La Lauter
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le Rhin, il pouvoit détacher 3 ou 4,000 chevaux, qui pouvoient remonter toute T Alsace, mettre tout à contribution, enlever une grande quantité de baillis et de gens considérables; après cela s'en retourner par Rhinfeld ^ . Les louables cantons n'auroient pas murmuré de voir passer ce corps une lieue et demie sur leurs terres : nous les avons accoutumés, et nous et les Impériaux, à de plus grandes libertés.
On arriva à Hagenbach précisément dans le t^nps que l'arrière-garde des ennemis repassoit les derniers ponts, et on leur prit quelques cavaliers et un asseï grand nombre de maraudeurs qui n'avoient pu rejoindre. Dans cette occasion on vit une chose assez ordinaire sur les crues du Rhin, mais cependant asseï surprenante : c'est qu'il baissa de six pieds en quatre heures de temps.
Cette petite aventure terminée, il ne restoit plus qu'à séparer l'armée. On étendit quelques bataillons le long du Rhin : le maréchal de Joyeuse mardia vers la Moselle avec la plupart de la cavalerie, le comte de Tallard sur la Sarre. Le marquis de Yillars, en attendant la dernière séparation de l'armée et le congé que l'on donne aux généraux, alla voir son gouvernement de Fribourg, où il examina par lui-même si les avis qu'on avoit eus pendant la campagne, qu'un partisan des ennemis, nonuné Pessemann, avoit eu intention de surprendre le château, pouvoient donner quelque juste
1. La ville de Rheinfelden, située sur la rive gauche du Rhin, appartenait à l'Empire, mais elle était séparée de l'Alsace par le territoire du petit canton de B&le, placé à cheval sur le fleuve et qui fut souvent emprunté par les belligérants. Voir plus loin le récit de la bataille de Friedlingen.
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inquiétude. Ce voyage lui donna occasion d'aller visiter les entrées des Montagnes Noires : il ne les trouva pas d'un accès si difficile que l'on le publioit, et dès ce temps-là il prit des connoissances qui lui furent utiles dans la suite.
Les ordres pour la dernière séparation étant arrivés, le marquis de Yillars alla passer l'hiver à la cour. Le roi, qui connoissoit son zèle, et qui avoit quelque bonne opinion de ses vues, voulut lui faire l'honneur de l'entretenir dans son cabinet. La première fois il lui ordonna de faire quelques mémoires sur les projets de guerre que l'on pouvoit former, et dans la seconde audience le marquis de Yillars lui présenta ceux qu'il avoit faits. Le roi eut la bonté de l'assurer qu'il les voyoit avec plaisir, qu'il en comprenoit les conséquences et l'utilité. Mais, comme celui qui pensoit n'étoit pas à portée d'être chargé de l'exécution, qu'il y avoit trois maréchaux de France destinés au commandement de l'armée d'Allemagne, et que d'ailleurs le ministre de la guerre étoit ennemi déclaré du marquis de Yillars, ses idées ne furent point suivies. Elles lui furent cependant très utiles ; elles avoient frappé le roi et le coofirmoient dans le dessein de l'élever ; ce qui arriva quelques années après, et lorsque le roi, voyant les affaires de la guerre dans le plus grand désordre en Flandre et en Allemagne, voulut donner le conunandement de l'armée d'Allemagne au marquis de Yillars, bien qu'il y eût un maréchal de France à la tète et six lieutenants généraux plus anciens que lui.
[1695.] Cet hiver n'eut donc rien de particulier pour le marquis de YUlars que ces deux audiences
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particulières du roi. Mais on lui fit alors plusianrs propositions de mariage : sa famille désiroit avec passion qu'il y donnât les mains, et cette raison balançoit Téloignement qu'il avoit pour cet engagem«it. Il s'y trouva des difficultés qu'il chercha foiblement à surmonter, et il partit pour la campagne de 4695, qu'il fit en Allemagne.
Elle s'ouvrit à l'ordinaire par le passage du Rhin, et l'on alla camper entre Heidelberg et Philisbourg. Le maréchal de Lorges tomba dangereusement malade : il fut porté à Landau, et le conmiandement demeura au maréchal de Joyeuse.
L'on s'étendit d'abord, occupant divers postes vers Seinsheim et sur la route que les ennemis pouv<nait prendre pour s'approcher de nous. Cependant on ne fut pas bien informé de leurs premiers mouvements ; et le maréchal de Joyeuse, ayant eu avis sur le midi que le prince de Bade marchoit à nous, dit au marquis de Villars de prendre sur-le-champ deux mille dievaux et d'aller retirer sept à huit cents hommes de pied que nous avions répandus dans plusieurs petites villes, châteaux ou églises, toutes à deux heures de l'armée, et sur le chemin des ennemis.
Le marquis de Yillars trouva la tète de leur armée conduite par le prince de Bade. Il fit retirer les postes d'infanterie ; mais, conmie pour assurer leur retraite il avoit fallu s'avancer avec les deux mille dievaux, elle étoit difficile, les houssards des ennemis commençant à pousser nos dernières troupes, le marquis de Yillars fit ferme avec deux troupes de gendarmerie à la tête d'un défilé, et arrêta sans peine les premiers houssards : en même temps il ordonna au marquis de
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Marivaux^ de s'éloigner de ce défilé, qui étoit un petit ruisseau aisé à passer, et d'aller au grand trot se mettre en bataille à l'extrémité d'une plaine qui avoit près d'une demi-lieue d'étendue; en sorte que les ennemis, après avoir passé ce petit ruisseau, découvrirent un corps de cavalerie considérable qui les obligeoit à traverser cette plaine avec ordre pour s'en approcher.
Après cette disposition, les houssards serrant nos deux troupes, le marquis de Yillars ordonna à celles-ci de pousser deux cents pas les houssards et de revenir à toutes jambes. Le marquis de Yillars les attendit avec une troisième troupe, les reçut et traversa la plaine tranquillement. A peine étoit-il dans le milieu que les ennemis passèrent en foule le premier ruisseau, et l'on vit bientôt une première ligne se former. Mais comme elle voyoit un gros corps dans l'extrémité de la plaine, la première ligne voulut en attendre une seconde. Le marquis de Yillars fit repasser diligemment le ruisseau qui étoit derrière lui à sa seconde ligne, et sans que l'ennemi pût s'en apercevoir. Ce ruisseau étoit plus aisé à soutenir que le premier ; et la première ligne, à la réserve de trois troupes, repassa aussi, pendant que le prince de Bade se mettoit en bataille dans la plaine. En même temps Yillars ordonna que tout ce qu'il y avoit de tambours de dragons bâtissent la marche de l'infanterie, et que par un grand bruit on fit tout ce qui pouvoit persuader aux ennemis
1. N. de risle, marquis de Marivault ou Marivaux, brigadier depuis 1693, mourut en 1709 lieutenant général- et fort âgé. U était de la famille de l'Isle-Adam, servit avec distinction et avait beaucoup d'écrit, Saint-Simon lui-même le reconnaît.
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que la tête de Tannée de France arrivoit poitf le mutenir.
Le prince de Bade traversa la plaine le plus diligemment qu'il lui fut possible et s'étendit le long du ruisseau, qui lui parut défendu par tout ce corps de deax mille chevaux. Les escarmouches furent très vives : cependant il n'en coûta que dix honunes an marquis de Yillars pour faire une assez longue retraite devant une armée ennemie, conduite par un général vif et entreprenant. La nuit arriva et le maréchal de Joyeuse vint au devant de Villars qu'il croyoit perdu.
Le jour d'après, le prince de Bade s'approcha de l'armée du roi, paroissant vouloir combattre. S'il revoit bien désiré, il n'étoit pas impossible d'engager une action : notre gauche étoit soumise au canon et Von pouvoit ou la déposter, ou l'inconmioder fort. Qn se retrancha au plus tôt avec quelques épaulements pour la cavalerie : la canonnade fut médiocre ; on demeura assez longtemps en présence, après quoi, faisant divers retranchements pour assurer notre retraite, elle se fit sans être troublée. L'armée du roi repassa le Rhin et alla se placer dans le camp favori des généraux près d'Alsey^, où l'abondance et la tranquillité régnoient également. Le maréchal de Loi^es éUÂi toujours considérablement malade à Landau ; ses forces furent même longtemps à revenir , et il prit la résolution de ne plus retourner à la guerre. Le reste de la campagne se passa sans aucune apparence d'action.
Le maréchal de Joyeuse envoya le marquis de Villars plus bas que Mayence avec un gros corps de
i. Petite place à une dizaine de lieues au nord da Landau.
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cavaleri0, pour obliger tous ces pays à payer plus promptement les contributions en grains et en argent» Comme il se retiroit à la vue de Mayence, le général Palfy s'avança avec un gros corps de houssards, qui attirèrent d'assez vives escarmouches. On poussa les houssards jusque dans les contre-escarpes : il y en eut une trentaine de tués ou de pris et le général Palfy^ lui-même fîit blessé. Cette petite aventure finit la cam-^ pagne et le marquis de Yillars retourna passer l'hiver à la cour, où sa famille le pressa encore de se marier : il y eut même sur cela des propositions assez avancées ; mais son peu de penchant pour le mariage étoit toujours un obstacle à b conclusion.
Il fiit destiné à servir dans l'armée d'Italie, où l'on rassembla des forces bien plus considérables que les campagnes précédentes, pour déterminer le duc de Savoie à un traité particulier et le disculper auprès de ses alliés s'il cédoit à la force, ou pour faire des conquêtes si le traité ne se concluoit pas.
[1 696.] La campagne s'ouvrit dès les premiers jours de juin. L'armée du roi se plaça sur le Sangon^; et, dans le commencement, les ennemis, qui s'avançoient sauvent avec des corps de cavalerie et de dragons, tentoient d'enlever nos gardes ou de tomber sur nos fourrageurs. Tous leurs partis réussirent mal et êès petites tentatives leur coûtèrent toujours du monde, sans nul succès.
Cependant diverses inconunodités du comte de
1. Voir à l'appendice le portrait que Villars fait de ce général de cavalerie.