Dépêche de Yillars au roi. Vienne, 18 août
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Il vint alors ud courrier du comte d'Harrach, ambassadair de Tempereur à Madrid, dont les lettres confirmoieut la nouvelle déjà reçue d'une meilleure santé du roi d'Espagne ; elles portoient aussi que le roi et la reine d'Espagne avoient ramené à leur sentiment la plupart des conseillers d'État qui avoient été d'avis d'offirir la monarchie d'Espagne à un des fils de monseigneur le dauphin.
Toutes ces nouvelles fortifioient l'empereur dans la résolution prise de ne pas entrer dans le ti;aité de partage. Il est vrai que le nombre de ses troapéllfétoit assez considérable; mais le désordre dans les^fiAinces étoit au plus haut point, et la foiblesse de l'Espagne 86 pouvoit comparer à l'état de la santé de son roi. Les ressources n'étoient pas proportionnées à de tels inconvénients. La principale étoit le miracle de la maison d'Autriche ; c'étoit un proverbe de la cour de Vienne, et Ton y citoit une infinité d'exemples où cette puissante maison, prête à tomber, s'étoit relevée contre toute espérance. On attendoit le reste du bénéfice du temps et du chapitre des accidents, si souvent dté dans les Mémoires du cardinal de Retz.
Le roi donna ordre alors au marquis de Yillars^ de déclarer à l'empereur que, s'il faisoit entrer des troupes dans l'Italie pour s'assurer des États du roi d'Espagne de son vivant, on seroit obligé de s'y opposer. Le sieur Hop fit une semblable déclaration de la part du roi d'Angleterre et de la Hollande.
1. Pardépôche datée de Versailles, 30 août 1700, dont il est bon de reproduire les principaux passages, à cause de leur importance. On les trouvera à Tappendice.
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Les mêmes ordres furent envoyés au sieur de Blécourt à Madrid, et on le chargea de déclarer au roi d'Espagne que, s'il donnoit entrée dans ses États aux troupes de l'empereur, le roi, aussi bien que les puis* sances maritimes, s'y opposeroient, et que, pour conserver la tranquillité de l'Europe, il étoit nécessaire que l'empereur s'engageât à ne faire aucun mouvement de troupes qui pût la troubler.
Pour dire la vérité, il n'y avoit aucun fondement réel au dessein qu'on donnoit à l'empereur de faire marcller des troupes en Italie. Il est bien certain qu'en^plusieurs conférences où assistoient l'ambassadeur d'Espagne et le président de guerre, il avoit été agité quelles mesures on pouvoit prendre si la France faisoit marcher des troupes vers l'Itahe, et, dans ce cas, l'empereur prétendoit en faire entrer aussi par le Tyrol et par les Grisons. Mais il n'y avoit aucune apparence que la cour de Vienne voulût prévenir par aucun mouvement.
Par toutes les nouvelles de Madrid, la santé du roi d'Espagne paroissoit meilleure et le cardinal Porto- Garrero avoit réuni la plupart des grands, des ministres et des conseillers d'État pour empêcher la division de la monarchie. Tous ces différents particuliers offraient les appointements de leurs charges, et de taxer euxmêmes leurs propres biens pour un dessein si convenable à leur gloire et à leur utiUté.
On prétendit même que le roi d'Espagne achetmt des troupes des princes de l'Empire pour fortifier les garnisons du Milanois, et que l'électeur de Brandebourg offroit 8,000 honunes des siennes. Tout cela cependant ne paroissoit qu'à titre de précaution de la
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part du roi d'Espagne, et Tempereur ne sembloit pas y prendre part.
La réponse du roi d'Espagne au mémoire du sieur de Blécourt, pour empêcher ce prince d'envoyer des troupes en Italie, fut qu'il ne songeoit point à y faire entrer celles de l'empereur; mais, qu'il ne croyoit pas, quand les siennes propres avoient besoin de recrues, qu'aucune puissance pût désapprouver qu'il leur en donnât, comme il ne se mèloit pas de l'entretien des troupes des autres souverains.
Cependant le marquis de Yillars s'acquitta des ordres qu'il avoit reçus et prit audience de l'empereur* pour lui déclarer que le roi désiroit toujours également la continuation de la tranquillité générale et d'une parfaite intelligence avec Sa Majesté impériale ; mais que, si elle faisoit passer de ses troupes en Italie, comme le bruit en étoit répandu, cette union seroit bientôt altérée.
L'empereur fit réponse qu'il avoit toujours souhaité la paix et une bonne intelligence avec le roi ; que les dernières assurances qu'il recevoit des mêmes sentiments de la part du roi lui donnoient une grande consolation ; que les bruits répandus sur la mardie de ses troupes en Italie étoient sans fondement, et qu'il croyoit bien que le roi n'entreprendroit rien sur les États de Sa Majesté catholique.
Il est certain que l'empereur désiroit que rien ne troublât la tranquillité présente. Gomme il espéroit que le roi d'Espagne vivroit quelques années au-delà de ce qu'on avoit cru, il se flattoit que la vie de ce
i. Le 10 septembre 1700.
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prince lui donneroit des occasions plus favorables de dissiper les mesures que les puissances maritimes avoient prises pour leur seul intérêt et contre les siens. Effectivement, le leur étoit de voir TEspagne très foible et sous Tautorité d'un prince obligé à dépendre d'eux , supposant avec raison qu'un fils de l'empereur seroit plus disposé à s'unir à l'Angleterre et à la Hollande qu'au roi de France.
L'esprit de tranquillité établi par les mutuelles promesses que s'étoient faites le roi et l'empereur, de ne la pas troubler par aucun mouvement de troupes durant la vie du roi d'Espagne, n'empéchoit pas l'empereur de vouloir que l'on s'expliquât sur le prince, auquel on prétendoit faire tomber les portions de la monarchie d'Espagne, si l'empereur, auquel on les avoit offertes, n'entroit pas dans le traité de partage.
Le comte de Sinzendorff eut ordre de presser le roi sur cela, et la réponse fut que le choix et la décla^ ration ne dépendoient ni du roi ni des puissances maritimes, et que les contractants étoient convenus de le nonuner à la première réquisition qui en seroit faite par la France ou par l'Angleterre, si l'empereur refusoit d'entrer dans le traité. Le marquis de Villars eut ordre de faire la même réponse aux ministres de la cour de Vienne lorsqu'ils lui parleroient sur ce sujet.
Deux courriers, qui arrivèrent de Madrid, donnèrent alors quelques espérances de voir durer un peu plus que l'on ne l'avoit cru la vie du roi d'Espagne. [La cour en profita] pour retarder les réponses qu'on demandoit ou pour les rendre moins favorables aux instances des puissances liguées. Elles vouloient, premièrement, que l'empereur entrât dans le traité,
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du moins qu'il s'engageât à n'envoyer aucunes troupes dans les états d'Espagne ni dans l'Italie ; en second lieu, qu'il ne se mit en possession, sous quelque prétexte ni de quelque manière que ce fût, d'aucune partie de la monarchie d'Espagne.
L'empereur consentit à n'envoyer aucunes troupes, hors les recrues qui seroient nécessaires, aux régiments allemands qu'il avoit au service du roi d'Espagne ; mais, en même temps, il déclara qu'il réservoit tous ses droits sur cette monarchie et qu'il n'entreroit en aucune façon du monde dans le traité de partage ; que, d'ailleurs, il ne pouvoit regarder qu'avec peine le tiers dont on le menaçoit, et, qu'enfin, il pouvoit se plaindre encore avec justice de toutes les voies que l'on mettoit en usage pour faire entrer dans ce traité toutes les puissances de l'Europe^. Cette réponse n'expliquoit pas néanmoins bien clairement que l'empereur, du vivant du roi d'Espagne, ne se mettroit en possession d'aucun des états de ce prince. Aussi, le marquis de Yillars en fit ses représentations aux comtes d'Harrach et de Kaunitz, et ils lui répondirent que cet article étoit compris dans l'engagement de n'envoyer aucunes troupes en Italie.
Le marquis de Yillars répliqua que cet envoi de troupes n'étoit pas indispensablement nécessaire pour se mettre en possession ; que les vice-rois et gouverneurs du roi d'Espagne pouvoient, sur des ordres de
1. Harrach s'était plaint à Yillars d'une pression qui aurait été exercée à Gênes par le résident de France, soutenu par les galères du bailli de Noailles, et à Lisbonne par Tescadre de M. de Pontis, pour amener la république de Gènes et le roi de Portugal à souscrire au traité de partage. Dépêche de Yillars au roi du 8 oct. 1700.
leur maître, reconnoitre rempereur ou Tarchiduc pour souverain. Ces remontrances ne firent rien changera la réponse, et elle fut envoyée sans modification^.
On reçut à Vienne deux courriers de Rome, dont Tun apprenoit l'extrémité et l'autre la mort du pape, arrivée la nuit du 27 au 28 de septembre. La cour de Vienne se flattoit que le nouveau pontife qu'on éliroit lui seroit favorable et que la crainte qu'auroit toute l'Italie de se voir entre les mains du roi donnèrent des amis et des alliés à la maison d'Autriche.
Le roi fit part au marquis de Villars d'une lettre du sieur de Blécourt, écrite de Madrid le 24 de septembre, et elle portoit que le roi d'Espagne étoit à l'extrémité. Une seconde lettre du sieur de Blécourt, datée du 28, marquoit que ce prince avoit reçu le viatique, et le bruit de sa mort commençoit à se répandre.
Cependant, un courrier du comte d'Harrach, parti de Madrid le premier d'octobre, apprit que le roi d'Espagne se portoit un peu mieux, mais, qu'à la vérité, il y avoit peu d'espérance qu'il pût aller bien loin.
Le marquis de Villars reçut [le 14 d'octobre] un courrier du roi avec des dépèches du 6 d'octobre et des ordres de presser l'empereur plus fortement que jamais de se déclarer sur le traité de partage, l'état de la santé du roi d'Espagne étant tel que l'on ne pouvoit espérer de vie à ce prince que pour très peu de jours*.
1. Cette réponse, dont la copie se tronve dans les papiers de Villars, est datée dn 6 octobre. Je la reproduis à Tappendice.
2. Cette dépêche, du 6 octobre, est très importante en ce qu'elle montre la sincérité des grands efforts de Louis XIV pour amener
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Il étoit public à Madrid que la plupart des grands d'Espagne, voulant éviter le partage de la monarchie d'Espagne et ne pouvant se flatter de la conserva entière qu'en demandant un des petits-fils du roi, avoient résolu de se mettre entre ses mams. Les troupes de Sa Majesté étoient disposées sur la frontière d'Espagne, de manière à pouvoir soutenir sans peine et sans péril le parti qui se déclaroit pour un de nos princes ; les États de l'Empire étaient fort divisés, le roi y avoit plusieurs princes dans ses intérêts, et, en un mot, il paroissoit dangereux pour l'empereur de n'entrer pas dans le traité de partage, qui, au refus de l'empereur, nonmioit un tiers pour la portion destinée à l'archiduc.
Le marquis de Yillars prit donc audience de l'empereur^ et pressa ce prince de s'expliquer, en loi exposant toutes les raisons marquées ci-dessus. Toute la réponse de Sa Majesté impériale fut que ses ministres feroient savoir ses intentions au marquis de Yillars.
Un second courrier', de la part du roi, vint apprendre au marquis de Yillars qu'il en avoit passé
Tempereur à accepter le traité de partage. J*en donne à l'appendice les principaux passages.
Gomme confirmation de la sincérité du roi, citons ce fait que, Sinzendorff lui ayant officiellement demandé si, dans le cas ô&, Tempereur ayant accepté le traité départage, les Espagnols offraient la couronne à un prince français, le roi se croirait obligé par le traité à refuser cette couronne, Louis XIV ré^ndit que, si le traité était signé et ratifié par l'empereur , c nulle offire ne l'empôcheroit d'exécuter ponctuellement ce qu'il auroit promis. » (Dépêche du 20 mai 1700 du roi à Yillars.)