Le Sangone, affluent du Pô
Tessé, qui l'empêchèrent de parottre i^adant quatre ou cinq jours, commencèrent à faire penser qu^eDes pourroient bien n'être pas réelles et qu'il ne passoit pas le jour et la nuit dans son lit : on vint aième jusqu'à ne plus douter dans l'armée qu'il n'eût des conférences secrètes avec quelques ministres de Son Altesse royale. Tout cela nous mena jusqu^aa 40 de juillet, temps auquel une suspension d'armes avec M. le duc de Savoie nous assura le traité conclu, ou du moins fort avancé.
La suspension d'armes n'avoit été accordée par le roi que pour vingt jours : cependant Son Altesse royale, qui demandoit sans cesse de nouveaux délais, la poussa jusqu'au premier de septembre.
L'empereur, inquiet sur cette négociation, envoya à Turin le comte de Mansfeld^, l'un de ses premiers ministres, pour dissuader le duc de s'allier avec la France. L'abbé Grimani^, qui fut depuis cardinal, y étoit aussi chargé de la confiance de l'empereur.
Dans le même temps, le prince Eugène étoit à Turin, et le marquis de Léganès^, gouverneur du Milanais, y
1. Henri-François, comte de Mansfeld, né en 1641, mort le il juin 1715, fut ambassadeur en France et en Espagne, créé grand d'Espagne en 1688 pour le mariage de Gharies II avec Marie de Neubourg et prince du Saint-Empire en 1696.
2. Vincent Grimani, d'une grande famille vénitienne, fat l'an des agents les plus actifs et les plus passionnés de Temperear. Nommé cardinal en 1697 à sa recommandation et son envoyé i Rome, il y combattit la politique française, souleva Naples en 1702 contre Philippe V, fut plus tard vice-roi de Naples et y mourut le 10 septembre 1710 à quatre-vingt-dix-huit ans.
3. Le marquis de Léganès avait été gouverneur des Paye-Bas, fut grand-maître de l'artillerie, conseiller d'État, gouverneur hérédi** taire du palais de Buenretiro; il resta toujours favorable à l'Aa«
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faisoit de firéquents voyages. Tous ces généraux et ministres avoient grand intérêt, s'ils n'empêchoient pas le traité, d'eo^ retarder la conclusion et de nous faire perdre notre campagne. Son Altesse royale étoit bien (attement déterminée à conclure, car elle trouvoit de trop grands avantages dans tout ce qui lui étoit offert pour ne le pas accepter ; mais elle avoit peine à rompre ouvertement avec ses anciens alliés, et surtout à quitter la tète de l'armée impériale pour se mettre d'un moment à l'autre à la tête de celle de France, ainsi que son traité l'y obligeoit. De son côté le roi achetoit cette paix trop cher pour laisser une continuation de guerre en Italie, et il falloit que l'empereur et l'Espagne signassent la neutralité, ou attaquer le Milanais. Tout se préparoit pour cela et nous avions abondamment ce qui étoit nécessaire pour y réussir.
L'armée du roi, composée de soixante-deux bataillons et de quatre-vingts escadrons, s'ébranla le 28 août, et prit sa marche sur Turin, pour passer la Doria près de cette ville. Nous fûmes joints par dix bataillons et dix-sept escadrons des troupes de M. de Savoie. La plupart des généraux allèrent saluer Leurs Altesses royales ; le marquis de Yillars reçut de grandes marques d'estime de M. le duc de Savoie, qui eut la bonté de lui parler comme informé de ses services. Le marquis de Yillars observoit ce prince avec une grande attention; et dès les premières conversations, publiques ou particulières, il reconnut en lui un discernement
triche : impliqué dans une conspiration en 1705, il fut, à l'instigation de M« des Ursins, arrêté, transporté en France, enfermé i Vincennes et mourut à Paris en 1711.
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profond et une grande justesse dans les idéM^ qudque lenteur dans la parole, mais jointe à une extrême précision ; et il étoit difficile de ne pts démêler d'abord que c'étoit un génie supérieur.
Les troupes de l'empereur et les Espagook, bien foibles en comparaison de celles du roi, parurent vouloir prendre quelques postes près de Casai ; mais nous savions que ni Tart ni la nature ne pouvdient leur en donner d'assez avantageux pour tenir devant des forées si supérieures.
L'armée passa la Doria-Baltea, très difficile par si^ rapidité et par la quantité de rochers qui embarrasscqlr le passage et le rendent très difficile pour les chevaux : il y avoit même des endroits où il falloit nager, si peia qu'on s'écartât du gué. Le marquis de Yillars, daîrgé? du passage de la cavalerie, fit mettre au-desMUS d^ l'endroit où l'on traversoit une ligne de oi^valerie dansles lieux où les chevaux pouvoient se tenir, afin de sauver par ce moyen ceux qui tomboient en passant et qui étoient emportés par le courant de ^l'eau. Ma^ gré ces précautions , nous perdîmes ,fiÎK . ou dbwe cavaliers et un maréchal des logis que le courant entraîna et que les cavaliers placés au-dessous pe purent sauver. ,
La marche de l'armée fut lente, et Son Altesse royale obtint encore que l'on n'entreroit en action que le 1 5, jour où elle étoit engagée de venir se mettre à la tète de l'armée du roi .
Notre guerre ne pouvoit regarder que le siège de Valence, par la nécessité indispensable où nous étions de nous servir du Pô pour le transport de toutes nos munitions. Cette rivière, étant même assez basse dans
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cette saisofi, ne pemiettoit que la demi-charge aux bateaux.
M. le duc de Sé^de ne joignit Farmée que le 17, et on lui rendit les mêmes honneurs qu'on auroit fait au roi.* '
Nous investîmes Valence le 30. Le comte de Tessé demeura de l'autre côté du Pô ; M. de Larré et M. le Grand Prieur^ ftiraat dans le quartier de Son Altesse royale, lequel commençoit au Pô, au-dessus de Valence, et s'étendoit jusqu'à celui du maréchal de Gatinat, qui finissoit à une ravine où étoit à peu près le centre de la ligne . Le quartier du marquis de Villars occupoit les montagnes qui regardent Alexandrie; ensuite M. le marquis de Vins^ tenoit la plaine depuis le pied des mcHlIagnes jusques au Pô, au-dessous de la place, dont ks ddiors paroissbient en'' bon état. La garnison qui la défendoit étoit composée de deux bataillons de Lorraine, de deux de Wurtember|^ (troupes de l'emperear), de deux de Steinao (troupes de Bavière), et de ta, bataillons des troupes de l'Êèit de Milan. On jouissoit^'uu teiAfto^ très %WDrable : le canon et les munitions, quoique le Pd^iM^très bas, arrivèrent aussi diligÉmment que Ton pouvoit le désirer. Cependant, M. de Mansfeld et M. le marquis de Léganès envoyoient souvent des courriers et faisoient savoir qu'ils étoient
1. Philippe de Vendôme, frère dn maréchal, né en 1653, mort en 1727 : lieatenant général depuis 1693, grand-prieur de la langue de France, de Tordre de Malte.
2. Jetôde Garde d'Agoult, chevalier, puis marquis lie Vins, né en 1642, mort en 1732 ; servit avec distinction depuis 1667, fut lieutenant général en 1693 et quitta Tarmée en 1716. Sa famille, originaire de Provence, était fort liée avec celle de M»« de Sévigné.
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prêts à accepter la neutralité ; mais il étoit vraisemblable qu'ils ne parloient ainsi que pour nous amuser, puisqu'ils ne finissoient pas.
Ces négociations continuoient toujours ; et, outre les courriers du marquis de Léganès et du comte de Mansfeld, les voyages du marquis de SaintrThomas à Pavie marquoient également et le désir de Son Altesse royale de finir sans action, et la crainte où étoient les ennemis de nous en voir commencer une.
Cependant on ouvrit la tranchée la nuit du %i. M. le duc de Savoie, comptant de voir finir bientôt Topioiàr treté des ennemis, ne laissoit pas de s'exposer, et vouloit faire voir aux François, souvent sans nécessité, que les coups de mousquet ne Tembarrassoient pas : il marchoit à découvert sur le revers de la tranchée, et faisoit enfin ce que l'on pardonneroit à peine à un volontaire qui fait sa première campagne.
La ville de Valence nous parut une assez bomie place, tout se réduisant presque à une attaque. Le gouverneur étoit ce même Golmenero^ dont on a tant parlé depuis, et qui a changé souvent de maître, demeurant toujours gouverneur du château de
Le siège avançoit : le marquis de Yillars doit la tranchée le 30 de septembre. Les ennemis firent une sortie considérable. Il marcha à eux avec la tête de la tranchée ; le marquis du Ghàtelet, colonel de cavalerie , les poussa avec son escadron jusque dans le chemin couvert; fiesbre, son lieute-
1. D. Francisco Golmenero, grand-maitre de rartillerie en Milanais, confident du prince de Vaudemont, gouverna d'abord Milan pour Philippe Y, puis pour le prince Eugène (1707) après avoir rendu Alexandrie à l'Empereur. Voy. Saint-Simon, V, 229.
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Dant-oolonel, y reçut une blessure très dangereuse.
Durant ce siège, la garnison d'Alexandrie, qui étoit très forte en cavalerie, cherchoit tous les jours nos fourrageurs; et leurs partis de cavalerie, soutenus d'infanterie, très aisée à poster dans un pays de ravines et fort coupé, réussissoient assez souvent. Ils en défirent un de 300 chevaux, conunandés par le dievalier de La Feronnays^, très brave honune qui fot pris en faisant tous les efforts imaginables pour retenir les cavaliers ébranlés. Deux capitaines de cavalerie furent tués dans la même rencontre.
Quelques jours après, le sieur de Mauroy^, faisant la charge de maréchal des logis de la cavalerie, fut battu. Une seconde fois il marcha avec 300 chevaux et 300 hommes de pied, pour couvrir un fourrage du côté d'Alexandrie. 1,000 chevaux des ennemis sortirent de cette place et poussèrent encore M. de Mauroy. Le hasard fit que le marquis de Yillars, se promenant aux gardes de la cavalerie, aperçut ce désordre : aussitôt il fit avancer deux gardes de cavalerie sur deux petites hauteurs dont les ennemis ne pouvoient découvrir les derrières. Ces deux troupes arrêtèrent leurs premières (?) et les cavaliers poussés, mêlés d'un grand nombre de fourrageurs, reconnoissant le marquis de Yillars, firent un grand cri. D'euxmêmes ils tournèrent tête aux ennemis ; et ceux-ci, ne doutant^ pas que ces cavaliers n'eussent aperçu un
1. Pierre Perron, colonel du régiment de son nom, brigadier de cavalerie.
2. Denys-Simon de Mauroy, né en 4652, mort en 1742. Il fit le service de maréchal général des logis jusqu'en 1714. Lieutenant général en 1718, il vendit sa charge en 1729 et ne servit plus.
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corps considérable dans les vallons qui étoient derrière ces deux petites troupes, conunencèretit à se replier. Le marquis de Yillars, profitant de ce -111011vement, fit marcher ces deux troupes deux cents pas en avant, et en fit former derrière lui des fourragetirs qui s'étoient rassemblés, et les ennemis repassaient promptement un ruisseau. Dans ce moment la tète des régiments de dragons de Wartigny et de Morsan arriva. Le marquis de Wartigny, très brave soldat S* s'y rendît, quoiqu'il eût une grosse fièvre ; et le marquis de Yillars, voyant la compagnie se fortifier, marcha aux ennemis couvert d'un petit ruisseau et cherchoit à le passer.
Le maréchal de Gatinat parut alors ; mais, tandis qu'il vouloit rassembler un plus grand nombre de troupes pour attaquer sûrement, les ennemis, qui n'avoient qu'une grande plaine à traverser pour reg^ gner Alexandrie, ne perdirent pas un moment à s'y rendre.
Cependant notre siège avançoit; mais Ton trouva plus de difficultés qu'on en avoit prévu. La gscnisoD, qui étoit forte, conune on l'a dit, nous arrétoit par de fréquentes sorties, et le terrain souvent très marécageux rendoit nos batteries plus difficiles à établir et à changer.
Le 7, on tenta le logement du chemin couvert, et en même temps on attaqua une demi-luii|, dans laquelle nos grenadiers entrèrent d'abord par la
1. Le même sans doute auquel Saint-Simon prête un caractère indépendant et qui fit au cardinal de Bouillon, chez le prinioe de Vaudemont, Tavanie de lui présenter un Latour, son parent panvre (X, 43). Il mourut devant Verrue en 1704.
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gorge; mais, les travailleurs ne suivant pa$ assee promptement, et les mesures ayant été mal prfiiie8« nous abandonnâmes la demi-lune et nous KHanquàmes le chemin couvert. Cette mauvaise aventure pouvoit retarder de quelques jours la prise de la place ; mais le marquis de Saint-Thomas étant revenu le 8 avecia neutralité acceptée, comme nous le désirions» il fient tout ensemble le siège et la guerre.
Par ce traité, avantageux dans la .circonstance présente, la France chassoit d'Italie les Âutrid[Beii|||^ les forçant d'en rappeler leur^ troupes, et elle ^M^ vroit une porte pour y entrer avec les siennes par le moyen du duc de Savoie, qu'elle avoit détaché de leur alliance et mis dans la sienne. C'est pour cela que l'empereur et le roi Catholique eureal tant de peine à y consentir, et que, pour les y contraindre, il fallut les menacer de faire la conquête du Milanais.
La neutralité acceptée,' M. le duc de Savoie quitta l'armée dès le lendemain matin pour se rendre à Turin, où M. de Mansfeld arriva le jour d'après. Par le traité, les troupes de l'empereur dévoient commencer à marcher le 20 octobre; mais les généraux promirent verbalement qu'elles s'ébranleroient dès le 1 5. EHes passèrent 1 ,000 hommes à 1 ,000 hommes par les Grisons, et les troupe»^ du roi dévoient se retirer de même à proportion de leur nombre; de manière gue, quand les derniers 1 ,000 hommes des Impériaux sortiroient du Milanais, le dernier corps des troupes du roi en sortiroit aussi. On supputa pour cela je nombre de nos escadrons et de nos bataillons, et le nombre des leurs. On devoit, en attendant, fournir du foin dans le Milanais et point de grain. Les
Espagnols donnèrent pour otages MM. de Trivuloe et de fiorgomaneiro ; le roi donna MM. de Tesaé et de Bachevilliers ^ Tout cela devoit se rendre à Turin.
Gomme les troupes de part et d'autre étoient plus longtemps à quitter l'Italie que l'on ne Tavoit prévo^ le marquis de Yillars fut bien aise d'aller voir Mpan, et mena avec lui le comte de Goigny ' et le marquis de Montperoux^.
M. de Léganès. fit parfaitement bien les honneurs de la capitale, donna de grands repas et chargea le craite de Golmenero de conduire le marquis de Yillars à la Ghartreuse de Pavie, qui est la plus grande curiosité de tout le Milanais.
Le marquis de Yillars voulut aller visiter le diamp de bataille où François P** fut pris et défait. Ensuite il retourna à Milan, où il trouva le prince Eugène de Savoie, avec lequel il avoit renouvelé connoissanœ dans les guerres de Hongrie. Ce prince le revit avec joie et lui a toujours donné des marques singulières d'amitié, que les affaires de guerre qu'ils ont eues dans la suite n'ont jamais altérée.
Le voyage de Milan fut court, mais fort rempli de plaisirs, et l'on alla, selon la coutume du pays, entendre
1. Adolphe de Gaudechart, marquis de Bachevilliers, lieutenant général du 3 janvier 1696, servit avec distinction jusqu'en 1702, puis se retira dans son gouvernement du fort Barrault dont il se démit en 1718 en faveur de son frère.
2. Robert-J.-Ânt. de Franquetot, comte de Goigny, devint lieutenant général et mourut à Kœnigsmachem en 1704. Son fils fût maréchal et duc.
3. Léonor-François Palatin de Dyo, marquis de Montnpnmx, était mestre de camp du régiment de son nom ; il se distAgua à Luzzara et à Hochstftdt, fut nommé lieutenant général en 1710 et mourut en 1714.
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une très belle musique, chantée dans les oô^iveats par des religieuses également belles et galantes.
Le marquis de Yillars retoift*na à Turin ; le marquis de Montperoux resta malade à Âroiia et se 'remit cependant en peu de jours. En passant à Tuidn, Sbn Altesse royale marqua beaucoup de bonté et d'estime au marquis de Yillars, qui, pku après, reprit la route de la cour.
Cette année fut remarquable par la mort de trois souverains : oe furent le czar Jean^, Marie-Aline d? Autriche, reine douairière d'Espagne, et Jean UI, it)i de
Pologne^.
[1697%] Le marquis de Yillars fut destiné en 1697 à servir dans l'armée d'Allanagne, sous les ordres du maréchal de Ghoiseul. Ce général, qui lui donnoit des marques de la plus grande confiance, Tassura qu'il ne vouloit pas faire de campagnes aussi peu remplies d'événements que toutes celles qui s'étoient passées, et qu'il s'en ouvroit à lui, afin que de concert ils travaillassent un peu pour la gloire : et' tout cela fut mêlé de compliments qu'il est /acile d'imaginer. Le marquis de Yillars, en le remerciant de sa confiance, lui dit qu'il avoit toujours pour premier objet le bien du service, et qu'avant que de chercher les actions, il falloit être instruit des intentions de la cour, qui quelquefois avoit intéi4t de ne rien hasarder. Le maréchal assura Yillars que le roi paroissoit désirer une action et Yillars lui répondit : c Sur ce fondement, je ne
1. Ivan Y Âlexievitch, frère aîné de Pierre le Grand qui resta ainsi seul souverain de la Russie. ^