant. Cependant le marquis de Yillars étant chargé de l'arrière-garde suivit son humanité naturelle, les sauva et empêcha la destruction à la réserve de quatorze ou quinze maisons que l'on ne put garantir. Le marquis I 9

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(le Boufflers eut ordre de ramener son armée près de Dinant, ce qu'il fît en quatre jours de marche. L'on repassa assez près de Huy, qui étoit occupé par des ennemis, et conmie l'armée entroit dans son camp marqué, il arriva quelques avis au marquis de Boufflers, que les ennemis que Ton prétendoit forts de l'autre côté de la Meuse vouloient la passer à Huy et l'attaquer dans la marche, ce qui étoit presque impossible, à cause du long chemin que le prince d'Orange, que l'on disoit près de Louvain, auroit eu à faire; outre qu'une armée ne passe pas une rivière comme la Meuse, sur un seul pont, en si peu de temp$. Cependant sur cet avis le marquis de Boufflers voulut empêcher les troupes d'entrer dans le camp et les faire marcher.

La réputation du marquis de Boufflers étoit hi&ï établie sur sa valeur ; il étoit attaqué sur l'inquiétude, et l'on voit assez souvent des hommes d'une intrépidité personnelle être timides quand ils sont chargés du généralat.

Le marquis de Yillars représenta au marquis de Boufflers que cette marche forcée et sans nécessité ne seroit pas approuvée ; il se rendit à ses raisons. Q fut résolu que l'armée camperoit, et il garantit son ami d'une précipitation qui auroit été blâmée.

L'on ordonna que l'on se mettroit en marche avant le jour ; on fît une journée plus grande et, ayant des partis sur Huy, on régla les mouvements sur des avis certains, sans montrer une crainte inutile ; le marquis de Boufflers fut obligé au marquis de Yillars de son bon conseil.

On arriva à Dinant où l'armée se reposa pendant

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trois à quatre jours. La campagne précédente, le marquis de Galvo, ancien lieutenant général, avoit commandé la seconde armée de Flandre, laquelle auparavant étoit sous les ordres du maréchal d'Humières. Le roi la donna au marquis de Yillars. Il reçut les ordres et les instructions pour la commander au camp, près Dinant. Il avoit le commandement de toutes les troupes qui étoient dans les places depuis Tournay jusques à la mer, et outre cela 1 5 bataiUons et 30 escadrons avec un équipage d'artillerie. Il étoit chargé de la défense des lignes qui couvroient tout le pays depuis l'Escaut jusqu'à Dunkerque. En général, il étoit aux ordres du maréchal de Luxembourg, mais dans de certains cas il avoit ceux du roi pour agir indépendamment.

Il se rendit à Tournay et rassembla sa petite armée entre Cambray et le Pont-d'Espiers * .

On trouvera dans les dépêches du marquis de Yillars celle qu'il écrivoit au maréchal de Luxembourg pour lui expliquer, par plusieurs bonnes raisons de guerre, que pour défendre des lignes, si l'on peut prendre un bon poste en avant, qui oblige l'ennemi qui songe à attaquer des lignes à déterminer son attaque sur la droite ou la gauche, c'est l'unique moyen de pouvoir se flatter de les défendre ; puisque

1. Pont que Yillars avait fait jeter sur TEscaut à 10 kil. environ au nord de Tournai, près du confluent de ce fleuve avec la petite rivière d'Épiers. Il sortait fréquemment des lignes dont la défense loi était confiée, pour faire des reconnaissances vers Oudenarde, Ninove, Mons, etc..., et entretenait, au sujet de ces mouvements, avec Louvois, Barbezieux, Boufflers et Luxembourg une active correspondance dont j*ai la copie. — Voy. à l'appendice les extraits que j'en donne.

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le désavantage, en tenant une grande étendue du pays, est de ne savoir jamais quelle peut être la véritable attaque ; Tennemi, par donner des inquiétudes en divers lieux, obligeant celui qui défend à s'étendre et par conséquent à être foible partout. La lettre éclaircit cette matière, et la disposition du marquis de Yillars empêcha le marquis de Gastanaga, qui marchoit à lui avec des forces supérieures, de rien entreprendre.

Le marquis de Yillars retira même de grands avantages de sa disposition, car son pays étant couvert, et par conséquent ne payant aucune contribution, il obligea celui des ennemis de lui fournir toutes ses subsistances, et le marquis de Gastanaga avoit la douleur de voir tous les jours les chariots des terres d'Espagne traverser son camp pour apporter des foins et des avoines dans celui du marquis de Yillars.

L'armée du roi, conunandée par M. de Luxemboui^, ne fît qu'observer celle du prince d'Orange.

Yers les premiers jours de septembre, le marédud de Luxembourg crut pouvoir aller prendre des quartiers de fourrages du côté de Ninove, et plaça son armée dans un pays très abondant.

Pour y assurer sa subsistance et ses convois, il manda au marquis de Yillars de se placer avec la plus grande partie de ses troupes du côté de Renay, afin que tout ce qui venoit de Tournay pût passer en sûreté à l'armée de M. de Luxembourg. Les ennemis jetèrent 2,500 chevaux dans Oudenarde, et, un jour qu'il passoit un convoi de près de 4,000 charrettes, le marquis de Yillars se posta le mieux qu'il fut possible pour le couvrir, mais la fîle étoit si longue et tenoit une si

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grande étendue de pays qu'il étoit bien difficile de mettre tout en sûreté.

Les ennemis sortirent d'Oudenarde, attaquèrent le convoi en deux endroits, dételèrent quelques caissons, mais le marquis de Yillars y accourut avec une telle diligence que les ennemis furent repoussés partout et le convoi passa heureusement.

Le maréchal de Luxembourg manda au marquis de Yillars de se rendre auprès de lui pour prendre les mesures les plus justes pour assurer ses subsistances.

L'armée du maréchal de Luxemboui^ étoit, comme l'on dit, bien campée ; grains, fourrages en abondance, toutes les troupes baraquées, le général placé pour faire la meilleure chère du monde, les poulardes de Campigne, veaux de Gand, petites huîtres d'Angleterre. L'on parle de ces bagatelles parce que les ennemis du maréchal de Luxembourg vouloient quelquefois dire qu'elles ne laissoient pas d'influer sur ses résolutions.

Le marquis de Yillars le trouvant très content de sa situation prit la liberté de lui dire : c Mais le prince d'Orange ne pourroit-il venir camper près d'Ath et de Ligne et, par conséquent, vous faire sortir dans le moment de ce camp délicieux? > Le maréchal de Luxembourg soutenoit ce parti impossible par bien des raisons quand Tracy, qui étoit à la guerre avec 300 chevaux, manda qu'il croyoit voir paroitre la tète des colonnes de l'armée de^ ennemis. L'on voulut se flatter que c'étoit un fourrage; cependant sur une seconde nouvelle de Tracy, qui fortifîoit les premières, Ton monta à cheval, et des premières hauteurs on découvrit que réellement l'armée ennemie marchoit

13i MÉMOIRES DE YILLARS. [1691

du côté d'Ath, et avant deux heures après midi on la vit s'étendre le long du petit ruisseau de Ligne. Le marquis de Villars s'en retourna très diligemment à son camp, qu'il tint fort alerte toute la nuit, et à la pointe du jour il se rapprocha de l'Escault. Le maréchal de Luxembourg fut obligé à faire la même chose et à quitter un camp où l'on n'avoit été occupé pendant cinq ou six jours qu'à se mettre dans une abondance générale, et l'on fut obligé de mener l'armée du roi sous Tournay.

Le maréchal de Luxembourg fut piqué de s'être trompé dans ses mesures, et ce petit chagrin donna lieu à une très grande action qui se passa deux jours après.

Le maréchal de Luxembourg fut informé que le prince d'Orange avoit laissé l'armée sous les ordres du comte de Waldeck et qu'elle devoit marcher le 20* de septembre pour aller camper dans la plaine de Gambron ^ . Il crut pouvoir attaquer l'arrière-garde et envoya ordre au marquis de Villars de marcher dans l'instant avec i bataillons, et les régiments de Mârinville ^ et dragons de Tessé pour le joindre sous Tournay. Le marquis de Villars le trouva dans l'abbaye de...^, passant la nuit sur la paille et faisant monter à cheval soixante escadrons. Il conta au marquis de Villars qu'il avoit autrefois battu une arrière-^arde

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