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1699] BIÉMOmES DE VILLARS. SI21
l'héritier de la monarchie d'BBpagne. Ainsi œtte couronne n'avoit plus que deux concurrents fondés en droit, mais animés par tout ce^qui est le plus propre à exciter la gloire et l'ambition dans l'âme de deux grands princes.
Sur cette nouvelle, le comte de Kinsky dit un mot au marquis de Villars propre à faire connoitre qu'il û^oit pas persuadé qu'elle dût causer une aussi crueUe ^erre que celle qui commença peu de temps après.
Le comte d'Harrach fut enfin déclaré grand-maltre, cérémonie qui se fait dans l'antichambre de l'empereur par une harangue du grand chambellan, à laquelle le grand-4naltre répond ensuite.
Quoique le comte d'Harrach eût la première part dans l'amitié de l'empereur^ et que d'ailleurs il fût SQHtenu par une cabale puissante, Kinsky étoit, à proprement parler, le premier mmistre à la tête du petit CQID86Î1 nommé la députatiorij fttil étoit le seul qui en rapportât les délibérations à l'empereur. Il dit même dit que ce conseil subsisteroit ; que le comte d'Harrach ne s'y trouveroit pas; qu'il prfeideroit à tous les autres conseils, bien peu conaidérables en comparaison de celui-là ; et qu'il auroit d'ailleurs tous les honneurs et prérogatives de grand-maltre.
Cet expédient, le seul que l'empereur pût trouver, n'ôta pas du cœur de Kinsky la noire impression que le refus de la chaîne de grand-maltre y avoit formée. Il avala la pilule mal dorée, mais il ne la digéra pas ; il tomba malade et fut emporté en peu de jours. Durant sa maladie, l'empereur l'envoya visiter tous les jotirs par des personnes considérables et souvent par le
père Menegati, jésuite, son confesseur. Kinsky lui dit : c L'empereur honore trop un ver de terre tel que je c le suis ; mais, tout empereur qu'il est, il est ver de c terre comme moi. » Il est certain que le comte de Kinsky mourut de chagrin, maladie dangereuse^ assez ordinaire aux premiers ministres ; et Ton peut rapporter à cette occasion ce que le comte d'Harradi conta au marquis de Yillars d'un autre prindpal ministre que l'empereur tua, mais en moins de temps.
Lorsque, Vienne étant à la veille d'être prise par les Ottomans, l'armée impériale marcha à son secours, ayant à sa tête le roi de Pologne, le duc de Lorraine, plusieurs électeurs et princes considérables del'empire, l'empereur voulut y marcher aussi ; mais la foîblesse naturelle de ce prince le fit délibérer avec ses ministces. Le comte de Sinzendorfi, l'un des plus accrédités auprès de l'empereur, s'opposa avec quelques auttes ministres au dessein de son maître, peut-être dana le désir de lui faire sa cour. L'empereur avoit att fùbd plus de fermeté qu'il n'en montroit dans les ocMiaeils, et il en fit voir dans plusieurs occasions. Dans ceUeHâ il s'abandonna au conseil de mollesse que lui donnèrent ses ministres, et suivit son armée dans un bateau sur le Danube. Il comptoit bien que si ses armes avoient un succès heureux, il entreroit le premier dans sa capitale.
Il navigua toute la nuit, et le jour d'après la bataille il arriva à six heures du matin aux portes de Vienne. Dans le temps qu'il sortoit de son bateau, il entendit les salves d'artillerie et de mousqueterie des remparts. Le roi de Pologne étoit allé dès la pointe du jour foire chanter le Te Deum à la cathédrale, honneur auquel
aspirait Tempereur. Ce prince demanda ce que signifioient ces salves ; on lui répondit : c C'est le roi de « Pologne qui a fait chanter le Te Deum. » Sur le champ Tempereur se tourna vers le comte de Sinzendorff, qui étoit dans le bateau, et lui dit avec colère : c La foiblesse des conseils où vous avez eu part cause « la honte que je reçois aujourd'hui . » Le comte d'Harrach dit que ces paroles donnèrent un tremblement subit au comte de Siozendorff et un saisissement tel qu'il en mourut le lendemain. On a cru pouvoir rapporter en passant ce trait d'histoire, raconté par le comte d'Harrach au marquis de Villars.
La mort du comte de Kinsky, seul ministre qui eût entamé avec le marquis de Yillars un projet d'union entre les maisons de France et d'Autriche, suspendit pour un temps assez considérable cette importante négociation. Elle fut reprise dans la suite par les comtes d'Harrach et de Kaunitz.
La reine des Romains fit son entrée le 24 de février 1699. Ce que l'on y vit de magnifique roula sur la noblesse et sur les peuples. De la part de l'empereur, il n'y eut d'extraordinaire qu'un carrosse neuf pour la reine, et ce fut le seul neuf qui parut à l'entrée.^Xes dames de la reine étoient dans trois autres des plus anciens. La comtesse de Garafta, sa dame d'honneur, étoit seule avec elle ; et dans cette cérémonie ce ne furont point des princesses qui portèrent la queue, la dame d'honneur ne leur cédant pas. Les princes ne parurent pas non plus à l'entrée, n'ayant aucune sorte de rang: Les princes de Savoie, de Commeroy et de Vaudemont furent avertis la veille : ils demandèrent si c'étoit par ordre de l'empereur ; le fourrier de la
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chambre, dont la fonction est d'avertir de toutes les fêtes et cérémonies, leur dit qu'il avoit^eu ordre de les avertir conmie tous les autres cavaliers. Ils allèrent à l'explication, et il leur fut permis de ne se pas trouver à la cérémonie. Le marquis de Yillars vit passar le cortège, qui ne lui parut rien moins que superbe. Les arcs de triomphe étoient beaux, la disposition du feu d'artifice étoit bien entendue, mais le reste étoit médiocre. Les cardinaux elles ambassadeurs soupèrent avec l'empereur.
L'entrée de la reine fut précédée, la veille, d'un voyage que le roi des Romains fit en poste pour aller voir cette princesse à deux lieues de Vienne ^ où elle avoit séjourné. Ce voyage est réglé par les étiquettes. Ce prince partit de Vienne à cheval, précédé de quarante postillons sonnant tous de leurs cornets, le grandmaître des postes à leur tête. A la suite du roi étoient les grands officiers et les cavaliers qu'il voulut bien nommer par honneur. Tout le monde étoit aux balcons et aux fenêtres ornées de tapis pour le retour du prince; et il le fit par la rue où étoit sa maltresse, quoique ce ne fût pas le plus court chemin. En passant devant sa porte, les postillons redoublèrent le bruit des cornets et des coups de fouet ; le roi des Romains lui-même, encore plus que les autres, faisoit claquer le sien. Le marquis de Villars étoit alors dans la même maison que mademoiselle de Thaun, qui parut fort sensible à cette galanterie ; mais l'impératrice ne l'approuva pas.
Pour revenir aux a£Paires, le prince de Saxe-Zeitz,