CHAPITRE III
Ver* le milieu de 1793, Tordre commença peu à peu à se rétablir dans les armées; nous essuyâmes encore des revers y mais il y eut un peu plus de rëgularitë et de conduite dans les opérations de la guerre. En même temps , le sentiment de Tiudépendanoe nationale enfanta des prodiges dans tous les rangs de la population. Sous Fimpulsion terrible que donnait la Convention , tout le monde devint soldat; partout s'organisèrent des ateliers pour la fabrication des armes et des munitions ; des retranchements s'élevèrent sur tous les points accessibles) la France ne fut plus qu'un vaste camp. Les proclamations imprudentes des généraux étrangers, qui dévoilèrent trop tôt les vues de leur gouvernement , contribuèrent plus que toute autre cause à développer ce grand mouvement national qui anima les armées, les soutint dans leurs revers et les prépara aux succès qui devaient
4i MÉMOIRES
sur Dunkerque, en passant par Orcbies et Tour«> coing. Les renforts hessois et autrichiens , qu'il reçut dans ce mouvement , portèrent son armée à près de quarante mille hommes; en outre, l'armée hollandaise était campée à Menin. Le prince de Cobourg alla investir le Quesnoi et occuper la forêt de Mormal. De faibles détachements français observaient ses mouvements ; ils ne purent Tem* pécher de déployer les immenses moyens qu*il avait préparés pour réduire le Quesnoi ; la place capitula le 11 septembre, après avoir soutenu 1 5 jours de tranchée ouverte. Dans le temps qu'elle succombait , des efforts tardifs étaient faits pour la dégager : à Avesne^ par une division sortie de Cambrai ; à Fontaine , par une autre division sor* tie de I^ndrecies ; à l'entrée de la forêt de Mormal, par une colonne partie du camp de Maubeuge. Ces tentatives décousues et mal conduites restèrent sans résultat , et ne firent qu'ajouter aux pertes de la campagne.
Ce succès, que les ennemis remportèrent à leur gauche , fut compensé par des revers essuyés i leur droite. En partant de Turcoing, le 20 août, le duc d'York divisa son armée en deux colonnes : Tune, commandée par le maréchal Freitag, marcha sur Poperingue et Rousbrugge , comme corps d'observation; l'autre, destinée à former le siège de Dunkerque , et conduite par le prince en personne,
alla , par Menin , Ypres et Yverdingen j camper devaot Furpes.
Les Français avaient, à Gyvelde , entre Fiirnes et Dunkerque, un camp de quatre mille hommes, et à Bergues, une bonne garnison. Deux autres camps, places à Cassel et à Bailleul, communiquaient avec une division qui ëtait aussi campëe en avant d'Armentières ; et, dès son arrivée à l'arma, Houcliard avait détaché de sa droite une autre forte division, pour renforcer sa gauche. Ainsi l'ensemble des forces disponibles pouvait s élever, sur ce point , à vingt^huit mille hommes, sous les ordres du général Jourdan. Il ravitailla Dunkerque , y fit passer de nouvelles troupes et en donna le commandement supérieur au général Souham. La place était en mauvais état de défense et mal armée. Si les ennemis en avaient complété rinvestissement , et s'ils avaient été secondés par la flottille de bombardement qu'ils attendaient des ports de l'Angleterre, ils auraient pu réussir; mais l'escadre anglaise n'avait point encore paru, et une flottille de canonnières françaises restait libre d'inquiéter, par son feu , la droite de la ligne du duc d'York ) tandis que l'adjudant général Hoche , qui se trouvait à Dunkerque, communiquait à la garnison son énergie , et exerçait déjà de l'influence sur les opérations. Après un vif engagement à Rosendal , le 28 août , les Anglais ouvrirent la tranchée.
Cependant des dispositions étaient faites pour marcher au secours de Dunkerque. Le comité de salut public venait de faire partir en poste des renforts tirés des armées du Rhin et de la Moselle; et de son côté, Houchard, en dégarnissant sa droite j pouvait rendre cinquante à soixante mille , honmfies disponibles. Son premier plan était de se porter, de Lille , par Menin , sur Dixmude , pour couper les commmiications de Tarmée anglaise, et de Tattaquer par sa gauche. Dans cette vue, le 27 août, il fit avancer quinze mille hommes du camp de la Madeleine , près de Lille , sur Turcoing , Roncq , Moucron et Lannoy , contre les brigades hollandaises y détachées du camp de Menin, qui occupaient ces postes. On s'y battit tout le jour, avec une grande perte d'hommes des deux côtés ; à la nuit, les Français l'entrèrent dans leur camp. Ce résultat porta le général Houchard à faire d'autres combinaisons , et fit juger qu'il ne s'était engagé à des démonstrations éloignées , que pour attirer de ce côté l'attention des ennemis ; car, peu de jours après , il se rendit à Cassel , et se disposa à attaquer directement le corps d'observation du maréchal Freitag, en même temps qu'il fît prévenir le général Souham , à Dunkerque, de préparer la garnison à une vigoureuse sortie. Elle eut lieu les 5 et 6 septembre ; les Anglais y perdirent beaucoup de monde et des officiers de marque; ils
furent ainsi empêchés de renforcer le maréchal Freitag.
Le 6, Houchard mit son armée eu mouvement ; le général Jourdan marcha sur Houtkerke et en délogea les ennemis ; le général Hédouville s'avança , par Steenwoorde, sur Poperingue, et contint la garnison d'Ypres. Houchard, avec une troisième colonne , se présenta devant Herzeele, et le général Landrin alla attaquer, à Wormhout, le général hanovrien Walmoden. Après ce premier mouvement , Jourdan porta à Proven la brigade du général CoUaud , pour aider le général Hédouville , qui devait attaquer Rousbnigge , et il ramena cette brigade sur Herzeele. Ce poste était barricadé ; néanmoins Jourdan l'enlève , passe TYzer , et chasse encore de Bambecke les eunemis qu'il pousse sur Killem ; à Rexpoede , il se met en communication avec Tavant-garde du général Hédouville.
La rapidité de cette disposition déconcerta le comUt
^ ^ de Rexpoede.
maréchal Freitag dans sa défense. Sa droite était eucore à Wilder et à West-Capelle , que Jourdan la dépassait à Rexpoede; tous ses corps étaient désunis. Pour gagner le temps de les rallier et de rétablir sa ligne , il veut reprendre Rexpoede ; Jourdan lance sur lui sa cavalerie et le fait prisonnier ainsi que le duc de Cambridge. C'était un immense avantage ; Houchard pouvait le rendre
décisif en concentrant ses divisions à Re&pœde. La nuit approchait et allait couvrir ses meuve* raents ; mais, au lieu de prendre ce parti , il craig;nit de s'exposer, et il ramena le gros de ses troupes vers Bambecke , en ne laissant que trois bataillons à Rexpoede. 11 laissa ainsi échapper la victoire. Plus audacieux, le général Walmoden n'hésita pas à relever cette faute. 11 s'était mis en marche à la faveur de la nuit pour conduire sa division à Hondtschoote, en faisant un grand dé* tour qui l'obligeait à passer près de Bergues, lorsqu'il apprend la perte de Rexpoede et la prise du maréchal Freitag. Sur*le-champ il change de di«> rection et va droit à Rexpoede ; il y engage Tac* tion la plus vive, en chasse les Français et délivre Freitag. Au jour, il évacue ce poste, passe à Killein et se rend à Hondtschoote, où l'armée hanovrienne opère son ralliement. Cette action vigoureuse Ht le plus grand honneur au général Walmoden .
Pendant la journée du 7, Houchard se borna à faire des reconnaissances et à rétablir sa ligne , que Taccident de la nuit précédente avait un peu dérangée ; il fit aussi partir pour Dunkerque la division du général Landrin, et compromit, par cette seconde faute , le succès de Tattaque générale qu^il se proposait de diriger le lendemain sur Tarmée ennemie , à Hondtschoote. Néanmoins ,
le 8 au matin il se mil en marche sur trois co«» lonoes* Le général Jourdan commandait celle du centre et déboucha par Killem. En même temps la garnison de Dunkerque devait faire une nouvelle sortie, pour reprendre Rosendal et empêcher que l'ennemi ne flt passer de renforts à Hondtschoote«
Le général Walmoden avait remplacé , dans le Babiiie commandement) le maréchal Freitag, blessé à Rexpœde. Sa position , en avant de Hondtscboote^ était couverte par des abatis et des retranchements ; Jourdan les force à leur droite et détruit presque en entier les troupes qui les défendaient. A la suite de cette défaite, Walmoden opéra sa retraite sur Fumes, où il .établit son nouveau camp. Le duc d'York ne pouvait plus se maintenir ; sa gauche était battue et repoussée , il était menacé sur ses communications, et sa droite venait d'être également battue à Rosendal par la colonne sortie de Dunkerque, avec laquelle se trouvait Tadjudant général Hoche. La retraite fut donc ordonnée et s'opéra pendant la nuit. Le duc d'York envoya à Diimude le corps du général Walmoden, qu'il chargea de veiller sur Ypres, et réunit sa droite dans le camp de Fumes, en abandonnant devant Dunkerque son parc de siège et ses bagages.
Jusque-là, les opérations du général Houchard avaient été couronnées de succès, quoiqu'il n'eût
pas tiré avantage de son brillant début à Rexpoede; mais le siège de Dunkerque était levé, Tarmée anglaise éloignée , et les Hollandais campés à Menin, sous les ordres du prince d*Orange, étaient exposés à l'attaque de Tarmée française , qui pouvait être renforcée par la division campée à la Madeleine, en avant de Lille. En eftety Houchard se décida à marcher sur Menin ; mais des mouvements sans ensemble firent encore perdre du lemps; on se- battit avec beaucoup de vivacité à Werwicke et sur les bords de la Lys ; enfin , le général Béru entra de vive force dans Menin, où il prit trois mille hommes et quarante pièces de canon. Le prince d'Orange se retira en désordre sur Courtrai ; son armée se trouvait toute dispersée, et , si la poursuite eût été aussi prompte et aussi vigoureuse que Tattaque, une partie au moins de l'armée hollandaise eût été fort compromise. Mais Houchard ne prit aucune disposition pour profiter de l'avantage obtenu, et au lieu de manœuvrer avec l'ensemble de ses troupes, qu'il pouvait réunir au nombre de plus de quarante-cinq mille hommes, il les laissa dispersées dans divers camps. I^ 15, il donna, près de Courtrai, sur le corps autrichien du général Beaulieu ; l'engagement fut long et se termina par la déroute complète des Fi*ançais, qui ne purent être ralliés qu'à Turcoing. Cette triste afTaire ne tint qu'à l'incapacité du
geDeral Hoiichard. Il avait entrepris une grande iwrHit.. opération ; il se plaçait entre les armées autrichienne et anglaise, pour agir successivement sur Tune et sur Fautre, et il pouvait le faire après le succès remporté à Menin ; mais il fallait j pour conduire une pareille opération , des talents que Houchard n'avait jamais eus. 11 fut accusé de trahison, anété par ordre des représentants du i>eupie, et conduit à Paris ; peu de jours après, le tribunal révolutionnaire le. fit monter sur Téchafaud. S'il méritait un reproche , c'était celui d'avoir accepté un commandement au-dessus de ses forces et de n'être point resté à la tête d'une division qu'il eut conduite avec bravoure, et où il eût continué à rendre de bons services.
Le général Jourdan s'était distingué à Hondts- Lcgén«p«i choote; il n'avait point pris part à la déroute de H"<^« HouHiaid. Courtrai ; il fixa le choix du comité de salut public pour commander l'armée en remplacement du général Houchard. Cette tâche dut l'effrayer : Texemple de son prédécesseur était sous ses yeux. Depuis quelques mois seulement il avait quitté le bataillon qu'il commandait, et l'expérience n'a* vait pas encore pu mûrir ses talents comme général; mais un refus était impossible , et pour sa propre sûreté , Jourdan était forcé d'accepter. Il obéit, soutenu d'ailleurs par le sentiment de ses devoirs et par un vif dévouement à son pays. Bientôt
Carnot vinl concerter avec lui le plan des nouvelles opérations.
Les alliés Les circonstances devenaient pressantes , et
""*i?rage. " rëvénement de Courtrai rendait les ennemis audacieux ; leurs généraux j disposant de cent vingt mille hommes 9 depuis Namur jusqu'à la mer^ étaient en plein mouvement, et ils menaçaient déjà Maubeuge. Cette place, avec son camp retranché^ occupait une position trop offensive pour que les alliés pussent se dispenser de s'en rendre maîtres, avant de donner suite à leurs opérations. Il fallait la défendre. Le comité de salut public venait de prendre rengagement de purger le sol français d'ennemis avant la fin de la campagne; en même temps il avait étendu jusqu'aux Ardennes le commandement du général Jourdan. Ce commandement comprenait un nombre de troupes nominalement supérieur à celui de l'ennemi; mais il y avait à garder une foule' de places, de camps ou de postes, et les nouvelles levées , qui arrivaient tous les jours , n'étaient armées que de piques. Ainsi, Jourdan n'avait tout au plus à mettre en ligne que soixante mille hommes, et il ne pouvait même pas les réunir en une seule masse, par l'obligation qui lui était imposée d'être paiiout à couvert, et de n'exposer aucune partie de la frontière à tomber au pouvoir de l'ennemi sans être défendue.
1^ place de Maubeuge est couverte , sur la rive droite de la Sambre , par un camp retranche bien assis. Le général Ferrand y commandait les deux divisions Mayeret Desjardins , s' élevant ensemble à vingt mille hommes. Elles étaient toutes deux en avant du camp retranché , observant les débouchés depuis Bavay jusqu'à Beaumont , lorsque le prince de Cobourg passa la Sambre , le 29 sep* tembre, au-dessus et au-dessous de Maubeuge , avec une armée de vingt-cinq mille hommes. Les divisions françaises furent surprises , et ne par* vinrent à rentrer dans le camp retranché qu'après avoir éprouvé certaines pertes. L'investissement fut fait aussitôt sur les deux rives de la Sambre , et l'armée ennemie , qui reçut un nouveau renfort de douze mille hommes , commença le siège de la place.
Cependant le général Jourdan n'avait pas perdu de temps pour faire venir des différents camps , ainsi que des Ardennes, toutes les troupes dont il pouvait disposer, et, le 18 octobre ^ il réunit, en avant d' Avesnes , où était son quartier général , quarante-cinq mille hommes, dont il forma trois colonnes principales , avec deux divisions en ré • serve. De leur côté, les Autrichiens, instruits des préparatifs du général Jourdan , s'étaient mis en mesure de le recevoir; mais ils se crurent assez forts pour ne pas interrompre le siège de Mau-
beuge. Us attendaient à chaque instant le duc d'York, qui précipitait la marche de Farmée anglo-hanovrienne^ pour la poi ter, de la Lys, sur la Sarabre ; mais cette armée n'avait pas encore dépassé le Quesnoi. Us opposèrent a Tarmée française leur corps d'observation , également réparti en trois divisions, sous les ordres du général Clairfayt. C'était une faute; ils pouvaient se dispenser de laisser autant de monde pour contenir le général Ferrand, et s'ils avaient porté le gros de leurs forces sur la direction où ils étaient nrienacés , la supériorité leur était assurée ; tandis qu'en se partageant , comme ils le firent , entre le corps d'observation et le siège, ils compromirent l'un et l'autre.
BMtaUie Le général Jourdan ne tira pas lui-même, au
début, le meilleur parti de ses forces. Son armée, réunie à la garnison de Maul)euge , égalait à i>eu près en nombre l'armée autrichienne ; en tenant ses trou|)es ensemble, et en profitant de la faute commise {)ar l'ennemi, il pouvait attaquer la division autrichienne placée sin* le plateau de Vatignies, le point principal de la position, puis forcer cette division, et, d'un trait, pousser jusqu'au camp retranché de Maubeuge, d'où le général Ferrand devait déboucher pour venir à lui. Mais le premier jour, 15 octobre, il voulut tout embrasser, et il engagea ses corps séparé-
Vatignies.
DU MARÉCHAL-ffÉNÉRAL SOULT. 53
ment; ces diverses attaques furent repoussees avec perte, excepté celle de la division Duquesroy, qui s'avança, jusque près de Vatignies, sans trouver grande résistance ; aussi indiqua-t-elle que c'était la direction à suivre pour atteindre Maubeuge. Le général Jourdan en profita ; et ayant amené des renforts sur ce point , il y renouvela l'attaque le lendemain matin. Vatignies fut enlevé du premier choc et maintenu, malgré tous les efforts que firent les Autrichiens pour le reprendre, et quoique le général Ferrand, qu'on s'attendait h tout moment à voir déboucher de Maubeuge, n'eût fait aucun mouvement. Les attaques des autres colonnes françaises échouèrent comme la veille; mais la ligne des Autrichiens était coupée à Vatignies, et le prince de Cobourg y attacha une telle importance *que, sans égard aux avantages qu'il avait obtenus sur tous les autres points, il ne voulut point s'exposer à être placé , le lendemain , entre deux feux, celui du général Jourdan, qui n'eût point manqué d'attirer toutes ses forces sur ce point, et celui du général Ferrand, qui se fût, à la fin, décidé h sortir du camp retranché. Aussi, pendant la nuit, il ordonna la retraite; ses troupes repassèrent la Sambre et se dirigèrent sur Bavay.
Ainsi, Maubeuge se trouva délivrée. En y entrant, les représentants du peuple et le général
Jourdan mirent leurs premiers soins à se faire rendre compte des motifs qui avaient empêche le général Ferrand de seconder, par des sorties , les attaques des journées précédentes , et lors de la retraite des Autrichiens, de les inquiéter au moment où ils repassaient la Sambre. La faute retomba sur le général Chancel qui, dit-on, en sa qualité de commandant de la place, s'y était opposé ; conduit à Paris , il l'expia sur Téchafaud, Le général Ferrand , qui avait le commandement supérieur des troupes , et qui seul devait être responsable de leur inaction, ne fut que blâmé; il s'était mis à couvert par la décision d'un conseil de guerre.
On avait manqué une belle occasion , et Ton s'était attendu à de plus grands résultats ; il fallut se contenter d'avoir sauvé Maubeuge et du bon effet que produisit la nouvelle de ce succès sur les armées. Les autres entreprises qui furent faites jusqu'à l'entrée de l'hiver, ayant été décousues, mal conduites, et n'ayant point eu de but déterminé , échouèrent. On compromit ainsi les divisions de la gauche de l'armée par des mouvements isolés, qui n'amenèrent que des pertes, entre autres à Marchiennes, où une division fut presque détruite. On ne comprenait pas encore qu'une masse réunie de cinquante mille hommes aurait beaucoup nuieux atteint le but
qu'on se proposait, de délivrer le territoire, en se portant successivement sur les parties faibles de la ligne ennemie. Mais il y a aussi lieu de croire que les dispositions du général Jourdan lui furent souvent dictées, que son autorité dut s'effacer devant celle des représentants, dont la volonté était toute-puissante, qu*il avait enfin à lutter contre des rivalités de commandement , et qu'il n'obtenait pas toujours d'être obéi.
Cependant, le comité de salut public voulait tirer parti du succès de Vatignies, et, par un arrêté du 22 octobre , il prescrivait au général Jourdan de faire agir sa droite. II y était dit : « Il passera la Sambre, soit au-dessus, soit audessous de Maubeuge , soit à Maubeuge même; il cernera l'ennemi, il l'enveloppera, il renfermera dans la portion du territoire qu'il a envabi, lui coupera les communications avec son propre pays et le séparera de ses magasins , qu'il brûlera s'il ne peut s'en emparer. Il devait aussi tenter un coup de main sur Namur, lâcber d'enlever le Quesnoi; en même temps qu'une division de l'armée agirait du côté de Mons , l'autre presserait l'ennemi du côté de Cysoing , Maulde et Tournay, et tàcberait d'opérer sa jonction avec la première, soit en enveloppant Mons et Tournay, soit en passant enlre ces villes et la frontière. » Comment remplir de pareilles instructions ! En les recevant,
Jourdan dut être effrayé des conséquences qui pouvaient en résulter; mais il n'y avait point à hésiter ; Robespierre était Tun des signataires de l'arrêté.
L'anxiété présida donc aux dispositions que fit le général Jourdan pour obéir; et on put croire qu'en gagnant du temps, il cherchait à se prémunir contre l'issue d'une entreprise aussi hasardeuse. Cependant, ayant réuni cinq divisions , le 3 novembre , il les mit en mouvement pour se porter sur la basse Sambre et sur Charleroi. Les chemins étaient affreux, la pluie, qui tombait par torrents, les avait entièrement dégradés; les troupes souffraient et ne pouvaient avancer. Si Ton avait continué, l'armée se fut entièrement fondue. Le représentant Duquesnoi fut alarmé des rapports qui parvinrent au quartier général , et partit aussitôt pour aller faire révoquer l'arrêté du comité de salut public. Il l'obtint, à cause de la rigueur de la saison , et on permit aux troupes de prendre des quartiers d'hiver. Déjà les ennemis, qui s'étaient bornés à des démonstrations, du côté de Landrecies et du Cateau , pour inquiéter le général Jourdan sur sa gauche, prenaient euxmêmes (les cantonnements. Tout en cédant à l'évidence , le comité de salut public n'en voulut pas moins faire porter sur quel({u'un la responsabilité des fautes qu'il avait commises; le gêné-
rai Jourdan fut mandé à Paris, blâme et destitué. Il eût été perdu y s'il n'avait mis en compte Hondschoote et Vatignies.
Opérations de F armée du Rhin.
Nous allons retrouver, à l'armée du Rhin , le kmèt do nh même système, les mêmes fautes, et les mêmes conséquences que nous venons de voir à l'armée du Nord. Dans le mois de juin , après la perte de Mayence, le général Landremont avait remplacé Beauharnais dans le commandement de l'armée du Rhin , qui était rentrée dans les lignes de Wissembourg. Landau se trouvait à découvert, et Ton s'attendait à voir les alliés pousser leurs masses en Lorraine ou se rendre maîtres de l'Alsace, en renversant les faibles barrières qu'on leur opposait. Les forces qu'ils pouvaient réunir, pour l'une ou l'autre de ces opérations, se seraient élevées à cent vingt mille hommes. Les Français n'en comptaient que quarante-cinq mille, depuis Strasbourg jusqu'à Wissembourg, entre le Rhin et les Vosges; trente-six mille hommes étaient fixés dans le Haut-Rhin ou dans les places ; l'armée de la Moselle n'avait que vingt mille hommes, divisés en (Jeux corps, pour garder le pays entre la Sarre et la Moselle, couvrir le débouché de Trêves et occuper le camp de Hornbach ; le surplus des troupes était
passé, avec Houchard, à rarmée du Nord, lorsque les dangers étaient devenus si pressants de ce côté. Au lieu d'agir, les ennemis, dont les chefs étaient heureusement divisés entre eux et ne pouvaient s'entendre sur leurs projets , restèrent , pendant deux mois, dans l'inaction. Les Prussiens établirent des camps à Lautereck, à Kaiserslautem, à Turckeim et à Edickhofen, couverts par des avant-gardes; les Autrichiens, les Bavarois et l'armée de Condé gardèrent les lignes de la Queicli , en s'étendant jusqu'à Spire. Cependant , au mois d'août , le général prussien Kalkreuth s'avança, par Saint- Wendel, sur la Sarre, et s'empara de Neu-Kirch ; le corps autrichien du prince de Hohenlohe livra un combat à Alt-Stadt, près de Hombourg, et poussa aussi ses postes jusqu'à la Blies et la Sarre; le duc de Bmnsvdck prit un camp en avant de Pirmasens , et occupa Kittericli par où passait auparavant la communication entre les armées du Rhin et de la Moselle; le prince de Prusse investit landau , et l'armée autrichienne , conduite par Wurmser, se présenta devant les lignes de Wissembourg. Ainsi, des deux côtés, on suivait le même système d'agir par détachements. Tmcombau Wurmser voulait pourtant faire des progrès en Alsace , où il conservait des rapports de famille. Le 20 août, il commença un mouvement pour
M lc« Vo«ge«.
forcer notre gauche, sur les hauteurs de Bergzabem ; on sV battit jusqu'au 27, et ce poste important, qui couvrait Wissembourg, resta encore aux Français. L'armée de Condé, qui était à Hagenbach, près du Rhin, fut en même temps attaquée par une division sortie de Lauterbourg, et repoussée jusqu'à Pfortz; mais secourue à propos par Wurmser^ elle reprit son poste et ramena même les Français à Lauterbourg. À la suite d« ces engagements, Wurmser renforça sa droite et porta le corps de Condé vers Bergzabem, toujours dans l'intention de forcer notre gauche. Il confia un détachement de quatre mille hommes au général Piaczewitz, qu'il fit partir d'Anweiller, et le dirigea , par Dahn , sur Bodenthal et Nothweiler, pour y attaquer un camp de trois bataillons qui gardait, sur ce point, la vallée de la I^auter, et couvrait Wissembourg; Ces trois bataillons faisaient partie de la brigade du général Darlande, qui depuis quelques jours avait déserté. Comme il connaissait les localités , on lui attribua l'odieux mérite d'avoir conseillé et dirigé lui-même cette expédition ; aussi elle réussit complètement; le camp fut surpris pendant la nuit; la troupe se sauv^, sans éprouver une trop grande perte, laissant cinq pièces de canon dans les retranchements. Le reste de la brigade était campé sur les hauteurs de Lembach,
oii je me trouvais avec mon bataillon. Le général Ferette, qui avait remplacé Darlande, nous Bt partir à l'instant pour reprendre Nothweiler et Bodenthal ; nous échouâmes dans la première tentative. Le 14 septembre, Tattaque recommença , et nous fumes plus heureux ; elle précéda, cette fois, un mouvement en avant de toute l'armée, depuis les Vosges jusqu'au Rhin.
Le général Ferette reçut des renforts , qui portèrent sa brigade à sept mille hommes; il eu forma trois colonnes; celle de gauche, composée de six bataillons , fut chargée de tourner la droite des ennemis , après avoir passé Bodenthal ; à droite, quatre bataillons devaient attaquer, en face , la gauche des Autrichiens, et la colonne du centre, formée de deux autres bataillons, avait ordre d'escalader les retranchements. Les troupes étaient animées d'une grande ardeur; les dispositions furent si bien prises qu'il s'en fallut de très-peu que tout le corps du général Piaczewilz n'eût sa retraite coupée au delà de Bodenthal. Les hauteurs furent enlevées au pas de course, et la droite aborda les ennemis si franchement c|u'ils plièrent au premier choc. Le général Piac- /e\\itz fut tué, avec un grand nombre des siens; on fit aussi quelques centaines de prisonniers, et la poursuite se continua jusque vers Dahn. Ainsi, les communications de Wissemboiu*g avec
DU MARÉCHAL-GÉNÉRAL SOULT. 6i
la droite de rarmëe de la Moselle, qui était toujours campée à Hornbach, se trouvèrent rétablies. J'eus le bonheur d'être chargé de diriger deux bataillons à cette dernière attaque.
Nous obtînmes ce succès le jour même où Tarmée de la Moselle éprouvait un revers. Le général MoreauXy dil le Vieux, avait remplacé le général PuUy dans le commandement du corps qui était campé à Hornbach. Les représentants du peuple lui enjoignirent de marcher sur Pirmasens pour occuper ce poste et se placer entre les armées autrichienne et prussienne. Si trente mille hommes avaient entrepris cette opération, elle pouvait réussir et être utile; mais douze mille hommes seulement partirent de Hornbach , pendant la nuit, et arrivèrent, le 14, au point du jour, àFehrbach, devant Pirmasens.On Fut étonné de trouver les Prussiens , qu'on croyait surprendre, prêts à soutenir le combat : il s'engagea et fut poussé avec vigueur jusqu'au pied des retranchements qui couvraient la ville , lorsque le duc de Brunswick amena une réserve sur la droite des Français, et la fit plier. Le désordre se communi- (|ua aux trois colonnes d'attaque; elles reculèrent et abandonnèrent vingt-deux pièces de canon, avant de rentrer au camp de Hornbach, avec une perte de trois mille hommes.
Depuis les premiers revers des armées, des
organiMition soupçoiis itijurieux poursuivaient les généraux et
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les oHiciers qui avaient porte des titres avant la révolution, ou qui seulement avaient une origine noble. Malheureusement, il s'en était trouvé quelques-uns dont la conduite avait donné lieu à ces préventions, tandis que le plus grand nombre, cherchait y au contraire , à les faire oublier , en donnant l'exemple du dévouement , et en continuant , au milieu des rangs , les traditions de l'honneur. La trahison du général Darlande vint augmenter la méfiance , et fit éclater , du sein de toutes les sociétés populaires qui couvraient la France, un cri général contre les anciens nobles ; on exigea du gouvernement leur exclusion des armées; il fallut remplacer ceux dont le commandement était en évidence. Ce fut un moment de crise pour les armées. Pichegru, depuis peu général, se trouvait employé dans le corps du Haut-Rhin ; il fut désigné pour commander l'armée , en remplacement du général Landremont , renvoyé comme noble; mais comme il différait à se rendre à son poste, le général Carlen fut nommé provisoirement. Ce nouveau général n'avait aucun talent , ni les moindres connaissances; il n'avait que de la bravoure. L'ayant vu à la tête delà compagnie de dragons, qu'il commandait un mois auparavant, l'armée se demandait pourquoi les représentants du peuple ne l'y avaient
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pas laissé; sa nomination au commandement porta le découragement dans les rangs ^ et eut des conséquences f&cheuses. Les principaux commandements de Tarmée étaient ainsi donnés : la droite au général Dubois , à Lauterbourg ; le centre au général Michaud, dans la forêt de Bienwald; la gauche au général Ferette, derrière Bergzabern ei sur les hauteurs de Dorrenbach ; Tavant-garde au général Meynier^ à Nieder-Otterbach et à SteinFeld.
Jamais Tarmée n'avait été dans un plus fôcheux état de désorganisation ; les chefs que Ton venait de placer à sa tête n'inspiraient aucune confiance. L'état-major était aussi bouleversé ; le général Clarke, qui auparavant en avait fait les détails ^ venait d'être destitué. Les. troupes , insuffisantes pour garder la ligne des retranchements qu'elles devaient défendre, s'y voyaient, sans appui, menacées par un ennemi très-supérieur, pendant que trente mille hommes restaient sur le Haut-Rhin , où ils n'étaient d'aucune utilité. Cependant , comme il était probable que les alliés reprendraient bientôt l'offensive, on fit, au mois de septembre, pour les prévenir , diverses tentatives sur le front de l'armée , entre le Rhin et Bergzabern : la droite à Berg, l'avant-garde à Barbelroth, et le centre dans la forêt de Bienwald, qu'on voulut incendier^ pour en faire un obstacle; mais il n'en
résulta que des perles, et les ennemis en devinrent plus entreprenants.
Déjà le duc de Brunswick, qui venait d'être renforcé par une division tirée de Flandre, avait mis Tarmée prussienne en mouvement, l^e prince de Hohenlohe et le général Kalkreuth s'étaient portés, le 26 septembre, sur Blies-Castel , d'où ils devaient passer à Backweiler, pour prendre à revers le camp de Hornbach, en même temps que le duc, avec une autre colonne, s'y présenterait de front. A leur approche, le général Moreaux évacua le camp, et se retira sur Bitche; suivi jusqu'à Escliweiler, il voulut, le 28, se reporter en avant et fut repoussé ; la crainte d'être compromis le porta même à évacuer le camp retranché de Bitche, dont la position était cependant si forte, et qui était aussi un point des plus importants.
Plus à gauche , les généiaux Guillaume et Schauenbourg ne purent défendre les positions qu'ils gardaient sur la droite de la Sarre , et se mirent ù couvert, par cette rivière, devant les généraux kalkreuth et Knobelsdorf, qui s*étal)lireut à Dutweiler et aux environs. L'armée de la Moselle cessa alors d'être inquiétée, et elle put même détacher une de ses divisions, sous les ordres du général Burcy, sur Savcnie, pour joindre l'armée du Rhin. I^ duc de Brunswick fit aussi un mouvement dans son armée ; il envoya un corps de-
vant Landau, et en prépara un autre, qu'il devait porter sur Bodenthal et Lembach, pour déboucher ensuite, par Werd, lorsque Wurmser aurait pénétré dans les lignes de Wissembourg et se porterait en avant. Ces deux généraux étaient enfin parvenus à concerter leurs opérations.
Le duc de Brunswick et Wurmser avaient un si grand avantage, par la masse des troupes dont ils disposaient, que, s^ils se fussent mieux entendus, |K)ur rapprocher leurs mouvements, l'armée française eût été infailliblement écrasée. Les Prussiens pouvaient tourner sa gauche, en descendant dans la vallée du Rhin par Lembach ou par Neunhoffen, par Niederbronn ou par la route de Bitche, et déboucher entre Werd et Bouxweiler sur Haguenau, tandis que les Autrichiens, attaquant de front les Français, depuis les hauteurs de Berg-Zabern et celles de Geisberg, en arrière de Wissembourg, jusqu'à Lauterl)ourg, n'eussent rencontré, des deux côtés, qu'une faible résistance, tant notre nombre était réduit et tant il y avait de postes' forlifiés, de redoutes, de coupures et d'abatis à défendre. Mais heureusement, au moment de l'exécution, les ennemis rompirent leur accord. Les Prussiens avancèrent une tête de colonne jusqu'à Lembach, et s'arrêtèrent, (rois jours avant que Wurmser eût commencé à s'ébranler.
Cependant, le 13 octobre, l'armée autrichienne
Perte se présenta sur tout le front de la ligne française i
I lignes de i • i i j i
issemboorg. en mcme temps que le pnnce de Waldeck passa le Rhin à Selts^ et s'établit sur la rive gauche. Cette diversion eût compromis la division du gêné* rai Duboisi qui était à Lauterbourg, si le général Jellachich , qui marchait de Neubourg sur elle y eût poussé son attaque avec plus de vigueur; mais Jellachich j après ^voir passé la Lauter et les lignes entre Scheibenhard et Lauterboui^, s'arrêta au milieu de ses succès, et donna le temps au général Dubois d'opérer sa retraite , par Nieder* Auedereu et Forsfeld, sur Ropenheimi où il reprit la route de Drusenheim. En commençant ce mouvement , le général Dubois eut le bonlieur d engager une charge , qui contint le corps du général Jellachich, et ensuite , passant devant celui du prince de Waldeck, qui avait poussé jusqu'à MoU^ern 9 il lui imposa asses pour Tobliger à re* passer le Rhin) mais les Autrichiens gardèrent SéiU, qui fut incendié, et le pont sur le Rhin qu'ils jetèrent dans la journée.
Au centre» où le général en chef Carlen commandait en personne» le général Hotae, repoussé d'abord an monlin de Rienwald » parvint cepcHd* dant à se rendre matlre du terrain, et à forcer les lignes snr ce point. Réuni au général J^lachichi il pouvait se porter sur la route de Wissembourg) mais , de même que Jellachich , il s'arrêta vers
midi y croyant sa tâche remplie. Ainsi les généraux autrichiens compensaient y par leurs fautes , Tincurie de plusieurs de nos généraux , et, la moitié du temps, ils n'employaient pas les forces dont ils disposaient.
Le général Hotze obtenait ce succès dans la forêt de Bienwaldy en même temps que les généraux autrichiena Mezaros et Kavanach attaquaient Tavantgarde du général Meynier , à Nieder-Otterbach et à Steinfeld , où ils s'étaient fait précéder pendant la imit par un grand nombre de faux déserteurs , qui devaient porter le trouble dans les rangs français, après que Tafiaire serait engagée. Cette ruse fut heureusement découverte, et les retranchements n'en furent pas moins défendus à toute extrémité; nos troupes s'y seraient peut*étre maintenues jusqu'à l'arrivée de secours, si le général Meynier n'avait été blessé et forcé de s'éloigner, ce qui détermina la retraite. Déjà le corps de Condé avait emporté , à gauche , les hauteurs de Dorenbach et d'Ober-Otterbach ; et sa colonne se formait sur le plateau de Schweingen . Le général Combes, qui ralliait l'avant-garde à Schweighoffen, dut, en conséquence, précipiter son mouvement pour traverser les lignes à Alstadt , et venir joindre, au Geîsberç , les troupes du centre et de la gauche que le général Carlen ralliait.
Carlen était revenu à la hftte au Geisberg , en
entendant le canon se rapprocher de Wissenibourg. Il se trouvait alors engagé^ pour la seconde fois, contre le général Hotze, en avant de la forêt de Bienwald, et il Taurait airété si sa gauche et son avant-garde s'étaient maintenues , et si , à sa droite , la division Dubois , en se retirant également, ne Teùt pas laissé à découvert. Ainsi, désuni et menacé d'être débordé, craignant même de voir les Prussiens déboucher de Lembach sur ses derrières, il ordonna la retraite. Le soir, il s'arrêta à Sultz pour donner le temps aux équipages et à Tartillerie de s'écouler; le lendemain , il plaça Tarmée derrière les lignes de la Moder, où le général Dubois Tavait déjà devancé ; Tavantgarde resta dans la forêt de Haguenau. Quelques compagnies, commandées par le capitaine Fririon et laissées à Wissembourg, pour ralentir la marche des ennemis, firent assez de résistance pour protéger révacuation , et sauver tout ce qui pouvait être emporté.
Dans cette journée, les ennemis perdirent beaucoup plus de monde <)ue les Français; mais ils avaient forcé les Ugnes de Wissembourg et ils s'avançaient en Alsace. Cette province, que l'Autriche voulait garder , était alors travaillée par les influences allemandes, que Wurmser avait le plus grand soin d'entretenir, ainsi que par celles qu'encourageait la présence de Tarmée de Coudé.
Quoique toute la partie raisonnable de la population restât fidèle au sentiment de rindépendance nationale, malgré les excès révolutionnaires , un pareil état d'agitation favorisait les opérations militaires de Wurmser. Maître de Wissembourg , il se crut assuré de toute la province et ne douta point que Strasboui^ ne lui ouvrit ses portes , comme on le lui faisait espérer tous les jours. Hais il hésita au moment décisif et voulut avoir des ordres plus précis de sa cour. En attendant, il souffrit que des violences fussent exercées en son nom contre les habitants de Wissembourg, et il commit Tindiscrétion de laisser pénétrer , qu'en vertu d'anciens dn^its , il prendrait possession du pays au nom de l'empire. Il en fallait moins pour exciter l'énergie de nos troupes qui trouvèrent un appui dans la population , et pour éveiller la rivalité des Prussiens, qui n'entendaient point favoriser de leurs armes l'agrandissement d'un allié aussi ambitieux.
En effet, le duc de Brunswick s'était arrêté à Lembach et à Malenthal. Il pouvait très-bien se porter vers Wissembourg , pendant que les Autrichiens forçaient les lignes, ou déboucher sur Werd et menacer Haguenau , mouvement qui eût amené la déroute des Français , ou du moins les eut fortement compromis. Mais ce ne fut que le 14 qu'il s'avança jusqu'à Werd; alors l'armée
française avait passe y et elle se trouvait en sûreté derrière la Moder.
Wurmser voulait que les Prussiens manoeuvrassent pour tourner notre gauche, et pour nous enlever Timportante communication de Saveme, afin de mettre Strasbourg à découvert. Le duc de Brunswick s'y refusa , et demanda que les Autri» chiens restassent derrière la Moder, pendant qu*tm de leurs corps chercherait à prendre le Fort-Louis du Rhin , et qu'un détachement de Tannée prussienne ferait le siège de Landau. Wurmser consentit à ces deux dernières opérations , mais il insista sur le projet de forcer notre gauche. Le 1 4 octobre, il campait sur les hauteurs de Sult2, et il marcha, le lendemain, sur Haguenau ; son aUe droite , conduite par le général Hotze , poussa , le 17, jusqu'à Ingweiler et Neuviller; à sa gauche, le prince de Waldeck s'avança jusqu'à Wantzenau. Le général Dubois y commandait notre division de droite et ne put s'y maintenir; Tadjudant général Desaix le remplaça. S'appuyant aux bois de Reichstadt , il sut résister aux efforts réitérés des ennemis trois fois plus nombreux que lui, et donna le temps au général Carlen , qui s'était retiré derrière la Zorn et avait perdu un combat de cavalerie sur les hauteurs de Brumpt, de se mettre à couvert par la SufTel , en se rapprochant de Strasbourg et en conservant sa conunuui-
cation avec Saverne, où notre aile gauche s'ëtait retirée.
Après là reprise du camp de Bodenthali la brigade dont mon bataillon faisait partie avait continué à tenir l'extrême gauche de l'armée et à éclairer le mouvement des ennemis dans les gorges des Vosges. Trop faible pour livrer des combats de quelque Utilité, elle ne pouvait faire qu'uile guerre de postes , ou garder des communications. Le poste de Lembach avait de l'importance ; k brigade le garda jusqu'à Tarrivée du duc de Brunsvirick $ ensuite , réglant ses mouvements sur ceux de Tarmée et se tenant à sa hauteur , elle arriva k Saverné en même temps que la droite s'établit derrière la Suiîel en avant de Strasbourg. Dans ces marches nous eûmes plusieurs engagements auxquels je pris part ; mais comme ils ne se liaient à aucune opération , ils ne pouvaient être que très-insignifiants ; aussi je ne les rappelle que comme preuve d'existence.
Il n'en fut pas de même de ceux qui eurent comUt lieu autour de la Savemè. Le général Sauter y avait pris le commandement de notre brigade , le général Ferino était à notre droite avec sa division , et l'on attendait de Tarmee de la Moselle la division du général Burcy, forte de six mille hommes. Celle-ci arriva heureusement, le 18, au moment où notre brigade éprouvait du désavan-
de SaveiiM
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tage et était repoussée par le corps autrichien du général Hotze, venu de Bouxweiler et de Neuwiller pour nous attaquer. Les Autrichiens avaient passé la 2k)m , et déjà ils pénétraient en force dans le parc de Saveme, lorsque le général Burcy les arrêta par un Feu de mitraille des mieux nourris, et déboucha immédiatement sur eux , en colonne serrée. L'action fut très-vive ; nous parvînmes à rejeter Tennemi au delà de la 2^m et à regagner, le même jour, Dettweiler sur la route de Haguenau, et Hattmatt sur celle de Bouxweiler. Le lendemain , la poursuite se continua ; le général Ferino fît des démonstrations sur Hochfelden , et le général Burcy marcha sur Bouxweiler, en même temps qu'à la droite , le général Desaix se porta sur Wantzenau , et que le général Michaud , au centre, menaça Brumpt.
Pendant le combat qui eut lieu, le 1 8, à Saveme, au moment où la division du général Burcy se mit en ligne à nos côtés, j'eus un moment de joie, bientôt suivi d'une vive douleur. J'avais un frère et un cousin dans cette division; nous ne nous étions pas vus depuis plusieurs années , et nous profîtions d'un instant de repos pour nous embrasser, l()rs(|ue nos bataillons se portèrent de nouveau en avant; nous courûmes à nos postes en nous promettant de nous revoir après l'aflaire. Mais nous comptions sans les chances de la
giierre; mon cousin fut tué, mon frère fut blessé, seul je ne fus pas atteint. Je fus assez heureux pour secourir mon frère, mais je ne pus que rendre les derniers devoirs à un parent avec lequel j'étais intimerhent uni.