Aujourd'hui Gyula, petite ville sur le KOrds
Le prince Louis de Bade et les ofliciers généraux qui doivent servir dans l'armée de TÉlecteur sont partis, et ce prince part liiy«>môme le 17, pour se rendre en deux jours à Bude; et ce à quoy Ton paroist déterminé présentement, est que, si les Turcs ont quelque camp retranché vers Pctersvaradin en deçà de la Drawe ou du Tibiscq, de marcher là avec toutes les trouppes ensemble, de les forcer et les rechasser au-delà de ces deux rivières, et ensuite s'attacher au siège qui paroistra le plus important et le moins remply de difBcultez pour la subsistance de l'armée, et cependant avoir de petits corps derrière le Tibiscq qui ostent toute espérance de secours à Erla et puissent estre soustenus par la plus grande partie de Tarmée en cas que Tennemy soit en estât de faire craindre quelque chose de ces costés là.
L'on apprend dans ce momont que la garnison d'Erla ayant voulu tomber sur quelques trouppes que le général Heusler avoit fait paroistre, étant embusqué avec un plus gros corps, a esté repoussée par le dit Heusler jusques dans les portes avec perte de 40 ou 50 Turcs. Un capitaine envoyé de l'armée de M"^ de Lorraine nous apprend dans le même tems que les Turcs ayant restabli une petite ville sur la Drawe, nommée Valpo, et y ayant jette quelques trouppes, celles de lempereur les ont forcées dans ce lieu là, qu'elles ont ruiné encore une fois. Le mémo homme dit que par les nouvelles qu'on a des prisonniers ils publient que le grand visir passe la Saw avec cent mille hommes, que l'on a mis tout en uzage ceste année pour faire un effort considérable, taxé les opulens, et pris même les trésors de quelques mosquées. Voylà toutes les nouvelles que je puis avoir l'honneur de vous mander, en partant d'ici. J'apprends aussy dans ce moment que quelques régimens ont encore joint depuis peu de jours M' de Lorraine qui en a présentement avec luy 17, tant cavalerie, infanterie que dragons; mais avant la hu du mois presque toutes les trouppes seront ensemble; celles de Swabe ne sont pourtant pas encore prestes d'arriver.
'2. Villars au marquis de Croissy,
Du camp près Siclos ce 5« juillet.
J'ay receu une lettre que vous me faittes l'honneur de m'escrire du 3« juin, et vous recevn'îs encore celle cy de ma méchante escriture, je vous demande pardon de la peyne qu'on a à la lire, mais je suiâ encore icy sans personne de mes gens, n'ayant
conté d'en estre séparé que pour quatre jours. Les gros bagages de l'Électeur sont présentement à Mastrich et Ton a des nouvelles de celuy qui commande à Baia que ce prince continue sa marche vers le Danube, où Ton conte qu'il arrivera dans deus ou trois jours. Jusques ici il ne me paroist rien de changé dans les desseins qui estoit formés lorsque je suis party de Vienne, et il m'avoit paru que l'on estoit déterminé à joindre toutes les armées et marcher tous ensemble où l'on croira pouvoir joindre les Turcs, les pousser au delà des rivières et ensuitte se rabattre sur la place qu'on croira la plus aysée à prendre. M' de Lorraine a dit conformément à ce projet là. Nous sommes venus en trois jours de Darda icy, la marche a esté asses fatigante par le manque d'eaus, car, quoyque l'on suive laDrave, l'on ne peut cependant marcher ny camper le long de cette rivière parceque il y a des bois de plus d'une demie-lieue de large, qui empesche qu'on n'en puisse approcher. Nous cherchons présentement un lieu propre à faire un pont et à pouvoir passer seurement; cela est assés diûicille, parceque la Drave est débordée, et beaucoup plus large présentement que la Seyne ne l'est à Paris, et bien plus fascheuse pour pouvoir assurer le passage d'une armée. Si les Turcs ne le deffendent point, l'on doit les conter dans une extrême foiblesse. Je suis assés porté à croire qu'il y a quelque négotiation pour la pais, et il n'est pas possible qu'on agit avec tant de lenteur si l'on vouloit continuer la guerre. Dès que l'Électeur aura joint, il sera aysé de juger des intentions. Je suis assés accoustumé, monseigneur, au peu de cas que l'on fait de mes très humbles suppUcations pour n'estre pas estonné du peu d'attention qu'a eu Sa Majesté sur ce que je prenois la liberté de luy représenter qu'il m'estoit un peu honteus d'estre forcé d'avouer l'ancienneté de mes services et leur peu de progrès. Heureusement, monseigneur, j'ay trouvé qu'on aymoit mieux les attribuer à ma mauvaise fortune qu'à mon peu de mérite, et je suis très persuadé qu'il n'a pas tenu à vous que ma représentation n'ayt eu quelque effect. J'espère qu'enfin le Roy voudra bien me destiner quelque grâce ; il y a dix et huit ans que j'ay l'honneur de le servir; je ne puis pas me flatter de mieux faire que mon père, mais je serois bien fasché de ne pouvoir pas envisager une meilleure fortune.
Nous venons de chercher un Ueu propre à faire des pons sur cette rivière; comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, elle est plus large que la Seyne, et outre cela, avant que d'arriver au bort, il y a un marais fort large et fort profont, et Ton trouve
après avoir passé la rivière un autre marais aussi difficille à traverser et aussi croyez bien, monseigneur, que ces difficultés là seroit insurmontables si les Turcs ne sont pas dans une extrême foiblesse, ou dans une ignorance très profonde. L'on n'a aucune nouvelle d'eus, mais cela ne surprent point et l'on ne reçoit guères d'avis de leurs démarches. Je crois pourtant que cela ne seroit pas difficile. L'on a dit que le grand visir s'estoit approché avec un corps de 12 ou 15 mille hommes pour fortifier celui qui est derrière Essek, mais qu'ayant appris dans sa marche que l'Électeur marchoit vers Ségedin, il estoit retourné fort viste sur ses pas ; peut estre que, quand il verra l'Électeur déterminé à repasser le Danube, il prendra le party de venir deffendre la Drave. Je suis persuadé que, s'ils ne s'opposent pas au passage de cette rivière, l'on ne les trouvera en aucun endroit. La cavallerie est demeurée au camp de Darda sous les ordres de Gaprara. Téquelli a joint cette armée avec les recreues de l'infanterie de l'Électeur, que l'on enverra dans les villes de Siclos et Cinq Églises pour faire sortir les bataillons de l'empereur qui y sont en garnison. Le grand maistre de l'Ordre Teutonique a joint despuis deus jours.