‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 29 sur 39 · Voir à la fin du chapitre , n · texte numérisé non relu

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Morea

lie et en Suisse, et nous fûmes naturellemenl amenés à la révolution du 1 8 brumaire. Le général Moreaii me fit connaître des détails que j'ignorais, et il me raconta des circonstances qui lui étaient particulières. Une surtout m'a frappé , et j'en ai conservé un souvenir complet. La politique était alors toute nouvelle pour moi; ma curiosité augmentait, avec la complaisance que le général Moreau mettait à la satisfaire, et il devenait lui-même de plus en plus expansif. Enfin, il ne contint plus sa jalousie contre le premier Consul, tout en convenant de ses grandes qualités , mais en blâmant son ambition. «Je n'ai pas voulu, ajouta-t-il , qu'il ignorât ma façon de penser sur son compte. Avant de le quitter , je m'en suis ouvert avec lui. C'était à l'occasion de l'arrêté du 26 brumaire, qui condamne cinquante-neuf personnes à la déportation. Je fus le trouver, pour lui faire des représentations et l'engager à rapporter cet acte arbitraire. Il n'y eut aucun égard. Piqué de son indifférence, je lui dis : « Le bruit se répand que vous ce aspirez au pouvoir suprême ; je vous préviens « que, si jamais vous éleviez vos prétentions juste que-là, vous me trouveriez sur votre chemin, à ce la tête de cent mille hommes. >; — Eh bien ! que répondit-il, demandai -je au général Moreau? — Rien, ou peu de chose, comme : « iS'y crovez pas. » — Une réponse aussi légèie à une provocation se-

rieuse a dii vous confirmer dans vos soupçons? — Je ne puis le dire ; il ne les a pas détruits, et ils ne sont pas augmentés : le temps nous apprendra ce qu'il veut faire. — En attendant, vous allez servir son ambition , que vous semblez redouter ? — Que voulez-vous , je ne pouvais me dispenser d'accepter le commandement qu'il m'a offert, de la plus belle armée que la France ait mise sur pied ; d'ailleurs, je serai en meilleure situation pour observer sa conduite. » Nous continuâmes encore l'entretien, et tout en conservant quelques doutes, que le général Moreau se fût bien réellement servi avec le premier Consul des expressions qu'il me citait, je vis clairement qu'il était aussi ambitieux que le général Bonaparte, et moins audacieux ; qu'il lui était opposé par rivalité, et qu'il manquait de sagesse pour étouffer sa jalousie ; qu'il servait le premier Consul par crainte, et qu'il cberchait, en même temps, à se faire des appuis ; mais que , tôt ou tard, il serait victime de son ressentiment et de son imprudence, si quelque forte impulsion venait ébranler son esprit , et pousser son caractère irrésolu C'est la dernière fois que j'ai vu

le général Moreau. Malbeureusement pour lui, ce que j'avais pressenti est arrivé, et pour plus grand malbeur encore , sa passion lui a fait ensuite sacrifier sa gloire au désir de se vengei", en armant son bras contre la France , et en le précipitant

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dans les ran^s ennemis, où il a tristement terminé sa carrière.

Avant de quitter la Suis.se. je désire Taire une oiiservations

»m- la rampague

dernière récapitulation des principales fautes que 'le suuse. les généraux alliés commirent dans cette campapagne. Cette étude sera instructive.

L'arcliiduc Charles commit la première faute , lorsque, après la bataille du Ziuicli-Iîerg , il nous eut forcés à évacuer Zurich et à replier notre aile droite jusqu'en arrière de Schwitz. L'archiduc aurait dû alors pousser ses avantages plus loin , et nous amener sur la basse Reuss, })our prendre la ligne de cette rivière, au delà du lac de Brientz. Il lui fallait , pour cela, peu d'efforts, puisque ses troupes pénétraient déjà dans le haut A'alais et dans la vallée de r\ar, par le Grimsel. Jl eût ainsi pris , à revers , tout ce que nous avions encore dans le ^ alais, et une route plus directe sur Tltalie s'ouNrait alors aux renforts qu il devait envoyer au maréchal SomvaroNv. Il eût pu même employer ces troupes à cette dernière opération, sans les détourner de leur route, et les faire servir, en même temps, à montrer à l'armée russe la direction qu'elle devait suivre pour \enir en Suisse; car je suis d'avis qu'elle devait y entrer parle Valais, au lieu du Saint-Golhard. Mais l'archiduc parut se contenter d'occuper Zurich, et, le 8 juin, il se borna à faire une tentative insuffisante sur II. 20

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