‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 81 sur 130 · Villars au roi · texte numérisé non relu

Villars au roi

Extrait. A Hunich, le 24 mars 1688.

Cumme j'avoie lien de croire que l'Emperear fairoit mander aux envoyés de Florence que l'Ëlecteur avoit des desseins pour le Roi de Hongrie et pourroit même leur envoyer la première réponse dudit Ëlectenr & la première proposition, laquelle il avoit faite sans ma participation et qui eetoit marne toute propre à obliger lesdits envoyés à attendre de nouveaux ordres de leur maiatre avant que de passer antre, j'ay obligé l'Ëlecteur à leur dépescher

auBsy, et enfin ils sont arrivés Icy d'hier La princesse de

Bavière, qui a asses bon esprit pour connoître que le plus grand malheur qui luy pourroit arriver estoit d'estrs destinée pendant huitouneufansàun mariage qui se seroit inftilliblement rompu, m'a Tait de grands remerciements snr les services que je luy ay rendus dans celuy-cy et je crois, Sire, pouvoir ne Batter d'y avoir beaucoup contribué.

h. Vitlart au roi.

Munich, 28 avril 1688.

J'ay en l'honneur de mnnder ft Votre Majesté par le âernier ordinaire, que j'espcrois de lui aprendre aujourd'hui la conclusion du mariage de M.td.imp In PrinceRse de Bavière. Les ministres de Florence ont mandé la mesme chose au Grand Duc, maie ceux de Bavière, qui soat char^K de travailler à lurmioer cette aiTaire, n'ont pas enviu et ne sont pas accousiumés à les finir ei prampl«ment.

Les uns donc avec de mauvaises intention!:, c'esl4-dire de dif" férer ce qu'ils ne peuvent rompre, les autres par un faux xéle pour leur maislre ont tous dit à l'Klecteur qu'il n'y a qu'à ne se point presser et que les envoyés de Flnrence accord eroient tout. Ainsy l'Électeur a persiste jusques à aujourd'hui à demander quarante

mille écus de douaire en cas de mort du prince, et la rente de la dot et contre dot de la princesse sur le pied' de cinq pour cens. Votre Majesté est persuadée, par ce qu'il me paroît dans la lettre dont elle m'honore du 15 de ce mois, qu'il n'est pas possible que dans les ordres et instructions des envoyés de Florence, on ait oublié de leur donner des pouvoirs sur le douaire; cela est surprenant, mais cela avoit pourtant été oublié, et mesme le courrier qui est arrivé a porté ordre positif aux envoyés de convenir de tous les articles, mais que, si l'Électeur persistoit à vouloir ces quarante mille écus, de n'en convenir point ny disconvenir, mais renvoyer le courrier pour recevoir de nouveaux ordres du Grand Duc. Ces longueurs-là m'ont étonné et j'ay imaginé tout ce qui pouvoit les empescher; après avoir donc conféré toute la journée d'hier avec le sieur Finetty et le père Benfaty, je viens de parler à l'Électeur et je lui ay représenté tout ce que j'ai cm plus propre à le porter à conclure, sans attendre de nouveaux éclaircissemens de Florence, et je suis tombé d'accord avec les envoyés de cet expédient, qui est de convenir de tous les autres articles qui sont déjà réglés, et pour celui du douaire, de laisser en blanc, que sous le bon plaisir du Grand Duc (qui aura liberté d'accepter ou refuser ladicte proposition), on est convenu d'accorder vingt mille écus de rente de douaire. L'Électeur m'a dit qu'il verroit d'accorder cela ainsy, et qu'il alloit donner ses ordres à ses ministres

1^8 envoyés de Florence rendront bon témoignage de la manière dont je mène cette affaire icy, que j'ay toujoure regardée comme très capitale pour les intérêts de Votre Majesté. J'ay affaire à gens mal intentionnéz ou si grossièrement soupçonneux, qu'on ne finit point avec eux. Monsieur le marquis de Groissy, dont ils ont épuisé la patience avec le mariage de Madame la Dauphinc, voudra bien me faire quelque mérite auprez de Vostre Majesté, si, comme je l'espère, nous finissons promptement. Il y a ici des fripons qui me font beaucoup de peine. Je traitte directement de l'Électeur à moi; tout ce qui s'en mesle, d'ailleure, ne cherche qu'à prolonger... Une autre chose me fait encore quelque peine, ce sont les deux ministres de Florence, qui sont, s'il me semble, un peu plus occupés de ce qu'il reviendra à l'un ou à l'autre de blâme ou de reconnoissance du bon ou mauvais succès de l'affaire, qu'il ne faudroit. Enfin, Sire, pour un novice en négociation, celle-cy est assez difficile, et je ne puis compter uniquement du commencement à la fin de pouvoir m'en bien tirer que

par la privance et la familiarité, et, si je l'ose dire, par une espèce de faveur du Prince, lequel, me confiant présentement plus qu'à personne ses secrets les plus sensibles, me donne toutes facilitez que je puis désirer de l'entretenir de tout...

Je viens encore d'entretenir l*Électeur rar le mariage. Il a fait appeller tous les commissaires que j'avois entretenus auparavant. Ces mesmes commissaires m'ont tous dit : « Soyez en repos, nous ajusterons demain les' affaires comme vous le désirez, t Tout cela ne vas qu'à éviter les longueurs que beaucoup de gens y veulent aporter.

J'espère donc, Sire, que nous les finirons demain. J'ay fait tout ce que j'ay pu pour pouvoir mander l'afiaire fietite à Vostre Majesté aujourd'hui. Je la crois comme faite, mais je n'assure rien, quand il y a la moindre peur. Je puis dire à Votre Majesté que les envoyés de Florence sont arrivés icy ayant pour toutes instructions : le sieur Finetty de se tenir à Inspruck secrètement et envoyer icy le Religieux, de voir la disposition de l'Électeur et de la mander à Florence. Ils se sont rendus ici par les lettres que l'Électeur leur a fait écrire. Ils ont pris caractère par l'ordre mesme de ce prince, et, à l'heure qu'il est, leurs instructions sur le douaire ne sont pas positives. J'ay pris sur moy de les faire engager, comme j'ay eu l'honneur do le mander à Votre Majesté, malgré toutes leurs prudentes réflexions.

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