Le 30 novembre
2. Wiesloch, petite ville du Palatinat, à 10 kilomètres au sad de Heidelberg, entre cette ville et Philipsbourg.
H. le maréchal de Lorges marcha le 25 de juin, dès la pointe du jour, à Saint-Leen et Roth. Le marquis de Yillars étoit lieutenant général de jour, et s'avança aux gardes que postoit Saint-Fremont ^ maréchal de camp. Les houssards des ennemis poussèrent vivement la plus avancée; mais, soutenue par trois autres, et par les régimens de cavalerie du Ghâtelet^ et du Bordage, on rechassa les ennemis à leur tour. Cependant nos cavaliers s'étant débandés malgré Içs ordres, revinrent avec quelque confusion; les escadrons du Chàtelet et du Bordage se placèrent dans une petite plaine, et les ennemis repassèrent le ruisseau de Wisloch. Le maréchal de Lorges étant arrivé dans ce temps-là, voulut que Ton essayât de passer ce ruisseau. Le marquis de Villars, MM. de Saint-Fremont et Barbesière^ marchèrent à la tète des troupes. On trouva le ruisseau assez difficile ; et les ennemis faisant un fort gros feu, le marquis de Yillars vit bien qu'il falloit forcer le passage dans le moment. Ou se retirer.
Le prince de Bade étoit lui-même à la tète de ses troupes; et quoiqu'il n'eût pas résolu d'engager une bataille, son armée étant bien postée à un quart de
1. J.-Fr. Ravend, marquis de Saint-Frémond, officier distingué, vainqueur des Autrichiens à Stradella (1704), mort lieutenant général et gouverneur de Maubeuge en 1722.
2. Le marquis du Chàtelet commandait la brigade de Mérinville en son absence (Saint-Simon, I, 185). Il devint gouverneur de Vincennes. Saint-Simon (I, 351. VIII, 106) a dit beaucoup de bien de lui et de sa femme, fille du maréchal de Bellefonds.
3. Gh.-L. de Ghémerault, marquis de Barbesières, était alors brigadier ; il fut nommé lieutenant général en 1696, fait prisonnier en Tyrol en 1703; il fit sa dernière campagne en Italie en 1704, et mourut en 1709. Saint-Simon (III, 400. IV, 5, 102) a raconté sa captivité et parlé de lui avec éloges.
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lieue de là, il étoit pourtant fort aise de nous arrêter.
Le marquis de Yillars ordonna à un des escadrons de Mérin viUe, commandé par La Valette , dont il ooih noissoit la valeur, de forcer le passage du pont, et à quelques dragons de tâcher de passer le ruisseau plus bas. Lui-même, à la tête d'un autre escadron de Mérinville, suivi de Saint-Fremont et du marquis d'Avernes^, qui conunandoit les dragons de l'armée, il se jeta dans le ruisseau, assez f&cheux par sa hauteur et par des fonds marécageux : il enfonça les ennemis, dont on tua un fort grand nombre, et les poussa jusque près de leur camp. Le marquis d'Avernes fut tué dans le ruisseau même; Hercy, général des ennemis, fut pris et se trouva sbus les pieds du cheval du marquis de Villars. Il étoit l^èrement blessé.
Cette action ne laissa pas d'être glorieuse aux troupes du roi , celles des ennemis étant animées par la présence du prince Louis de fiade. D'ailleurs c'étoit le commencement de la campagne, et il est avantageux de bien débuter.
Cependant, après ce petit succès, on résolut de repasser le Rhin, sans aucun objet principal; et une des plus belles armées du roi ne fit, le reste de la campagne, que consommer des fourrages, au lieu que, se tenant au delà du Rhin, elle y étoit plus glorieusement, et poussant au moins des contributions au delà
i. c C'était, dit Saint-Simon, un Sicilien de condition, que le A malheur plus que le choix avait jeté dans la révolte de son c pays et que M. de la Feuillade ramena lorsqu'il retira les troupes i françaises de Sicile; il fut regretté pour son mérite et sa • valeur, i Saint-Simon assistait à ce combat de Wiesloch et le décrit (I, 184) ; son récit concorde avec celui de Yillars.
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des Montagnes Noires. On pouvoit même tenter de faire prendre Villingen, qui nous eût donné la tète du Danube.
Le marquis de Villars, très occupé de l'intérêt du roi et de la gloire de ses armes, plus vif peut-être qu'un autre sur l'inutilité, ne craignoit point de représenter que celle où il voyoit les troupes étoit très préjudiciable. Ses remontrances ne plurent pas, et une opposition de sentimens lui suscitoit souvent des ennemis. Enfin la campagne entière se passa, comme on l'a dit, à consommer des fourrages, et les dernières semaines furent même extrêmement dures pour la cavalerie, par les longs séjours que l'on faisoit d'ordinaire dans les mêmes camps.
Notre tranquillité fut troublée, les derniers jours de septembre, par des avis qui nous furent donnés que le prince Louis de Bade avoit passé le Rhin à Hagenbach^ et qu'il s'étoit saisi de cette petite ville. L'inquiétude ne fut pas légère, et il n'y eut pas d'autre parti à prendre que de marcher avec la plus grande diligence pour arrêter les progrès des ennemis, et les empêcher de s'étendre dans le plat pays. Ils n'en avoient pourtant pas l'intention, et le prince Louis, nous voyant occupés à rien, voulut s'amuser un peu plus que rien : c'est ainsi que je nomme un passage dont il pouvoit faire un meilleur usage. A la vérité ses forces n'étoient pas assez considérables pour tenir la Lutter* devant nous, et nous fermer l'Alsace : c'eût été un trop grand objet. Mais du moins, après avoir passé
1. Petite place sur le Rhin, un peu au-dessous de Lauterbourg et du confluent de la Lauter.