ÉM0IRES
uistère anglais fit le contraire. Il annonça hautement le but de ses prépal'atifs; il se persuadait (jue leur immensité inspirerait la confiance aux uns et la terreur aux autres, et rendrait r()ptralit>n plus facile. 11 fut égaré par sa présomption.
Cette faute est tout entière à reprocher au gouvernement. Quant au généralissime, il eut lort sans doute de s'y préler; et, tout en obéissant, il devait au moins, par sa prudence et ses bonnes dispositions, corriger ce rpi'il y avait de vicieux dans le plan. Cependant il commit, de son côté, les mêmes fautes. A l'affaire de Bergen, il commença par mal engager les troupes lUsses, en les mettant en ligne , dès le lendemain de leiu; débarquement ^ sans leur donner le temps d'étudier le teirain entrecoupé où elles allaient, combattre , circonstance (jui contribua à les désunir. En même temps, il se priva du corps commandé par le général Abercrombie, en le détachant à une tro[) grande dislance, sur sa gauche, pour aller recueillir les fruits d'une victoire qu'il n'était pas encore assuré de remporter.
Tout dépendait du succès de cette première bataille; le duc d'York ne devait donc rien négligei" pour la rendre décisive, en y faisant participer tout ce (|u'il avait de moyens, et en se ménageant des réserves. S'il l'avait gagnée, il aurait pu alors envoyer au loin des détachements, et
faire des pioi^rès d'autant plus rapides, que les Hollandais consternés eussent été portés à se soumettre, pour éviter de plus grands malheurs. Il la perdit, et tout fut perdu sans espoir de retour, car il fut ensuite oblii^é de rester douze jours dans une inaction complète, et occupé à réparer le désastre de la journée du 19 septembre. L'effort, que le duc d'York fit le 2 octobre, lui fut commandé par la nécessité de faire sortir, au plus tôt, son armée de la fâcheuse position où elle se trouvait, et le léger succès qu'il \ remporta ne lui procura aucun avantage, puisqu'il se trouva aussitôt arrêté devant une nouvelle position, où, quatre jours après, l'événement le plus ordinaire, une charge, le mit , avec toutes ses troupes, à la merci des vainqueurs. C'était la conséquence de l'épuisement de ses moyens, puisque une si faible cause le fit succomber avec la même facilité qu'un grain , jeté dans le bassin d'une balance, en rompt ré(|uilibre.
Je ne pousserai pas plus loin cette analyse de la campagne de 1799, en Italie, sur le Rhin et en Hollande. Elle suffit pour nous retracer l'ensemble de la situation à cette époque , et la liaison des événements qui, pour la plupart, exercèrent une influence directe sur la situation particulière de l'armée du Danube, celle qui m'intéresse spécialement. Ainsi je ne dirai rien de l'expédition
d'ÉgApte, qui est tout à fait en dehors de mon cadre. Cette analyse me paraît également suffire pour signaler les principales causes des revers que nous éprou\àmes alors , ainsi que les fautes les plus saillantes qui furent commises de part et d'autre; il était nécessaire de les rappeler pour l'intelligence de Thistoire. Ce motif seul a pu surmonter ma répugnance à dire mon opinion , quand elle était sévère, sur le compte de certains hommes, et à censurer quelques-uns de leurs actes. Je n'avais pas à faire d'apologies, comme ont pu en faire des écrivains qui avaient des ménagements à garder; mais mon respect pour les réputations bien acquises, et la crainte d'être injuste, m'ont longtemps fait hésiter. J'ai cependant réfléchi que je pouvais encore , sans offenser personne ni nuire à aucune renommée , dire avec liberté mon sentiment. Quel qu'il soit, il pourra toujours servir à provoquer des rapprochements avec d'autres opinions accréditées, et à éclairer des éludes, comme celles que j'ai faites moi-même, pour en tirer des leçons.
iNOTES ET PIEGES