La promotion est du 30 mars
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seuls de Joyeuse*, deViileroy^ deTourville^, deNoaiUes^, de BoufQers^ et de Gatinaf^, tous gens de mérite, mais dont aucun n'avoit gagné de bataille, ni même ochdmandé à aucune grande action, si ce n'est MM. de Tourville et de Gatinat. L'un étoit vice-amiral et estimé un des meilleurs hommes de mer qu'il y eût en son temps, l'autre avoit gagné la bataille de Staffarde : homme simple, modeste, se renfermant dans une humilité qui avoit contribué de beaucoup à son élévation. Il refusa même, étant maréchal de France, d'être chevalier de l'ordre, avec bien moins de raisons que n'en auroient eu plusieurs qui pourtant n'en avoient pas fait difficulté dans la dernière promotion.
Les maréchaux de Joyeuse et de Ghoiseul, gens de naissance illustre et d'un grand courage, avoient passé
i. Claude de Ghoiseul-Francières , comte de Ghoiseul, né en 1632, mort en 1711. Entré au service en 1649, il le quitta apfès la paix de Ryswick, en 1697.
2. J. Armand de Joyeuse Grandpré. marquis de Joyeuse, né en 1631, mort en 1710, se distingua par sa bravoure, particulièrement à Nerwinde, où il fut blessé, et quitta le service en 1697, sans avoir commandé en chef.
3. Fr. de Neufville, marquis, puis duc de Villeroy, se distiDgpa en sous-ordre, mais fut malheureux comme commandant en chef. Il quitta le service après la défaite de Ramillies (1706), et mourut en 1730, âgé de 84 ans.
4. L.-Fr., chevalier, puis duc de Boufflers, né en 1644, mort en 1711, le vaillant défenseur de Lille, en 1708, et le brillant commandant de la retraite de Malplaquet.
5. Anne-Hilarion de Gostentin, comte de Tourville, né en 1642, mort en 1701.
6. Anne- Jules, duc de Noailles, né en 1650, mort en 1708, premier maréchal de ce nom.
7. Nicolas de Gatinat, sieur de Saint-Gratien, né en 1637, mort en 1712 , le célèbre et modeste vainqueur de Staffarde et de la Marsaille; il refusa le cordon bleu en 1705.
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jusqu'à l'âge de 65 à 66 ans dans les emplois de subalterne, où il est difficile, quand on y reste si longtemps, d'acquérir l'élévation, le génie de commandement et le courage d'esprit si nécessaires pour tenir le timon avec dignité et avec succès : il arrive même très souvent que ceux qu'on a vus briller dans les secondes places se trouvent accablés du poids de la décision à laquelle celui qui conmiande est obligé, et quelquefois contre tes conseils de la plupart des gens qui l'environnent.
Le maréchal de Villeroy étoit né avec du courage, avec un air de hauteur qui imposoit, et avec les talents d'un honmie de cour ; mais il a eu peu de fortune dans la guerre, dont le chevalier de Lorraine son allié l'avoit fort pressé de se retirer. Le roi a voit un grand goût pour lui, et d'autant plus fort qu'il avoit été élevé auprès de Sa Majesté comme fils de son gouverneur. Cette amitié, conçue dès la première jeunesse, étoit devenue comme naturelle; peutr être même auroit-elle effacé l'inclination du roi pour M. le duc de La Rochefoucauld, si la grande assiduité de oelui-d et les galanteries de l'autre, qui ne lui permettoient pas la même exactitude, n'avoient donné au duc de La Rochefoucauld un air de supériorité dans la faveur.
Le maréchal de Boufflers étoit homme d'un très grand courage et d'une application infinie. Son zèle pour le service, son attachement pour les généraux sous lesquels il avoit servi, et son mérite reconnu dans un grand nombre d'occasions particulières, lui avoient attiré leur estime. Il ne se fîoit pas à ses lumières et vouloit surmonter, par un travail de corps
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et d'esprit au-dessus de rhomme, ce qu'il croyoit que la vivacité et un génie supérieur pouvoient donner de préférence sur lui à ses confrères.
Le maréchal de Noailles, élevé par son père à une extrême assiduité auprès du roi, avoit cependant voulu servir et arriver au conmiandement des armées : mais ses infirmités le lui firent quitter d'assez bonne heure et ne lui permirent pas de continuer les fonctions de la dignité qu'il avoit obtenue.
Pour revenir au marquis de Yillars, dès qu'il se vit destiné à servir dans l'armée d'Allemagne, il quitta la Flandre, et alla passer trois semaines à la cour, n eut ordre de se rendre sur le Rhin dans le 1 5 de mai.
La campagne fut ouverte par le siège d'Heidelberg, dont il n'y eut que le château qui put faire quelque résistance ; elle fut même assez légère : le gouverneur, commandeur de l'ordre Teutonique, se rendit le septième jour. En punition de s'être défendu si mal, il ftit mis au conseil de guerre par les ennemis et condaamé à être dégradé des armes : espèce d'infamie plus affreuse que la mort même à un honune d'honn^u*. Nos troupes pillèrent et brûlèrent la ville d'Heidelberg, malgré tout ce que les officiers purent faire pour la conserver : mais, il le faut avouer, la licence étoit extrême dans cette armée. Le marquis de Villars paria à tous les régiments de cavalerie, et leur déclara que, s'ils n'étoient plus sages à l'avenir, les punitions seroient rigoureuses.
L'armée passa le Necker, et avoit ordre de ch^xsber les ennemis. On s'avança jusqu'à Zwingenberg : et 2,000 chevaux des ennemis qui étoient en bataille der* rière le ruisseau qui porte ce nom, et paroissoient
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une arrière-garde ou un gros parti pour reconnottre notre armée, pouvoient être fort maltraités : il n'y avoit qu'à saisir le moment de l'arrivée de la tète de l'armée du roi ; car dès qu'ils eurent reconnu le péril, leur retraite fut prompte.
Dans ce temps-là, le roi envoya Monseigneut* avec un détachement considérable de l'armée de Flandre, pour venir commander l'armée d'Allemagne, et pour la mettre en état, par une si grande augmentation de forces, de pousser celles de l'empereur , et de donner des lois à l'Empire. On pouvoit espérer ces avantages de l'armée du roi, supérieure en nombre et en valeur à celle du prince de Bade ; mais il eût fallu l'attaquer immédiatement après la jonction, et ne pas perdre huit à dix jours que ce général employa très utilement à fortifier son camp près de Heilbronn, et qui même donnèrent à quelques troupes, qui étoient fort éloignées, le loisir et la liberté de joindre.
Enfin à la pointe du jour l'armée du roi marcha à celle des ennemis et se plaça de tous côtés à la portée du mousquet de leurs lignes, cependant dans des fonds où elle souffroit peu du canon. Nous trouvâmes que leur droite étoit au village de Sontheim, près de Heilbronn, le centre à Theilheim, et leur gauche retournant vers Heilbronn ; de manière qu'ils étoient campés presque en rond. Leurs retranchements, qu'ils n'avoient conunencés que depuis trois jours, étoient en fort bon état. Us avoient ajouté à la bonté naturelle de leur poste tout l'art possible, et manié leur terrain en gens de guerre ; en sorte que personne ne crut praticable de les forcer, et l'armée rentra dans son camp sur les huit heures du soir.
On apprit par diverses personnes que le plus grand nombre de leurs troupes ne les avoit joints que depuis quatre jours, et qu'ils n'avoient conunencé à se retrancher que deux jours seulement avant Tarrivée de Tarmée du roi : preuve infaillible qu'ils n'auroient pas attendu, si Ton avoit marché à eux aussitôt qu'on le pou voit.
Le maréchal de Lorges, craignant qu'on ne loi imputât cinq ou six jours que Ton avoit perdus, et qui, employés à une marche plus vive, n'auroîent pas permis au prince de Bade de nous attendre, proposa plusieurs expédients pour resserrer les ennemis, et pour leur ôter les communications. Ces desseins, assez difficiles par eux-mêmes, étonnèrent la cour de Monseigneur : le maréchal de Ghoiseul fut le premier à dire tout haut qu'ils n'étoient pas praticables; le marquis d'Huxelles fut du même sentiment; les autres lieutenants généraux ne ftirent pas consultés, et Tavis de presque tout ce qui approchoit Monseigneur fiit une décision où le désir d'un prompt retour à Versailles eut la principale part. Le marquis de BoufHers indécis ne voulut pas s'opposer à ce torrent, et Ton ne fut plus occupé que du soin de regagner le Rhin.
Cependant on apprit la nouvelle de la bataille de Nerwînde^ et que l'armée du prince d'Orange avoit été forcée dans ses retranchements par celle du roi, qui pourtant n'étoit pas destinée à de si grands desseins que celle d'Allemagne, fortifiée de l'élite des troupes de Flandre, et qui devoit être animée par la présence de Monseigneur. Une action si glorieuse aux troupes