juillet
2. L.-M.-Fr. Letellier, marquis de Barbezieux, cinquième enfant de Louvois, né en 1668, avait alors 23 ans et non (8 comme le dit Villars : à 18 ans, il avait reçu du roi la survivance du portefeuille de son père. Il mourut en 1701, épuisé, comme Seignelay, par une vie de plaisir et de travail.
3. J.-B. Colbert, marquis de Torcy, fils du marquis de Croissy, frère du grand Golbert, était ministre et secrétaire d'État aux Affaires étrangères, en survivance, depuis 1689; il fut titulaire en 1696, et conserva ces fonctions jusqu'à la mort de Louis XIV. Il mourut en 1718.
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leurs assez particulière. Un brigadier du régiment de Souternon déserta et avertit les ennemis qu'un convoi assez considérable partoit d'Alzey pour venir à Tarmée. Sur l'avis du déserteur, les ennemis firent SOTtir 1,000 chevaux de Mayence pour attaquer le convoi. Dans le même temps un houssard des ennemis déserta et nous avertit de leur dessein sur notre convoi. On fit aussitôt un détachement pour en assurer la marche : la tète de notre détachement rencontra celle des ennemis et renversa la première troupe où se trouva le brigadier de Souternon. Il fut pris avec un petit nombre de cavaliers ennemis et fut roué vif le lendemain. Ainsi cette double désertion avoit exposé et sauvé notre convoi.
Quelques jours après, sur les avis qu'une partie considérable de Tarmée ennemie qui étoit de l'autre côté du Rhin l'avoit passé à Mayence, le maréchal de Lorges, qui avoit grande confiance en Mélac^ maréchal de camp, l'envoya avec 500 chevaux pour s'informer exactement si l'ennemi avoit passé à Mayence, comme on le disoit. Rien n'étoit plus aisé à savoir, puisqu'un corps d'armée, infanterie, cavalerie et canon, ne peut se cacher après avoir passé le Rhin. Cependant Mélac s'en étant rapporté à un bailli du pays qui le trompa, revint assurer le maréchal de Lorges que la nouvelle étoit fausse. Un quart d'heure après on sut non seulement qu'elle étoit véritable, mais qu'un corps d'armée marchoit à Worms en grande
1. Ezéchiel de Mélac, entré au service en 1664, lieutenant général et gouverneur de Landau, en 1693, défendit brillamment cette ville en 1702, et ne la rendit qu'après 84 jours de tranchée ouverte. Il y rentra en 1703 et y mourut Tannée suivante.
diligence. Mélac fut honteux, et sa fureur s'exhala par ces horribles serments dont il avoit coutume d'effrayer les gens du conmiun.
Le caractère de cet officier général mérite, par sa singularité, qu'on s'y arrête un moment. Il avoit de l'esprit, de la valeur, et avoit très bien fait le métier de partisan jusqu'à la dignité de colonel : mais ces qualités étoient obscurcies par d'extrêmes défauts, entre autres il avoit celui de vouloir passer pour un athée, et il soutenoit qu'il n'y avoit point de diable, parce qu'il avoit, disoit-il, fait toutes choses au monde pour avoir commerce avec lui sans y avoir pu réussir. Le maréchal de Duras l'avoit principalement employé dans ces horribles incendies qui durèrent pendant deux ans; il avoit exécuté ces cruelles commissions avec la plus inflexible rigueur : tous les paysans allemands le croyoient sorcier, et son nom étoit devenu Veffroi des peuples. Satisfait de cette mauvaise réputation, il avoit un peu négligé sur les fins celle d'être terrible aux troupes ennemies. Sa fantaisie étoit de vouloir intimider nos intendants, de paroltre toujours furieux et de coucher avec deux grands loups pour se mieux donner l'air de férocité. Enfin c'étoit un caractère bizarre, duquel ordinairement le maître et le général ne tirent pas grande utilité.
Le faux avis qu'il nous donna sur la marche des emiemis les sauva; car ce corps d'armée, de 8 à 10,000 hommes, prêta le flanc par une marche de dix lieues à l'armée du roi entière, qui, pouvant aller aux ennemis par les plus belles plaines, étoit en état d'accabler ces troupes, et de les faire périr dans leur marche. Il étoit même facile de les défaire après
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qu'elles furent arrivées à Worms, où leur objet étoit d'assurer une tête de pont, lequel ne fut achevé que le jour d'après ; et par conséquent ils furent un jour sans communiquer avec le gros de leur armée, qui marchoit de l'autre côté du Rhin à même hauteur. Leur objet étoit de nous tirer du Bas-Palatinat et de nous faire rapprocher de Philisbourg et de Landau.
Nous avions un poste avancé à Worms dans une église ruinée, où Lescossois, lieutenant colonel de Normandie, commandoit avec 300 honunes. Les ennemis l'attaquèrent : Lescossois se défendit courageusement, tua 5 à 600 hommes des ennemis, mais à la fin le poste fut emporté.
L'armée du roi partit de Flonheim et marcha au travers des plaines. Si elle eût cherché les enneniis, elle pouvoit les attaquer avec grand avantage, car leur pont n'étoit pas fait, ni par conséquent leur jonction avec le gros de leur armée, qui étoit de l'autre côté du Rhin. Mais nous ne voulions pas d'action ; et le jour d'après, sans la vivacité et l'application du marquis de Yillars, 3,000 chevaux conunandés par le comte de Lippe n'auroicnt pas payé si cher la faute qu'il fit d'approcher assez inconsidérément de l'armée du roi. Le comte de Lippe, croyant apparenunent qu'elle s'étoit éloignée, passa avant le jour le ruisseau de Pfedersheim, qui nous séparoit des ennemis ; et le marquis de Yillars allant aux gardes de cavalerie les trouva à trois cents pas de ce corps des ennemis. Nos dragons avoient monté à cheval sans ordre, et nos gardes éloient soutenues de trois escadrons de cavalerie. Ainsi le marquis de Yillars trouva quinze escadrons tout prêts, dans le temps même que les enne»
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mis ayant reconnu que Tarmée du roi étoit dans son camp, et par conséquent qu'ils avoient fait une faute capitale de passer le ruisseau, ne songeoient qu'à le repasser diligemment.
Le marquis de Yillars profita de l'occasion, et, sans perdre un moment, il ordonna aux deux escadrons de dragons de s'étendre sur la gauche et de sortir d'un fond qui les couvroit, pour faire croire aux ennemis qu'il venoit des troupes de plusieurs endroits, et que l'armée du roi s'ébranloit. H marcha aux ennemis avec le reste, les prit à moitié passés, en tua un fort grand nombre et fit plus de 300 prisonniers, parmi lesquels étoient deux colonels.
Deux jours après, le maréchal de Lorges alla se promener sur les hauteurs de Pfedersheim, suivi de la plupart des officiers généraux. Il sa voit que l'on avoit murmuré assez dans l'armée de ce qu'il n'avoit pas attaqué les ennemis : il voulut faire .voir que cela n'étoit pas facile, et on se contenta de lui répondre avec le respect dû à un général . Mais presque dans le même temps les ennemis surprirent un de nos courriers ; ils virent nos lettres et renvoyèrent au marédial de Lorges celle de l'intendant Xafont, qui expliquoit assez naturellement ce que presque toute l'armée avoit pensé sur la possibilité de défaire ce corps d'ennemis, qui repassa le Rhin et qui peu de jours après le passa encore à Spire avec le reste de l'armée.
Celle du roi fut jointe par un corps assez considérable de nos Irlandois, que le marquis d'Huxelles^
1. Nicolas du Blé, marquis d'Huxelles, né en 1652, était alors lieutenant général depuis 1688; il devint maréchal de France
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ramena de Brisach, et il y eut des escarmouches autour des ruines de Spire, que les ennemis occupoient : mais comme je l'ai déjà dit nous ne cherchions pas d'action. L'armée impériale, conmiandée par le landgrave de Hesse et le marquis de Bareith^, auxquels elle avoit peu de confiance et dont tous les généraux, surtout quelques autres princes de l'Empire, étoient assez mécontents, ne vouloit pas non plus combattre, et tout se passoit en mouvements, sans aucun objet principal : les seuls houssards approchoient l'armée du roi, inquiétant nos gardes et nos fourrages. Le marquis de Yillars, ayant servi dans les armées de l'empereur, connoissoit mieux qu'un autre l'esprit de guerre particulier à ces sortes de troupes, qui est de n'attaquer presque jamais celles qui se tiennent ensemble, mais de pousser ce qui se débande. Cette connoissance lui ftit utile dans la ccmjoncture présente. Un jour ayant trouvé nos fourrageurs pressés par les houssards, il fit avancer deux troupes de gendarmerie au milieu d'eux. Charron, sous-lieutenant des Écossois, accourut lui dire qu'il alloit perdre leurs gendarmes, c Monsieur, lui réponc dit le marquis de Yillars, quand je ne sais que &ire c le matin, je suis bien aise de m'amuser en faisant c tuer douze ou quinze gendarmes. Apprenez, contic nua-t-il, comment il faut se conduire avec les hous- € sards. » En même temps il se mit à la tète de ces
(1703). Plénipotentiaire à Gertniydeaberg et à Utrecht, et gouverneur d'Alsace, il mourut le iO août 1730.
i. Christian Ernest de Brandebourg, margrave de Bayreath, né en 1644, mort en 1712, l'un des meilleurs généraux de TEmpire.
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deux troupes de gendarmerie, leur fit mettre le mousquet haut, et leur dit : c Que personne ne tire, excepté € ceux que je marquerai moi-même. » Ensuite il donna ordre à quelques-uns de ceux qui étoient des plus sûrs de leur coup d'ajuster autant qu'ils pourvoient, avec un feu médiocre, ceux des houssards qui les approcheroient le plus. Par ce moyen il écarta les plus empressés des houssards; après quoi il envoya une des deux troupes de gendarmerie se placer deux cents pas derrière lui, et se retira lui-même avec la première, faisant toujours tirer quelques coups, mais sans que personne sortit des rangs. Ainsi il regagna le gros de l'escorte, sauva les fourrageurs et donna une leçon à la cavalerie sur la conduite nécessaire devant un ennemi qu'on sait aussi éloigné d'attaquer des troupes ensemble, que dangereux et prompt à suivre ce qui se sépare devant lui.
L'armée du roi passa le Rhin peu de jours après, celle des ennemis étant séparée par quartiers derrière Pforzheim. Le seul duc de Wirtemberg se tint avec 3,000 chevaux deux lieues en deçà de cette petite ville, se croyant assez bien posté pour soutenir ou du moins pour avoir le temps de se retirer. Le premier lui étoit impossible, le second dépendoit de lui, puisque nous marchâmes en plein jour l'armée entière. Le marquis de Yillars, persuadé que les ennemis n'attendroient pas, demanda pour les amuser 2,000 chevaux au maréchal de Lorges. On les lui refusa, pour ne point user de surprise avec un ennemi plein de fi^nchise, ou pour mieux dire d'imbécillité dans la guerre. Celle de M. l'administrateur fut poussée au plus haut point, puisqu'il ne songea à se retirer que
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quand Farinée du roi, qui avoit marché très gravement sur six colonnes, fut sur le bord du ruisseau qui le séparoit de nous. Alors sa retraite fut précipitée : le marquis de Yillars, les comtes de Tallard et de Goigny se mirent à la tète des premières troupes ; on passa le ruisseau en divers endroits, et cette action ne fut pas un combat, mais une chasse de lévriers. Plus de cinq cents des ennemis restèrent sur la place ; on en prit un plus grand nombre ; le duc de Wirteniberg tomba entre les mains du marquis de Yillars, qui au retour des armées de Hongrie avoit passé chez lui deux ans auparavant, et le connoissoit fort. Ce fut une consolation pour ce prince de se voir d'abord en sûreté entre les mains de personnes de connoissanoe.
Il demeura sept à huit jours dans l'armée du roi, après quoi on reçut ordre de Fenvoyer à la cour. Durant ce court intervalle, il entretenoit le marquis de Yillars de toutes les fautes qu'avoient faites les généraux des ennemis. Entre autres circonstances, il lui raconta que leur armée ayant passé le Rhin à Spire, il y eut un grand débat entre le landgrave de Besse et le marquis de Bareith. Tous deux ayant le premier conunandement sur l'aile droite et l'aile gauche, l'un et l'autre se disputoient d'avoir la droite. Pour les accommoder, on trouva enfin l'expédient de dire deux corps, sans jamais proférer ni le mot de droite ni le mot de gauche. Le duc de Wirtemberg assura le marquis de Yillars qu'étant allé complimenter les deux généraux sur ce bel expédient qui finissoit la querelle, il leur avoit dit : € Messieurs, vous avez fait deux € corps ; ne pourriez-vous pas trouver une tête? >
Après la défaite du duc de Wirtemberg, l'armée
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des ennemis s'approcha du Bas-Necker et nous laissa la liberté de pousser les contributions aussi loin que Ton voulut. On envoya des partis fort avant dans le pays, et conune ils rejoignoient l'armée, on apprit que le landgrave de Hesse avoit investi Ebersbourg. Le maréchal de Lorges marcha au secours et le marquis de Yillars lui demanda 2,000 chevaux pour approcher diligenmient d'un ennemi qui, selon toute apparence, lèveroit le siège à l'arrivée de l'armée du roi, et qui, n'étant point troublé ni arrêté dans ses mouvements par l'approche d'une tête d'armée, auroit assez de loisir pour se retirer tranquillement. Le maréchal refusa la proposition, et l'on marcha avec toute l'armée, la cavalerie ayant l'avant-garde et marchant sur deux colonnes.
Dans cette marche de la cavalerie il arriva une chose assez surprenante et assez singulière pour être racontée. La nuit étoit fort obscure : après avoir passé le ruisseau de Pfedersheim on trouvoit une plaine de plus de quatre lieues, et les colonnes étoient de près de 50 escadrons chacune, marchant à même hauteur. Il arriva que celle de la droite se trouva tout entière sur la gauche, et celle de la gauche sur la droite, sans qu'aucun escadron se fût coupé; en sorte que la colonne de la droite entendant la marche d'un fort gros corps où il ne devoit y avoir rien, crut que les ennemis avoient passé à Mayence et nous approchoient. On reconnut bientôt que tout étoit ami, mais on ne pouvoit imaginer un mouvement si extraordinaire, ni comment 50 escadrons avoient passé de la droite à la gauche sans le remarquer eux-mêmes. 11 arriva sans doute qu'une des colonnes fit halte, et
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que l'autre , prenant à droite imperceptiblement, se trouva déplacée.
A la pointe du jour nous apprîmes que le siège d'Ëbersbourg étoit levé, et que le landgrave de Hesse se retiroit avec précipitation et en désordre vers Bingen où étoit son pont sur le Rhin .
La campagne finit par ce dernier mouvement ; et le marquis de Yillars, destiné à aller commander en Flandre, passa par la cour. Durant les trois semaines qu'il y demeura, le roi eut la bonté de lui marquer combien il étoit satisfait de ses services.
1693. L'année 1693 commença par le siège de Furnes, que le marquis de Boufflers entreprit dans les premiers jours de Tannée, et par un temps très fâcheux. Le marquis de Yillars fut chargé d'obsarver les mouvements des ennemis, pour couvrir les pays du roi qui n'étoient pas soumis aux contributions, et pour assurer en même temps l'entreprise de Fumes. Pour cela il marcha vers Gourtray, se tenant entre l'Escaut et la Lys, jusqu'à ce qu'il vit le parti que les ennemis prendroient sur les nouvelles de l'investiture de Furnes.
M. l'électeur de Bavière parut d'abord, par quelques mouvements des garnisons de Bruxelles, de Namur et de Gand, vouloir marcher à Gourtray ; ce qui obligea le marquis de Yillars à se tenir près de cette place. Mais, sur la résolution que prit l'électeur de marcher à Nieuport pour tenter le secours de Furnes, le marquis de Yillars s'avança très diligenmient vers Dunkerque. Dans la marche, on lui confirma que l'électeur de Bavière rassembloit toutes ses forces sur Nieuport.
Le marquis de Villars se hâta d'arriver avec la tète de ses troupes à Dunkerque, et alla de sa personne à Fumes, dont il trouva les avenues si bien fermées aux ennemis, qu'il ne douta pas du succès prompt et assuré de Tentreprise. Aussi la place se rendit-elle le 7 de janvier. Le temps étoit horrible, et la garnison hollandoise avoit même peine à traverser le camp, tout étant inondé, les tranchées pleines d'eau ; ce qui devoit rendre les ennemis un peu honteux de leur mauvaise défense.
Pendant toute cette expédition, le roi avoit donné au marquis de Villars le commandement général de toutes les troupes que l'on pourroit tirer de la Meuse et de toutes les places de Flandre, pour s'en servir, suivant les besoins, pour assurer ses lignes, Gourtray et les frontières, et pour en fortifier aussi l'armée du marquis de Boufflers, aux ordres duquel il étoit.
Les ennemis ayant abandonné Dixmude, le marquis de Villars le fit occuper d'abord par 500 hommes, et eosuite il y mit un assez grand nombre de troupes pour être en état de le soutenir. Après le siège de Furnes, le marquis deBoufHers eut ordre de se rendre à la cour, et le commandement de Flandre fut continué CD son absence au marquis de Villars.
Il apprit alors que Sa Majesté Tavoit fait lieutenant général^, et peu de jours après qu'il étoit destiné à servir en cette qualité dans l'armée d'Allemagne, et y commander la cavalerie.
Le roi fit dans le même temps une promotion de sept maréchaux de France, qui étoient MM. de Ghoi-