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menl , il croyait devoir persister dans son attaque, pour dégager le général Moreaii. Mais ce raisonnement n'était mal heureusement fondé, que sur des espérances beaucoup trop éloignées de leur réalisation, et si le général Macdonald eût pesé toutes les chances d'incertitude, il aurait attendu, sur la défensive, qu'une des deux circonstances qu'il espérait , se présentât réellement , pour en profiter alors. On n'en doit pas moins admirer sa générosité , à se précipiter de nouveau dans un terrible danger, pour porter au général Moreau im secours qu il supposait lui être nécessaii'e.
Ainsi , le lendemain 19 juin, il passa de nouveau la Trebbia , et il attaqua l'ennemi avec une vigueur telle, qu'il commença par rompre la première ligne des Autrichiens , au centre. Mais Souwarow y ayant dirigé ses réserves, écrasa les deux divisions françaises, dont l'une se mit en déroute, et il profita aussitôt de la trouée qu'elle laissait, pour y lancer ses masses, et pour couper la ligne française. Cependant, le général Macdonald parvint à rallier son centre dans les positions du matin , sur la rive droite de la Trebbia , tandis que les divisions de gauche et de droite, (jui, de leur côté, avaient remporté des avantages, furent obligées de suivre le mouvement général. Ce n'était pas encore assez pour l'infatigable Souwarow ; il voulait encore emporter , le même jour, les der-
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nièiespusilions des Fiançais, et il les tîl attaijuer; mais il finit cependant par être repoussé.
A racharuement qu'on mit à s'enlre-détruire , dans cette terrible bataille de trois jours, on eût dit que chaque armée faisait dépendre le salut de sa patrie , du succès de la journée. Vingt mille hommes étaient restés sur le champ de bataille, ou en avaient été emportés blessés. Cette énorme perte se partageait à peu près également, entre les deux armées: mais elle était infiniment plus sensible pour les Français, eu égard à leur petit nombre. Ils étaient réduits à quatorze mille combattants , leurs munitions étaient pres(|ue épuisées, el il ne leur restait que peu de généraux et d'olTiciers supérieurs en état de commander.
La retraite était devenue d'une absolue nécessité ; et le général Macdonald , quoi({ue très- souffrant lui-même de ses blessures , la dirigea successivement sur la ^ura, le Taro el sur Reggio , où il réorganisa son armée, avant de rentrer en Toscane. Cette retraite n'offrit d'ailleurs rien de remarquable , le maréchal Souwarow ne l'ayant pas suivie au delà du Taro , parce qu'il apprit alors le mouvement tardif du général Moreau, et l'échec éprouvé par le général Bellegarde. 11 fit aussitôt contre-marche, et il se porta sur le général 3Ioreau , qui , trop faible pour Tatlendre , et aj^prenant, en même temps, la reddition de la ci-
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tadelle de Turin , n'eut plus qu'à repasser le col de la Bocchelta et à rentrer dans les environs de Gènes. Les corps russes (jui revenaient de Turin, et les divers détaclienienls qui rejoignaient, portaient de nouveau l'armée du niaréclial Sou^^aro^v à soixante mille honunes , qui ne voyaient plus dans la liante Italie d'ennemi devant eux.
Tel fut le résultat , à la fois, de l'indolence du général Moreau et de la trop grande précipilation du général Macdonald. Je dis l'indolence du général Moreau, car on ne peut pas le justifier du séjour prolongé qu'il fit à Gènes, pendant que le général Macdonald soutenait, sur la Trebbia, une lutte trop inégale. On ne peut pas le justifier de n'avoir envové qu'un simple détachement à Bobbio, pour y être tranquille spectateur des sanglants condjats qui se livraient près de là , au lieu d'y marcher lui-même, avec toute son armée, comme il l'avait promis. On ne peut pas non plus le justifier de n'avoir entrepris la diversion qu'il substitua, de son chef, au premier plan, qu'au moment où le général Macdonald fut hors d'étal d'en profiter, et lorsque Sou\varo\\ victorieux, fut à même de revenir sur lui, avec toutes ses forces; car sa tardive opération n'eut d'autre effet, que de détourner les Russes de poursuivre trop vi\ement le général Macdonald. Souwarow manœuvra avec une grande habileté et une grande décision, lors-
Retraite (le l'iirmce de
qu'il se plaça entre les deux armées françaises. 11 fit ce que les généraux français auraient dû faire, lorsqu'ils pouvaient réunir leurs cinquante-cinq mille hommes au pied de l'Apennin , et dans un moment où l'armée ennemie était divisée. Cinquante-cinq mille de ces soldats , qui firent de si grandes et de si inutiles merveilles de bravoure, dans ces malheureuses batailles , réunis sous des chefs expérimentés , eussent infailliblement remporté la vicloire, et eussent fait perdre à SouwaroNV le fruit de ses premiers succès.
Après la bataille de la Trebbia , le général Macdonald se dirigea sur la Toscane , pour en retirer î< T'es les garnisons, les dépôts et les bagages de l'armée, qu'il y avait laissés. Ses moyens étaient bien fl\ibles pour une opération qui présentait de grandes difficultés; mais il y mit si bon ordre, et ses mesures furent si bien prises, qu'il triompha de tous les obstacles. Je ne sais si la retraite de la Trebbia à Gênes , par la Toscane , ne fait pas plus d'honneur au général Macdonald , que sa marche de Naples àla Trebbia. Pour moi, je donne encore plus de prix à la seconde partie de ce beau mouvement qu'à la première , quoique cette première partie ait déjà été digne de tous les éloges.
Trois corps autrichiens avaient été chargés, par le maréchal Souwarow, de poursuivre l'armée de JNaples, et de faire tous leurs efforts pour l'enta-
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mer dans sa retraite; mais toutes les affaires d' arrière-garde, dont plusieurs furent sérieuses, furent à l'avantage des Français , et ils entrèrent dans Modène, en chassant un corps ennemi qui s'y était établi. Le général Macdonald détacha alors une division sur Bologne , pour y attirer l'attention de l'ennemi. En effet , le général autrichien Kray, trompé par cette démonstration , prit des dispositions défensives sur le Pô inférieur. Cependant l'armée, qui s'était auparavant assurée des passages des montagnes , passa sans être inquiétée , de Modène à Pistoie , et la division détachée sur Bologne la rejoignit bientôt, par la route de Florence. Le général Macdonald rassembla tout ce qui pouvait rejoindre l'armée , et il ne laissa rien en arrière , malgré des insurrections qui avaient éclaté et qui avaient formé un corps de vingt-cinq mille hommes à Ârezzo. 11 évacua le camp retranché de Pistoie , et , après avoir tout réglé et tout prévu , il prit, avec son armée réunie, la route de Gènes, par Lucques et Sarzane ; le gros matériel fut transporté par mer , sur des bâtiments envoyés de Gênes.
Ce mouvement, si bien conduit, ne fut terminé qu'à la fin de juillet, et il ne resta alors aux Français, des conquêtes du général Bonaparte en Italie, que le territoire de Gênes; car la citadelle d'Alexandrie avait capitulé, le 22, et Mantoue elle-
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même, le 28 du même mois. Le peu de garnisons (jui pouvaient encore faire résistance, dans le royaume de INaples , ne tenaient que pour sauver leur honneur et obtenir de meilleures conditions, puisque aucune n'avait Tespoir d'être secourue. La citadelle de Tortone se conserva plus longtemps ; un mois après, elle donna lieu à la bataille de Novi , que je vais rapporter immédiatement , pour en finir avec cette malheureuse campagne d'Italie.
Quand la réunion fut opérée, l'armée d'Italie se trouva forte de quarante mille hommes, qui restaient de cent vingt -cinq mille hommes, y compris les renforts reçus depuis l'ouverture de la campagne; le surplus était mort, blessé ou prisonnier. Cette prodigieuse consonunation de vaillants soldats fut d'autant plus affligeante, que ce sacrifice fut en pure perle , et qu on est en droit de l'attribuer , du moins pour ce qui dépasse les proportions ordinaires, à la désunion des chefs et à leurs fausses combinaisons. Des deux généraux qui, en dernier lieu, avaient commandé en Italie, l'un, Macdonald, rentra en France, pour y guériises blessures^ l'autre, Moreau, attendit, à (îênes, l'arrivée du général Joubert, que le Directoire avait nommé pour le remplacer.
Joubert possédait toutes les connaissances militaires. Jeune encore, il s'était placé au rang de n«»s
premiers capitaines, par des succès niarcjuants et des faits d'armes glorieux , dont ses qualités relevaient encore l'éclat. Maître de lui, quand il n'était pas sur le champ de bataille , son ardeur s'enflammait à la vue de l'ennemi ; alors il mesurait tout à son courage ; il donnait aux timides de la valeur, et il était lui-même à la tète des plus braves. Cette excessive ardeur, que l'expérience et l'âge auraient sans doute modérée , était le seul défaut qu'on connût au général Joubert , comme homme de guerre; c'était une vertu, tant qu'il fut en sous-ordre ; elle changea de caractère, quand il changea de situation. Devenu chef d'armée , il ne pouvait, sans péril pour ses troupes, s'exposer, comme il le faisait auparavant.
La première disposition que le général Joubert manifesta , à son arrivée , fut son extrême impatience de combattre et d'aller à l'ennemi , au lieu de l'attendre ; il avait la confiance que son armée partageait cette impatience. 11 était, en outre, sollicité par deux puissants motifs r d'une part, prévenir la réunion du corps du général kray, qui, après avoir pris Manloue , venait joindre l'armée du maréchal Souwarow ; de l'autre , secourir la citadelle de Tortone, qui était i\ la veille de succomber. Le général Moreau contribua aussi à l'affermir dans cette résolution, en lui proposant de rester, pour l'aider jusqu'après la bataille qui de-
vait se livrer , et d'en concerter avec lui les disposition s *
L'armée se mit en marche, le 14 août, et elle B;.taiiie<ieKovi. fut occuper Novi et les hauteurs en arrière. Souwarow ne fit aucun mouvement. Cette assurance fit penser, et on en eut bientôt la confirmation, qu'il avait été rejoint par le corps du général Kray, revenu du siège de Mantoue. Dès lors, la partie était par trop inégaie ; mais le général Joubert n'était pas homme à reculer, quoiqu'il connut le danger de sa position. Le maréchal Souwarow, de son côté, n'hésita pas, et, le lendemain matin, la bataille s'engagea avec fureur. Joubert , conduisant sa principale colonne , se met à la tète d'une charge d'infanterie; il crie à sessoldats : En avant! en avant ! xMais une balle l'atteint au cœur , et il n'a que la force de s'écrier encore : Marchez toujours 1 marchez toujours!... Ainsi mourut un héros qui aurait été accompli, s'il avait pu modérer son courage. Des cris de désespoir annoncèrent à l'armée la perte qu'elle venait de faire. Moreau était près de là ; pour la seconde fois la voix unanime de l'armée lui déféra le commandement ; il était dans le secret des dispositions qu'il avait lui-même concertées avec Joubert; mais ce n'était plus la même impulsion.
Pendant toute la journée , et surtout du côté de iNovi, l'acharnement tint de la fureur. Deux
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fois, le général Kray présenta ses colonnes pour enfoncer noire centre, et fut rudement repoussé. Trois fois, le iiiaréclial Souwarow ramena au combat les divisions russes, sans pouvoir vaincre une résistance des plus opiniâtres ; mais supérieur en nombre , et non moins obstiné , il remplaça ses premières divisions qui étaient presque détruites, et revint à la cbarge. Les Français n'avaient pas ce moyen , ils s'épuisaient par leurs pertes , tout était engagé ; enfin leur ligne fut rompue , et le général Mêlas déborda leur aile droite. Moreau démonté , ses liabits percés de balles , ne pouvait pins défendre Novi ; il ordonna la retraite , mais il y avait presque autant de danger à s'éloigner qu'à rester. L'arrière-garde se trouva arrêtée, près de Pasturana , par Tartilleiie qui était encombrée dans le défilé, et par l'innombrable colonne de blessés qui n'avait pu s'écouler. Tout fut enveloppé. Les généraux Pérignon, Groucby, Colli, Partouneaux, firent d'inutiles efforts pour rétablir l'ordre; ils tombèrent eux-mêmes, criblés de blessures, au pouvoir des ennemis, sans avoir pu se faire jour. Groucby avait livré deux charges; dans la première , un étendard qu'il tenait à la main lui fut arracbé ; dans la seconde, ayant mis son chapeau au bout de son sabre, en signe de ralliement, il fut, au milieu de la mêlée, renversé de cheval. La nuit fit cesser cette terrible affaire,
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et donna au général Moreau la possibilité de rallier son armée dans les montagnes qui couvrent Gènes, où il la disposa pour en défendre les passages
Dans celte bataille, considérée comme une des plus sanglantes qu'on eût encore livrées, les ennemis avouèrent qu'ils avaient eu quinze mille hommes liors de combat. La perte des Français s'éleva aussi haut; mais, en raison de leur petit nombre et par les généraux qu'ils perdirent, elle leur fut infiniment plus sensible; ils y laissèrent aussi la plus grande paitie de leur artillerie. Il est vraisemblable que si le maréchal Souvvarow avait cherché à profiter de la victoire, il aurait mis le général Moreau dans la nécessité d'aller, de nouveau, prendre ra|>pui du col de Tende, et se couvrir de la forteresse de Coni, la seule place qui ne fût point encore au pouvoir de l'ennemi ; car il n'y aurait pas eu moyen de conserver Gênes, dans l'état où cette ville se trouvait alors. Encombrée de bouches inutiles , manquant d'approvisionnement, mal armée, n'ayant que des débris de corps pour défenseurs, une escadre anglaise devant son port, et, en perspective, l'incurie du gouvernement ou son impuissance pour envover des secours, telle était Gènes. Réduite à cette extrémité, avant d'être attaquée, li semble qu'il ne fallait plus qu'un faible effort, de la part des alliés, pour que
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l'armée française fût chassée de Gènes, et pour que
sa destruction fût complète.
Mais déjà le maréchal Souwarow pensait à s'éloigner de ce théâtre de ses victoires. Peu après la bataille deNovi, il fit partir l'armée russe, pour renvoyer en Suisse , par Bell inzona et le Saint- Golhard , et il ne différa lui-même de s'y rendre, que jusqu'à la reddition de la citadelle de Tortone. En effet, quand il eut lecueilli ce dernier laurier, il alla rejoindre ses troupes, laissant au général Mélis le commandement de celles qui restaient en Italie , avec la recommandation de contenir les Français, du côté des Alpes maritimes, pour préparer le siège de Coni, et pour décider l'évacuation par nos troupes du pays de Gènes.
iNous retrouverons bientôt, sur un autre théâtre, le maréchal Souwarow. En attendant, il m'a paru nécessaire d'entrer dans ces détails sur ses opérations et ses succès en Italie, pour faire ressortir les opérations du maréchal Masséna en Suisse, et donner les motifs de ses mouvements. Ainsi, en rapprochant les événements, on comprend les rapports qui les lient, l'esprit juge de leurs effets et de leur influence réciproque, et l'on obtient un ensemble propre à nous donner d'utiles leçons. Je n'ai pas cru, non plus, pouvoir me dispenser de signaler les causes des revers que nos armées éprouvèrent dans cette campagne , car il y a de
grands enseignements à en retirer, et notre instruction doit en profiter. Ces diverses considérations m'ont entraîné à niVtendre, peut-être un peu plus que je n'aurais du le faire, sur les événements fjui se passèrent en Italie ; je reprendrai ce qui m'est personnel , par le récit des opérations militaires en Suisse. -Alais, auparavant, il nie reste encore à terminer le tahlt-au de la situation générale, à cette époque si critique.
Depuis le commencement de la Révolution, la Lemurù.i.ai
1 Si)U\v;iiow quitte
France n'avait pas été dans un plus grand danger. lu.iie. L'Italie était perdue; l'armée, qui devait défendre cette inqxMtante con(iuéle , était presque anéantie ; les ennemis étaient victorieux , sur la partie de nos frontières la moins en état de leur résister. Menacée, au nord, par un puissant armement de l'Angleterre, inférieure en forces, sur tous les points, épuisée de moyens, man(iuant d ariicnt, la France, à l'intérieur, gémissait sous le poids des charges et les excès de l'anarcliie. Le zèle patriotique était refroidi par tant de maux, par les désastres qui s'étaient si rapidement succédé , et par le lionteux exemple cpie donnait le gouvernement. Le Directoire, divisé de vues ou d'intérêts, laissait flotter entre ses mains les rênes de l'administration , et l'on voyait les chefs de l'État plus occupés de se ravir, tour à tour, un faible reste d'autorité, que de remédier aux maux
dont leur impéritie était la seule cause. Cependant , effrayé des revers qu il n'avait pas su prévoir, et près de tomber dans 1 abime , le gouvernement fit un appel à l'honneur national , en ordonnant la levée d'une conscription extraordinaire, destinée à remplacer les pertes des combats et à former de nouvelles armées. Dans la circonstance où l'on se trouvait, on ne pouvait faire plus ; la valeur des troupes et les talents des généraux devaient faire le reste.
Diiugeis Quand, accablée de revers, l'armée d'Italie cen-
de la Fiance. . . ^ r "
tralisa ses forces sur le territoire de Gènes , soixante lieues de frontières, qu'elle laissa à découvert, offrirent aux ennemis des passages multipliés, par où ils pouvaient pénétrer dans l'intérieur de la France, sans trouver d'obstacles capables de les arrêter. Le piemier plan des alliés était, en effet , de donner à la guerre cette direction ; apiès avoir séparé entièrement les armées françaises de Suisse et d'Italie , et assuré la conquête du Milanais et du Piémont, les deux grandes armées impériales devaient lier leurs opérations par les Alpes , pour se porter simultanément aux débouchés du Jura , où leur réunion se serait opérée. Nous avons vu le prince Charles suivre ce plan, en cherchant a\ec persévérance à déborder la gauche du général Masséna, jusqu'au moment où les ordres réitérés du cabinet autrichien Tobli-
gèrent à détacher une partie de son aile gauche pour aller renforcer, en Italie, le maréchal Souwarow. Jl n'en fut heureusement pas de même de ce dernier. 11 était habitué à tout rapporter à lui, et à n'avoir en vue que ses propres triomphes ; voulant tout embrasser, il oublia facilement le plan convenu; il tint à ce qu'il ne restât plus rien à faire en Italie, quand il l'aurait quittée, et aussi à terminer tout, par lui-même, en Suisse. Toutefois, et malgié le temps qu'il faisait ainsi perdre aux alliés, la France n'en restait pas moins exposée à un danger imminenl. Le Directoire ordonna la formation d'une nouvelle armée des Alpes, qu'il chargea de défendre la Savoie et le Dauphiné. Celte armée devait, en même temps, et suivant les circonstances, secondei- le général Masséna, du côté de la Suisse, ou se porter au secours de l'armée d'Italie.
Le commandement de cette nouvelle armée fut Amac Je, Alpes. confié au général Championnet , qui venait de venger, devant un conseil de guerre, son honneur mdignement attaqué par les misérables, dont il avait courageusement réprimé les excès et les abus de pouvoir, à ^aples. Ce procès, scandaleux pour l'autorité, dont les agents y jouaient un rôle honteux, venait de se juger à Grenoble, où le général Championnet se trouvait encore , quand il reçut les ordres du Directoire , qui le faisaient passer,
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du banc des accusés, à la tète des troupes. Son premier soin fut d'assurer la défense des places , des retranchements et des passages, qui sont à l'entrée de la Savoie et du Daupbiné. Il cbercba ensuite, par des diversions utiles, à favoriser les mouvements de l'armée d'Italie , dans le temp^ oîi Joubert allait livrer la funeste bataille de Novi.
Le général Cbampionnet devait avoir cinquante mille bommes. Dès qu il en eut vingt-cinq mille, il descendit dans les vallées du Piémont, depuis la Novalèse, au débouché du Mont-Cénis, jusqu'au col de Tende , et il fit enlever à la baïonnette les postes importants de la Tuile, su* le Saint-Bernard, de la Perrière, d'Oulx, d'Exilles, du 31ont- Genèvre, et pUisieurs autres, jusqu'aux Barricades. Après la moit de Joubert, le Directoire nomma le général Cbampionnet pour le remplacer, et il lui laissa les troupes de l'armée des Alpes, pour les joindre à celles de l'armée d'Italie, qui, seule, conserva sa dénomination. Moreau lui remit, à Gênes, le commandement. Pouvant alors disposer de plus de cinquante mille bommes, Cbampionnet crut pouvoir, après le départ des Russes, reprendre l'offensive sur les Autrichiens Je reviendrai })lus loin sur l'opération qu'il essaya alors.
OiHT.itioMs J'ai à dire quelques mois des opérations sur le
Rhin, quoiqu'elles aient été bien insignifiantes •■^
sur le nliin.
pendant celle campagne, et sans influence sur le sort de la guerre. Les moyens étaient faibles de part et d'autre, les entreprises sans importance, et l'armée que nous avions de ce côté ne sortait pas du rôle secondaire qui lui était dévolu. Elle n'en joua «un que pour servir de prétexte au mouvement prématuré que fit l'armée de l'arcliiduc Charles, lorsqu'elle quitta la Suisse, un peu avant l'arrivée du maréchal wSouwarow, mouvement qui portait l'armée autrichienne sur le l)as Rhin , où nous n'avions cependant, de notre côté, rien qui put lui inspirer quelque inquiétude.
Pendant la courte expédition du général Jourdan sur le haut Danube, l'armée d'observation, sous les ordres du général Bernadotte, n'avait rien fait, car on ne peut attacher aucune importance à quelques combats partiels du côté dOffembourg, vers Philisbourg, et sur le Necker. Le général Bernadotte , ayant été appelé au minislère , lut remplacé provisoirement, dans le courant de juillet, par le généial Muller , en attendant l'arrivée du général Moreau, qui était nommé au commandement de cette armée. Elle devait être de soixante mille hommes, mais en y comprenant les garnisons des places, depuis Strasbourg jusqu'à Dusseldorff , de sorte qu'il ne restait qu'environ trente mille hommes pour l'armée active. On en avait formé trois divisions, qui étaient en avant II. 1 1
de Kehl et de Maniiheim ; une quatrième division, tirée de la garnison de Mayence, se tenait aux environs de Francfort et sur les deux rives du Mein, pour lever des contributions. Cette petite armée avait devant elle un corps d'observation commandé par le général Sztarray, et environ d'égale force. Ce corps était soutenu par une landsturm, ou levée en masse, des liabitants de la partie de l'ancien électoral de Mayence, situé à la droite du Rhin ; le baron d'Mbini , ancien ministre de l'électeur, l'avait organisée, et elle comptait dans ses rangs vingt mille hommes bien armés \
rséanmoins, le général Muller avait reçu l'ordre d'attirer vers le bas Rhin l'attention des ennemis, et de leur enlever sur la rive droite toutes les ressources qu'il pourrait trouver. En conséquence, la division de Mayence, sous les ordres du général Baraguay-d'Hilliers, marcha sur Francfort, où elle imposa une forte contribution , passa le Mein à Saclisenhausen , envoya un détachement à Aschaffembourg , et se dirigea, par le pa\s de Darmstadt , sur Heidelberg , pour se réunir à la colonne du général Muller , qui était partie de Mannheim et avait ses avant-postes à Heilbronn. Le détachement d' Aschaffembourg fut vivement ramené par la landsturm du baron d'Albini, qui
J Voir à la tin du chapitre, u" 1'.
1)L MARKCHAL-GKNÉRAL SOLLT. 103
ivpiit Francfort, occupa ies bords du Meiii, el donna des inquiétudes à Mayence , tandis que la cavalerie autrichienne éloigna d'Heilhronn les Français, et que d'autres corps les menacèrent par les routes de Pforlenbeim et de Rastadt
De tous côtés , l'allention des ennemis était ainsi éveillée; mais ils ignoraient encore le but de tous les mouvements du général Mullei" ; ils ne l'apprirent que lorsque le général MuUer, ayant secrètement rassemblé ses colonnes, dont la force totale pouvait s'élever à di\-buit mille bommes, eut investi Pbilisbourg, et porté à Bruscbsal un corps d'observation. Cette entreprise, conduite avec beaucoup d'intelligence, lui fit un grand honneur, quoique le succès ne répondît pas à son attente ; il s'y était préparé en faisant remonter de Mayence, par le Rbin, un équipage de grosse artillerie et un pont de bateaux qu'il laissa à Mannbeim, afin d'assurer sa retraite en cas d'événement. Dans la nuit du 7 au 8 septembre, il fit commencer le bombardement de Pbilisbourg , et le continua sans interruption, pendant cincj jours et cinq nuits ; la ville fut presque réduite en cendres. Le rheingrave , qui la défendait , renvoya les sommations c|ui lui furent adressées, comme déjà, quelques mois auparavant, il avait repoussé celles du général Bernadotte. Sa fermeté sauva 1^ place. Aussitôt que le général Sztarray fut instruit