DU CHAPITRE XV
INSTRUCTIOA DU MARÉCHAL SOUWARO\^^ A SES GÉNÉRAUX.
A MM. les f'eld-marcchaux-Jieutenants , baron de Linken , baron de Hotze et h orsakow .
Asti , le 5 septembre \ 799 .
Les troupes impériales de Russie qui , jusqu'à présent, étaient à l'armée d'Italie, partiront, le 8 septembre, du Piémont, pour se rendre en Suisse, et je compte arriver avec elles, le 17, à Airolo, au pied de ce côté du mont Saint-Gothard , que je me propose d'attaquer, le 19.
Comme les troupes du colonel royal impérial de Strauch , celles du prince Victor de Rohan et de M. le feld-maréchal- lieutenant comte de Iladick, doivent coopérer à l'attaque, il sera très-nécessaire
que les armées des deux cours impériales, réunies en Suisse, fassent avec fermeté et constance une attaque générale simultanée et combinée sur toutes les positions de l'ennemi ; mais surtout l'aile gauche, sous les ordres de M. le baron de Linken, réunira tous ses moyens , fera tous ses efforts , peut-être même avec des renforts préalables, pour faciliter et soutenir le passage du corps d'armée russe par le mont Saint-Gothard, la haute vallée de la Reuss et celle de la Linth. De même qu'il sera possible d'attaquer l'ennemi à revers, on pourra, par la jonction rapide de l'aile gauche de l'armée impériale en Suisse , et en avançant de concert, empêcher l'ennemi de culbuter le corps russe d'Italie et de le détruire en détail.
Comme je n'ai pas eu connaissance exacte des positions des deux armées impériales réunies en Suisse, et que, seulement par des rapports pris en passant, je dois présumer que les corps des troupes russes , sous les ordres de Korsakow, sont postés entre Zurich et l'Aar, le long de la rive droite de la Limmath, celui des troupes impériales de M. le baron Hotze entre le lac de Zurich et celui de Wallenstadt par Mayenfeld , dans le Rheinthal , jusqu'à Dissentis, je dois avant tout attendre la jonction des troupes de ce dernier. Je désire apprendre de lui-même, comme connaissant mieux les localités, oii et comment l'opérer. De même, de mon côté, dès que la jonction aura réussi , je pense que les troupes russes d'Italie , ne pouvant plus être arrêtées, pénétreront
DU MARECHAL- GE-NEIIAL SOLLÏ. 3i7
sur les deux rives du lac de Lucerne ; celles de MM. Linken et Hotze entre les lacs de Zurich et de Zug , et enfin la réunion totale des troupes russes du général Korsakow, près de la rive droite de la Lasse Reuss et de l'Aar. Ce sera la seule manœuvre qui puisse promettre un résultat décisif pour les opérations ultérieures.
Comme je me hâterai de vous faire connaître, de Bellinzona, l'arrivée des troupes russes d'Italie, c'est aussi à Bellinzona, au plus tard , à moins que vous ne le puissiez plus tôt , par la route de ]Sovai'€ et de Varese, que vous me ferez connaître, par courrier, la position et la force de toutes les troupes, tant russes que royales impériales , qui se trouvent réunies en Suisse , ainsi que les positions de l'ennemi , ses forces et leur distribution. Je désire aussi que ces M]\I. les généraux ITotze et I.inken me communiquent leurs avis et connaissances locales sur la manière de faire la guerre dans ce pays , indi- (juant comment la coopération précitée de toutes les troupes qui sont déjà en Suisse , et de celles qui y marchent d'ici , peut être le plus efficacement et le plus utilement exécutée. Je serai par là en état de préparer mon attaque et d'en déterminer le jour et l'heure positifs.
P. S. Je dois, pour l'attaque générale, recommander d'avoir la précaution , qui devient chaque fois plus nécessaire, de tenir les forces autant que possible réunies, pour ne pas rendre l'attaque insuffisante par des parcellements non nécessaires et par
des affaiblissements gratuits. En outre , chaque section doit connaître au vrai et très-exactement la position et la force des corps ennemis qui sont en face, et doit aussi chaque fois s'empresser de l'annoncer préalablement , puisque nous devons journellement nous adresser re'ciproquement, par courrier, des rapports très-détailles de nos premiers pas.
Je souhaite aussi que toutes les troupes réunies s'exercent,' dans l'intervalle des jours libres , jusqu'à celui de l'attaque générale , à exécuter sur trois colonnes cette attaque cwec la baïonnette et le sabre. C'est à cette manière d'attaquer que nous devons ici exclusivement nos succès multipliés et très-peu sanglants, et, d'après mon avis, M. le général lieutenant Korsakow pourra répartir, pour cet exercice, les officiers russes qui le connaissent au corps royal impérial qui est en Suisse.
Le susdit général Korsakow y est autorisé par les ordres ci-joints.
Souv^AROw.
Le sons-chef (le /'état-major général au général de rlwision Soult.
Zurich , 6 vendémiaire an viii.
Veuillez bien , citoyen général , conformément aux intentions du général en chef, partir pour Lucerne avec vos aides de camp et vos équipages, aus-
DU MARÉCHAL -GÉNÉRAL SOULT. 31 â
sitôt que vous aurez remis le commandement de votre division au général Gazan , qui doit vous remplacer. A votre arrivée à Lucerne, vous recevrez des ordres du général en chef pour votre nouvelle destination.
Rheinvald.
Zurich , Il veiick-niiaire an vni.
D'après de nouvelles dispositions du général en chef, votre division, citoyen général , sera composée comme suit : 67* demi-hrigade, 53^, 1 02% 1 7" régiments de dragons, l"^" compagnie d'artillerie légère, et chaque demi-brigade ses grenadiers.
Vous aurez sous vos ordres les généraux de brigade Drouet et Brunet , et l'adjudant général Saligny.
Vous aurez également sous vos ordres le général Gazan , dont le quartier général est à Schennis. Il commande les corps ci-après : les 84% 36% 25® légères, 94®, 44®, deux compagnies d'artillerie légère , 10* régiment de chasseurs, deux escadrons du 7® de hussards.
Les généraux de brigade de cette division sont : Laval , Molitor, Lapisse , chef de brigade de la 36% faisant fonctions.
Le général Mortier, dont le quartier général est à Schwitz , sera encore sous vos ordres. Il commande les corps ci-après : la 1 08% un bataillon de la 38% la 50®, deux escadrons du 1®'" régiment de dragons.
Rheinvald.
Le gênerai de division Soult au général Mortier.
Rotlientliuru) , 10 vendémiaire an vin.
Veuillez, mon cher général, ordonner aux neuf compagnies de grenadiers que vous avez à Sclnvitz, d'en partir sur-le-champ pour se rendre sur les hauleiu's en arrière d'Einsiedlen et en avant d'Allmart, où elles recevront de nouveaux ordres. Vous joindrez à ces troupes un détachement de vingt-cinq dragons commandé par un officier, pour me servir d'ordonnances.
Je vous prie de donner en même temps ordre au général Drouet de se rendre de suite à Einsiedien, oîi sera mon quartier général , et où je lui donnerai de nouvelles instructions.
Des deux ambulances que vous avez avec vous, faites-en partir de suite une pour se rendre à Schindellegi , où elle s'établira, jusqu'à ce qu'elle reçoive de nouveaux ordies.
Le restant de vos troupes devra se tenir prêt à marcher et préparé à se battre demain. Pour cet effet , je vous invite à vous retrancher autant que possible cette nuit.
Je dois établir mon quartier général à Einsiedien , oii je vous prie de me donner très-souvent de vos nouvelles et de correspondre directement avec moi. Envoyez-moi six ou sept caissons de cartouches d'infanterie.
Soult.
DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOULT. 3-2i
P. S. Si vous étiez forcé dans votre position de Sch^vitz, votre retraite serait sur Rothenthurm, à la hauteur d'EinsiedIen, où vous me joindriez.
Le i>c'/u'ra/ de tlii'hion Soiilt au m'iicral Gazait. Rothenihurm , lU vendémiaire ;iii viu.
Le général en chef vient de me charger, mon cher camarade, de correspondre directement avec vous, ainsi qu'avec le général ^Nlolitor.
D'après le rapport que vous aviez fait au général Oudinot , et que ce général vient de me communiquer , il parait que nous serons attaqués incessamment. Si cela arrive, il faut ([u\uie résistance terrible déjoue toutes les entreprises de l'ennemi ; et si , malgré tous nos efforts , nous étions forcés à la retraite , les troupes que vous commandez devraient l'opérer, savoir : tout ce qui se trouve sur la rive gauche de la Linlh et qui se joindrait aux troupes du général Molitor, surBillen, où la position étant resserrée offre des moyens de défense; ensuite derrière TAr, s'appuyant fortement sur le débouché du Weggilhal , et enfin sur le camp de Wolrau et de Schindellegi, où ces troupes prendront la gauche de celles que j'ai rassemblées sur les hauteurs d'EinsiedIen.
Les troupes que vous avez sur la rive droite devraient, en cas de retraite, l'opérer sur Uznach, pour le défendre ainsi que la tête du pont de Grinau , et ensuite une partie se retirer sur Raperschwyl II. 21
et vers Zurich ; la seconde partie joindra les troupes qui sont sur la rive gauche.
Je pense que pour la défense de la rive droite il serait suffisant d'y laisser cinq bataillons, une compagnie d'artillerie légère et deux ou trois escadrons, et , en cas de retraite , ne faire filer que trois bataillons, une demi-batterie et deux escadrons, sur Raperschwyl ; le restant vous sera plus nécessaire sur la rive gauche. En cas de retraite , recommandez que les ponts de Wesen et de Mollis soient détruits , et que vos troupes , en se retirant , fassent descendre dans le lac tous les bateaux qu'il y a sur la Linth.
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire que les ouvrages qui sont en arrière du pont de Grinau soient armés avec les pièces autrichiennes, comme je l'avais d'abord ordonné ; il est plus prudent , je pense , de les évacuer. Veuillez, je vous prie, donner des ordres en conséquence.
Je vous prie de me donner souvent de vos nouvelles, et de m'instruire de tous les mouvements de l'ennemi. Mon quartier général sera établi à Einsiedlen.
Je vous préviens que je donne ordre à l'adjudant général Saligny de me joindre de suite, et de vous laisser un adjoint , pour remplir près de vous les fonctions d'adjudant général , en attendant qu'il soit remplacé par un autre chef d'état-major.
SOULT
DU :nL\RÉCHAL- GÉNÉRAL SOULÏ. 323
Le général de brigade Gazaii au gincral de dwislon Soûl t.
Schenuis, 11 \eiidémiaire au vin.
Vous devez sans doute être prévenu , mon cher général, que d'après les ordres que j'ai reçus du chef de l'état-major général , le général Molitor est passé , avec la demi-brigade à ses ordres , dans la division que je commande. J'ai , par suite de cette nouvelle disposition , réparti les troupes à mes ordres de la manière suivante :
Le général Molitor, avec six bataillons , est chargé de la défense du village de Mollis et du point de Wesen.
Le chef de brigade Lapisse garde , avec quatre bataillons, le village de Nœfels, et éclaire les petits débouchés du Weggithal sur Nieder-Urnen et Bilten.
Le général Laval garde, avec trois bataillons, les débouchés de la vallée de la Thur, et j'ai en réserve , à Schennis , trois bataillons , à l'effet de secourir le point qui serait menacé. La cavalerie et l'artillerie sont réparties dans les trois brigades , et en nombre suffisant.
La défense, et en cas d'événement, la retraite, s'effectuera de la manière que vous m'avez indiquée par votre lettre d'aujourd'hui,
Gazan.
f^e général de division S ouït au général Loison. Einsiedlen . 1 1 veudémiaire an viir.
Le général Mortier vient de m'instruire à l'instant, citoyen général, que l'ennemi avait évacué précipitamment le Muttenthal, en y abandonnant six cents de ses blessés. Ce mouvement annoncerait qu'il se porte vers Claris, où, selon les apparences, il attaquera demain. En conséquence, et pour opérer diversion , veuillez porter une partie de vos troupes sur Linlhal , par le Schachenthal , et passer jusqu'au premier de ces endroits, à moins que vous ne trouviez une trop grande résistance,
11 sera nécessaire qu'en même temps vous fassiez occuper Steig avec force, à moins que vous n'y soyez déjà, et si cela était , pousser sur Wesen , ou enfin jusqu'à ce que vous trouviez l'ennemi, et en force.
Ignorant encore la quantité de troupes que vous aurez sous vos ordres , et leur position , je ne puis vous préciser davantage le mouvement que je désiie que vous fassiez. Ainsi , après vous l'avoir indiqué, je vous prie de vous rapprocher, autant que possible, de ces deux dispositions, et de régler le mouvement de votre droite là-dessus.
Je vous préviens que le général Mortier, partant demain du Muttenthal, doit se porter sur Claris, d'où il marchera sur la vallée d'Engi , et fera joindre vos troupes dans le Linlhal.
Je vous plie de me donner de vos nouvelles et de m'instruire des mouvements de l'ennemi , surtout avec la plus grande célérité, dans le cas où, par suite de son mouvement d'aujourd'hui, il se serait rejeté sur Altorf , ce qui nécessairement changerait ses dispositions.
SoULT.
Le général de dwision S ouït au général Mortier. Elnsiedlen , 1 1 vendémiaire an viii.
Vous avez bien fait , mon cher camarade , de faire occuper Mutten , mais je regrette que vous n'avez pu m'apprendre quelle direction l'ennemi a prise en se retirant. Je présume qu'il s'est porté sur Glaris, et que demain nous serons attaqués dans cette partie. J'ai recommandé que l'on se tînt prêt à le bien recevoir; mais afin d'obtenir une diversion puissante, je désire que vous suiviez sa marche, en vous portant par le Rlanlhal sur Glaris ; vous laisseriez cependant à Mutten une forte réserve , qui serait charsée de couvrir le Bisithal et chercherait à porter quelques troupes par cette vallée sur Linthal , pour se joindre avec celles que le général Loison doit y diriger.
Sitôt que vous seriez maître de Glaris , vous seriez joint par des troupes de la troisième division , et vous vous porteriez de suite sur Mitlôdi , où vous laisseriez une forte réserve, et ensuite chercheriez à vous lier avec les troupes du général Loison, qui
S26 MÉiMOIRES '
sera en avant de Linthal. Avec le restant de vos troupes vous marcheriez sur Engi, pour vous en emparer et y prendre poste, s'il est possible.
Vous saisirez que ce mouvement n'a pour but que d'opérer une diversion, comme je vous l'ai déjà dit , et d'attaquer les derrières de l'ennemi , en supposant qu'il ait marché vers sa droite; mais si au contraire il s'était rejeté sur Altorf , les dispositions devraient être changées. Cependant vous devez faire suivre sa marche pour l'éclairer, en vous rapprochant autant que possible de ces dispositions , et évitant toujours de compromettre vos troupes en trop les engageant.
Donnez-moi souvent de vos nouvelles , et instruisez-moi de tout ce que vous apprendrez de l'ennemi.
SOULT
U adjudant général Salignr au général Gazan. Einsiedlen , 11 vendémiaire an vin.
Je vous préviens , citoyen général , que l'ennemi a évacué, dans l'après-midi, le Muttenthal. Cela fait présumer qu'il pourrait bien s'être porté vers Glaris, et vous attaquer vigoureusement demain. En conséquence , le général Soult vous invite à prévenir les troupes , afin qu'elles soient prêtes en cas de mouvement ; il me charge en même temps de vous donner avis qu'il tient ici une réserve prête à marcher à votre secours , en cas d'événement.
Le général Mortier a ordre de se porter demain ,
par le Klanthal , sur Claris , et le général Loison sur Linthal. Si l'ennemi vous attaque , certainement ces mouvements l'inquiéteront beaucoup et l'empêcheront de se trop livrer sur vous. Si l'ennemi ne vous attaque pas , il sera nécessaire de pousser de fortes reconnaissances, tant dans la vallée de Claris que sur les montagnes de Rerenzen , afin d'apprendre le mouvement que l'ennemi ferait sur les hauteurs, et vous réemparer des postes qui ont été perdus dans la vallée. Cela aurait aussi pour objet de faire la jonction avec les troupes qui s'avanceront par le Muttenthal ; mais il ne faut pas engager d'affaire générale.
En cas d'attaque, prévenez rapidement le général Soult , qui sera prêt à se porter sur la Linth au premier avis.
SâLLIGNY.
Le général de division Soult au général Gazan. Nieder-Urnen , 12 Tendémiaire an vni.
En arrivant à Nieder-Urnen , je vois avec étonnement , mon cher camarade , que les troupes que vous avez dans celle partie n'ont fait aucun mouvement. Cependant, la nuit passée, je vous ai écrit (l'adjudant général Saligny en mon nom), pour vous prévenir de la marche du général Mortier sur Claris , et je vous invitais à faire aussi un mouvement sur cette ville , afin d'opérer jonction avec
ses troupes. Veuillez me dire pourquoi ces dispositions n'ont pas été remplies.
Je vous attends à Nieder-Urncn et je vous prie de vouloir vous y rendre , si vos occupations vous le permettent.
SOULT
Le général de dhnsion Soult au général Mortier. Schennis, 12 vendémiaire an vin.
Je n'ai encore aucune nouvelle, mon cher général, du mouvement que vous avez opéré aujourd'hui; j'ignore votre position et celle de l'ennemi dans cette partie; je vous prie de m'en instruire.
Je vous préviens que la troisième division doit , demain, attaquer l'ennemi du colé de Claris et pénétrer dans le Linthal. De votre côté, vous devrez faire tous vos efforts pour passer le mont Brackel , vous porter avec une partie de vos troupes sur Claris par le Rlanthal, et faire remonter à l'autre partie le Bisithal, pour déboucher dans le Linthal, vers Ruti, où vous joindrez les troupes que doit y porter le général Loison.
Pour que vos troupes ne puissent pas être compromises, vous pouvez laisser une réserve en avant de Mutten ; elle serait destinée à protéger celle des deux attaques qui en aurait le plus besoin.
Comme je me flatte que tous ces mouvements réussiront, je vous prie d'ordonner aux deux escadrons du l*""^ de dragons, que vous avez à Schwitz,
d'en partir demain pour se rendre à Claris, en passant par Einsiedien et Lacken; ils prendront vos ordres en arrivant à leur destination. Le commandant rappellera à lui tous les détachements de correspondance , appartenant au régiment , qu'il trouvera sur sa route.
Je me tiendrai à l'attaque de Claris, où je vous prie de me donner souvent de vos nouvelles.
SouLT.
Le gcnérnl de divi.fjov Snitlt cai grtiéral Mnrtici-. Sehonnis, 13 vendémiaire an viii.
Je vous préviens , mon cher camarade , que , d'après de nouvelles dispositions , la division que vous commandez sera composée des 45*, 50^, 84* et 108", deux escadrons du 1" régiment de dragons et de six pièces de quatre.
Vous aurez sous vos ordres les généraux de brigade Laval et Molitor, et, pour l'état-major, les deux adjoints de l'adjudant général Lacour. Le général Gazan , que vous relevez dans celte position , vous indiquera celle des troupes et vous fera connaître les mouvements qu'elles ont opérés aujourd'hui.
Demain 14, vous mettrez votre division en marche et vous la dirigerez sur Wallenstadt et Sargans, faisant tout votre possible pour vous emparer de cette
dernière ville, et vous prendrez position, la droite à Mels, couvrant avec force le Weistannerthal , et la gauche à Sargans, occupant cette ville. Vous jetterez des partis nombreux sur Ragatz et sur Axmoos , éclairant parfaitement la vallée du Rhin, et poussant quelques troupes jusqu'au pont de Zollbruck , dont vous vous emparerez, s'il est possible, mais cependant sans compromettre vos troupes.
Comme l'artillerie ne peut pas suivre votre marche, il faudra, en arrivant à Wallenstadt , vous emparer de tous les bateaux qu'il peut y avoir sur le lac , les envoyer de suite à Wesen chercher les canons et caissons que vous y aurez dirigés, et les embarquer pour vous être amenés.
Votre correspondance ne pouvant se faire que par Wesen et Lichtensteig, il faudra laisser à ce premier endroit un poste de correspondance, pour porter vos dépêches; il faudra aussi en mettre dans le Linthal, pour faciliter mes correspondances avec le général Loison , avec lequel je vous prie de correspondre , et demain pousser des troupes sur Pantenbruck et vers Flims.
Je vous préviens que demain, partant de Lichtensteig, je me porterai vers Saint-Gall ou Bischoftzen ; je vous prie de me donner souvent de vos nouvelles.
Il sera nécessaire que vous fassiez éclairer la vallée delaThur, par laquelle on pourrait faire venir votre artillerie, dans le cas où elle ne pourrait être embarquée sur le lac de Wallenstadt.
SOULT
Le gihicral (le flii'ision Soii/t au grncrnl Gazau. Schennis , \?> veiidémiairf an vin.
Je VOUS préviens , mon cher camarade , que je donne ordre à la 36^ demi-brigade, au bataillon des grenadiers , à deux bataillons de la 25", à une compagnie d'artillerie légère et à deux escadrons du 1 0" régiment de chasseurs à cheval , de partir de suite, pour se rendre àLichstensteig. Je vous prie de donner ordre à l'autre bataillon de la 25% qui doit être avec vous, de partir également de suite, pour la même destination , et de le faire suivre par la 2" compagnie d'artillerie légère que vous avez, et par le restant du 10*^ régiment de chasseurs à cheval; n'en garder qu'un escadron jusqu'à l'arrivée du 1" régiment de dragons; alors cet escadron rejoindra le régiment. Sitôt que la 108'' demi-brigade sera arrivée , elle relèvera la 94", et vous oi'donnerez à cette dernière de partir sur-le-champ, à marche forcée, pour se rendre à Lichtensteig. Vous voudrez bien vous y rendre, de votre personne, sitôt que vous aurez été relevé par le général Mortier, qui gardera sous ses ordres les généraux Laval et Molitor, et les 44", 50", 84" et 1 08" demi-brigades , et six pièces de 4o Je vous prie de prévenir de ces dispositions les généraux et commandants des troupes que je viens de vous désigner.
Je vous attends à Claris, où je vous prie de vous rendre, aussitôt que vous aurez expédié ces différents
ordres, et que vous aurez renvoyé sur Lichtensteig tous les détachements de corps qui doivent se rendre à cette destination. Prévenez le général ]VIolitor qu'il doit continuer à poursuivre l'ennemi et de rendre compte de ses mouvements au général Mortier,
Lichtensteig , 14 vendémiaire an vin.
La division que vous commandez, mon cher camarade, devra partir deWeil demain, 1 5 vendémiaire, à six heures du matin ; vous la dirigerez sur Constance, et lui ferez prendre position en arrière de cette ville.
Vous ferez votre possible pour vous emparer de Constance, et y mettrez un corps de troupes capable d'en assurer la défense, pendant tout le temps que vous resterez en position en arrière de cette ville.
Si l'ennemi n'a pas détruit son pont sur le Rhin, et s'il vous est possible de vous en emparer sans vous compromettre , vous ferez tous vos efforts pour y parvenir, et si cela arrivait, vous jetteriez une partie de votre cavalerie et un peu d'infanterie en avant de Petershausen , pour éclairer le pays et inquiéter l'ennemi dans- cette partie; dans le cas contraire, vous détruirez tous les établissements de passage qu'il pourrait y avoir, et en défendrez les approches à l'ennemi.
Je vous préviens qu'avec la colonne de droite, demain , je me porterai en avant de Saint-Gall, d'oii je
jetterai des partis sur Arbo'i, Roschach et Rheineck, pour avoir des nouvelles de renoemi ; veuillez en envover en même temps sur le premier de ces endroits, pour lier nos communications. Je vous proviens aussi que le général en chef doit, demain, avancer des troupes sur Stein. Connne il importe d'assurer mes communications avec elles, veuillez envoyer un détachement pour connaître leurs positions et avoir de leurs nouvelles.
Mon quartier général sera établi demain à Saiut- Gall, où je vous prie de nrinstruire du résultat de votre mouvement et de me faire connaître tout ce que vous aurez appris des mouvements, forces et positions de l'ennemi.
SOLLT.
Le sènèral de (/h'ision Soit/t an i^ctural en chef iMasséna.
Saint-Gall, 27 vendémiaire an viir.
Le général Loison m'a rendu compte , par une dépêche du 14 vendémiaire, que le général Gudin , en s'emparant de la vallée d'Crseren , y a fait deux cents prisonniers russes, parmi lesquels se trouvent un général-major et plusieurs capitaines.
Je ne puis, mon cher général, déterminer le jour où je serai prêt pour effectuer le passage du Rhin; bien des choses me manquent ; j'en presse autant que
possible la réunion. J'espère que, vers le 26, je serai en mesure.
L'ennemi occupe toujours le camp de Ragatz , où il a deux régiments d'infanterie, quatre escadrons et dix-huit pièces de canon. La rive droite du Rhin est garnie de batteries ; les ennemis sont préparés à détruire le pont de Zollbruck , s'ils sont forcés à Ragatz.
Avant-hier , le maréchal Souwarow a couché à Meyenfeld ; je crois même qu'il y était encore hier. La tête de sa colonne se trouvait à Lucis-Steig et paraissait se diriger sur Feldkirch. Aurait-il envie de prendre la vallée de Bludentz, pour se rendre en Tyrol, ou voudrait-il joindre les Autrichiens à Bregentz ? Nous ne tarderons pas à le savoir. A tout événement, le général Gazan portera la plus grande attention au débouché de Rheineck, car je ne puis d'ailleurs couvrir ce point que par des postes.
Les Autrichiens avaient ordre, il y a deux jours, de nous attaquer. A cet effet , des renforts étaient partis de Coire; mais ils reçurent contre-ordre en passant à Zollbruch. Je viens d'écrire au général Loison de s'assurer de leur position; lorsque je ferai mon mouvement , il devra s'emparer de Reichenau et porter des troupes sur Coire.
Je chercherai à effectuer le passage à hauteur de Meyenfeld ; le point n'est pas encore déterminé. Le général Mortier avait laissé un bataillon de la44Memi-brigade en avant d'Engi , pour couvrir Claris; tous les jours il ramasse des détachements russes qui
sont égarés dans les montagnes. Quand je ferai mon mouvement, je renforcerai le général Loison d'un bataillon. J'attends quelques bateaux que je fais venir du lac de Zurich, et tout se prépare avec activité. Je vous instruirai du moment où je serai en mesure.
Saint-Gall , 2i vendémiaire.
Je VOUS envoie l'adjudant général Saligny pour vous dire en mon nom , mon cher général, de quels moyens je puis disposer, pour entreprendre le passage du Rhin. Je dois retarder cette opération, faute de munitions. Je n'ai en ce moment que dix-neuf chevaux , pour atteler le parc d'artillerie et faire avancer les réserves. Par la même raison, je ne puis faire venir du lac de Zurich mon équipage de pont.
La plus grande partie des troupes qui étaient dans la tête de pont de Zollbruck en a été retirée , pour camper en arrière , où les ennemis ont un camp de quatre mille hommes; un autre de pareille force est à Meyenfeld , une réserve est à Coire , et un corps russe est à Reichenau. Toutes ces troupes sont commandées par le général Jellachich. Le maréchal Souwarow rassemble les siennes à Feldkirch. On assure que les ennemis se préparent à faire une résistance opiniâtre sur la rive droite du Rhin.
Saint-Gall, '2{i vendémiairt-.
Hier, j'ai fait attaquer Ragatz. L'ennemi n'a opposé qu'une faible résistance, et il s'est retiré sur la rive droite du Rhin, laissant encore quelques troupes à la tête de pont de Zollbruck. Aujourd'hui, un détachement de la 25'" demi-briaade d'infanterie légère a été dirigé (hi couvent de Pfeffers, par les montagnes, sur Zollbruck , et a forcé les ennemis à évacuer les ouvrages, à couper le pont, et à se retirer entièrement sur la rive droite du Rhin.
I.e général Jellachich est à Coire, le général Auffenberg à Meyenfeld, le maréchal Souwarow àFeldkirch avec huit mille hommes; il avait niarché vers Bregentz, mais il a ramené ses troupes.
La plus complète désunion existe entre les Russes elles Autrichiens; un officier que j'avais envoyé en parlementaire a été à même de s'en assurer. Des officiers autrichiens lui ont dit qu'ils avaient souri de bon cœur à la défaite des Russes. « Ceux-ci se flattaient, ajoutaient ces officiers, de subjuguer la France en une année. Nous sommes charmés que vous les avez forcés à devenir plus modestes. » Des officiers allemands ont dit aux Russes avec aigreur : f( Vous prétendiez, messieurs, que nous nous étions amusés à jouer la couKÛlie avec les Français; mais vous autres qui n'aimez pas à plaisanter , vous avez représenté une tragédie en trois actes. »
SOULT
Le chef (l état major général Rheiiwald an général ^ Sonlt.
Zurlcb , 16 brumaire an viii.
Conformément aux intentions du général en chef, vous remettrez, citoyen général, au reçu de la présente , au général Mortier , le commandement de la troisième division, et vous partirez pour prendre celui des troupes qui sont cantonnées depuis le confluent de l'Aai' avec le Rhin jusqu'à liuningue inclusivement.
Les généraux Chabran et Goullus seront immédiatement sous vos ordres et commanderont : le premier depuis Huningue inclusivement jusqu'à Rlieinfelden exclusivement, et le deuxième depuis lllieinfelden jusqu'au confluent de TAar. Ils correspondront directement avec vous pour tout ce qui concerne le bien du service.
Vous établirez votre quartier général à Rheinfelden. Le général Chabran est chargé de vous adresser le tableau et l'emplacement des troupes qui sont sous vos ordres , et qui font maintenant partie de la septième division. L'adjudant général Saligny restera avec le général Mortier , le général en chef se réservant de vous nommer un chef d'état-major.
Je vous invite, citoyen général , à m'accuser réception de la présente. Rheinvald.