Dépèche du 7 juillet
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d'État à Madrid, à l'exception d'un seul, avoient été d'avis de lui demander un de ses petits-fils pour successeur du roi d'Espagne, regardant ce moyen comme le seul qui pût empêcher la division de leur monardiie.
Rien n'étoit plus propre que ces bouvelles à faire expliquer les ministres de l'empereur. Cependant, comme le marquis de Yillars ne laissoit presque point d'espérance que le roi pût se désister Âi'trrité de partage, le comte d'Harrach lui dit que Mm rileoce les engageoit à le garder aussi et que c'étoit à eux i chercher leurs convenances dès que le rcff ne voudroit pas suivre ses véritables intérêts, qui étoient certain nement de s'entendre avec leur maître.
Le duc de Moles, ambassadeur d'Espagne, arriva à Vienne le 1 0 juillet et eut d'abord audience de l'empereur. Il appoiÉa l'ordre de la Toison d'or pour le prince de Vaudemont le fils et apprit au père qu'il étoit confirmé pour trois ans encore dans ses gouver^ nements de Milan. On dit aussi que cet ambassadeur apportoit un testament du roi d'Espagne en foveur de l'archiduc. Enfin, l'on répandoit quelquefois le bruit d'une ligue des princes d'Italie avec l'empereur ; ce que le marquis de Villars avoit grande attention de démêler. Cependant, il crut toujours que ces bruits de ligues n'avoient aucun fondement réel, et l'événement fit bien voir qu'il ne s' étoit pas trompé.
La cour impériale prit la résolution d'aller passer le mois d'août à Neustadt. L'électeur Palatin et l'éleotrice furent du voyage, et le marquis de Villars suivit. Les ministres de l'empereur y apprirent la résoluticm que les conseillers d'État à Madrid avoient prise de donner la monarchie entière à un des fils de monsei-
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gneur le ^jpoiphin, et dirent au marquis de Yillars que cette nouvelle ne leur causoit point d'inquiétude, parce que, si le roi refusoit les offres qu'on lui faisoit, c'étoit suivre le traité de partage, beaucoup moins avantageux pour Sa Majesté que ceux que Ton pouvoit faire avec l'empereur ; qu'au contraire, si elle acceptoit, les mêmes puissances qui vouloient le partage s'uniroient plus fortement que jamais avec l'empereur. Le marquis de Yillars leur répondit : c Si le roi refuse les offres de l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande n'en sont que plus confirais^ dans l'exécution d'un traité où elles trouvent 4ttè tranquillité assurée, qui est le premier avantage qu'elles se proposent : vous n'avez alors rien de meilleur à faire que de souscrire au traité de partage ; si le roi accepte la monarchie entière pour un des fils de monseigneur, nous n'aurons pas beaucoup de mal à craindre de toutes les puissances qui n'ont pu nous nuire lorsqu'elles faisoient agir tant d'États qui seront pour nous, et assurément mieux gouvernés quand ils voudront faire usage de la sagesse et des conseils d'un roi qui ne leur en donnera que pour les conserver tranquilles et unis sous un même maître. Aussi, messieurs, après avoir fort examiné, vous trouverez que rien ne vous convient mieux que d'entrer dans le traité, puisque vous voyez quelque espérance de changement dans l'article qui vous faisoit le plus de peine. > Les nouvelles d'Espagne pressoient fort la cour de Vienne de se déterminer. Mais le testament que le duc de Moles faisoit espérer en faveur de l'archiduc retenoit les ministres, qui dirent au marquis de Yillars
qu'ils attendoient le retour d'un courrier ^'Espagne, et que, dès qu'il seroit arrivé, ils lui parleroient plus positivement.
Cependant, comme ils prévoyoient que de certains partis leur pourroient attirer la guerre, ils prirent la résolution de remonter la cavalerie et de recruter toutes leurs troupes qu'ils avoient conservées entières après la paix du Turc.
Le courrier de Madrid, si attendu, arriva enfin. On voulut croire que les ministres de l'empereur av<»eiit caché son i;c|lp}r pendant trois jours ; mais le comte d'Harrach, pMV en dissuader le marquis de Yiflars, lui montra une lettre du comte d'Harrach son fils, ambassadeur à Madrid, dont la date faisoit voir qu'il n'y avoit pas eu de mystère sur l'arrivée de ce courrier. Les conférences chez l'empereur étoientfréquentes^ et l'on vit sensiblement diminuer les apparences que l'empereur pût souscrire au traité de partage. Les trois mois donnés pour se déterminer finissoient au 1 8 d'août ; ainsi, il restoit peu de jours pour déclarw la dernière résolution.
Le roi s'attendoit bien, comme il le marquoit au marquis de Yillars par sa dépèche du 5 d'août , que celles qui arriveroient de Madrid à Vienne, et les assurances que donnoit le duc de Moles des dispositions favorables du roi et de la reine d'Espagne pour Tempereur, empècheroient ce prince de souscrire au traité de partage, malgré les instances réitérées de l'Angleterre et de la Hollande. Ainsi, l'on attendoit avec impatience à la cour de France la résolution de celle de Vienne, qui partit le G d'août pour Laxeiibourg et le 7 pour Neustadt.
Le marquis de Villars demanda aux comtes d'Harrach et de Kaunitz s'ils vouloient attendre jusqu'au 1 8 à déclarer les intentions de l'empereur. Ces ministres répondirent qu'ils n'avoient pas d'ordre encore de le faire connaître : cependant, ils s'expliquèrent plus clairement à quelques ministres étrangers et ne firent aucune difficulté de leur déclarer que l'empereur ne souscriroit jamais au traité.
Le marquis de Yillars étoit informé qu'ils ménageoient les puissances d'Italie autant qu'il leur étoit possible, comptant assez sur le duc de Savoie, entièrement sur celui de Modène et sur le grand duc. Il n'y avoit pas lieu d'espérer que les Vénitiens se déclarassent, et l'empereur ne se flattoit pas non plus de faire déclarer les Génois ni le duc de Mantoue pour ses intérêts.
Quant aux États de l'Empire, la cour de Vienne se croyoit assurée de l'électeur de Brandebourg, de l'électeur de Saxe, roi de Pologne, de la maison d'Hanovre, dévouée à l'empereur par le neuvième électorat ^ et par l'alliance du roi des Romains avec une princesse de cette maison ; car, il faut savoir que le neuvième électorat, étant toujours attaqué par la plupart des princes de l'Empire, il ne pouvoit être solidement établi que par la protection et par l'autorité de l'empereur.
Les comtes d'Harrach et de Kaunitz, en partant pour Neustadt, dirent au marquis de Villars qu'ils ne savoient pas si l'empereur attendroit le dernier jour
1. En 1692, l'empereur Léopold avait érigé le daché de^Hanovre en neuvième électorat.
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à faire connoitre ses intentions ; mais que, quoi qu'ils eussent à lui déclarer, le meilleur parti pour eux et pour nous seroit toujours une parfaite union entre nos maîtres.
On prétendoit que le roi d'Espagne avoit envoyé des ordres aux vice-rois et gouverneurs de tous ses états en Italie d'y recevoir des troupes de l'empereur, auquel cas le roi mandoit au marquis de Yillars qu'il feroit dire au roi d'Espagne que, si cet ordre n'étoit révoqué, il feroit entrer en Espagne les troupes qui étoient sur nos frontières de la Catalogne et de la Biscaye.
Cependant, conmie le marquis de Yillars s'étoit rendu à Neustadt, le comte d'Harrach lui donna, le 18, la réponse de l'empereur sur la proposition qui avoit été faite à ce prince d'entrer dans le traité de partage.
Cette réponse portoit que l'empereur, voyant le roi d'Espagne dans une santé parfaite, étant d'ailleurs son oncle et son plus prochain héritier, il croiroit man^ quer à toutes les règles de la bienséance, si, durant la vie de ce prince et tandis qu'il pouvoit encore avoir des enfants, il entendoit à aucun partage de sa succession ; qu'il espéroit que le roi ne prendrcHt pas cette résolution en mauvaise part ; que cependant, en cas d'ouverture de la succession , il entreroit avec joie dans les expédients qui pourroient maintenir la bonne intelligence qu'il vouloit toujours conserver avec Sa Majesté ; que, quant à la nomination d'un tiers, il ne croyoit pas qu'elle se pût faire, ni que le roi le voulût, puisqu'on ne pouvoit disposer des états du roi d'Espagne pendant sa vie; que si, néanmoins, on vouloit avant sa mort établir ce tiers, on étoit disposé à tout
pour Tempècher d'entrer en possession. Telle fîit la réponse de Fempereur.
Le comte d'Harrach ajouta, dans la conversation, que la menace de donner à un seul la succession de la monan^ie étoit la plus surprenante qu'on pût imaginer ; que la liberté de donner des monarchies seroit d'un terrible exemple dans le monde, et que le prétendu tiers ne pourroit être que le duc de Savoie. Mais le marquis de Yillars crut démêler que les ministres de la cour de Vienne ne craignoient rien de la part de ce prince, et il crut reconnoltre, à leur tranquillité sur cela, que le duc de Savoie étoit en quelque commerce avec l'empereur. Il répondit au comte d'Harrach : c Monsieur, vous êtes entré en négociation sur le partage de la succession, et il n'a tenu qu'au Milanois que l'on ne soit demeuré d'accord. Or, l'état de Milan ne peut paroltre d'une assez grande conséquence à tous ceux qui ont traité pour remettre toute l'Europe en guerre : donc, il n'est pas étonnant que les puissances, qui veulent l'éviter, voyant votre opiniâtreté, trouvent beaucoup de raison à négliger vos droits pour assurer le repos public, puisque vous les négligez vous-mêmes. > — c Enfin, dit le comte d'Harrach, laissons dormir cette affaire quelques années, puisque le roi d'Espagne jouit de la santé. Nos maîtres trouveront, dans la suite, que rien ne leur peut tant convenir que de s'accommoder directement, à l'exclusion de tous les entremetteurs. > '.
Le comte de Kaunitz, dans une conversation assez longue qu'il eut avec le marquis de Villars, lui rappela toutes les ouvertures que le comte de Kinsky lui avoit
faites dans les temps mêmes où Ton savoit que la France vouloit prendre des mesures avec rÂngleterre et avec la Hollande. Il ajouta que le comte de Portland avoit jeté les premiers fondements de cette négociation , que ces deux puissances les avoient bnmipés et qu'ils étoient bien sûrs qu'elles nous tron^roicnt de même.
Le marquis de Villars, convaincu par la réponse de l'empereur que le refus qu'il faisoit d'entrer dans le partage obligeroit les puissances qui l'avoient fait à suivre des mesures violentes, représenta encore au roi combien il lui seroit avantageux d'entrer dans la première proposition du comte d'Harrach^. U ne balança pas à s'étendre sur toutes les raisons qui pouvoient porter à prendre ce parti, sans difficulté le plus glorieux et le plus utile. Enfin, il supplioit Sa Majesté de vouloir bien y faire de nouvelles réflexions, puisque le refus de l'empereur exigeoit de nouvelles délibérations.
L'on tint à Neustadt diverses conférences avec l'ambassadeur d'Espagne, auxquelles le président de guerre fut appelé, et l'on pouvoit juger par les dispositions de la cour impériale, aussi bien que par sa vivacité à traiter avec les ministres étrangers, qu'elle se préparoit à la guerre et à tout hasarder, plutôt que de ne pas suivre les prétentions qu'elle estimoit les plus légitimes et les plus justes à la succession, d'autant plus que le roi d'Espagne joignoit, disoit-on, aux offres qu'il faisoit à l'empereur, tous les secours qui étoient en son pouvoir pour le soutenir.