‹ Mémoires du maréchal-général Soult, duc de DalmatieChapitre 7 sur 55 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'année d'épreuve était terminée. Malgré ses déchirements intérieurs et la désorganisation de son gouvernement, la France était parvenue , jusque-là, à défendre son territoire contre toute l'Europe coalisée. Maintenant les rôles étaient changés, l'impulsion était donnée. Bientôt douze cent mille Français , répartis dans onze armées , allaient s'élancer au delà de leurs frontières, et répondre à la coalition , en portant la gueire sur son propre territoire. Toutefois les alliés, dont les armées avaient toujours une grande supériorité sur les armées françaises, par leur composition , continuaient encore, au commencement de la campagne de 1 794, à poursuivre leur plan d'invasion de la France, et ils avaient profité du repos de l'hiver pour en arrêter les nouvelles combinaisons.

Le général autrichien Mack, qui jouissait piun de» mh^. alors d'une célébrité peu méritée, remplissait

les fonctions de chef de rélat-major géiicial de Tarmée autrichienne, pour en diriger les opéralions sous les ordres de Tempereur, qui s était mis lui-même à la tête de son armée. 11 s'était rendu à Londresf pour se concerter avec le duc d'York et le cabinet anglais. Leur projet était d'ouvrir la campagne par la prise de Landrecies et de marcher ensuite sur Paris. Quatre-vingt-dix mille hommes auraient été employés à cette expédition; vingt-cinq mille Autrichiens , commandés par le général Clairfayt, seraient restés devant Lille, entre Moucron etTournay, pour couvrir la West-Flandre; une division hanovrienne se plaçait à Menin , le corps hessois à Denain , et le prince de Kaunitz , avec dix-huit mille Autrichiens, observait, en avant de Mons, le cours de la Sambre, Maubeuge et Philippeville. L^eusemble de toutes ces forces dépassait cent cinquante mille hommes de vieilles troupes; mais, par les dispositions prises, près de la moitié se trouvait presque paralysée. Si cette armée eût, au contraire, été tenue et dirigée vers un même but , elle eût eu d'autant plus de chances pour réussir , qu'à l'ouverture de la campagne, dans le mois d'avril, l'armée française du Nord , à peu près d'égale force , non compris les garnisons des places, était en grande partie composée de nouvelles levées, et que les généraux n'avaient point encore acquis une grande expé-

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riencc. Pichegru lui-même, nouvellement arrivé pour prendre le commandement en chef , semblait être au-dessous de sa tâche , malgré la réputation de capacité que le représentant Saint-Just, venu avec lui , s'efforçait de lui donner.

A côté de Farmée autrichienne , le maréchal de Mœllendorff devait se porter, avec cinquante mille Prussiens , en avant de Trêves , pour couvrir la Meuse; le siurplus de Farmée prussienne restait autour de Mayence. Vingt-cinq mille Autrichiens, sous les généraux Beaulieu et Blankensfein , étaient dans le pays du Luxembourg, entre Arlon et Bouillon. Enfin le duc de Saxe-Teschen commandait sur le Rhin , depuis Bâle jusque vers Manheim, Farmée impériale dont Feffectif dépassait soixante mille hommes; les émigrés français y étaient réunis.

Malgré ses plus pressantes invitations, Fétatmajor général autrichien ne put pas faire adopter son plan par le maréchal Mœllendorff, qui refusa de partager Farmée prussienne et de mener à Trêves les cinquante mille hommes qui lui étaient demandés ; il se refusa même plus tard aux injonctions de Fenvoyé anglais pour un plan analogue. Cependant en Flandre , sous les yeux de Fempereur, on persista dans le projet, jusqu'aux premières dispositions du général français; ensuite on se laissa guider parles événements de la guerre.

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Année do Nord. Il parait que Picliegru n'avait pas non plus de

but bien déterminé ; son armée , formée en douze corps ou divisions inégales en forces, était placée, depuis Maubeuge jusqu'à Dunkerque, sur les débouchés de toutes les routes qui traversent cette longue ligne. Quatre divisions de la droite, fortes de trente -six mille hommes, gardaient, entre Avesne et Maubeuge, les bords de la Sanibre, d'où elles communiquaient avec Landrecies. Au centre, deux divisions occupaient Étreux et Bohaiu ; une autre se tenait sur l'Escaut , entre Bouchain et Cambrai; et la quatrième campait à Arleux, près de Douai. Les quatre divisions de gauche, qui comprenaient soixante -dix mille hommes, se trouvaient réparties : celle du général Osten, à Pont -à -Marque; celle du général Souham, de trente mille hommes, à Lille; celle du général Moreau, de vingt mille hommes, à Cassel; et enfin, celle du général Michaud, de douze mille hommes, à Dunkerque. On ne voyait dans un pareil éparpillement aucune trace de dis* position; les douze divisions formaient autant de têtes de colonne isolées, et comme un long réseau destiné à éclairer le pays, mais non à manœuvrer. Il était de toute impossibilité que le général en chef put les suivre dans leurs opérations et les surveiller; et ses instructions, quelque prévoyantes qu'elles fussent, devaient toujours placer les gé-

iiéraux dans la nécessité d'y suppléer. Les fautes et les revers étaient dès lors inévitables, surtout s'il est vrai encore que Pichegru, indolent de caractère et d'une capacité médiocre, se tint tranquille il son quartier général, tandis que ses lieutenants éloignés de lui se battaient comme ils le |X)uvaient, et que chacun se dirigeait d'une manière indépendante.

Cependant , ce fut Pichegru qui ouvrit la campagne. Le 29 mars, des divisions de la droite et du centre firent mie reconnaissance générale sur le Cateau. Elles partaient de points divergents et elles furent repoussées partout ; c^ début coûta à Farmée huit cents hommes et du canon. Pichegru n^en fut pas mieux instruit^ ni plus empressé de prévenir la réunion des troupes ennemies qui s'opérait au Cateau. Pendant quinze jours, on fut dans le repos du côté des Français, et les Autrichiens pressaient leur concentration; elle était terminée le 15 avril. L'empereur François se trouvait à la tête de l'armée avec le prince de Cobourg, le duc d'York et le prince d'Orange. On devait croire (|u'ayant en main quatre-vingtdix mille hommes réunis, les alliés allaient diriger cette masse sur les divisions françaises isolées , et les écraser successivement; il n'en fut rien. Le conseil des généraux alliés imagina d'ouvrir, en partant dn Coteau, autant de rayons que l'armée

formait de divisions ; ainsi Ton vit huit colonnes se porter simultanément sur huit directions divergentes, et n'obtenir d'autre résultat que d'agrandir le cercle dans l'intérieur duquel elles avaient opéré.

Les allies Les géuéraux Fromentin , Balland et Goguet

drecies. s'étaicut rctirés sans perte : le premier, des bords de la Sambre, au-dessus de Landrecies, et les deux autres, d'Étreux et de Bohain. Le prince d'Orange investit Landrecies et fit emporter par ime division hollandaise le camp retranché de Preux-aux-Bois ; le prince de Cobourg porta quarante mille hommes en observation, entre Nouvion et la Capelle, et le duc d'York alla devant Cambrai avec trente mille hommes, pour contenir la division Chapuis. 11 devenait évident que les ennemis allaient se livrer au siège de Landrecies, et garder la défensive sur les deux points où ils plaçaient des corps d'observation, ainsi ils découvraient leur projet. Il était facile à Pichegru d'en profiter. Le corps du prince de Cobourg s'était avancé à Nouvion et à la Capelle; Pichegru pouvait aisément agir contre lui, avec les trente mille hommes de son aile droite , qui étaient répandus sur la Sambre jusqu'à Maubeuge, ainsi que les divisions Balland et Goguet qui , en se retirant d'Étreut et de Bohain , avaient été occuper le camp retranché de Guîse ; il aurait menacé les deux flancs des Autrichiens

avec une supériorité de force très-décidée , et les eût au moins obligés à repasser la haute Sambre. Landrecies était ainsi débloqué. Mais Pichegru ne fit aucune disposition ; il ne se rendit même pas sur les lieui[ , pour aviser aux moyens de rétablir les communications avec son aile droite, que les avantpostes ennemis interceptaient à la Capelle , et il laissa à ses généraux le soin d'y pourvoir. Ceux-ci, ne recevant point d'instructions du général en chef, se bornèrent à détacher deux brigades pour re* prendre la Capelle : celle du général Duvigneau ,

partie du camp de Guise, et celle du général Duchesne, des bords de la Helpe. Non-seidement elles réussirent à rétablir la communication , mais elles reprirent la forêt de Nouvion au général autrichien Alvinzy, et le poussèrent jusqu'à Barzy, d'où il se replia sur les hauteurs de Bergues , en arrière de la Sambre. Qu'aurait-ce été, si toute laile droite et les deux divisions du centre, qui étaient à Guise, eussent manœuvré de concert vers Landrecies ? L'aile droite occupait les villages de Fay et de MaroiUes sur la Helpe ; elle en fut délogée. Les Autrichiens rentrèrent aussi à Nouvion , et en même temps ils mirent dans un graiid désordre la division Goguet, qui s'était avancée du camp du Guise jusqu'à Grand-Blocus, sur la route du Cateau , et qui y perdit son général. Le défaut d'ensemble dans les opérations assu-

lie MÉMOIRES

Faux rait les succès de Tennemi , et fMcliegru persistait

mouTemeiiU sur n i ^ n* i

la Sambre. dans SOU latal système d isolement , sans être éclairé par les échecs qu'il éprouvait. Il avait à ses ordres Tarmée des Ardennes, où se trouvaient Kléber et Marceau. Le général Charbonnier, qui la commandait, pouvait réunir trente mille hommes aux environs de Philippeville , et se porter, en même temps que la droite de Tarmée du Nord , devant Landrecies. Le prince de Kaunitz n'avait que dix-huit mille hommes à lui opposer entre Thuin et Beaumont. On crut que Pichegru s'était déterminé à ce mouvement, lorsque, le 26 avril, on vit partir de Maubeuge la division Desjardins, pour aller vers Beaumont. Le même jour, le général Charbonnier, ayant repoussé de Walcourt et de Bossu les avant- postes ennemis, arriva à Beaumont, où, n'ayant trouvé aucune résistance, il communiqua avec le général Desjardins. Encore une marche vers Maubeuge ou Landrecies, et la concentration était faite. Au lieu de cette disposition si simple, Pichegru envoya le lendemain ces deux divisions devant Charleroi, pour y passer la Sambre. Cette diversion s'éloignait beaucoup trop. Latidrecies touchait au terme de sa résistance, et cependant le général Pichegru , qui s'était enfin décidé à renouveler ses attaques contre le centre de l'armée ennemie et qui dégarnissait sa droite , portait en même temps toute sa gauche sinr Cour-

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Iray, dans Tespoir d'y attirer les forces ennemies.

Le général Ferrand avait pris le conunandement de l'aile droite. Le 27 avril, il attaqua les Autrichiens à Maroilles , tandis que les deux divisions du camp de Guise marchaient sur Barzy, et que le général Chapuis s*avançait de Cambrai sur Troisville. I^s deux premières colonnes n*ol)tinrent aucun résultat, et reprirent le soir leur position sans avoir éprouvé de trop grandes pertes. Les pertes portèrent sur la colonne de gauche , qui parvint au pied des retranchements de Troisville; la cavalerie autrichienne pénétra sur ses derrières et la mit dans un désordre complet ; quatre mille hommes restèrent sur le champ de bataille ou furent faits prisonniers avec le général Chapuis lui-même. Le reste delà division, ayant aussi perdu son artillerie , regagna Cambrai.

Cependant ^ depuis le 23 y cinquante mille hommes de la gauche, aux ordres des généraux Souham et Moreau, étaient en opération sur Courtrai. Le général Clairfayt y commandait le corps destiné à couvrir la West-Flandre. Trompé par une fausse attaque dirigée sur Denain , il s'y était porté, avec une partie de ses troupes, tandis que Souham entrait à Courtrai, et que Moreau investissait les Hanovrîens dans Menin. Revenu en toute hâte à Moucron, Clairfayt y avait été

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attaque, le 28 et ]e 29 avrii^ et il n'avait évité une défaite qu'en se retirant précipitamment sur Tournai et en laissant douze cents prisonniers et trente pièces de canon au pouvoir des Français. Cette opération bien conduite ne compensa pourtant point les échecs que nous éprouvâmes , le même jour^ autour de Landrecies. On voulut faire un dernier effort pour sauver cette place ; mais l'attaque fut aussi mal dirigée que les précédentes , et dans le même système , par des colonnes iso* lées qui furent repoussées sur tous les points. Le lendemain^ Landrecies capitula; la garnison, qui comptait sept mille hommes au commencement du siège et qui était réduite aux trois quarts, fut prisonnière de guerre. Ou s'attendait à ce que les Autrichiens profiteraient de ce double succès; mais leurs généraux paraissaient lutter de fautes avec le général en chef français. Il ne s'agissait plus pour le prince de Cobourg de marcher sur Paris ; ce plan , dont l'exécution n'avait jamais été possible, même à l'aide des mauvaises dispositions du général français, était remplacé par des projets de défensive renouvelés à tout moment; mais jamais avec l'à-propos ni l'ensemble que les circonstances auraient exigés. Après avoir échoué dans toutes ses tentatives pour sauver Landrecies, Pichegru avait renoncé à attaquer de nouveau Tarmée autrichienne que le prince de Cobourg

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avait concentrée ; et, séparant sa propre armée, il en avait formé deux grands corps qui devaient agir séparément sur des directions opposées, sans garder aucune liaison entre eux.

Nous avons vu que , même avant la prise de Landrecies , Pichegru avait porté ses divisions de gauche sur Coiurtray, et une division de sa droite avec une division de Tannée des Ardennes devant Charleroi. Depuis il s'était affermi dans cette disposition par le succès obtenu le 29 avril sur le corps isolé du général Clairfayt. Il porta ainsi sur Lille et Toumay les divisions du centre, pour entrer dans le système d'opérations de Tarmée rassemblée sur Courtray, et il dirigea deux divisions de la droite , celles des généraux Despeaux et Fromentin, sur la basse Sambre, pour les réunir à celles qui s'y trouvaient déjà. I^ général Ferrand resta en observation à Guise avec vingt mille hommes , et la division Favereau > forte de sept à huit mille hommes , garda le camp retranché de Maubeuge.

L'énorme faute que commettait Pichegru en picbegm

/ £v* ' \ / / 1 partage son

partageant son armée offrait a un général entre- armée. prenant la plus belle occasion qu'il pût souhaiter. Le prince de Cobourg avait quatre-vingt-dix mille hommes réunis autour de Landrecies; sa ligne d'opérations était assurée par la possession de cette place , du Quesnoy , de Valenciennes et de

Coudé ; il n^avait pas d'armée ennemie devant lui ; des corps détachés sur la Lys , l'Escaut et la Sambre couvraient ses flancs suffisamment; il était libre de se porter sur Tune ou sur l'autre des armées françaises qui se formaient imprudemment à ses côtés et de l'écraser. Si, par exemple, le prince de Cobourg eût marché avec toutes ses forces réunies , pour forcer la droite de Pichegru entre Lille et Menin , il n'est pas douteux que Pichegru n'eût eu les plus grandes peines à sortir d'embarras et à gagner Cassel ou Dunkerque, afin de ne pas être acculé à la mer. Mais le prince de Cobourg manquait de décision , et il ne savait que suivre tous les mouvements de son adversaire. Ainsi, après avoir pris Landrecies, il y resta pendant plusieurs jours ; il se borna à détacher le duc d'York sur Toumay, pour soutenir le général Clairfayt. Si les deux corps s'étaient réunis, l'appui eût été efficace ; mais le prince anglais s'arrêta à Lamain , où il prit son camp , et à son approche Clairfayt alla passer la Lys, au-dessous de Harlebeoke , pour couvrir la West-Flandre , à la rive gauche de cette rivière.

Une avant-garde française , commandée par le général Vandamme, campait sur la Heule au village de ce nom ; la ville de (^ourtray était occupée par la gauche des divisions Souham et Moreau, dont la droite se prolongeait vers Aelbeck ;

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Tourcoing , Roubaix et Pont-à-Marque étaient gardés pour lier les communications sur Lille, et le général Bonnaud, avec les divisions du centre, venait d^arriver à Saughien , entre Lille et Tournay.

Telle était la position de Tarmée française quand, le 10 mai, Pichegru ordonna une attaque générale. On avait appris que les troupes de Clairfayt s'étaient montrées à Wichte; on crut qu'elles s'y étaient arrêtées, et Ton marcha sur trois colonnes , pour attaquer leur gauche à Coeghem et à Dottignies; on n'y trouva personne. ClairGàyt était alors sur la rive gauche de la Lys ; il repoussait des bords de la Heule l'avant garde du général Vandamme, qui ne put empêcher les Autrichiens d'entrer dans les faubourgs de Courtray. En attendant, les colonnes qu'on avait inutilement envoyées à Coeghem et à Dottignies, revenaient sur leurs pas. Pendant la nuit , Souham conduisit des renforts à Courtray. Une division fut aussi dirigée sur Menin , pour y passer la Lys et se porter ensuite, par Moorseele, contre la droite des Autrichiens. Ce dernier mouvement était beaucoup trop long ; il ne pouvait être fini à temps , et Ton était pressé d'agir. Dans l'aprèsmidi du 11, Souham, Vandamme et Daendels débouchèrent de Courtray sur plusieurs colonnes ; ils emportèrent aussitôt les positions ennemies

entre la ville et la Heule. L'engagement se prolongea dans la nuit; Clairfayt l'entretint pour ménager sa retraite ^ et il Topera , en efTet , par Ingelmûnster sur Thielt ^ mais non sans perte. 11 s'était attiré ce revers en se présentant isolément.

Pendant que la droite de l'armée alliée était ainsi et de nouveau battue à Courtray, le général Bonnaud partait du camp de Sanghien, pour aller attaquer le corps du duc d'York à Lamain. Les divisions étaient formées en cinq colonnes, qui ne pouvaient se prêter mutuellement aucun secours. C^était ainsi qu'elles allaient attaquer un ennemi en position et supérieur en nombre ; elles ne pouvaient pas manquer d'être battues l'une après l'autre. La cavalerie ennemie entra dans les intervalles des colonnes, et, les débordant successivement, les força à la retraite.

Tous ces combats multipliaient les pertes des deux côtés ; mais ils ne faisaient point avancer la guerre , de part ni d'autre ; chaque armée était tour h tour battue ou victorieuse sur des points dilTérents et souvent sur le même théâtre. Cependant le prince de Cobourg sortit de l'inaction où il était resté autour de Landrecies. Ce fut pour démembrer son armée. Il en envoya une partie sur Charleroi , détacha un corps aux ordres de Tarchiduc Charles, sur Saint- Amand, et vint

avec le reste à Tournay. Il se retrouvait avec quatre-vingt-dix mille hommes, entre la Lys et Tournay, et il en avait soixante mille sur la Sambre. Les Français mettaient en ligne des forces à peu près égales sur ces deux points. Ainsi, les deux généraux en chef, en se séparant d'une partie de leur armée , s'imitaient l'un l'autre pour scinder leur commandement, comme s'ils n'étaient pas capables d'en embrasser l'ensemble. Nous verrons plus loin par quelle effusion de sang il fallut racheter cet oubli des principes , et comment , de notre côté , nous parvînmes à le réparer.

Dès son arrivée à Tournay, le 15 mai, le plan du prince de Cobourç était de rompre la ligne de Tarmée française, dont la gauche était élevée vers Courtray, en forçant le centre, à Tourcoing, pour la séparer de Lille et lui enlever ses communications ; l'armée alliée était assez forte pour l'exécution de ce plan. Dans cette vue, le prince ordonna un mouvement général pour le 1 7 ; l'exécution était trop rapprochée; il ne restait pas assez de temps pour que tous les corps qui devaient y concourir pussent franchir la distance qui les séparait du rendez-vous indiqué et y airiver, à point nommé, en combattant. Le général Clairfayt devait partir de Thielt et se rendre par Ingelmûnster et Wenvicke à Linselles. Le corps

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de Tarchiduc Charles, partant de Saint-Amand, devait passer par Pont-à-Marque, attaquer la division Bonnaud campée à Sanghien, la rejeter dans IJlle, ensuite contenir celte place avec une partie de ses troupes, et diriger le restant sur Toui*coing, pour y joindre le gros de l'armée. Trois autres colonnes, et entre autres celle du duc d'York, suivaient des lignes diflerentes, pour se porter sur Mouvaux, sur Tourcoing et sur Moucron. Il fallait une combinaison bien parfaite pour que ces cinq colonnes, parties de points opposés, arrivassent presque à heure fixe , sans donner l'éveil aux Français, qu'on voulait surprendre. Si les Français étaient prévenus , si l'une des colonnes épmuvait un échec en attaquant trop tôt , si elle n'était pas soutenue , on courait risque d'être surpris au lieu de surprendre l'ennemi. Les alliés n'eurent point cette prévoyance, et ils furent audevant de leur défaite.

Bataille Par événement , le général Pichegru s'était

rendu aux divisions de droite sur la Sambre , et pendant son absence l'armée fut sans direction. Sous im autre chef, cette circonstance eût pu devenir fatale; ici, au contraire, elle fut une cause de salut. Les généraux tinrent conseil et réglèrent entre eux le plan qu'ils devaient suivre, beaucoup mieux que s'il leur avait été tracé. Souham, Moreau, Reynier et Macdonald s'étaient

de Tourcoing.

rendus à Menin, sur l'avis que le corps du général Clairfayt j venant de Thielt, avait passé à Rousselaer, se dirigeant sur la haute Lys ; leurs dispositions étaient faites pour l'attaquer pendant son mouvement. L'avant-garde du général Vandanime allait en reconnaissance sur la route d'ingelniiinster; la division Souham garnissait les bords de la Heule jusqu^à Ledeghem, et la division Moreau se portait à Dadizeele. La supériorité des forces qui étaient réunies sur ce point donnait l'espoir d'en finir avec Clairfayt , car on ignorait encore qu'on eût affaire à toute l'armée alliée et que ses autres colonnes allaient se mettre en ligne entre Lille et Moucron.

Les généraux français reçurent cette dernière nouvelle, le 17, en apprenant que la brigade du général Thierry, qui était à Moucron , et celle du général Compère, qui était venue l'y joindre en quittant Tourcoing , avaient , le même jour, repoussé jusqu'à Dottignies la colonne du général Busch, composée d'Autrichiens et de Hanovriens ; que le général autrichien Otto élait arrivé à Tourcoing, et le duc d'York à Mouvaux. H n'y avait pas up moment à perdre ; on était presque environné d'ennemis , les communications avec Lille étaient menacées et la division Bonnaud s'était retirée sur cette place, après s'être vaillamment défendue à Bouvines et à Gruson contre la co-

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loune du général Kinsky , et à Poni-à-Marque contre celle de Tarcbiduc Charles, qui, à la suite du combat, s'était avancée jusqu'à Lesquin.

La résolution fut prompte , quoique délibérée. Les ennemis étaient persuadés que le gros de l'armée française se trouvait sur la rive gauche de la Lys, entre Dadizeele et Moorseele, et, malgré l'échec de la colonne du général Busch à Moucron, ils étaient aussi confiants qu'auparavant. Le 18 au matin, ils virent trente mille Français conduits par le général Soubam attaquer le général Otto à Tourcoing, tandis que la division Daendels, venue pendant la nuit par Aelbeck et Loinge pour se réunir aux brigades Thierry et Compère, se portait sur Watrelos, pour couper la retraite aux Autrichiens. Otto avait laissé son corps en colonnes depuis Leers jusqu'à Tourcoing; il fut aisé de l'enfoncer et de lui faire éprouver de grandes pertes, en le rejetant au delà de Leers.

Se croyant couvert du côté de Lille , le duc d'York avait aussi tenu ses troupes divisées entre Lanoy, Croix, Roubaix et Mouvaux; mais le général Kinsky était resté en arrière, et l'arqjiiduc Charles n'avait pas dépassé Lesquin. Cependant il allait être attaqué par le général fionnaud, qui, pendant la nuit, était sorti de Lille avec vingt mille hommes et s'avançait sur Croix par Was-

quehal , et sur Lanoy par Hem , en même temps que le général Soiiham j après avoir dispersé les Autrichiens du général Otto , venait à lui par Watrelos. Le désordre se mit aussitôt parmi les Anglais et les Hanovriens ; près d'être environnés et pris, ils se sauvèrent précipitamment sur Nechin j où ils parvinrent à se rallier un peu ; ils regagnèrent ensuite Toumay, fort affaiblis. L'ar^ chiduc Charles et le général Kinsky s'étaient tenus trop éloignés pour secourir le duc d'York; ils allèrent seulement à Marquain le protéger, comme il rentrait à Toumay. On ne peut s'expliquer cette inaction , ni se rendre compte non plus de l'hésitation du général Gairfayt, pendant que le centre de Tarmée alliée était presque détruit. Arrivé à Werwicke, le 1 7 au soir, il y avait passé la nuit avec vingt-cinq bataillons et vingt-huit escadrons , n'ayant devant lui que la brigade du général Vandamme, que Moreau avait gardée. Le 1 8 , au matin , il se porta sur Linselles , où il s'arrêta et prit position ; s'il était parti quelques heures plus tôt, il prévenait infailliblement la défaite du général Otto à Tourcoing, et celle du duc d'York à Roubaix ; il eût pu embarrasser les généraux français , et faire , dans tous les cas ^ ime diversion utile , tandis qu'il ne prit , à peu près ^ aucune part aux opérations. A la nuit, il repassa la Lys ; il eut un léger engagement à Bousbeck

avec le général Morean, et il retounia à Thieli, pour couvrir la West-Flandre.

A la bataille de Tourcoing , l'armée française ne s'élevait qu'à soixante-dix mille hommes, et celle des alliés dépassait quatre-vingt-dix mille. La première n'éprouva que des pertes insigniGantes, en raison des dangers qu'elle avait courus ; le général Clairfayt noas prit trois cents hommes et sept pièces de canon ; mais sur les autres points , les ennemis, qui avaient une grande supériorité et qui étaient les agresseurs ^ furent au contraire très-maltraités ; ils perdirent beaucoup de monde et de matériel; soixante pièces de canon restèrent au pouvoir des vainqueurs.

Le général Pichegru n'arriva que le lendemain , pour applaudir au triomphe de ses lieutenants et se faire un mérite de leur victoire; c'était le cas de réfléchir sur les causes qui avaient amené ce succès ; nous verrons plus tard si la leçon lui profita. Il est temps de passer sur la Sambre, et (l'examiner les opérations qui donnèrent lieu au grand événement de la campagne.

Op^tion» J'ai fait remarquer que le général Pich^ru avait

renforcé la droite de l'armée du Nord , sur la Sambre , à mesure que les elTorts de son centre étaient devenus impuissants devant Landrecies, et qu'il avait en même temps dirigé , vers Courtray, la plus grande partie de ses forces, pour

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agir siiniiltanénnent , par les deux ailes, en faisant de sa gauche le corps principal. Il se présentait ainsi aux ennemis sous la forme d'un arc , dont il leur faisait tenir la corde, et dans le milieu qu'il avait dégarni , à peine laissait-il quelques postes. Ces dispositions annonçaient évidemment le projet de tourner la droite en descendant l'Escaut. Mais que devenait-il au premier échec? Il lui était d'une difficulté extrême de conserver ses communications avec Lille, et il se mettait la mer à dos. Il décrivait un cercle et il laissait l'aile droite, qui était son pivot, exposée à être écrasée. Ce n'est pas tout. On voulut encore faire resserrer le cercle par cette aile et la faire marcher sur Mons; Pichegru en avait donné l'ordre, et les deux représentants, Saint-Just et Lebas, restèrent près d'elle pour suivre l'exécution de ce plan. Mais le commandement y était divisé; le général Charbonnier commandait aux divisions des Ârdennes, et le général Desjardins aux divisions de l'armée du Nord. Ces deux chefs devaient concerter toutes leurs opéra tions, et en cas de dissidence , en référer aux représentants, qui, dans ce cas, prenaient un arrêté. On pouvait, à la rigueur, se servir pour une fois de cet expédient , comme le Grent les généraux de l'aile gauche, lorsqu'ils tinrent conseil à Menin ; mais il était impossible d'y recourir tous les jours, surtout quand les troupes I. 9

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étaient en mouvement ; c'était les livrer à Tanarchie du commandement, sans que les exemples ni les bons avis que donnaient alors Scherer, Rléber et Marceau, pussent atténuer les vices d'une pareille organisation. 11 eût fallu que le général en chef Pichegru portât, sur ce point, ses principales forces , et qu'il les commandât en personne. 11 n'avait besoin en West-Flandre que d'un corps d'observation. Il n'y a pas d'autre direction pour pénétrer en Belgique que la Sambre et la Meuse ; quand on l'eut compris , les succès marchèrent rapidement ; jusque-là on ne fit que des sacrifices inutiles.

Par la réunion de la droite de l'armée du Nord aux divisions des Ardennes, on était, sur la Sambre, supérieur en forces aux ennemis. Le prince de Kaunit2 y avait moins de trente mille hommes, avant que le prince d'Orange l'eut rejoint et qu'il eût reçu les corps des généraux W erneck et. I^tour; il y avait suppléé par des retranchements. Deux de ses divisions étaient campées à Hantes et a Merbefr-le-Château , sur les deux rives de la Sambre ; une autre division occupait les hauteurs de Grandreng , où de nombreuses redoutes étaient élevées; des fortifications de campagne tracées autour de Thuin en faisaient un bon poste , et ta garnison de Charleroi s'éclairait , en avant de Marchienne, par des détachements.

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Les ordres de Pichegru prescrivaient de passer Premier

* * IMMsage de la

la Sambre et de marcher sur Mous. Les divisions sambre. Desjardins étaient rassemblées à Thirimont , et celles de Charbonnier à Strée et à Clermont ; Du* hesme et Marceau commandaient les deux avantgardes. Le 4 0 mai , on marcha aux ennemis ; le poste retranché de Thuin fut emporté , la Sambre passée , et Duhesme s'étabUt sur les hauteurs de Lobbes. Le 1 1 , Marceau passa aussi la Sambre , à Fabbaye d'Aines, et occupa lesliauteurs de Lemes. La division Vezû , du corps des Ardennes , campa à Montigny*les-Tigneux ) pour contenir la gar« nison de Charleroi. Le lendemain, 12, Mar* ceau s'empara de Fontaine-rÉvéque , le général Duhesme gagna Bouverinnes, le général Mayer s'établit à Mont-Sainte-Geneviève, le général Fromentin, parti de Lobbes, se dirigea sur Sart-k- Bussière, et les généraux Mûller et Despeaux se portèrent sur le camp de Hantes. On réussit , malgré la faute commise d'avoir développé les divisions sur im aussi grand espace. Ce mouvement détermina les ennemis à évacuer le camp de Hantes et à se concentrer à Merbes^e-Chàteau ; ils y furent immédiatement attaqués et i^epoussés avec perte sur Grandreng.

Le prince de Raunitz ne reçut que le lendemain de cette affaire le renfort que lui amena le général Vemeck; auparavant, il était dans une

telle infériorité de forces, qu'il dépendait des généraux français de lui faire éprouver une défaite presque totale, en marchant réunis sur Rouvroy, tandis que la division Favereau se serait portée de Maubeuge sur Glisnelle. Le prince s'y était exposé, en prolongeant son séjour au camp de Hantes et à Merbes-le-Ch&teau. 11 sortit de ce danger en se concentrant entre Grandreng et Haulchm , ayant son centre à Rouvroy.

Rien n'est plus pernicieux, ù la guerre, que d'obtenir l'apparence d'un succès'par de mauvaises dispositions, car on y persiste, et très-souvent on en est cruellement puni. C'est ce qui arriva, le 1 3 mai , quand les généraux Desjardins et Charbonnier voulurent renouveler leur attaque. Ils laissèrent la division Vezu ù Montigny-les-Tigneux ; le général Marceau eut ordre de faire des démonstrations sur Marchieniie-au-Pont et Charleroi; le général Mayer fut dirigé de Mont -Sainte -Geneviève, sur la gauche du camp ennemi, qui s'appuyait à Haulchin ; l'avant-garde du général Dubesme, soutenue par la division Fromentin, se porta sur le centre des Autrichiens, entre Croix et Rouvroy; le général Desjardins se chargea, avec deux divisions, de l'attaque de la droite à Grandreng, et la division de Maubeuge dut aussi inquiéter cette droite, en s'y présentant au-dessus de Boussois.

DU BIARÉCHAL-GÉI4ÉRAL SOULT. 433

La colonne du centre fut la première à s'engager devant Croix. Arrêtée par une forte canonnade^ la division Fromentin se mit en désordre, en voyant son général démonté et un bataillon écharpé par la cavalerie autrichienne. Cependant, Duhesme la rallia à Péchant, et la maintint en ligne, en tête du bois de Saliermont. L'échec éprouvé par la colonne du centre rendit inutile le mouvement du général Mayer sur Haulchin , et permit au prince de Kaunitz de marcher au soutien de sa droite, à Grandreng, en dégarnissant sa gauche. Le général Desjardins avait déjà enlevé quelques redoutes, et il pénétrait dans le village , quand tout à coup ses deux divisions sont elles-mêmes assaillies et débordées par la cavalerie autrichienne. Elles font, avec l'appui de la brigade Duhesme, un dernier eflbrt pour rentrer à Grandreng; mais elles échouent de nou* veau , et sont obligées de précipiter leur retraite pour repasser la Sambre, malgré l'appui qu'elles

reçoivent de la réserve de cavalerie.

Le général autrichien acquit l'honneur de cette journée, en rendant ses forces mobiles, de la gauche au centre, et du centre à la droite, où il prit successivement la supériorité. Ses pertes furent beaucoup moindres que celles des Français, qui sacrifièrent plus de quatre mille hommes et douze pièces de canon. Mais il nous aurait fait un

plus grand mal, s'il eût poursuivi les divisions Desjardins , qui étaient dans la plus horrible confusion en repassant la Sambre. Elles brûlèrent même les ponts , avant que la division Fromentin et Tavant-garde eussent déBlé. Heureusement cette dernière colonne ne fut point inquiétée; elle put se former sur les hauteurs de Lobbes et y passer la nuit. Le lendemain, Duhesme fit rétablir les ponts et la colonne passa sur la rive droite. Second On passa les huit jours suivants à remplacer les

passage de la ,

Sambre. pertcs : Ics Français couverts par la Sambre, et les Autrichiens conservant leur position entre Grandreng et Haulchin. Les revers du 13 avaient irrité les représentants , sans les éclairer ; le 20 , ils ordonnèrent un nouveau passage ; mais les opérations , encore plus mal dirigées que la première fois, eurent pour résultat des perles beaucoup plus grandes. Après deux jours de combats sanglants et infructueux, on imagina, le 24 mai, d'envoyer les généraux Kléber et Marceau, avec un corps d'élite que l'on composa tout exprès, faire un fourrage du côté de Frasne , entre Charleroi et Nivelles. On ne conçoit pas l'esprit de vrrtige qui put dicter cette position; on allait éloigner, de huit à dix lieues du champ de bataille , les meilleurs généraux et les meilleures troupes, au moment où les ennemis jusque-là victorieux se disposaient à une attaque générale facile à pré-

voir; mais il fallut obëir. Heureusement Klëber était assez peu éloigné pour pouvoir revenir et sauver l'armée.

On avait formé le corps de Kléber de trois bri- combat gades d'infanterie et de la cavalerie légère du vière. général d'Hautpoul; ainsi, le centre se trouvait réduit, en avant de Péchant, à la seconde brigade de la division Fromentin ; le général Mayer était à Bonne-Espérance, et la gauclie attendait en avant d'Erquelinne. Sur toute la ligne, on était dans la plus parfaite sécurité ; elle ne fut point de longue durée. Au point du jour, le prince de Kaunitz fit déboucher ses colonnes sur la brigade qui formait le centre à Péchant, la tourna et la mît en désordre, en un instant. Les fuyards se jettent sur les divisions Mûller et Despeaux, qui sont aussi attaquées en même temps ; toute cette masse prend la fuite et va encombrer les ponts sur la Sambre.

Le général Mayer résistait encore à Bonne-Es- • pérance; Kléber, qui jugeait le vice des dispositions prises , et qui avait l'éveil , entend le canon du général Mayer ; il rétrograde aussitôt en forçant de marche, et vient appuyer la droite à Mont- Sainte-Geneviève. Tout était perdu quelques moments plus tard; mais Kléber n'avait jamais de plus grandes inspirations que lorsque tout semblait désespéré. Déjà les ennemis étalent répandus dans les bois qui sont entre Lobbes et Sainte-Geneviève.

11 ordonne au général Diihesme de les chasser, d'y prendre position et d'y tenir, jusqu'à toute extrémité, pour attendre la division Mayer. Le combat se soutient de part et d'autre avec vigueur. Kléber, voulant en finir, détache le colonel Bernadotte, pour tourner la droite des Autrichiens, en longeant la Sambre, et les rejeter sur Bienne-le- Hapiart, tandis que trois bataillons* de grenadiers les chargeront de front. Le mouvement était hardi ; il étonne l'ennemi qui est enfoncé, mis en déroute, et rejeté au delà de Bienne, avec perte de beaucoup de monde et de deux pièces de canon. La division Mayer put faire alors sa retraite tranquillement, et Marceau repassa également la Sambre. On s'arrête avec plaisir sur un fait d'armes aussi éclatant. Mais Kléber n'avait pu être partout, ni empêcher que, ce jour-là , les pertes de l'armée ne dépassassent encore quatre mille hom- ^ mes. H faut aussi admirer la docilité des troupes, qu'aucun revers ne put abattre, et déplorer que, soumises à la tyrannique autorité des représentants, elles n'aient point eu à leur tête des chefs dignes de les diriger. Depuis quinze jours , les corps qui étaient sur la Sambre avaient perdu plus de quinze mille hommes et Ja moitié de leur matériel ; les soldats manquaient de vivres et avaient le plus grand besoin de repos. I^es généraux en firent la demande à Saint-Just ; dans le

conseil , Kléber fit observer qiron allait voir arriver, avant dix jours, l'armée de la Moselle, dont nous parlerons bientôt , et qu'il n'y avait qu'à l'attendre, en s'occupant de réparer les pertes de l'armée , pour reprendre aloi-s les opérations avec d'autant plus de vigueur. Mais l'implacable Saint-Just ne voulut rien accorder; à peûie daigna-t-il répondre : « U faut demain une victoire à la république, choisissez entre un siège ou une bataille. » U fallait choisir, on marcha , le 26 mai , sur Charleroi .

Malgré les succès qu'il venait de remporter, le prince de Kaunitz avait été remplacé par le prince d'Orange dans le commandement. Les troupes alliées étaient sur la Sambre, poiu* en défendre le passage ; elles occupaient , en outre, au-dessus de'Marchiennes-au-Pont, le camp retranché de la Tombe , qui couvrait Charleroi. Kléber et Marceau étaient chargés de l'attaquer, et le général Fromentin d'emporter le pont de Lernes. Ces deux attaques manquèrent par l'excessive fatigue des troupes, qui montrèrent de r hésitation et restèrent exposées au feu le plus vif, plutôt que d'avancer. A la nuit , les ennemis évacuèrent cependant le camp, en ne laissant dans Marchienne qu'un poste fortifié.

Ce nouvel échec fit sentir la nécessité de faire xrouième des prépaiatifs : les deux jours suivants y furent ^ samUre.

emfitojts. Le 29 mai. It snénl Dirfirsnie, qui éuît cfaar^ de ÏMUqm de Marclagiuie, fit raser, par fOD canon, ks igfi jmiifnfcfiils ^ et oUigea les AutridûeiK a kâ abandoonfr le pool. UaTantgarde du général Marceau et la dhisoD Fromentin pasérent i— l'iliitiiwut : la pranière alla ptendre position entre Fontâie-rE^fqne et Courcelles, occupant Forrhies: la seconde se plaça en arrière de Gossefies , sor la rooie de Charleroi à BruiLelles. Les dirisânos Vezn et Marer franchirent la Sambre à Chitelet.

Cette dernière division înTfstit le lendemain OiarlotN. Le général Tezu porta la sienne en arrière de Ransart, d*oo elle ohserrait Fleunis et liait sa gauche a la division Fromentin, qui était à Gosselies. La réserve de cavalerie s'établit à Jumet; Tavant-garde conserva la ligne éteixlue qu'elle avait prise la veille, et les divisions Despaux et Mûller restèrent sur la rive droite de la Sambre, au-dessus de Tbuin.

Les plus simples notions de la guerre prescrivaient de ne rien précipiter. D'une part, les Autrichiens étai^it en pleine marche, pour attaquer la faible armée française: de Vautre, ou n'était plus séparé que par deux jours de la jonction avec Tarmée de la Moselle. Mais il v avait un tel entraînement à mal faire, qu'aucune considération n'était écoutée. A cette première faute, on

ajouta encore celle de disséminer les troupes sous des commandements sépares. C'était s'exposer de nouveau à une défkite certaine.

Tant de combats livrés sur la Sambre, ainsi que le mouvement de Tarmée de la Moselle qui était déjà connu , avaient à la fin attiré lattention du généralissime prince de Cobourg, et déterminé Fempereur François à se rendre siu* les lieux. Quoique les Autrichiens n'eussent remporté jusqu'alors que des succès sur la Sambre, c'était pour eux un point trop vulnérable pour ne pas éveiller leur sollicitude , et la guerre y devenait de jour en jour plus sérieuse. L'empereur arriva avec un renfort, le l^juin. Sa présence devait provoquer un nouvel engagement; il eut lieu le 3. Les alliés se présentèrent sur cinq colonneSy pour embrasser tout le développement de la ligne française, et ils la forcèrent avec la plus grande facilité. En se retirant de Gosselies et de Ransart, les généraux Fromentin et Vezu découvrirent la division Mayer, qui investissait Cliarleroi et l'obligèrent à lever précipitamment le siège. Toutes les troupes repassèrent la Sambre ; il y eut du désordre et perte de deux mille hommes. Le soir même , l'armée de la Moselle fit sa jonction.

Ici commence un autre ordre d'événements. Une grande pensée va donner à la guerre une

I iO MÉMOIRES DU MARÉCHAL-GÉNÉaAL SOULT.

direction toute nouvelle, la rendre régulière et féconde en résultats décisifs. Nous sortons enfin de ce chaos d'opérations dépourvues d'ensemble, où tant de fautes furent commises, où tant de sang fut inutilement versé. Nous passons à la seconde partie de la mémorable campagne de 1 794 , qui a servi de point de départ à toute la suite de la guerre.

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