CHAPITRE II
L'année 1793 commença par un abominable âijau^iei crime. Dix jours après cet attentat , la Convention nationale déclara la guerre à TÂngleterre, à la Hollande et à T Espagne. La diète germanique s'était déclarée contre la France ; les princes qui n'avaient pas fourni leurs contingents dans Tannée précédente se hâtèrent de les faire arriver sur le Rbin. Deux armées espagnoles menaçaient la frontière des Pyrénées , le Portugal lui-même suivait l'impulsion de l'Angleterre. L'Italie entière était notre ennemie; à Rome, l'envoyé de France, Bassevilie, (ît^. assassiné. 11 n'y eut que la Russie, la Suède , le Danemark et la Turquie , qui gardèrent la neutralité. La première de ces puissances procédait alors, avec l'Autriche et la Prusse, au partage de la Pologne. Le même sort était réservé à la France , si les engagements pris à Pilnitz avaient pu se réaliser.
48 MÉiMOlRES
jtsit de Pour faire face à tant d'ennemis, la Conven-
)OOlioninics. .. , , , i / i . -ni
position des tiou decrela une levée de trois cent mille nom-
aniM'es.
mes, destinés à porter les armées à reffeclif de cinq cent mille , dont cinquante mille de cavalerie et vingt mille d'artillerie. Mais une partie de ces troupes resta employée dans l'intérieur, où la guerre civile éclatait alors de toutes parts. C'est tout au plus si les diverses armées , qui étaient sur les frontières ou dans les pays conquis, réunissaient trois cent mille hommes , répartis à peu près de la manière suivante :
Hommes.
£n Belgique, sous le général Dumouriez 100 000
A Parmce de la Moselle, sous le général Beurnon-
ville 30 000
Depuis Landau jusqu'au-dessous de Mayence, sous
Custine 45 000
En Alsace, sous Biron 30 000
Sur les Alpes et à Nice 45 000
Sur les Pyrénées, en deux armées 3'» 000
Total 285 000
Mais plusieurs mois s'écoulèrent avant que la levée extraordinaire qui venait d être ordonnée eut produit quelque résultat; en attendant, les cadres tendaient sans cesse à s'afTaihlir, par TefTet de la guerre et du dénùment dans lecjuel on laissait les troupes. Lorsque la nouvelle levée arriva dans les rangs, elle fut employée, pour la plus grande partie, à remplacer les pertes.
Les ennemis étaient dans une situation beaucoup meilleure, pour la formation , la tenue, 1 instruction et Tadminiitration des troupes ; leur noml>re excédait aussi, de beaucoup, celui des armées françaises.
Sur le Rhin , depuis Bâle jusqu'au-dessous de Mayence , les Prussiens , les Autrichiens et les li'oupes de TEmpire, auxquelles étaient joints les HommM. émigrés français , s'élevaient à 1 33 000
Dans le pays de Luxembourg et en Belgique, les Autrichiens, qui, plus tard, furent joints par les Anglais, les Hanovriens et les Hessois, ensemble 140 000
Sur les Alpes et les Apennins , les troupes sardes et autrichiennes 50 000
Sur les Pyrénées, les Espagnols 55 000
Les Napolitains et les Portugais ne figuraient pas encore »
Total 380 000
Mais les soldats français ne comptaient pas le nombre des ennemis; ils avaient foi en leur propre valeur. Malgré les revers qu'ils éprouvèrent au commencement, les privations qu'ils eurent à supporter, le fréquent remplacement de leurs généraux, la profonde impression que devaient produire sur eux les cris des factions et les déchirements de Finlérieur, toujours au-dessus de leur fortune et de leur situation , ils ne virent que des devoirs à remplir ; et en attirant sur eux les
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dangers, ils délournèrenl les regards du monde des scènes de désolation qui couvraient la surface de la France. Ce fui dans Tannée 1793 que les armées essuyèrent les plus grands revers, et que rinlérieur du pays fut en proie aux plus grands décliirements. On vil à la fois Tinsurreclion de la Vendée, où, pendant plusieurs années, des Français s'enlr'égorgèrenl avec un acharnement inconcevable; d'autres insurrections dans la Bretagne, à Marseille, dans la Provence et dans la I^)zère, la trahison qui livra Toulon aux Anglais , le siège de Lyon , dont les habitants déployèrent tant d'héroïsme, puis enfin les victimes du tribunal révolutionnaire! et toujours une impulsion irrésistible qui précipitait les événements et renversait tous les obstacles... Lliistoire est condamnée à enregistrer ces pages sanglantes. Revenons aux armées poin* les voir |)asser par les plus fortes épreuves, avant de parvenir à ressaisir la victoire, ueiiii Nord. Dumouricz rejoignit Tarmée du Nord au commencement de février; cette armée avait aloi-s reçu des renforts qui relevaient à cent vingt mille hommes , forces plus que suffisantes pour rejeter au delà du Rhin Farmée autrichienne, (|ui ne comptait que quatre-vingt mille honnnes , et dont le prince de Cobourg était venu prendre le commandement. Mais Dumourie/, qui avait
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d'autres desseins , veut entreprendre la conciuéte de la Hollande, sous prélexle qu'une insiH*rection, qui n'attendait que son approche pour éclater, allait la lui livrer. C'était bien plutôt son armée qu'il allait entreprendre de livrer aux ennemis; car en même temps qu'il disposait d'une partie de ses troupes , sous les ordres du général Mi« randa, pour faire le siège de Maêstricht, une autre partie, qu'il dirigeait en personne, partait d'Anvers pour se porter sur Bréda , Gertruidenberg, Klundert, Wilhelmstadt et Berg-op-zoom. Les trois premières de ces places furent prises; mais les deux dernières résistèrent , et Dumouriez en avait commencé le siège, qui, selon ses plans , devait être suivi du passage du Moerdyk et d'une entreprise sur Dordrecht, lorsqu'il apprit que son aile droite, commandée paj* le général Valence , et qu'il avait laissée cantonnée aux environs d'Aix-la-Chapelle et sur la Roer, avait été surprise par l'armée autrichienne et mise dans le plus grand désordre ; que le siège de Maêstricht était levé , et que les ennemis , après s'être emparés de Liège, avaient passé la Meuse. De grandes pertes en étaient résultées, mais Dumouriez persistait encore à pénétrer, par sa gauche, dans la Hollande; des ordres du gouvernement lui enjoignirent d'y renoncer et de revenir h Louvain, où son aile droite, que les Autrichiens
poursuivaient mollement, avait eu le temps de se ralliej\ L'armée était encore supérieure en nombre aux ennemis; elle se trouva en leur présence le 18 mars, dans les plaines de Neerwinden.
Défaite Dumouriez fît de mauvaises dispositions et
perdit la bataille. Ce revers fut suivi de 1 évacuation de la Belgique et de la retraite des troupes de Taile gauche, qui s'étaient avancées en Hollande. Namur fut aussi abandonné; bientôt après Du-
raiiison mouHez lui-même trahit. Il essaya de livrer à 1 ennemi Conde, amsi que d autres places fortes, et de faire soulever son armée , mais il ne parvint à entraîner personne dans sa trahison. Poursuivi jusque dans sa propre armée, il fut heureux de pouvoir s'échapper; il emmena avec lui le général Beurnonville et quatre commissaires de la Convention , qu'il avait fait arrêter, et qu'il livra aux Autrichiens. L'armée continua cependant à faire tête à Tennemi; mais elle ne put se maintenir dans le camp de Famars, ni empêcher les Autrichiens de s'emparer de Condé et de Valenciennes; plusieurs tentatives qu'elle fit pour dégager ces places furent infructueuses.
I^ trahison de Dumouriez eut tme influence considérable sur les événements qui suivirent , et elle fournit un nouvel aliment aux soupçons et aux cruautés des représentants en mission. Le
commandement de Tarmëe du Nord passa de main en main : Miaczinski avait péri sur Técha* faud ; Dampierre était mort au cliamp d'honneur^ devant Valenciennes ; Custine , qui lui succéda , et qui trouvait une armée désoi^nisée^ voulut commencer par y rétablir Tordre et opérer avec prudence contre un ennemi victorieux : on ne tarda pas à lui en faire un crime, et il fut aussi envové à Téchafaud.
Avant de prendre le commandement de Tarmée du Nord, qui lui fut si fatal, le général Custine avait fait une campagne assez malheureuse sur le Rhin. Pendant Thiver, son armée était restée cantonnée dans le Palatinat, depuis I^andau jus* qu'à la Nahe, occupant Mayence et fortifiant CasseL Elle était forte de quarante-cinq mille hommes ; mais la garnison de Mayence , les postes d'observation qu'elle avait à fournir sur le Rhin , jusqu'à l'embouchure de la Queich, en absorbaient une grande partie : l'armée était toute disséminée sur la ligne du Rhin jusqu'à Bàle, et n'était par conséquent en force nulle part. La présence des représentants du peuple Rewbell, Merlin et Hausmann , qui étaient en mission auprès de l'armée, paralysait toutes les opérations du général , qui n'osait se dégarnir sur aucun point. Sur la Sarre, l'armée de la Moselle, forte de vingt-cinq mille hommes, gardait les débou-
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elles de réleclorat de Trêves et du pays de Deux- Ponts; nommé ministre de la guerre, Beurnonvilie en avait laissé le commandement au général Ligneville : celui-ci était incapable et voulait, comme son prédécesseur, rester indépendant.
Ainsi, les deux armées, qui devaient agir dans le même système d'opérations, fournissaient à peine au général Custine trente mille hommes pour faire face à. une armée ennemie de quatrevingt mille hommes, que conduisait le roi de Prusse en personne; encore, ces trente mille hommes étaient-ils divisés par détachements, depuis Worms jusqu^au-dessous de Bingen. Une division était du côté de Saint-Wendel , dans le pays de Deux-Ponis , pour lier les communications avec Tarmée de la Moselle.
Cependant Tarmée prussienne avait passé, sans obstacle^ le Rhin à Bacliaracli, et son avantgarde venait de repousser de Stromberg les avant-postes du général Houchard. 1^ 20 mars, Custine fit reprendre Stromberg , mais il négligea de faire reconnaître au delà les mouvements tle Tennemi , et comptant sur la ^liversion qu'il avait demandée au général Ligneville, il ramena ses troupes sur la rive droite de la Nalie, où il passa huit jours dans la |>lus grande sécurité, et sans faire d'autres dispositions. De son coté, le générai Ligneville n'avait pas fait le mouvement qui
lui avait été demandé. Le 27 mars, le général Neuwînger fut attaqué , battu et pris à Waldalgesheim, en avant de Bingen; cet échec, où nous perdîmes quatre à cinq cents hommes , fit renoncer Custine à défen Ire la Nahe. Il abandonna les magasins de Bingen et de Kreutznach , et alla se concentrer à Alzey, pour favoriser le passage d'un convoi qu'il avait fait sortir de Mayence. Les Prussiens marchent à lui et donnent, le 29 mars, près de Cinsheim, sur la tête du convoi, qui, après avoir perdu un millier d'hommes et du canon , rentre en désordre dans Mayence.
Le lendemain, le duc de Brunswick déboucha Retraite sur les hauteurs de Pferdesheim. Custine était ii^n^ déjà débordé , et ses divisions restaient tranquilles aux environs d'Alzey. Son irrésolution cessa lorsqu'il vit le danger ; jusque-là Houchard l'avait \'ainement pressé de faire des dispositions. Ses ordres furent bientôt donnés, et les troupes se formèrent , au pas de course , en arrière d'Oberflersheim. Je m'y trouvais avec mon bataillon. A mesure que nous arrivions , nous étions engagés ; bientôt l'alTaire devint sérieuse et menaçante pour nos communications. Je craignais que mon bataillon , qui allait au feu pour la première fois, ne fit mauvaise contenance; cependant il tint bon ainsi que toute la brigade , et il vil tomber par la mi-
traiUe la moilié de son monde. A la faveur de cette résistance , Custine manœuvra avec habileté ; au plus fort de l'action , il fit un changement de front par sa gauche , Taile droite en avant , et à son tour il déborda Tennemi. La communication fut alors assurée avec Landau. La nuit survint , et nous fîmes notre retraite sur Franckenthal , oii nous eûmes ordre d'incendier les magasins; ceux de Worms avaient été abandonnés la veille. Les troupes ne prirent que quelques heures de repos. Sans s'arrêter , Custine les amena sur la I^uter, pour garnir les lignes de Wissembourg, abandonnant au pouvoir de l'ennemi les magasins qu'il avait à Spire , et laissant Landau à découvert.
Il pouvait disposer d'au moins trente-six mille hommes de l'armée du Rhin en se faisant rejoindre par les renforts qu'il était libre de tirer de la haute Alsace ; il pouvait aussi appeler à lui l'armée de la Moselle, qui venait d'être réunie sous son commandement. Cette armée, forte de vingt-cinq mille hommes , avait à sa tête le général Daboville, qui avait remplacé le général Ligneville, destitué pour avoir fait manquer par son inaction les opérations de la campagne. ^ 'ayant que peu d'ennemis devant elle, il lui était facile, sans rien compromettre , de venir appuyer la gauche de l'armée du Rhin. Ces forces réunies eussent fait une masse de plus de soixante mille hommes,
qui, bien dirigée, eût facilement pu reprendre le Palatinat et dégager Mayence, où Gustine avait laissé vingt-deux mille hommes. Mais ce général ne prit aucune disposition; il laissa un faible corps prussien , commandé par le prince de Hobenlolie, s'établir devant lui , tandis que le général Wurmser j à la tête de dix mille Autrichiens , passait le Rhin et était, quelques jours après, rejoint par le corps du prince de Condé, foirt de cinq à six mille hommes. En même temps le roi de Prusse, avec le gros de Tarmée prussienne , investissait Mayence.
I^ général Houchard alla remplacer le général Daboville dans le commandement de Tarmée de la Moselle. Il s'établit aux environs de Deux-Ponts, occupant Bitche, Forbach et Hombourg. Une division de l'armée du Rhin s'établit à Lauterbourg. Le centre de cette armée prit son camp à Wissembourg et sur les hauteurs de Rolh, ayant une avant-garde à Frekenfeld. Une brigade, commandée par le général Falk , fut détachée à Lembach, d où elle occupait le Bobenthal et gardait , dans cette partie , les débouchés des Vosges. Mon bataillon dépendait de celle brigade. L'ensemble de troupes formait trente mille hommes; mais le général Gustine laissa sans aucune nécessité d'autres troupes dans le Haut-Rhin jusque vers Porentrui; et , pendant six semaines que les ennemis nous
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laissèrent tranquilles, ii n*ent d'autres soins que de parcourir le pays, de passer quelques revues et de chercher à se populariser parmi les soldats, souvent même aux dépens des ofïîciers , sur lesquels il faisait retomber ses fautes d'imprévoyance ou celles de l'administration.
TeniatiTw, Le mciUcur accord régnait entre Custine et les
ructiieusirft du
Dérai Custine. nouvcaux représentants du peuple, qui étaient arrivés à l'armée. (]ette bonne intelligence et le bon esprit qui ne cessait d'animer les troupes, lui rendirent quelque confiance et le firent malheureusement désigner pour le commandement de l'armée du Nord. Il voulut cependant, avant de quitter l'armée du Rhin, faire une dernière tentative en faveur de Mavence. Deux divisions de l'armée de la Moselle , sous les ordres du général Flouchard , durent se diriger, de Hombourg, vers les gorges d'Anweiler, pour se mettre en communication avec l'armée du Rhin ; elles se montrèrent sur le plateau de Carlsberg; à leur approche, le prince de Hohenlohe se retira sur landstuhl; mais Houchard s'arrêta , et il n'y eut point d'engagement. Ainsi de ce côté tout se passa en démonstrations.
L'armée du Rhin avait eu ordre de se porter sur la Queicli et Landau. I^ division de droite, commandée |)ar le général l'Vrrière , marcha de Lauterbourg sur Rilsheim , et une division du cen-
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tre, aux ordres du général Laiulreniont, qui couimandait aussi Ta vaut-garde, s'avaDça du camp de Wissembourg vers Impflingen ; ces deux divisions allaient pour se réunir à Ollei-sheim. Elles étaient près de se joindre; déjà le général Ferrière avait dépassé Hert et Riislieim , et Laudremont débouchait des bois qui sont en avant de Ilerxheim, lorsque des deux côtés on donne sur le corps autrichien, commandé par le général Hotze, et sur Tarmée de Coudé. Aucune disposition ne se fait; Tennemi montre beaucoup de cavalerie, le désordre se met dans nos rangs , on ne songe plus qu'à la retraite. Quelques bataillons, qui furent heureusement placés en arrière d'Herxheim , arrêtèrent la poursuite ; cependant on perdit quatre à cinq cents hommes et deux pièces de canon. Ensuite les troupes rentrèrent dans leur camp , et le général Chambarlhac, qui avait été chargé de faire une démonstration insignifiante à Fort-Louis, sur le Rhin, y renonça également. Après cette vainc démonstration si mal conçue, Custine remit le commandement de Tarmée du Rhin au général Beauharnais, et il partit pour Tarmée du Nord.
Deux mois se passèrent sans qu'il v eut d'enga- sié^e gement sur la ligne. Pendant ce temps , 1 armée du roi de Prusse, forte de cinquante mille hommes, se livra au siège de Mayence. La garnison de cette forteresse, au nombre de vingt-deux mille
hommes , avait avec elle les représentanls du peuple Rewbell et Merlin , et pour la commander des généraux de mérite , Meunier, Doy ré, Aubert-Dubayet et Kléber. Elle livra plusieurs combats brillants pour retarder les approches ; cependant la résistance ne fut point poussée jusqu'au terme où elle pouvait arriver. Le corps de place n'était point attaqué ni la troisième parallèle entièrement ouverte ; on manquait à la vérité de viande , mais il y avait encore du pain pour plusieurs jours , et les mimitions ne manquaient pas , lorsque les représentants , sous prétexte que la ville n'était point française, et que la garnison, alors réduite à dixhuit mille hommes, pouvait être employée plus utilement dans rintérieur de la république, firent décider, le 22 juillet, par un conseil de guerre, qu'on devait capituler. Les conditions furent que la troupe ne serait point prisonnière de guerre, et qu'elle aurait la liberté de rentrer en France avec armes et bagages, sans pouvoir toutefois pendant un an être employée contre les alliés.
Le comité de salut public sentait néanmoins qu'il était de la plus haute importance de conserver Mayence et de secourir la vaillante garnison renfermée dans cette place ; des renforts avaient été dirigés sur l'armée du Rhin et sur celle de la Moselle. Les généraux Beauharnais et Houchard avaient même reçu, à ce sujet, des instructions
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très-pressantes; mais le délai qu'ils mirent à leur exécution, les dispositions décousues qu'ils prirent, et la capitulation de Mayence, arrivée beaucoup plus tôt qu'on ne s'y attendait, les rendirent inutiles. Le 7 juin , l'armée de la Moselle livra un combat, à Àrlon, contre le corps autrichien du général Schrœder, qui couvrait Luxembourg, et remporta l'avantage. Bouchard n'en tira aucun profit pour l'ensemble des opérations; au lieu de se rapprocher de l'armée du Rhin , il s'étendit à gauche , et resta un mois dans l'inaction ; ce ne fut que dans les premiers jours de juillet, et après bien des pourparlers avec le général Beauharnais, qu'il parvint à s'entendre avec lui pour reprendre le mouvement. Le général PuUy, commandant le Faux
moovemeats
corps des Vosges, partit de Deux-Ponts et de année» d« Hombach ; voulant déboucher par Auerbach, il khin. fut repoussé et opéra son mouvement par Mûhlbach jusqu'à Clausen; il devait lier sa droite par Leimen avec la brigade du général Darlande, qui faisait la gauche de l'armée du Rhin. Deux divisions de l'armée de la Moselle , commandées par Houchard , campèrent , le 1 8 juillet , à Neukirchen ; le 1 9 , elles se portèrent sur Waldmohr , poussant leur avant- garde jusqu'à la Glan et Cusel. Elles ne trouvèrent point d'ennemi; le duc de Brunswick avait déjà replié sur la Lauler le corps prussien qui défendait la Glan, en même
nous vit dans la coDstematioiiy et reçut de nous des marques du plus vif intérêt. Continuant ensuite sa route, cette héroïque colonne fut s'engloutir dans la Vendée.
Si du moins la fortune avait balancé les revers éprouvés sur le Rhin et au nord, par des succès obtenus sur les autres points , où la guerre était aussi engagée ! Mais partout, cette année , elle fut contraire aux Français , qui payèrent leurs essais par des défaites , et subirent les effets inévitables de Tinexpérience de leurs généraux , de Tindtscipline des troupes , des vices de leur organisadon, de rimprévoyance ou de la cupidité de Tadministration , et de Tinfluence souvent mal* heureuse des représentants sur les armées. Ce fut un temps d'épreuve difficile à passer, mais quand Tarmée eh sortit , elle s'y était retrempée ; les nouveaux chefs , qui étaient destinés à fixer la victoire, sentaient, sous le coup de ces revers, leur intelligence se développer, méditaient sur les fiiutes qu'ils voyaient commettre, et se formaient au milieu des rangs.
Deux armées, celle des Alpes et celle du Var, étaient sur la ligne des Alpes françaises, depuis la Suisse jusqu'à la mer. La première, forte de trente mille hommes , sous les ordres du général Kellermann, gardait la Savoie et les divers passages des Alpes jusqu'au col de TArgentièrei où
elle se liait à rarmée du Var. Celle-ci, qui fut portée à trente mille hommes , passa successivement sous les ordres des généraux Biron et Brunet. L'une et l'autre armée eurent plusieurs affaires de détail dans les passages des Alpes ; mais ces diverses tentatives se ressemblèrent toutes par le décousu des dispositions et par la contrainte qui, pesant constamment sur les généraux, les empêchait de faire des plans de quelque étendue ; la présence des représentants et la peur de se compromettre les paralysaient la comme ailleurs. Il ne se passa rien de remarquable de ce côté. A répoque du siège de Lyon, Farmée des Alpes y fut appelée. Enfin, il en (ut de même aux armées des Pyrénées orientales et des Pyrénées occidentales. Nous y éprouvâmes des revers^ mais les généraux espagnols ne surent pas en profiter malgré leur supériorité, et le territoire français fut à peu près préservé..