CHAPITRE XX
Lorsque le général Bonaparte élail revenu d'É- pi«ii»<iu gypte, il avait dit aux Directeurs : « Qu avez-vous fait de Tarmée victorieuse que je vous avais laissée? Qu'avez-vous fait de mes conquêtes? » Son plan de campagne était dans cette véhémente apostrophe; et maintenant qu'il était placé au timon de rÉtat, qu il pouvait disposer de tout, et qu'il n'avait d'autre règle que sa volonté , on devait s'attendre à ce que ses premières pensées , et ses premiers efforts , se porteraient sur le théâtre de ses premiers exploits , pour y effacer la trace de nos revers, et y rentrer en vainqueur. Mais plus ses desseins étaient arrêtés, et plus il eut soin de les déguiser.
Peu de personnes étaient initiées à ses projets , et chacune ne l'était, que pour la partq u'elle devait prendre à l'exécution. Habilement dissimulé, le premier Consul possédait, au suprême degré, le
talent de se rendre impénétrable , et de faire supposer le contraire de ce qu'il avait arrêté. Ainsi, il ne parut d'abord avoir en vue, que de consolider son pouvoir, et de préserver la France d'une invasion , par la réunion à Dijon d'une armée de réserve. Le général Berthier, son compagnon d'armes, et qui était toujours son organe, comme chef d'état-major, en reçut le commandement ostensible. Ce choix était encore un indice de la destination de l'armée de réserve ; car le général Berthier, excellent au conseil , et inimitable pour le soin des détails, était inséparable du preimer Consul, dont il exprimait, mieux que tout autre, la pensée. S'il en était éloigné, ce n'était pas pour servir d'auxiliaire à Moreau, ni pour organiser des corps à l'intérieur; il était le voile qui cachait le but, et ce but était nécessairement Tïtalîe. Mais de fréquents envois de troupes et de matériel , à l'armée du Rhin , ramenaient sur elle l'attention ; on lui voyait absorber les corps les plus complets, tout ce qu'il y avait de disponible, et atteindre, en peu de temps , l'effectif de cent vingt mille hommes , qui devait s'y trouver , tandis que Farinée de réserve paraissait encore attendre soti organisation , les remontes , l'artillerie , et qu'elle recevait seulement quelques cadres épars.
Une si grande force donnée à l'armée du Rhiti, alors que les ennemis croyaient la France éptiisée
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de soldats, entretint Terreur commune , que Tarniée de réserve, où, jusque-là, les troupes n'avaient fait que passer, n'était pas destinée à jouer un grand rôle, et que toute l'impulsion serait donnée par l'armée du Rhin, qui était plus qu'en état de se défendre. Le ministère autrichien ne s'était pas attendu à de pareils apprêts, puisque, du côté de l'Allemagne, il avait fait suspendre les hostilitési afin de donner au général Mêlas le temps de compléter ses succès en Italie , et de faire ensuite une diversion sur la Savoie et sur la Suisse , conformément au plan qui avait été arrêté. Mais lorsqu'on apprit à Vienne que le feld-maréchal Kray allait être prévenu y on se hâta de lui donner Tordre, trop longtemps différé, d'ouvrir la campagne.
De son côté , le premier Consul avait aussi^ ordonné au général Moreau de passer le Rhin, et de marcher à l'ennemi , dont l'armée , forte de cent quarante mille hommes, s'étendait depuis les débouchés du Tyrol , jusqu'aux revers de la Forêt-Noire, au Rhin et au Neckar. Les premiers succès qu'on espérait obtenir devaient décider du mouvement de l'armée de réserve ; car celle-ci ne pouvait passer en Italie, avant que les passages des Alpes lui fussent assurés , et que les ennemis , éloignés des frontières de la Suisse , se trouvassent hors d'état de troubler ses opérations.
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oaitioodes Comparécs entre elles, les deux armées, qui
urinées ^, ^ ii-ii «^
Allemagne, étaient eo présence sur le Rhin, balançaient a peu près leurs forces; car si l'armée autrichienne dépassait l'armée française, de vingt mille hommes , elle perdait cet avantage dans le développement de la ligne, beaucoup trop étendue, qu'elle embrassait.
Si les Français arrivaient à se concentrer sur un
des points de cette ligne, ils y acquéraient une supériorité relative , qui devait faciliter leurs succès. Pour faire cette manœuvre , il importait au général Moreau d'avoir la liberté de ses mouvements et de prévenir l'ennemi. Il était, en outre, informé qu'il aurait à détacher des troupes, pour renforcer l'armée de réserve, troupes sur lesquelles le premier Consul comptait , pour former le principal no^au de celte armée. Mais avant de faire ce détachement , et pour pouvoir le faire , le général Moreau avait besoin que ses premiers mouvements lui donnassent une prépondérance marquée sur les ennemis. Ainsi tout le pressait ^ pour prendre l'initiative.
Le début de la campagne était assuré , si le général Moreau parvenait à rompre la ligne de défense des ennemis, à atteindre leur ligne d'opérations , et à leur ôter, en même temps, les communications du Tyrol antérieur, pour rendre impossible le concert des deux armées autrichiennes d'Italie et d'Allemagne. Cette dernière était alors
rejelée au delà du Danube , et elle laissait la Souabe , avec d'immenses magasins , au pouvoir des Français, que rien n'empêcbait plus de poursuivre leurs succès. Ce plan reçut le dernier degré de perfection , par le choix du point qui fut déterminé pour l'attaque.
L'armée du général Moreau était, comme l'armée autrichienne, divisée en quatre corps. L'aile droite, aux ordres du général Lecourbe, comptait près de quarante mille hommes, qui provenaient de l'ancienne armée du Danube ; elle gardait le cours du Rhin , depuis sa source jusqu'à l'embouchure de l'Aar. Immédiatement à sa gauche, une réserve de trente mille hommes , sous le commandement direct du général en chef, se tenait concentrée autour de Bâle , et garnissait le camp retranché. Le général Gouvion Saint-Cyr était à Neu-Brisach, avec le corps du centre fort de vingt mille hommes, dont une partie occupait la léte de pont de Vieux-Brisach. Enfin le général Sainte-Suzanne commandait, à l'aile gauche, quinze à dix-huit mille hommes, répartis aux environs de Strasbourg et dans les ouvrages de la tète de pont de Kehl. Toutes ces troupes étaient indépendantes de celles commandées par le général Moncey , qui gardait , à l'extrême droite , les débouchés des Grisons et le passage du Saint-
Gothard ; il attendait que l'armée de réserve m. il
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ntioodes Comparées entre elles, les deux armées, qui Liiemagne. étaient en présence sur le Rhm, balançaient a peu près leurs forces; car si l'armée autrichienne dépassait l'armée française, de vingt mille hommes , elle perdait cet avantage dans le développement de la ligne, beaucoup trop étendue, qu'elle embrassait. Si les Français arrivaient à se concentrer sur un des points de celte ligne, ils y acquéraient une supériorité relative, qui devait faciliter leurs succès. Pour faire cette manœuvre, il importait au général Moreau d'avoir la liberté de ses mouvements et de prévenir l'ennemi. Il était, en outre, informé qu'il aurait à détacher des troupes, pour renforcer l'armée de réserve, troupes sur lesquelles le premier Consul comptait, pour former le principal no^u de celte armée. Mais avant de faire ce détachement, et pour pouvoir le faire, le général Moreau avait besoin que ses premiers mouvements lui donnassent une prépondérance marquée sur les ennemis. Ainsi tout le pressait ; pour prendre l'initiative.
Le début de la campagne était assuré , si le général Moreau parvenait à rompre la ligne de défense des ennemis, à atteindre leur ligne d'opérations , et à leur ôter, en même temps, les communications du Tyrol antérieur, pour rendre impossible le concert des deux armées autrichiennes d'Italie et d'Allemagne. Cette dernière était alors
rejetée au delà du Danube , et elle laissait la Souabe , avec d'immenses magasins , au pouvoir des Français, que rien n'empêchait plus de poursuivre leurs succès. Ce plan reçut le dernier degré de perfection , par le choix du point qui fut déterminé pour l'attaque.
L'armée du général Moreau était, comme l'armée autrichienne, divisée en quatre corps. L'aile droite, aux ordres du général Lecourbe, comptait près de quarante mille hommes, qui provenaient de l'ancienne armée du Danube ; elle gardait le cours du Riiin , depuis sa source jusqu'à l'embouchure de l'Aar. Immédiatement à sa gauche, une réserve de trente mille hommes , sous le commandement direct du général en chef, se tenait concentrée autour de Baie, et garnissait le camp retranché. Le général Gouvion Saint-Cyr était à Neu-Brisach, avec le corps du centre fort de vingt mille hommes, dont une partie occupait la léte de pont de Vieux-Brisach. Enfin le général Sainte-Suzanne commandait, à l'aile gauche, quinze à dix-luiit miDe hommes, répartis aux environs de Strasbourg et dans les ouvrages de la tète de pont de Kehl. Toutes ces troupes étaient indépendantes de celles commandées par le général Moncey, qui gardait, à l'extrême droite, les débouchés des Grisons et le passage du Saint-
Gothard ; il attendait que l'armée de réserve m. il
fiât arrivée à sa hauteur , pour aller la rejoindre.
Trois débouchés étaient ainsi ouverts à 1* armée du Rhin : Kehl^ Vieux- Brisach, et le camp retranché du petit Bâle. Le premier ne pouvait servir qu'à une fausse manœuvre , pour détourner l'attention des ennemis y et la fixer à leur droite; les deux autres allaient aboutir aux positions défendxieè par le centre de l'armée autrichienne , qui était placé en avant de Donau^Eschingen , et aux issues des débouchés de là Forét-Noire. C'était la gauche que le général Moreau se propcisait d'attaquer, pour la refouler vers le Danube et lui ôter le point d'appui du lac de Constance. Si notre droite avait pu s'engager, sans attirer sur elle la majeure partie des forces ennemies, l'opératiotl eût été simple et sans difficulté. Mais il en était autrement; car le mouvement de l'aile droite allait » indiquer le point menacé, peut-être faire manquer
l'entreprise , et celte aile eût été trop exposée, ert cherchant à forcer le passage du Rhin, avant que les progrès de la gauche eussent facilité ce pas* sage. Alors le but qu'on voulait atteindre était manqué. 11 fallait trouver une autre combinaison.
Kbûe du ^^ ^^ ^^* ^^ (^ floréal) au matin , les trois corps
;nii Moreau. jg gauchc débouchèrcnt , à la fois , de Kehl , de
Vieux-Brisach et du camp retranché de Bâle. Le
général Sainte-Suzanne marcha sur Offembourg,
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par les deux rives de la Kintzig , et détacha en même temps une colonne sur Renchen , pour engager les ennemis à y prolonger leur droite. L'at* taque fut si vive , et si bien entretenue pendant toute la journée, que les généraux autrichiens, en se retirant sur OfTembourg, se persuadèrent qu'elle précédait le mouvement de la plus forte partie de farmée. A la nuit, le général Sainte-Suzanne prit position entre Wilstett et Appenvier , observant , par sa droite , la route de Fribourg. Il resta en place le lendemain.
De Vieux-Brisach , le général Saint-Cyr se dirigea sur Fribourg, où il prit position. Après avoir repousse quelques détachements ennemis , il eut soin d'étendre sa gauche vers la vallée de la Kintzig , afin de faire croire aux généraux autrichiens que son mouvement , lié à celui du général Sainte-Suzanne , avait pour but de forcer les défilés de Homberg. Cette ruse produisit son effet , car le feld-maréchal Kray , trompé par les apparences des mouvements, du côté d'Offembourg , et par cette dernière démonstration , envoya précipitamment une partie de sa réserve à Halsbach , pour soutenir les généraux Giulay et Sztarray, qui avaient donné l'alarme. Une des divisions de la réserve française, commandée par le général Richepanse, partit de Baie et s'avança dans la vallée deWiessen, paraissant aussi vouloir
SchafTouse, marchait sur le fort d'Hohentweil , dont le comniandant capitula , et communiquait avec la réserve.
Le passage de Taile droite termina ce grand mouvement préparatoire que le général Moreau entreprit , pour aller enlever aux ennemis leurs positions. Ses mesures étaient si bien prises et le calcul de ses marches si exact , que , sans rien hasarder , il vit , jour par jour , l'effet répondre à son attente et réaliser ce qu'il avait prévu. Ainsi, déjouant la fautive prévoyance du feld-maréchal Kray, dont les réserves revenaient, en toute hâte, des débouchés de Homberg et de Fribourg, il touchait déjà à la ligne cl'opératiou de l'armée autrichienne et, prêt à la rompre, il se disposait à frapper un grand coup.
Ce fut alors que le maréchal Kray reconnut sa méprise et les dangers qui le menaçaient : sa gauche était à découvert , sa droite était en arrière, de deux jours de marche, et il voyait les Français près de l'atteindre , avant qu'il eût pu changer sa défense. Toutefois, pressé de faire des dispositions pour recevoir la bataille , il opéra un changement de front , l'aile gauche en arrière , ce qui plaça celle-ci en avant de Stockach, et il porta la réserve venue de Donau - Eschingen sur les hauteurs d'Engen , où le mouvement s'arrêta , le 2 mai. Le même jour, le général Moreau fit avan*
cer les divisions de sa réserve , de Neukirch sur Blumenfeld. Le général Lecourbe resta au pied du fgrt d'Hohentweil , le général Saint-Cyr conserva sa position de Stûliogen , et le général Sainter Suzanne termina son mouvement sur Neustadt.
Rapprochés par un double mouvement de flanc, les deux généraux en chef avaient un intérêt égal il engager une action générale : le maréchal Kray, pour défendre sa ligne d'opération menacée de trop près, couvrir les magasins renfermés dans Stockach , et rallier son aile droite encore en arrière ; le général Moreau, pour prévenir cette concentration de forces , surprendre quelques corps en marche , et déposter son adversaire avant que celui-ci fut en mesure de venir à lui. Ce motif lui parut même si pressant, qu'il crut ne pouvoir attendre ou pouvoir se passer d'avoir avec lui l'aile gauche commandée par le général Sainte- Suzanne , et qui était encore trop éloignée pour prendre part à l'attaque*
Plaçons ici une remarque que les dispositions du général autrichien nous donnent lieu de faire. Avant d'entrer en opérations , le général Moreau avait concentré trois de ses corps d'armée , en arrière des trois débouchés de Kehl , de Brisach et de Bâle, par où il se proposait de sortir* Quelques soins qu'il eût pris pour cacher ces rassemblements , il n'était pas probable que les enne-
•. , , %%h MEMOIRES
mis les ignorassent et que , l'éveil donné , ils ne fussent en défense, quand on les joindrait. Ce-*^ pendant le maréchal Kray, qu'il firilait supposer * instruit de ces préparatifs , ne fît aucun changement à ses dispositions, et il laissa son aile droite s'étendre jusqu'à Mannhein , même après que les Français eurent retiré les troupes placées en observation aux bords du Rhin , au-dessous de Strasbourg. Il comptait, sans doute , sur la supériorité de ses forces, et il crut pouvoir négliger ces corps qui paraissaient isolés; il était persuadé qu'il lui serait toujours possible de repousser une première attaque, et ensuite , de se rallier à l'appui de sa réserve réunie près de lui , à Donau-Eschingen. Mais il l'affaiblit en la divisant et il la paralysa, en employant prématurément une partie des troupes qui la composaient , pour aller soutenir , aux débouchés de Homberg, l'aile droite qui était iseulement menacée. Il devait, au contraire , tenir en totalité cette réserve au centre de la demicirconférence que les trois corps français embrassaient, afin de les attaquer séparément, lorsqu'ils auraient passé le Rhin, et d'empêcher leur réunion. Si le maréchal Kray eût agi ainsi , le général Moreau eût été pris en défaut ; car, resserré entre le Rhin et les montagnes , il eût manqué , tout à la fois, d'espace pour se développer, et de temps pour redresser ses colonnes. La méprise de son
adversaire avait justifié son audace; cependant êes dispositions peuvent aussi donner lieu à quelques observations.
Le maréchal Kray avait été amené à recevoir la bataille, malgré la dispersion de ses corps; il se {Apposait de placer le centre de son armée en avant de Stockacb , et d^étendre sa gauclie jusqu'au lac de Constance, qui lui eût donné un ap- . pui excellent. Dans cette vue, il forçait de marcbe, lorsque, arrivé à Engen, il aperçut les Français sur les bauteurs de Blumenfeld. Ne pouvant continuer son mouvement, sans compromettre une arrièregarde qu'il avait laissée devant le général Saint- Cyr, ainsi que d'autres corps qui revenaient précipitamment des bords du Rbin , il arrêta sa réserve et lui fit prendre position pour combattre. Pressé comme il était, il ne pouvait mieux faire.
Tout porte à croire que le général Moreau jugea le mouvement des ennemis sur Stockacb beaucoup plus avancé qu'il ne Tétait, car il disposa de toute son aile droite pour l'attaque sur ce point, fort important à la vérité. Cependant , le prince de Vaudemont n'y avait encore réuni que douze mille bommes, y compris les détachements revenus de la partie du Rbin comprise entre Scbaffouse et Constance, et un corps de cavalerie, avec un train d'artillerie que le marécbal venait d'y faire passer. Par la même raison, on peut aussi conjec-
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lurer que le général Moreau ne s'attendait poiiit à trouver quarante-cinq mille homnxes en position sur les hauteurs d'Engen , quand il s'y porterait ; car il ne destina à cette attaque que le$ trente mille hommes de sa réserve, qui ne furent soutenus quQ bien avant dans la journée par le corps du centre, resté sans nécessité, le 2 mai, à Stûlingen, qui est à six lieues en arrière. C'était évidemment unç erreur d'appréciation, que de trompeuses appa* rences pouvaient justifier. Mais il n'en résulta pas moins, que le succès du lendemain fut plus longtemps incertain, et payé plus cher qu'il n'eût été, si, le 2 mai , le corps du général Saint- Cyr avait marché à hauteur de la réserve.
d'Engen. ^c corps du général Lecourbe était formé sur trois colonnes d'infanterie , soutenues par une réserve de cavalerie ; il quitta la position de Hohentweil, le 3 mai à sept heures du matin. La division du général Vandamme, placée adroite, fut dirigéç par Waldwies et Codmann , pour tourner la gauche des ennemis, en passant près du lac d'Uberliiigen. La division du général Montrichard, destinée à attaquer de front, suivit la chaussée de Singen à Stockach; une seule brigade de la division Lorge (l'autre brigade étant détachée, depuis le matin, k la réserve du général en chef), se porta sur Indelwangen, pour intercepter la communication entre Engen et Stockach. Le général Vandamme joignit
Tavant-garde des Autrichiens aux débouchés des bois qui sont en arrière de Steusshngen , et il la poussa vivement jusqu'au corps de bataille, qui, un instant après, fut aussi engagé. Les ennemis, protégés par une artillerie nombreuse et une forte ligne de cavalerie déployée en avant de Stockach, opposaient une résistance opiniâtre. Le général Nansouty s'y porta avec la réserve de cavalerie , chargea avec impétuosité la cavalerie ennemie, et la renversa , tandis que le général Molitor forçait la gauche de l'infanterie , et que le général Vandamme la débordait. Le général Montrichard saisit ce moment pour enfoncer le centre des Autrichiens , entra pêle-mêle avec eux dans Stockach , gravit les hauteurs au delà , et les poursuivit sur les routes de Moêskirch et de PfuUendorf, où ils se retirèrent, l'occupation d'Indelwangen par nos troupes ne leur ayant pas permis de rejoindre le maréchal Kray à Engen. Ils laissèrent au pouvoir des Français quatre mille prisonniers, plusieurs pièces de canon et d'immenses magasins.
I.e résultat de ce combat brisait déjà la nouvelle ligne de défense de l'armée autrichienne ; mais le maréchal Kray pouvait la rétablir, s'il parvenait à repousser l'attaque dirigée sur sa réserve, à la position d'Engen. Tous les efforts des Français allaient tendre à détruire son espoir , et longtemps on put croire qu'ils seraient insuffisants, tant la