‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 39 sur 130 · Fr.-Sibylle- Auguste de Saxe-Lauenbourg · texte numérisé non relu

Fr.-Sibylle- Auguste de Saxe-Lauenbourg

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regardés comme les principaux héritiers. Le roi soutenoit les raisons du dauphin comme les meilleures, l'empereur, celles de rarchiduc, et l'Angleterre, avec la Hollande, inclinoit pour le prince électoral. Dans cette situation, le roi et l'empereur, voulant gagner les prétendus arbitres, ne laissoient paroltre aucune apparence qu'ils voulussent s'entendre sans la participation des autres puissances.

L'iîmpereur nonmia le comte de Walstein pour son envoyé en France. Ces deux princes étoient cependant fort attentifs à ne faire aucune démarche trop marquée, de peur que l'un ou l'autre ne rendit ses avances dangereuses en les découvrant en ÂngleterreL C'est dans cette disposition des esprits que le marquis de Villars arriva à Vienne : le comte de Walstein, fils unique du grand chambellan et nommé à l'emploi de France, le vint visiter d'abord et, dès le premier jour, voulut le mener à une fête dans les jardins de l'empereur^. Le marquis de Villars s'en défendit, sur ce que, n'ayant pas encore eu l'honneur de voir Sa Majesté impériale, il étoit contre la bienséance de paroltre devant elle. Le comte de Walstein lui dit : c Vous avez des places préparées où vous verrez tout MHS être vu. > Il lui fit même entendre que, loin de 4é|daire par là, il feroit sa cour.

Villars se rendit à ces instances ; il trouva la femme et la sœur du comte de Walstein, aocompagnées de trois autres dames, qui le placèrent au milieu d'elles.

1. Cette fête était donnée à Toccasion du passage du czar Pierre (août 1698). Elle avait lieu dans les jardins de la « Fayorite, > palais alors situé en dehors de la ville de Vienne, aujourd'hui au centre d'un des nouveaux quartiers.

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L'empereur tourna la tète pour le voir et le roi des Romains fit la même chose plusieurs fois. De là on le conduisit à l'assemblée, où se trouve en dames et ^n honunes tout ce qu'il y a de plus considérable à la cour : les ministres, les ambassadeurs y sont toujours, et l'on y parle quelquefois des affaires les plus importantes. C'est un usage dans cette cour qui ne pou voit être établi dans celle du roi à Versailles, et dqnt la privation est cependant un assez grand inconv^KÎQpt pour ce qu'il y a d'étrangers considérables, et même pour les Français, puisqu'à Paris même on ne se mssemble dans aucune maison. Â Vienne, au contraire, tous les jours l'assemblée est dans quelque maison principale, où tout est fort éclairé ; on trouve six à sept chambres remplies de tout ce qu'il y a de plus illustre par la naissance et par les emplois ; ce qui est au-dessous de cet état ne s'y mêle pas, et les personnes du second étage, auxquelles il est arrivé de tenter d'y être admises, y ont été si mal reçues, qu'elles ne se sont plus exposées aux mêmes désagréments.

Pour entendre mieux ce qui va suivre, il importe de donner une idée exacte de la cour de Vienne. Commençons d'abord par l'empereur Léopold. Ce prince, avec un extérieur très désagréable, avoit de.. très grandes qualités, beaucoup d'esprit, un sens droit, de la probité, de la rehgion et une continuelle appUcation aux affaires. On ne pouvoit lui reprocher que de n'être pas assez décidé; car, quoiqu'il pensât assez souvent plus juste que ses ministres, il se déficit un peu trop de ses lumières et ne manquoit jamais par cette raison de déférer à la pluralité des suffrages.

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Quoique ce prince ait été chassé de sa capitale et souvent réduit aux dernières extrémités, son règne a été des plus glorieux et il a plus étendu les pays héréditaires, plus fait de conquêtes que la plupart de ses prédécesseurs.

L'impératrice Eléonore, fille de Félecteur palatin, étoit une princesse très vertueuse, uniquement occupée à servir Dieu, à plaire à l'empereur, à donner aux archiduchesses une éducation digne de leur naissance et à prendre soin des pauvres. Cependant elle vouloit avoir part aux affaires ; elle avoit de la hauteur et protégeoit avec fermeté ceux qui lui étoient attachés. Il falloit même que les ministres comptassent avec elle, ce qui causoit quelquefois des changements dans le ministère.

Le roi des Romains étoit un jeune prince violent et emporté dans ses plaisirs. Il avoit de Tesprit, mais il n'étoit pas encore fixé et pouvoit être également porté au bien ou au mal. Il lui arriva à une chasse, et en présence du marquis de Villars, de montrer un trait d'impatience qui fit de la peine à Fempereur. Lorsque Ton fit entrer les ours dans les toiles, il sortit de la tente où étoit l'empereur et ce qu'il y avoit de plus considérable pour aller les attaquer. Le page, qui tenoit son épieu, ne se trouvant pas assez près, en fut corrigé par un soufflet. L'^npereur en fit quelques reproches à ce prince après être rentré sous la tente : c Et ce qui me fait le plus de peine, ajouta-t-il, c'est que les étrangers vous ont vu. >

L'archiduc Charles, qui n'avoit alors que dix-sept ans, paroissoit d'un naturel bien différent. Il étoit extrêmement doux ; et sur cela l'on disoit à la cour

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que le roi des Rouiains avoitrla fierté de sa mère, et que l'ardiiduc avoit la douceur et la bouté de la maison d'Autridie.

Pour venir aux ministres, le prince de Dietrichstein^ étoit le premier par sa charge de grand-msdtre ; mais son âge avancé et son esprit un peu affoibli Tempèchoient de faire aucune fonction du ministère. i^U rendit presque noourant une visite au marquis de Villars^ et ce fut la dernière qu'il fit.

Le comte de Kinsky^, chancelier de Bohème, et le plus ancien conseiller d'État, forma un conseil nonmié la députation^ y composé du comte Staremberg^, président de la guerre, du comte de Kaunitz^, vice-chancelier de l'Empire et chargé des affîiires étrangères, du comte Gondaker Staremberg^, vice-président de la chambre, et par conséquent à lanléte des finances,

t. Il devait sa grande situation moins à ses talents qu'à Théritage du cardinal Dietrichstein (f 1638), le véritable fondateur de la grandeur de cette maison.

2. Franz Ulrich, comia Kinsky, né ^n 1634, mort le 27 févr. 1699.

3. Ce petit conseil, le véritable conseil de gouvernement, est désigné par les historiens autrichiens sous le nom. de Staats Con^ f$r$n%; les procès-verbSux de ses séances ou Conferenz-Protokolle sont conservés en grand nombre aux archives I. R. de Vienne et sont une des plus précieuses sources de Thistoire authentique.

4. Ernest Rûdiger, comte de Stahrenberg, feld-maréchal, né en 1635, mort le 4 janvier 1701. Il est célèbre par sa défense de Vienne contre les Turcs (1683).

5. Dominique André, premier comte de Kaunitz, né en 1614, mort le 11 janvier 1705. Il remplit de nombreuses missions diplomatiques à Munich, Cologne, Bruxelles, La Haye, fut premier plénipotentiaire de l'Empereur à Ryswick, vice-chancelier en 1698 et dirigea les affaires de l'Empire jusqu'à sa mort. Sa femme étaij^ Marie-Ëléonore de Sternberg.

i. Gundakar Stahrenberg, frère du précédent, né en 1663, mort

rit8^iUetl745.

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parce que la chaîne de président n'étoît pas remplie. Le comte de Kinsky étant le plas ancien conseiller d*État, cette députation s'assembloit chez lui ; il rendoit compte à l'empereur des délibérations, et dès-là il étoit regardé comme premier ministre, sans en avoir le titre. Il étoit certainement très digne d'un pareil poste, et par sa grande expérience, ayant été premier ambassadeur aux traités de Nimègue et de Golc^ne, et par son parfait désintéressement, puisipi'à sa mort il se trouva moins riche de 500,000 livres qu'il ne l'étoit en entrant dans les emplois^.

Le comte de Starembei^, le plus ancien des Mdmaréchaux, et président du conseil de guerre, étoit déjà fort âgé. G'étoit un essentiellement honnête homme, mais ses vues étoient fort bornées. Il avoit été chargé autrefois de la défense de Vienne, qu'il sauva, moins par la fermeté des troupes de l'empereur que par la mauvaise xwnduite des Turcs.

Le comte de Kaunitz, auquel le marquis de VÏUare avoit eu affaire dans les négociations de Bavière, où ils avoient été opposés pour gagner ou retenir l'éleoteur, étoit homme de beaucoup d'esprit et capi^ble de grands projets. Ce fut lui aussi qui, après la mort de Kinsky, succéda à sa faveur.

Le comte Gondaker Staremberg n'avoit pas encore

I. Kinsky était, depuis la mort de Strattmaan (1695), 1« Téri> table chef du gouvemement : Villara insiste dans sa corraspondance sur la simplicité de sa vie et l'aspect modeste de la

maison qu'il habitait ■ dans le temps où tous ):ént>ral>''Tiierit font bâtir de fort grands palais. > Ces palais ezistem toiiji>urs et don* nent à la vieille ville de Vienne sa physionomie prirliculière : ila appartiennent pour la plupart aux descendants lit' ceux qui le,< ont fait constmira.

une réputation formée, à cause de son peu d'expérience ; mais on comptoit beaucoup sur ses talents, et il est toujours demeuré dans le ministère.

Tous ces ministres de Fempereur donnoient des marques d'une grande politesse au marquis de Villaraf; mais, suivant l'esprit actuel de la cour et conformément aux ordres du maître, ils ne vouloient pas que le sieur Hop, chargé en même temps des affaires d'Angleterre et de Hollande, pût soupçonner qu'on voulût traiter avec le marquis de Viiiars ; et, pour lui en ôter toute pensée, ils évitoient de le prier à mangeur chez eux, quoique tout le reste de la cour, dames et hommes, vinssent chez lui.

Après les premières audiences de l'empereur, le marquis de Yillars, suivant ses ordres, offrit la médiation du roi pour accélérer la paix avec le Turc et en parla au comte de Kinsky. Ce ministre, après avoir reçu les ordres de son maître, marqua de sa part beaucoup de sensibilité et de reconnoissance pour la bonne volonté du roi ; il ajouta que les offires de Sa Majesté seroient acceptées avec joie, si l'on commençoit un traité ; mais, que celui de la paix avec le Turc étant conmie terminé , ce seroit plutôt en retarder la conclusion que de l'avancer, s'il falloit attendre des réponses sur l'offre de cette médiation. Il y avoit peu d'apparence qu'elle pût être acceptée, puisque l'empereur, n'ayant pris encore aucune mesure avec le roi sur la succession d'Espagne, il étoit naturef que, le roi d'Espagne mourant, la France souhaitât l'empereur plutôt occupé que libre.

Cependant les ministres de l'empereur et des autres puissances, qui dévoient assister au traité de la paix

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négocié avec le Tare, ne paroissoient pi» près de partir. La cour pressoit depuis longtemps le priiioe Eugène de faire une entreprise, et on n'en pouvoit faire que sur Bellegrade ou sur Témeswar. La première devint bientôt impossible par l'arrivée de Tarmée turque sous cette place; Tautre étoit remplie d'obfttacles, par l'éloignement et la difficulté des convois. D'ailleurs, il auroit fallu traverser difiTérentes rivières, souvent augmentées dans cette saison par la fonte des neiges, et l'on pouvoit juger ce dessein impraticable, puisque le prince Eugène n'en tentoit pas l'exécution. Cependant les ministres, persuadés que Tarmée impériale agissant rendroit les Turcs plus traitables pour la paix, et, conmie il arrive d'ordinaire, peu embarrassés des commissions difficiles qu'ils donnent à on général, vouloient qu'il (ùt dit avant le congrès que les Turcs pou voient craindre de nouvelles pertes.

Enfin les ambassadeurs partirent fort tard. Le comte d'CEttingen^ fut nommé chef de l'ambassade et il fut réglé que la paix se traiteroit sous des tentes à Garlowitz.

Durant ce temps- là, il arrivoit divers avis de Madrid que la santé du roi d'Espagne s'afFoiblissoit de plus en plus et à tel point qu'on pouvoit craindre qu'il ne mourût d'un moment à l'autre. Le comte d'Harrach^, ambassadeur de l'empereur à Madrid,

t. Wol%ang, comte d'OEttingen-Wallerstein, né en 1629, mort en 1708, fut ambassadeur à Cionstantinople et président du conseil de l'Empire.

2. Ferd.-Bonaventura Harrach, né le 14 juillet 1637, était Tami particulier de l'Empereur liéopold; il fut envoyé en France (1669), en Espagne (1673-76); conseiller intime (1677), grand écuyer (1684), ambassadeur en Espagne (1696-98), en rerint

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espéra efifin, après diverses alarmes, que Itf'roi catholique pouToit languir encore près d'un an. Cet ambassadeur avoitson congé, son fils alné^ étoît nommé son successeur ; il le laissa en Espagne et partit dès le commencement de septembre.

Le prince de Schwartzemberg , grand maître de l'impératrice, fit au marquis de Yillars quelques ouvertures de liaison plus particulières avec le roi sur la succession de l'Espagne; l'évèque de Passau^, peu de temps après cardinal, en usa de même. Mais les ordres du nMorquis de Yillars étoient d'entendre et de se chaîner seulement de rendre compte au roi de ce qui lui étoit confié.

Quelque temps après, le comte de Kinsky, véritablement premier ministre, lui dit tout bas dans la chambre de l'empereur : c Nous devrions être meilleurs amis. > Le marquis de Yillars répondit en deux mots : c II ne tiendra pas à moi ; » et le comte de Kînsky ajouta seulement : c Attendez. » Ce mot, de la part du ministre, étoit plus important, que les longs discours des princes de Schwartzemberg et de Passau.

Cependant le mariage du roi des Romains s'avançoit, et la princesse d'Hanovre étoit préférée. Le prince de Sahn, grand-maltre du roi des Romains

pour être grand-maître de la Cour, président du Staais Conferenz et comme tel chargé des affaires étrangères ; il mourut le 15 juin 1706.

1. Aloïs-Thomas-Raimond, comte Harrach, né le 7 mars 1669, accompagna son père à Madrid et lui succéda, sans mieux réussir que lui à faire prévaloir l'influence autrichienne (1698-1700). Il fut plus heureux comme vice-roi de Naples (1728-1733), Conférera Minister de 1734 jusqu'à sa mort (7 nov. 1742).

2. Jean-Philippe, comte de Lamberg, évèque de Passau (1689), cardinal (1700), mort en 1712.

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Il y eut dans le palais une sérénade, suivie d'un bal^ Dans tout le palais de l'empereur, le seul endroit propre à ce divertissement, et où d'ordinaire on le donne, est une très grande salle fort élevée dans l'appartement de l'impératrice douairière, et une partie de cet appartement est occupée par M. l'archiduc.

L'usage est que, dans ces bals de la cour de Vienne, personne n'y entre que ceux qui les composent. Cependant, pour faire voir celui-ci aux ambassadeurs et aux ministres étrangers, on avoit pratiqué sept ou huit loges séparées de la salle par une espèce de balustrade et vis-à-vis une manière de trône élevé pour l'empereur et pour l'impératrice. Dans ces loges furent placés le nonce, l'ambassadeur d'Espagne, celui de Venise, qui n'avoicnt pas vu M. l'archiduc, celui de Savoie et plusieurs étrangers sans nom. Le marquis de Villars y alla avec M. Hop, envoyé de Hollande. Un moment avant que le bal commençât, le marquis de Villars s'approcha de l'évéque de Raab, qui soupoit de la desserte de l'empereur dans une de ces petites loges, ce qui marquoit que ce Ueu-là n'étoit pas fort réservé. Le prince de Lichtenstein , gouverneur de l'archiduc, n'eut pas plus tôt aperçu le marquis de Villars qu'il vint à lui. M. Hop étoit précisémait entre le prince de Lichtenstein et le marquis de Villars. Ce prince dit au dernier, d'un air très échauffé, qu'il étoit bien extraordinaire que, n'ayant point vu l'archiduc, il voulût voir la fête, et qu'il le prioit de se retirer. Le marquis de Villars lui répondit que toutes les apparences étoient qu'il étoit chez l'empereur et

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