Villars au fnarquis de Groissy
Au camp entre Moaich et Baraniavar, le 4* aoust 1687. Je ne reçois aucune de vos lettres, Monsieur, il y a
longtems aussy que je n'en reçois point de ce qui m'escrit de France. Pour moy, je suis très régulier; il y a trois jours que j*ay eu Thonneur de vous mander ce qui 8*e8t passé depuis que nous avons quitté la Drawe. Nous sommes toujours dans le même camp ; les Tartares nous prennent tous les jours quelques fourrageurs. L'on avoit eu intention de fortifier Moaich et Ton avoit commencé à y travailler ; Ton a changé de résolution et Ton fait remonter nos batteaux apparament jusqu'au dessus de l'embouchure de la Sarvits. Hier, Tennemy vint camper à nostre vue sur les hauteurs au delà de Baraniavar, et a avancé 2,000 chevaux à Baraniavar qui ont une garde de SOO chevaux à un quart de lieue de nostre camp. U paroist que Tennemy s'enorgueillit, et je crois que Ton fait ce qu'on peut pour augmenter sa confiance et essayer de l'attirer dans des lieux où on puisse combattre. Un corps de cinq mil Tartares a passé près de Siclos et marché du costé de Siget. U . ne leur sera pas difficille d'y jetter du monde, mais ils manquent plus de vivres dans toutes leurs places que d'hommes...
Je crois que je pourois recevoir plus souvent de vos lettres par la voye de Strasbourg ; quand on n'escrit rien de plus particulier que ce que j'ay l'honneur de vous mander, les lettres vont en seureté. Je crois que l'on ouvre toutes les miennes et je le scais ; ils auront la satisfaction de voir que je rends justice aux trouppes et aux généraux. L'on attend toujours le duc de Mantoûe ; l'on dit qu'il vient un envoyé de France avec luy ; pour moy, je conseilleray à un homme à caractère de ne pas venir dans ces armées cy. Et nous autres, pauvres volontaires, avons quelquefois des escarmouches à soutenir, et où il faut répondre comme gens qui, étant tenus de fort court en France sur les querelles, ne les cherchent ny ne les craignent partout ailleurs.
On est parfaitement bien avec les plus honnestes gens et les principaui, mais au dessous de ceux là, il y en a de condition que les principaux ne sont pas fachéz d'entendre parler, et ausquels il faut absolument faire connoistre qu'on ne craint point les affaires particulières. Cet envoyé de France sera peut-estre dans quelques embarras sur cela; pour moi. Dieu mercy, je suis assés connu ici pour qu'on ne croye point que je suis un querelleur et pour pouvoir mètre dans leur tort ceux qui voudront l'estre avec moi. Voilà tout ce que je puis vous mander comme à mon ancien ami. Je ne sache point que nous ayions encore reçu (les ordres de la cour de Vienne ; on les attend incessam-
ment. Je voudrois bien pouvoir apprendre par queiqu'unes de vos lettres si vous recevez les miennes régulièrement.