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depuis le Rliin jusqu'au Rhône, où l'on trouvait de bons appuis, et de couvrir les débouchés des vallées qui aboutissent à la plus faible partie de nos frontières; en même temps, elle offrait sur ses derrières de belles communications pour le transport des subsistances et des munitions, qu'on faisait en entier venir de France. Elle fut bientôt mise à l'épreuve.
Le 8 juin, le lendemain de notre arrivée sur l'Albis, nous étions occupés à nous fortifier, lorsqu'une forte colonne autrichienne engagea le combat contre ma division. J'éprouvai d'abord du désavantage; je fus repoussé d'Albis-Rieden , du bois qui est en arrière et des abalis c[ue nous V avions faits. Je n'avais , pour re|)rendre ma position, que huit cents conscrits, formant le 3' bataillon de la lOC, arrivés de la veille; ils paraissaient au feu , pour la première fuis. Je craignais de m'en servir, et je les avais tenus en réserve; mais ils montraient une grande ardeur, ils avaient de bons officiers, et j'espérai qu'ils suppléeraient par leur courage à l'instruction qui leur manquait. Je leur ordonnai de charger à la baïonnette, sans tirer un coup de fusil. Us s'ébranlèrent en silence, marchèrent avec calme, se pressèrent entre eux , pour ne point se désunir, joignirent les ennemis et les enfoncèrent; tout plia devant eux, les canonniers furent enlevés sur
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leurs pièces. Ce succès déteriuina un retoiu' offeiisil" du restant de la division; à 10 heures du soir, on se battait encore, et tous nos postes étaient repris. Nous gagnâmes à cette action beaucoup de prisonniers et le temps de rendre désormais notre ligne inexpugnable.
Le général en cbef fut pourtant d'axis que, pour mieux assurer ce dernier avantage , ainsi que pour cacher nos desseins ultérieurs, il était bon d'imposer respect aux ennemis en prenant sur eux l'offensive, et de les tenir en échec, par des attaques sou\ent répétées sur divers [)()iuts de la ligne, qui leur fissent craindre de plus grandes entreprises. C'était, à la fois, le moyen d'aguerrir les jeunes soldats, d augmenter la confiance de l'armée et de fatiguer les Autrichiens, en leur faisant partager leurs forces et leur attention entre toutes ces petites affaires. Ln résultat plus utile encore était d'y habituer l'ennemi, de lui inspirer une fausse sécurité, et de le rendre négligent, pour le jour où nous voudrions faire de plus grands mouvements.
Suivant ce plan , j'eus à attaquer le corps autrichien campé en avant de Zurich , qui nous gênait. Le 15 juin, à 2 heures du matin, je le fis assaillir par quatre colonnes. Dans un instant . tout fut enlevé, a\ec les villages d'Alstetten et de Windikon , qui appuyaient la ligne ennemie , et
nous rejetâmes les Autrichiens dans Zurich. Mais il n'était pas en notre pouvoir de les y tenir enfermés; les renforts qu'ils reçurent, le canon de la place et le feu des batteries établies sur la rive droite de la Limmath , les favorisèrent pour s'avancer de nouveau. L'engagement était déjà pour nous sans utilité, et il avait produit tout ce que nous pouvions en attendre. A 9 heures, je fis cesser le combat et rentrer les troupes dans leurs positions ; les Autrichiens reprirent aussi leurs postes, excepté le village d'Alstetten , que nous gardâmes. Cette petite affaire occasionna aux ennemis une perte de huit à neuf cents hommes, dont trois cent cinquante prisonniers ; celle que j'éprouvai ne s'éleva pas au quart.
L'occupation d'Alstetten nous fut très-utile, surtout celle du plateau qui est en arrière, par la facilité que j'v trouvai, pour le fortifier et pour en faire le principal appui de ma ligne. Le général en chef venait d'étendre cette ligne, en ajoutant au commandement de la 3* division , que j'avais déjà, celui de la V division établie à ma gauche. Cette disposition me mit à même de donner à la défensive plus de solidité et de prendre une attitude offensive, pour inspirer des craintes aux ennemis. Bientôt, à leurs précautions, nous jugeâmes qu'ils commençaient à en éprouver ; leurs fréquents mouvements nous les confirmé-
rent, et les rapports que nous reçûmes d'un trèsgrand nombre de déserteurs, ne nous laissèrent plus de doute sur l'eftet (jue nous avions produit. Il éîait de la plus grande importance pour nous, que le centre de l'armée fût ainsi à l'abri des entreprises de l'ennemi, et que, sur ce point, on eût réduit ce dernier à la défensive. Le général Masséna y gagnait la liberté de faire agir sa droite, qu'il avait disposée pour se porter en avant, et le temps de mûrir ses j)rojets, pour frapper des coups décisifs au moment favorable. Les quinze derniers jours du mois de juin furent cependant tranquilles. Les subsistances , dont l'armée supportait la cruelle privation , donnèrent seules des soucis. Le pays, généralement peu productif, était épuisé, les liabitants étaient dans la misère , et les troupes, souvent sans pain , attendaient que des convois, venant irrégulièrement de France, apportassent des demi-distributions. Les guerres de la révolution ont offert plusieurs exemples de cette pénurie de vivres, qui entraînait souvent des revers. A l'époque et dans le pays où nous étions , il était presque impossible d'éviter un semblable embarras, quelle que fût la sollicitude du général en chef et la prévoyance de l'administration militaire. La Suisse n'a de ressources qu'en bestiaux; la plus grande partie des grains qu'elle consomme lui vient de l'étranger. Nos réquisitions avaient
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vidé les magasins, nos niouvenieiils foulaient les récoltes. Les emprunts , les contributions que la nécessité faisait renouveler, cédaient aux cris de l'impuissance et ajoul aient au mécontentement des habitants, sans diminuer notre détresse, que le Directoire français était lui-même hors d'état de faire cesser. Si néanmoins l'armée resta impassible devant ces souffrances, si elle conser^a son énergie, pour devenir, de jour en jour, plus redoutable aux ennemis , on doit admirer celte vertu du soldat français , qui lui faisait tout surmonter, poin* remplir ses devoirs.
Dans les premiers jours de juillet, le général Lecourbe attaqua les Autrichiens sur tout le front de leur aile gauche, entre la Sihl et le lac des Quatre-Cantons. Il avait formé sur ce lac une flottille de plusieurs bateaux canonniers, dont on fit usage, pour la seconde fois'; et il 1 employa à proléger le débarquement d'une coloime de grenadiers, dirigée sur le port de Brunnen. Il s'agissait d'y enlever une batterie de six pièces de canon , qui interceptait les communications avec le lac. La batterie fut emportée; mais les ennemis revinrent bientôt en force supérieure, jjour la reprendre, et ils obligèrent le général Lecourbe à rentrer
1. A l'expédition contre les insurges des petits cantons, j'avais en)[)lové , pour la j)remiire fois, des bateaux canonniers , armés de deux pièces.
DU MARÉCHAL -GÉNÉRAL SOULT. 1i)3
dans ses positions. Il en fut de même au poste du Jort-Berg, situé au delà du lac d'Égeri , poste qu'on avait pris et qu'on ne })ul conser\er.
Le général en chef fit faire aussi des démonstrations à son aile gauclie. Le 1 1 juillet, partant de l'Arracli, elle remonta la rive droite du Pvliin jusqu'à la liauteur de Seckingen ; elle ne rencontra que de faibles détachements, et revint sans a\inv eu occasion de s'engager.
Le généial Hotze, blessé à la bataille de Zurich-
Berg , venait de reprendre le commandement de
la gauche de l'armée autrichienne. Il lui parut
qu'on avait trop négligé notre droite , et laissé
s'écouler trop de temps, pour éloigner de la rive
gauche du lac des Quatre-Canlons , les postes du
général Lecourbe. ([ui couvraient la \ allée d'Is-
sithal, située un peu au-dessous de l'embouchure
de la Beuss. Le 29 juillet, il les fit attaquer et les
poussa vivement jusqu'à Bauen , le long du lac;
mais là, une demi-brigade, la 109% arriva à leur
secours, et ramena les ennemis qui, pris en flanc,
par le feu des bateaux canonniers, embossés près
du rivage , se retirèrent en désordre , perdirent
])eaucoup de monde , et laissèrent au pouvoir des
Français six cenls prisonniers, avec le comte de
Bey, leur général.
Cette entreprise du général Hotze était combinée avec l'attaque que le général Haddick dirigea dans II. 13
le Valais, contre la division du général Turreail ; mais celte opération eut pour les ennemis des résultats encore plus fâcheux que la première. Battus partout, quoique la plupart des habitants fussent armés et les secondassent, ils y perdirent leurs canons, dix-hnit cents prisonniers, beaucoup de tués et de blessés, et leurs dernières positions dans la partie supérieure de la vallée. Le général Turreau rétablit ainsi ses communications, avec l'aile droite de l'armée , et favorisa le beau mouvement que le général Lecourbe exécutait en ce moment. Opérations Lc général JMasséna était instruit que le corps
de l'aile droite. i / ' i f i • • -ii
russe du gênerai Korsakow, fort de vmgt-six mille hommes et destiné pour la Suisse, devait passer à Schaffouse, vers le 18 août. Il avait résisté jusqu'alors aux pi us pressantes sollicitations, pour reprendre l'offensive, et il avait même encouru la disgrâce du Directoire , en différant de se conformer à ses ordres; il persistait à attendre qu'une occasion favorable se présentât. Dans ce moment, une partie de l'armée autrichienne se préparait à recevoir les Russes, et elle commençait à se déplacer; le général Masséna choisit ce même moment, pour faire un grand mouvement, qui devait élever notre aile dioite, déposter des petits cantons l'aile gauche des ennemis, et prendie sur elle des revers, après avoir gagné, au Saint- Golhard, la cime des Alpes.
L'exécution en fut fixée au 14 août, peu de jours avant l'arrivée des Russes sur la ligne. L'aile gauche et le centre , d'où plusieurs corps avaient été retirés pour renforcer la droite, durent occuper l'ennemi par des mouvements et des attacjues, afin de détourner son attention et de rempècher de secourir son aile gauche, vers laquelle tous les efforts se dirigeaient. Je ne m'arrêterai pas au détail du combat de trois jours que je livrai avec ma division, au corps autrichien qui était en avant de Zurich. Comme ce long engagement n'avait pour but que de faire diversion, il suffit d'indiquer que l'objet fut rempli, et qu'à chaque reprise, nous forçâmes les ennemis à aller au-devant de leurs réserves, pour nous ramener dans nos positions. iNous retînmes ainsi, devant nous, les principales forces des Autrichiens , tandis que nous étendîmes notre ligne jusqu au village de Kilchberg, situé entre la Sihl et le lac de Zurich, afin de priver les ennemis de toute communication par la rive gauche du lac. La division du général Gazan, qui était à ma gauche , me seconda parfaitement dans celte opération.
Pendant que notre centre contenait ainsi les Marche
I du eénéral Le-
ennemis, que par ses mouvements en avant du courbe sur le camp retranché du petit Basle, l'aile gauche cherchait aussi à attirer leur attention, et qu'on faisait même , du côté de Baden , la démonstration de
Saint-Gotljard.
forcer le passage de la Linimatli, le général Lecourbe déterminait, par de savantes dispositions , le succès de l'aile droite ; il se rendait maitre des passages du Saint-Gotliard, du Furca et du Grimsel , des vallées de la Reuss, d'Urseren et des passages qui mènent par Dissentis , dans celle du Rhin supérieur, ainsi que des principales communications sur l'Italie. Cette manœuvre fut brillamment secondée parle général ïurreau dans le haut Valais, et par la division du général Cliabran , qui était campée entre la Silil et le lac de Zug.
Celle-ci passa la Haute-Sihl , s'empara d'Einsiedlen,deSchindeîlegiet deRichtenscliweil,sur le lac de Zurich, battit et dispersa le corps du général Jellachich , qui était chargé de lier la communication du centre de l'armée autrichienne avec son aile gauche. Après l'avoir rejeté sur la rive droite du lac , le général Cliabran s'étaljlit , avec sa division , en face de Pfeffikon. Sous la ])rotection de ce mouvement , une brigade, laissée par le général Lecourbe sur la rive droite du lac des Quatre Cantons, devait marcher surSchvvilz et le Multenthal. Cette brigade attaqua, au mont Mutten et devant Schvvilz , les Autrichiens, auxquels s'étaient réunis huit cents Suisses insurgés, elle les battit , leur fit perdre beaucoup de monde, et les força à se retirer par le lirackel , sur (ilaris.
Du surplus de ses troupes, déjà rendues à la
gauche du lacdes Quatre-Cantons, le général Lecourbe forma cinq colonnes. « Celle de droite , aux ordres du général Gudin , fut chargée de remonter la vallée de l'Aar , de franchir les sommités du Grimsel et le mont Furca , et de redescendre dans la vallée d'Urseren , pour gagner les défilés du troud'Lri et du pont du Diable, et marcher ensuite, en descendant la vallée de la Reuss, à la rencontre des corps qui étaient destinés à la remonter.
« Une autre colonne, commandée par le général Loison , fut dirigée par le Godmenthal et le Meyenthal, de manière à déboucher dans la vallée de la Reuss, sur la ri\e gauche de cette rivière, à Wasen, au confluent du torrent de Meyen.
a Une troisième colonne , aux ordres du chef de brigade Daumas , était destinée à partir d'Engelberg, à franchir le mont Surenen , et à déboucher dans la vallée de la Reuss, sur Attinghausen. Par cette manœuvre, elle devait tourner Altorffet Seedorff, poursuivre ensuite l'ennemi dans le Schachenthal, et faire en même temps sa jonction avec la colonne du général Loison , venue par Wasen.
w Deux bataillons , ayant à leur tête l'adjudant général Porson , devaient se porter dans la vallée d'Âltorff, par Bauen , Sissithal et Seedorff. Un détachement de ce coips aNait ordre de chasser
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les postes autrichiens qui occupaient les montagnes de Rothstock , avant de redescendre sur Seedorff.
« Le général Lecourbe , de sa personne, s'était réservé l'attaque de front , qui devait s'effectuer par le lac de Lucerne; et, à cet effet, il devait s'y embarquer avec les grenadiers composant sa réserve. Son projet était de s'emparer , en passant , de Brunnen et du débouché du Muttenthal, et de venir ensuite, sous la protection de ses chaloupes canonnières , débarquer son monde à l'embouchure de la Reuss , et en remonter le cours, pour faire successivement sa jonction avec les différentes colonnes qu'il avait dirigées en avant de lui, et qui devaient arriver par les vallées transversales, aboutissant à la rive gauche de cette rivière. Un petit détachement partant de Gersau , par terre, devait longer le lac , pour venir seconder l'attaque de Brunnen et du pont de la Mutten, et pour couper la retraite de l'ennemi dans le Muttenthal. m
Ces diverses colonnes se mirent en marche, le 14 août, et l'attaque fut simultanée sur tout le front de la ligne ennemie. Le général Lecourbe , embarqué lui-même avec la réserve de ses grenadiers sur sa flottille, se réunit, à Brunnen, à l.i brigade du général Boivin, qui avait emporté Schwitz et le pont de Mutten, après un vif enga-
DU MARÉCHAL -G EN lÏRAL SOULT. 199
genient. Les autrichiens, mis en déroute, abandonnèrent, avec leur artillerie, bon nombre de prisonniers, et se retirèrent sur Claris. Le général Lecourbe reprit ensuite sa navigation, pour se porter sur Fluelen, où, sous la protection de ses bateaux canonniers, il opéra le débarquement, et il marcha sur Altoiff. Les colonnes de l'adjudant général Person et du chef de brigade Daumas se présentèrent au même instant, la première à Seedorf, la seconde à Attinghausen , sur la Reuss. La division autrichienne du général Simbschen, battue sur tous ces points, se retira en désordre, après avoir éprouvé de fortes pertes dans le Schachenthal. Le général Lecourbe, ayant rallié ses trois colonnes , fit poursuivie l'ennemi , rétablir les ponts détruits sur la Reuss, et il poussa, le soir même, jusqu'à Erstfeld.
Le général Loison avait suivi les âpres sentiers qui traversent les glaciers de la grande chaîne de l'Engelbeig, pour gagner le Meyenthal. Le soir de la même journée, il airiva à l'entrée de la vallée, devant le fort de Meyen , hexagone revêtu, qui s'appuvait d'un côté à des précipices , de l'autre à des rochers coupés à pic, et qui fermait entièrement le passage. Les tioupes demandaient l'assaut ; leurs fatigues et l'approche de la nuit le firent remettre au lendemain matin. Le fort fut emporté ; on y prit quatre cents hommes qui le
défendaient et deux pièces de canon ; ensuite le général Loison pénétra sans obstacle dans la vallée de la Reuss , sur Wasen , d'où il envoya un bataillon à la rencontre du général Lecourbe. Ce derniei", parti de grand matin d'Erstfeld, remontait, de son côté, la vallée; les Autrichiens qu'il trouva en position, au-dessus d'Âmsteig, furent attaqués et poursuivis dans le Maderanerthal. De là , continuant sa marche sur Wasen , il se réunit au général Loison.
Il ne restait à rallier que la colonne de droite, commandée par le général Gudin, qui franchissait alors le Grimsel et le mont Furcâ. Pressé de joindre celte colonne, de laquelle il n'avait pas de nou\ elles , le général Lecourbe ne s'arrêta à Wasen que le temps de faire reprendre haleine à ses troupes, et, malgré leurs fatigues, il les remit en marche jiour forcer , s'il était possible avant la fin du jour , le passage du pont du Diable et le trou d'I ri. Les ennemis l'attendaient à la tête du défilé, en arrière de Geschenen ;.ils furent vivement attaqués et poursuivis. On eut l'espoir de passer le pont, [)éle-méle avec eux , mais ils s'étaient préparés à le détruire; des retranchements couverts par une ligne de chevaux de frise masquaient une mine pratiquée au milieu du pont, et (jui sauta, à l'instant où passait le dernier soldat autrichien. Les nôtres n'arrivèrent, (jue
pour voir l'abîme s'ouvrir tout à coup et séparer les combattants. Arrêtés par le précipice, et accueillis par un feu meurtrier de mousqueterie, qui partait du bord opposé, ils durent se mettre à l'alîri.
Dans la nuit, la brèche du pont fut recouverte de troncs d'arbres, et le général Lecourbe se disposait à faire passer ses troupes , lorsque la tète de la colonne du général Gudin parut, sur la rive droite de la Reuss, au dél)ouché du trou d'Uri. Ce général, après avoir chassé deux, mille AvUrichiens du Grimsel et du mont Furcà , où il leur avait fait six cents prisonniers , était descendu dans la vallée d'Urseren, pour })rendre entre deux feux le corps ennemi ((ui ariêtait le général Lecourbe. Mais les Autrichiens ne lattendirent pas , et ils se retirèrent précipitamment , par FOberalp et les sentiers qui mènent à Dissentis,
Ce dernier mouvement rétablit les communications avec le général Turreau, qui venait d'arriver dans le haut Valais; il rendit aussi le général Lecourbe maître du Saint-Gothard, Mais il restait encore un corps ennemi dans les montagnes du Crispolt , pour défendre l'entrée des vallées du Rhin et continuer à menacer celle de la Reuss. Il eût été imprudent de le laisser à cette proximité. Le général Lecourbe y marcha sur deux colonnes : celle de droite destinée à faire diver-
étfl MÉMOIRES
sion , tourna le Saint-Gotliard , par Airolo, pour se porter, par Ems et Sainte-Marie, dans le Mitler- Rhin , tandis que la colonne pt incipale passa rOberalp et attaqua de front. Les Autrichiens firent une résistance opiniâtre que favorisaient toutes les difficultés dont cette position était hérissée; mais ils n'en essuyèrent pas moins une entière défaite ; et les faibles débris qui parvinrent à s'échapper furent poursuivis jusqu'à Tareuch, près de Dissentis.
Ainsi fut terminé ce beau mouvement, conçu par le général Masséna , et dont l'exécution fit le plus grand honneur au général Lecourbe. 11 faut y remarquer la parfaite combinaison des marches tracées aux cinq colonnes d'opération, et la précision avec laquelle ces colonnes se trouvèrent successivement aux divers rendez-vous, sans que la résistance de l'ennemi et les obstacles naturels les retardassent d'un instant. On doit aussi les plus grands éloges à tous ceux qui , généraux , officiers et soldats . concoururent à cette expédition ; ils déployèrent tous autant d'intelligence que de valeur. 11 est vrai que l'expérience acquise par nos troupes dans ce genre de guerre , depuis l'ouverture de la campagne , leur donnait une grande supériorité sur l'ennemi.
Quant aux avantages que l'armée française retira de cette brillante opération, indépendamment
de six à sept mille hommes qu'elle fit perdre aux Autrichiens , elle leur enleva les grandes communications de la Suisse avec l'Italie, communications que le maréchal Souwarow devait suivre, un mois après, et où il devait rencontrer une résistance inattendue ; elle nous ouvrit des déhouchés sur la vallée de la Linth et sur les Grisons; enfin elle priva d'appui et elle obligea à la soumission les habitants des petits cantons , qui servaient d'auxiliaires aux Autrichiens.
Cependant l'armée russe du général Korsakow^ se portait en ligne, l\ marches forcées. L'archiduc voulut utiliser ce puissant renfort qui était près de le joindre, pour dure diversion aux revers que sa gauche venait d'éprouver, et pour nous menacer de couper nos communications avec Basle et le Bas-Rhin. 11 établit fortement sa gauche sur la rive droite de la Linth, entre les lacs de Wallenstadt et de Zurich ; les divisions des généraux Jellachich et Simbschen , qui venaient d'être si maltraitées , vinrent s'y rallier , et une division russe fut destinée à soutenir cette aile. Le restant de l'armée russe se mettait en ligne sur la Limmath, et l'archiduc était alors en mesure de passer l'Aar. S'il y parvenait, les succès que le général Lecourbe venait d'obtenir ne nous étaient plus d'aucun avantage, et le général Masséna ne pouvait plus éviter d'évacuer entièrement la Suisse ; il ne serait
peut-être parvei)ii , même au prix de très-grands sacrifices, qu'à rallier sou armée au pied du Jura. C'était cette considération qui , jusqu'alors , avait rendu le général Masséna si circonspect à faire des mouvements qui ris([uassent de découvrir le point le plus faible de sa ligne ; et le danger eut été d'autant plus grand dans la circonstance actuelle, que le général Lecourbe se serait trouvé séparé du restant de l'armée. Ce général allait être attaqué par le maréclial Souwarow ; celui-ci alors, au lieu de diriger son armée par le Saint-Gotliard, eut probablement préféré les passages plus directs du Simplon ou du Saint-Bernard, pour aller se réunir, au pied du Jura, avec l'archiduc. Le général Lecourbe , ainsi pris à revers , eût couru les plus grands dangers.
Heureusement rien de tout cela n'arriva , et le projet du passage de lAar, si dangereux poumons, s'il avait été aussi vigoureusement exécuté que judicieusement conçu, échoua, malgré les moyens dont les Autrichiens disposaient. Le point qu'ils avaient choisi, au-dessous du confluent delà Limmath avec l'Aar, était Dettingen; un coude rentrant que fait l'Aar, en cet endroit, et le commandement de la rive droite sur la rive gauche, rendaient cette position très-favorable à l'établissement d'im pont.
Le 17 aoùl , au malin, (juarante pièces de ca-
non , de fort calibre , ouvrirent tout à coup leur Xeutatixe feu; derrière elles, trente-cinq mille hommes at- s.urAar. tendaient cjue le passage fût ouvert. Cette canonnade fit accourir les généraux ]Ney et Heudelet, ([ui se hâtèrent de rassembler tout ce qu'il y avait de troupes dans les environs ; vers midi, ils avaient réuni dix à douze mille hommes sur le plateau de Borstein, en tète du bois (|ui domine la plaine de Dettingen. Ils devaient craindre d'être arrivés trop tard et que le passage ne fût effectué; heureusement, l'imprévoyance et les mauvaises dispositions des Autrichiens y avaient pourvu. Des deux ponts ([u'on voulait jeter, l'un était à peine commencé , et les pontonniers autrichiens ne savaient comment continuer l'autre, qui était arrivé à moitié ; les ancres des pontons chassaient sur le fond du lit de la rivière , qui était composé de roches. Découragés de leurs tentatives infructueuses, les Autrichiens finirent par abandonner leur projet, au milieu de l'exécution ; ils demandèrent même au général Ney la permission de retirer de l'eau leurs pontons, en promettant, de leur côté, de cesser le feu de leur artillerie. Le général Ney se hâta d'accepter celte proposition, et ainsi se termina une entreprise si dangereuse pour nous, et pour laquelle l'archiduc avait fait de si grands préparatifs.
Ce fut la dernière opération que le prince fit Départ en Suisse; car, aussitôt que les Russes eurent
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remplacé, au centre de la ligne, les Autrichiens, il mit ces derniers en mouvement, pour leur faire repasser le Rhin à Eglisau et à Schaffouse, d'oii il les dirigea, partie sur le Brisgau, et partie sur le Palatinat. Ces changements furent terminés à la fm d'août ; alors l'archiduc laissa le commandement de Tannée alliée, qui restait en Suisse , au général Hotze,pour le remettre au maréchal Souwarow, quand celui-ci serait arrivé. Il se rendit en personne à Donau-Eschingen, et se porta ensuite sur Philisbourg et Mannheim, comme nous l'avons déjà vu.
Arrivée Lorsque Tarchiduc Charles eut retiré de la
du corps russe du • i •
g.aérai Korsa- Suissc la plus fortc partie des troupes autrichien- Position ues , et qu'il se fut éloigne lui-même, le corps
des armées. , r i •
d'armée du gênerai Roisakow, tort de vmgt-six mille hommes , s'établit sur les hauteurs de Zurich, avec son avant-garde dans le camp retranché de la Sihl, en avant de la ville; sa droite suivait la rive droite de la Limmath, jusqu'à son confluent avec l'Aar, où elle se liait à la réserve du général autrichien Nauendorff, que l'archiduc avait laissée pour observer notre gauche. Une division russe de cinq mille hommes fut détachée entre Rapperschweil et L znach , à la droite de la partie supérieure du lac de Zurich, pour servir d'appui au corps d'armée autrichien conmiandé par le général Hotze.
Celui-ci , composé de vingt-neuf bataillons , de quatre régimentsde cavalerie, et d'une nombreuse artillerie, s'élevait à plus de vingt mille hommes; il était campé sur la rive droite de la Linth, entre le lac de Zurich et celui de Wallenstadt. La division du général Jellachicli, qui en faisait partie, occupa d'abord le canton de Glaris , ensuite elle se plaça entre Mollis et Wesen.
Le général Auffenberg avait remplacé le général Simbschen , dans le commandement de la division autrichienne , forte de huit mille hommes , qui gardait l'entrée des Grisons, et était opposée au général Lecourbe. Un détachement de cette division, sous les ordres du général Lirken, était placé sur la Haute-Linth, pour lier la cuiTimuniçation avec le général Jellachich. Les généraux Strauch et Laudun reparaissaieut daus le haut Valais, et déjà ils inquiétaient le généralTurreau. De concert avec le général Auffenberg, ils se préparaient à attaquer le général Lecourbe , lorsque le maréchal Souwaiow se présenterait pour passer le Saint-Gothard.
Ces divers corps russes et autrichiens , avec quelques bataillons suisses, à la solde de l'Angleterre, réunis aux Russes devant Zurich, présentaient un ensemble de plus de soixante mille hommes, sans y comprendre la réserve du général Nauendorff. En outre, l'armée alliée attendait, de
jour en jour, les divisions russes réduites à vingtcinq mille hommes , que le maréchal Souwarow amenait d'Italie; un corps d'émigrés français, fort de six mille hommes, commandé par le prince de Condé , et qui était déjà sur le lac de Constance , pour former la réserve des Russes ; enfin , une forte division de troupes bavaroises. La réunion de toutes ces troupes , si les dernières eussent eu le temps d'arriver, eût porté l'armée alliée, en Suisse, à plus de quatre-vingt-dix mille hommes , pendant que l'archiduc en aurait eu soixante-dix mille sur le Bas-Rhin. Nous ne pouvions dès lors éviter d'être accablés par ces deux masses, d'autant plus, qu'à la même époque, le gouvernement venait encore d'affaiblir la faible armée du Rhin, pour renforcer, en Hollande , le général Brune. Plan du général Lc général Masséua avait donc un ^rand intérêt a prévenu^, par une attaque générale , 1 arrivée de ces renforts. 11 s'y ])répara vers la fin d'août, aussitôt qu'il fut instruit que l'archiduc retirait de la Suisse une partie des troupes autrichiennes , pour les diriger sur le Bas-Rhin. Mais c'était encore une entreprise au moins audacieuse , car il ne pouvait y employer que les divisions du centre de son armée, qui formaient entre elles trente-six à trentehuit mille hommes , il ne pouvait pas disposer de son aile gauche, qui était contenue par la réserve du général Nauendorff, ni de son aile droite
OÙ il avait plus de vingt mille hommes, parce que cette aile allait bientôt être attaquée j^ar les Russes du maréchal Souwarow, ainsi que par les généraux autrichiens Âuffenberg, Strauch et Laudon. La force des choses ne laissait par conséquent pas de choix au général Masséna sur les points de la la ligne ennemie qu'il pouvait attaquer , et ces points étaient précisément ceux où il devait s'attendre à rencontrer la plus grande résistance, par le nombre de défenseurs qui y étaient concentrés , et par les obstacles de position que la nature et l'art y avaient multipliés. Ces grandes difficultés ne changèrent pourtant pas la résolution du général Masséna, et il s'arrêta au plan de forcer le passage de la Limmath, près de Dietikon, pour attaquer le corps d'armée russe du général Korsakow, et de forcer en même temps le passage de la Linth, entre les lacs de Zurich et Wallenstadt, pour attaquer le corps d'armée autrichien du général Hotze. 11 pensait que si , par cette double opération , il parvenait à rompre la ligne de l'armée alliée , il deviendrait l'arbitre des mouvements que celte armée pourrait faire, et que, de son côté, tenant la corde de l'arc qu'il la forcerait à décrire , il trouverait vraisemblablement l'occasion de détruire quelqu'une des colonnes ennemies qui auraient été désunies. L'événement justifia tous ces calculs.