Frédéric IV, roi de 1699 à
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ne fut pas f&dié de donner une commission très hasardeuse au marquis de Boufïlers, qu'il n'aimoit pas. Il le jetoit par là dans la fâcheuse incertitude ou de refuser une commission que le roi lui donnoit, ou de faire une entreprise du succès le plus douteux et le plus diffidle. Dans cet embarras, il consulta le marquis de YiUars. On examina tous les plans et projets de ce dessein, et on n'oublia aucun des expédients qui pouvoieot le rendre praticable. 11 y avoit deux bras de mer à passer, et il falloit que l'heure des basses marées se trouvât cadrer d'abord avec l'obscurité de la nuit, indispensablement nécessaire pour arriver sans être aperçu, et encore avec l'heure à laquelle on devoit traverser une dune fort étroite qui arrivoit au pied du bastion sur lequel il falloit grimper, et que les donneurs d'avis soutenoient très mal gardé. Ce double obstacle s'opposoit trop à la réussite de l'entreprise, et elle fut estimée impossible par la longueur du chemin et par la difficulté des passages. Le marquis de BoijrfHers en fit voir bien nettement toutes les raisons, et le roi les approuva.
Lies contributions avoient été bien établies l'hiver précédent : ainsi il n'y eut qu'à se reposer celui-ci. Le maréchal de Luxembourg, qui, après la mort du marquis de Louvois son ennemi, reprit crédit auprès du roi, composa l'armée de Flandre pour les officiers généraux. Il avoit tenté, la campagne précédente, d'Mer au marquis de Villars le commandement qu'il avoit en Flandre ; mais le roi n'avoit point voulu agréer œ changement. Le maréchal chercha donc une autre voie pour réussir, et saisit le prétexte du conunandement de la cavalerie de l'armée d'Allemagne.
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Le comte d'Auvergne, colonel général de la cavale rie, ayant demandé à venir commander celle di Flandre, — étant d'ailleurs ami du maréchal de Luxeni' bourg, réuni avec tous ceux qui étoient ennemis di marquis de Louvois, — dès le mois d'avril le mar quis de Yillars eut ordre de se disposer à aller awii en Allemagne. Il passa trois semaines à Paris ou à k cour, puis il se rendit au camp de Flonheim près d< Mayence , où le maréchal de Lorges avoit assembb son armée.
Cette même année mourut le marquis de Louvois^ dont nous avons remis à parler ici. Depuis assez longtemps il étoit très mal avec W^^ de Maintenon, qu avoit la confiance du roi. M. de Louvois étoit trèi mauvais courtisan, et combattoit souvent sans ménagement les sentiments et les protections qu'acoordoit M""* de Maintenon; en sorte qu'il s'aperœvoil dans son travail avec le roi, qui se faisoit toujoun dans la chambre de M°^^ de Maintenon, de beaucoup d'aigreur de la part de Sa Majesté : ce qui lui étoil d'autant plus insupportable qu'il croyoit rendre d€ grands services.
Un jour le roi lui parla si durement que Louvois se leva avec précipitation et jeta quelques papiers eu disant : c L'on ne sauroit vous servir. » Le roi se levs aussi et s'approcha de la cheminée où d'ordinaire il mettoit son chapeau et sa canne. M'"^ de Maintenon, qui crut qu'en s'approchant de sa canne il pourroil s'en servir, courut à lui. Cette précaution n'étoit pas nécessaire auprès d'un prince dont la modération et la sagesse étoient bien connues. Louvois sortit, résolu i se retirer. M"' de Maintenon lui écrivit le matin et lui
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manda de revenir le soir à la même heure qu'il avoit accoutumé de travailler, de ne faire au roi ni plaintes ni excuses, et en un mot de ne rien laisser paroltre dans sa conduite qui pût rappeler ce qui s'étoit passé. Cependant Louvois étoit outré de la plus vive douleur. Il prenoit des eaux de Forges, et étant allé travailler à trois heures après midi chez le roi, il se trouva mal, revint dans le moment chez lui, s'assit en arrivant, dit : c Je me trouve mal, » et mourut ^ Fagon, qui fut depuis premier médecin du roi, voulut croire que Louvois avoit été empoisonné : cependant cette opinion ne fut point établie. Le roi laissa le jeune Barbezieux^, qui n'avoit que dix-sept à dix-huit ans, ministre de la guerre; M. de Torcy^, qui n'étoit guère plus âgé, Tétoit en même temps des affaires étrangères, ce qui fit dire au prince d'Orange qu'il étoit étonné que le roi eût de si vieilles amies et de si jeunes ministres. On ne dit rien ici du caractère ni des talents de M. de Louvois, parce que dans le cours de ces Mémoires on en a beaucoup parlé.
1692. Dans les premiers jours de la campagne suivante en Allemagne, il arriva une aventure de déser-