Le prince Eagène
2. Je n'ai pas cru devoir imprimer ce billet écrit à la hâte da euip près Valpo et dont la lettre du 22 reproduit, en les déreloppaiit, tons kn points essentiels.
manière de fort joignant la Drave, et leurs coups n'étoient pas inutiles, donnant dans le grand chemin par lequel venoit toute Tannée. L*on prit quelques paîsans par lesquels on apprit que le grand vizir, avec tout le reste de Tannée, étoit arrivé depuis trois jours, et que d'abord il avoit conmiencé à se retrancher ; que leur armée étoit de cent mille hommes. L'on ne crut point ce qu'ils disoient, et Ton persista dans le dessein de les attaquer. M' de Lorraine ût sortir toute la nuit les troupes du défiler, s'étendit sur la droite, et, à la pointe du jour, toute son armée étoit en bataille. Le 19, la teste de Tarmée de Bavière commença à se mettre en bataille sur la gauche de celle de Lorraine, toujours à la demie portée du canon dés ennemis, et sous le feu de plus de trente pièces. Toute la journée se passa à se métré en bataille ; car M*" de Lorraine , qui menoit la droite , trouvoit un pais fort difficile; beaucoup d'endroits où il falloit se faire un chemin, et ayant toujours devant lui une quantité prodigieuse d'escarmoucheurs qui sont fort incommodes et qui, contant sur une retraite assurée par la vitesse de leurs chevaux, viennent tirer leurs flèches et leur coup de pistolet dans la ligne. M' de Lorraine faisoit marcher dans les bois devant lui quatre ou cinq cens cravates à pied, qui fort indiscrètement, ayant traversé une petite plaine de trois cens pas sans estre soutenus par nos troupes, en un moment, il y en eut deux cens qui eurent la teste coupée sans qu'il fût possible d'avoir le tems de les secourir. Sur le soir, toute Tarmée étoit en bataille, la première ligne tenant quasi une lieue de front. On avoit eu tout le tems de considérer le camp des Turcs pendant cette marche, que vous trouvères sans doute hardie, et qui le seroit sans la conscience des victoires précédentes ; car enfin on se métoit en bataille, marchant toujours à demie-portée du canon des lignes des ennemis, qui, par la situation du pais, pouvoient, avec leur cavalerie, faire des charges fort dangereuses dans de certains endroits et se retirer sous le mousquet de leurs retranchemens.
On eut donc tout le loisir de considérer l'avantage de leur poste, pour moi qui étois un des plus curieux, je montay sur le plus grand arbre et je trouvay premièrement qu'ils avoient un front encore plus étendu que le nôtre ; à leur droite qui touchoit la Drave étoit un fort; dans le centre de leur Ugne, il y avoit encore quelque retranchement plus élevé que le reste de la ligne. Leur gauche finissant à un bois impénétrable et tout le front étoit couvert d'une ligne droite sans angles. Toute cette ligne étoit bordée d'infanterie, mais tout au plus sur deux rangs, et il
paroissoit trois fort gros corps de troupes à la droite, à la gauche et dans le centre, et beaucoup de cavalerie sans ordre répandue entre ces corps-là. Derrière cela des tentes fort belles et peintes de diverses couleurs. Ils occupoient toute la creste d*une hauteur imperceptible et ne nous laissoit point de plaine à nous mètre en bataille ; quelques endroits plus clairs les uns que les autres qui s'étendoient de cinq ou six cens pas dans les bois. Mais enfin, comme pour attaquer une armée retranchée et peut-estre plus forte que la nôtre, il falloit au moins pouvoiir y marcher en pleine bataille , que cela étoit absolument impossible par la situation dont on n'a jamais pu estre éclairci qu'en la voyant, qu'enfin c'étoit bazarder un combat fort rude et dont mesme la réussite étoit fort douteuse, tous les généraux ont esté d'avis de se retirer comme on étoit venu. Quelques-uns proposèrent de tâcher de pénétrer jusqu'au Danube et couper à l'ennemi le commerce de Belgrade. Mais, comme dans le mesme tems il nous pou voit 6ter celui de Bude, on est revenu au seul bon avis qu'on pouvoit suivre qui a été la retraite ; et on la résolut de la mesme manière qu'on a voit marché. C'est à dire que la droite marcheroit la première et que l'Électeur auroit l'arrière-garde.
Dès le matin M^ de Lorraine conmiença à se replier sur la gauche et d'abord les ennemis vinrent pour reconnoitre quels mouvemens on avoit intention de faire, et avec deux ou trois mille chevaux ils tombèrent sur trois ou quatre bataillons qui ayans toujours leurs chevaux de frise devant eux les éloignèrent à coups de mousquet et ces bataillons ayans été soutenus obligèrent les ennemis à se retirer. Pendant tout le reste de la jour^ née, leur cavalerie répandue en divers endroits et mesme beaucoup de janissaires vinrent tirer sur nos escadrons et chargèrent mesme une garde de soixante maistres qui n 'étoit qu'à cinquante pas de nostre ligne. Sur le soir ils vinrent par deux fois avec de fort grans cris tirer sur les bataillons qui faisoient notre arrièregarde. Mais le feu qu'ils craignent beaucoup les arresta toujours et notre retraite se fit tranquillement. Cependant, comme l'on a été deux jours et demi sous leur canon, on a perdu quelques gens. U y a des régimens qui ont eu cinquante chevaux tués. H y a bien eu quatre cens hommes sans compter les pauvres cravates. Les ennemis se montrèrent hier et ont paru encore ai^ourd'hui à notre arrière-garde, ce qu'ils peuvent toujours en seureté, car on ne croit pas possible de les joindre quand ils veulent se retirer.
Voilà tout ce qui s'est passé depuis quatre jours. Gomme Ton
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a trouvé un peu plus d'habileté aux Turcs dans cette occasion que dans les précédentes, Ton ressuscite le vieux marquis de Persan, qui avoit servi sous Monsieur le Prince, pour commander leur armée sous le grand visir qui a ordre du Grand Seigneur de suivre ses conseils en tout. Je les ay assuré qu'il étoit enterré il y a huit ans, mais, comme ils aiment mieux le croire Turc, c'est à ses héritiers à envoier icy, car pour moi j'aime tout autant qu'on le croye Turc que mort. Nous allons repasser la Drave ; on a eu quelques inquiétudes que les ennemis, qui ont un pont à Essek, n'envoyassent un corps pour nous empescher de la repasser. Des gens un peu éveillés n'auroient pas manqué ce coup là, mais c'est assés pour des gens batus depuis cinq ans d'éviter de Testre une fois.
Selon les apparences l'on ira faire le siège d'Albe Royale, ce que les armées peuvent faire seurement en laissant un petit corps derrière la Drave et en renvoyant un derrière le Tibisc. Voilà tout ce que je puis vous aprendre aujourd'hui, faites en part à vos amis. Je ne puis m'empescher de vous parler de la fermeté de Son Altesse Électorale qui a toujours été où le canon et le mousquet donnoit le plus souvant. Il y a ici plusieurs généraux qui ne se ménagent guères. Leur cavalerie ne paroit point du tout craindre le canon. Je ne sache personne de qualité distinguée tué, que le comte Palfy, lieutenant colonel. Il y en a plusieurs de blessés. Si je puis, je vous envoieray aujourd'huy un ordre de bataille.
Je vous envoie un ordre de bataille^ de l'aile de Mons** l'Électeur. Je n'ai pu encore avoir celui de l'aile de M** de Lorraine qui est plus forte de quelques escadrons. Le duc de Servie est assés mal.
G. Villars au marquis dé Croissy.
Au camp entre Moaich^ et Baraniavar, le i*** aoust 1687.
Il ne s'est rien passé de considérable, Monsieur, depuis ma dernière lettre. Les Tartares ont cherché nos fourageurs dans le camp près de Siclos, et envoyèrent mil chevaux pour essayer d'attirer nos trouppes dans une embuscade de quatre ou cinq mil chevaux; mais quelqu'uns des ennemis ayant esté pris, avertirent de leur dessein d'assez bonne heure pour empêcher le