‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 28 sur 39 · Voir à la fin du chapitre, n° 2o · texte numérisé non relu

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ker, poussé ses postes au delà d'Heilbronn , de Lauffen , de Pforzbeim ; et , poiu' la troisième fois de la campagne, il avait investi Pliilisbourg. L'archiduc Charles avait, de son côté, dû s'affaiblir, pour renvoyer sur le Necker des renforts qui missent les généraux autrichiens, restés dans cette partie, à même de repousser le général Lecourbe. Le départ des Russes l'obligeait encore à dégarnir son centre et à faire passer des troupes à sa gauche, chargée de défendre Bregentz, Feldkirch et les Grisons.

Les circonstances semblaient ainsi concourir à favoriser nos opérations sur la rive droite du Rhin , et elles rendaient le succès vraisemblable. Les préparatifs du général Masséna étaient près d'être terminés; il avait fait venir du Valais la division du général Turreau, qu'il se proposait d'employer à cette expédition ; la réserve de grenadiers se tenait rassemblée en avant de Zurich et du camp retranché du Petit-Bàle; l'aile que je commandais était renforcée et reconnaissait déjà les directions des villes forestières et de Saint- Biaise, qu'elle devait suivre dans son mouvement, lorsque nous reçûmes la nouvelle de la révolution du 18 brumaire, qui avait placé le général Bonaparte à la tête du gouvernement.

is i.ruinaiic. Asscz d'iiistoricns ont raconté de quels maux la France était accablée, sous l'odieuse administra-

tion du Directoire, et de quelles acclamations elle salua le retour du général Bonaparte, pour que je me dispense d'en rappeler le souvenir. La France avait besoin d'une main ferme et intelligente, pour arrêter l'anarchie intérieure ; elle avait desoin de l'épée qui avait conquis l'Italie, pour l'opposer à l'Europe coalisée. Aussi, se jeta-t-elle avec transport dans les bras de celui qui, seul, avait l'audace de se charger d'une pareille tâche, et qui seul se sentait appelé à sauver l'Etat des abîmes où il allait s'engloutir.

In mois de séjour que le général Bonaj^arte avait fait à Paris, après son retour d'Orient, lui avait suffi pour sonder toutes les jjlaies, pour concevoir et mûrir tous les changements qu'il méditait; et, dès les premiers jours de sa dictature, on le voit imprimer à toutes les branches du gouvernement un caractère de vigueur, qui fixe toutes les incertitudes et rallie autour de lui les esprits les plus opposés. Tout concourt à le servir : l'éclat de sa gloire, la confiance qu'il inspire, les formes qu'il déploie, ses promesses et l'espérance d'un meilleur avenir. 11 relève la dignité du gouvernement et le sentiment du respect qui doit être sa première force; il se fait obéir; il offre à l'intérieur une autorité protectrice qui assure la sécurité, qui comprime les mauvaises passions et qui bannit les restes impurs des formes révolution-

naires; il donne à nos armées un commandement qui a déjà fait ses preuves et en qui elles ont une confiance sans bornes ; il présente à l'étranger un gouvernement sérieux, capable de se faire respecter, et assez fort pour soutenir la guerre , si la France doit encore en courir les chances pour arriver à la paix.

Les armées surtout avaient adhéré avec enthousiasme à l'élévation du général Bonaparte. Le chef de l'État sortait de leurs rangs; elles espéraient que sa prévoyance ferait cesser leur misère, et sa justice l'oubli des récompenses; que le sort des braves serait amélioré ; qu'on ne verrait plus ceux dont le sang avait coulé en servant leur patrie, réduits à couvrir leurs cicatrices des haillons de la mendicité, pour s'adresser à la pitié publique. Si on demande pourquoi l'affection de l'armée fut ensuite toujours en augmentant? c'est que le général Bonaparte justifia les espérances de l'armée, et qu'en étendant sa gloire, il songea aussi à assurer son bien-être.

L'heureux effet de ce changement et la sollicitude du premier Consul ne pouvaient tarder à se faire sentir. Bientôt les approvisionnements arrivèrent aux armées, le payement de la solde, interrompu depuis longtemps, fut repris, et une levée extraordinaire vint compléter les cadres.

Cependant , un des premiers actes du premier

Consul avait été de faire, à l'Angleterre et à l'Antriche, des propositions de paix. Il s'attendait sans doute à ce qu'elles ne seraient pas accueillies ; mais il voulait se donner le mérite aux yeux de l'Europe, surtout aux yeux de la France, d'avoir désiré la paix ; et rejeter sur d'autres l'odieux de la guerre. Le ministère anglais se chargea de cette responsabilité et l'aggrava même, par le ton de la réponse qu'il fit au gouvernement français. Quant à l'Autriche, elle ne pouvait guère être portée à une paix qui lui eût nécessairement fait rendre une partie de ses récentes conquêtes ; et d'ailleurs, en lui offrant plus libéralement que jamais des subsides, l'Angleterre pesait d'un trop grand poids sur ses conseils. Le refus de ces deux puissances allait rouvrir à nos armées le chemin de la gloire. L'empereur de Russie, Paul 1", dégoûté de l'alHance autrichienne, se retira seul de la coalition.

La guerre devait donc être continuée. Le premier Consul voulut lui imprimer une nouvelle impulsion et donner une nouvelle organisation aux armées, qui avaient, en même temps, un si grand besoin de repos. Il ordonna de suspendre les opérations. Nos préparatifs pour le passage du Rhin cessèrent à la réception de cet ordre, et le général Masséna plaça ses troupes en cantonnements sur le Rhin , ayant sur la rive droite des postes détachés du camp retranché du Petit-Bâle,

qui éclairaient jusqu'aux délîouchés de la forêt

Koire.

De son côté, le général Lecourbe, qu'un premier mouvement des Autrichiens avait éloigné de Pliilisbourg, sétait reporté autour de cette place, et il en couvrait le blocus en occupant , par ses divisions, les l)ords du Necker, une partie de rOdenwald, Heilbronn, Lauffen, Knittlingen et Durlach. Divers combats s'y étaient livrés; dans l'un le général Lecourbe avait pris un bataillon avec cinq pièces de canon. A la faveur de ces petits avantages, il espérait se maintenir, réduire Pliilisbourg, et prendre des quartiers d'hiver entre le Rliin et le Necker. Mais l'inaction de notre armée de Suisse permit à larchiduc Charles d'envover de nouveaux renforts au lieutenant général Sztarrav. Celui-ci marcha contre le général Lecourbe, le repoussa de toutes ses positions et le ramena sur Mannheim, après avoir dégagé Philisbourg. Les deux généraux conclurent alors un armistice, qui laissait les Français en possession de Mannheim et de la tète de pont de Neckerau. Mais l'archiduc refusa de ratifier cette convention, et le général Lecourbe fit repasseï- toutes ses troupes sur la rive gauche du Rhin.

Ces opérations furent les dernières de la campagne de 1790; les troupes entrèrent en cantonnements, et depuis les sources du Rhin, jusqu'à

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son eniboiicliiire dans la mer, comme aussi en Italie, on ne s'occii[)a pins, de part et d'autre, que des préparatifs pour reprendre les hostilités. Les pertes furent remplacées , la force des corps fut augmentée, et la destination de plusieurs d'entre eux fut changée , suivant la nouvelle répartition des armées et les projets qu'on formait de cha- ((ue côté.

L'Autriche se préparait à défendre l'Allemagne et à faire un dernier effoit pour s'assurer l'entière possession de l'Italie, où il ne lui restait que FÉtat de Gènes à conquérir. Quant au premier (Consul , ses dispositions étaient agressives ; 1 intérêt de sa gloire le portait à reprendre l'Italie et à venger nos dernieis revers, siu' le théâtre de ses premiers exploits. Il lui fallait, en même temps, menacer l'Autriche dans ses possessions d'Allemagne. Dans cette vue, il donna une nouvelle organisation aux armées. Il envoya le général Masséna à l'armée d'Italie, en attendant qu'il put se mettre lui-même a sa tète. Il donna au général Moreau le commandement de l'armée du Rhin. La première de ces armées était presque anéantie, et le peu qui en restait était dans une situation déplorable ; on en- \oya, de Suisse, plusieurs corps d'infanterie pour la renforcer, et elle reçut des conscrits. La seconde fut complétée à cent vingt mille hommes; elle se composa de l'armée de Suisse , qui s'appelait en-

core armée du Danube , mais dont la dénomination fut supprimée, de l'armée du général Lecourbe et de conscrits.

Une troisième armée, dite de réserve, et destinée en apparence à alimenter les deux premières , se rassembla à Dijon. Sa force était indéterminée, elle reçut les troupes disponibles de l'intérieur et de la Hollande.

En quittant la Suisse , le général Masséna m'avait annoncé qu'il cbercberait à me rapprocber de lui, et il me l'avait confirmé, dès son arrivée à Paris , par une lettre dont le souvenir est encore plus précieux pour moi, que celui des félicitations officielles qu'il m'avait adressées \ Je fus désigné pour commander l'aile droite de l'armée d'Italie, avec le titre de lieutenant général , que le premier Consul venait de créer ^ Dans le courant de décembre, je partis de Rbeinfelden, pour me rendre à mon nouveau poste, où le général en clief Masséna s'était déjà rendu et pressait mon arrivée. Le général Lc général Moreau avait aussi pris le comman-

dement de l'armée du Rliin , et il était passé par Rbeinfelden, quelques jours avant mon départ. Il vint me voir. .Nous j)assàmes la journée à nous entretenir des opérations de la campagne en Ita-

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