CHAPITRE XIX
Nous avons vu les mouvements militaires qui ^ dès l'ouverture de la campagne , avaient séparé Paile droite et le centre de Tarmée d'Italie, et qui avaient rejeté la première dans Gênes, tandis que le centre, commandé par le lieutenant général Suchei, était repoussé dans la direction de Nice et de la France. Ces deux portions de l'armée étaient devenues, dès lors,, indépendantes l'une de l'autre.
Le général Suchet avait tout au plus six mille hommes de disponibles, à la reprise des hostilités, . et ses troupes venaient de supporter les mêmes privations que le restant de l'armée. Elles avaient éprouvé les mêmes ravages des épidémies; leurs hôpitaux étaient dans le même état d'abandon ; les secours leur avaient également manqué, quoiqu'dles touchassent aux frontières de France , et celte situation y avait même rendu la désertion plus
Position
du centre d
Tarmée d'Its
commandi
pur le
général SucL
fréquente. Mais le centre avait, sur Faile droite, l'immense avantage d'être mieux placé pour s'alimentier ; ses communications n'étaient point interrompues, les transports de vivres lui arrivaient sans difficulté, sôit par terre, où les passages étaient libres, soit par mer, dont on pouvait plus souvent profiter qu'à Gènes , parce que l'escadre ennemie était concentrée devant cette dernière ville.
Dans les circonstances où nous nous trouvions, ces avantages étaient inappréciables; mais les divisions du centra ep avaient encore un autre fort important, et dont les divisions 4e l'^De droite furent privées, le jour.mépie où elles perclîr rent leurs coiiununiciitions. Tous lei renforts destinés ^ l'armép arrivaient directemept aux pi*eniières ; s'ils devaiefit entrer daps leurs eadres, î|s y étaient au^H^t incorporés , et on utilisai^ dans le service les détachements qui âppstrtenipeiit fi l'^e droite , en attendant qu'on eût l'occasion de \^ faire passer à Qén^s. C'est ainsi que, pendani les opérations, malgré les pertes occasionnées par ï^ combats et les m^ladi^s, la force effective dq centra , qui n'était d'abord que de six mille hommes, s'élevait déjà à neuf mille, lorsque le général Suchet arriva sur le Var; tandis que, dp np^re côté, nos forces décroissî^ient tous les jours, ds^ns upe proportion effrayaute. On peut encore ajouter l'avantage qu'il y avk|t , pqwr ceux qui ét^iient en
eommunicatioD avec la France, d'avoir toufc les jours des nouvelles qui entretenaient leurs espérances, surtout celles de Tarmëe de réserve; tandis qu'à Grénes, la privation ou Textréme rareté de la correspondance, et les fausses nouvelles répandu^ par l'ennemi, nous maintenaient dans l'incertitude et augmentaient notre perplexité.
La conséquence de toutes ces différences devait être enfin que , d'un côté , le mord des troupes devait tendre sans cesse à se raffermir, tandis que, de l'autre , tout contribuait à aggraver les causes préeikislantes de démoralisation. Toutefois, ces avantages, que les divisions du centre avaient sur celles ^ l'aile droite, disparaissaient, lorsque l'on comparait leur situation à celle des ennemis, et que l'on considérait surtout l'étendue des positions qu'elles devaient défendre. Ces positions commençaimit aux retranchements élevés sur les crêtes de flialera, 46 San-Giacomo et de Settepani, au-dessus des sources de la Bormida, d'où, avant l'ouverture de la campagne, le général Sucbet communiquait avec ma gauche , établie sur les hauteurs de Cadibona, ainsi qu'avec Vado; et elles s'étendaient jusqu'au col de Tende, où un fort détachement était chargé d'éclairer les débouchés du Piémont et de couvrir Nice, ainsi que les passages qui conduisent sur le Var. Une ligne de cette étendue, sans profondeur, et qui n'avait de consistance
nulle part , ne pouvait pas être gardée avec des troupes exténuées, devant un ennemi qui pouvait y porter dix fois plus de monde ; on devait se tenir pour satisfait , si on parvenait à s'en retirer, sans éprouver de défaite. Aussi le général ennemi regardait-il son succès comme tellement certain, qu'il fit avancer deux divisions vers Malera et Settepani, pour être prêt à attaquer les retranchements de San-Giacomo lorsqu'il aurait investi Savone et qu'il serait maître de Vado.
Ltia^ue En effet , le 1 7 germinal , pendant que je me
retirais de Savone à Âlbissola, le général autrichien Elsnitz assaillit à la fois les redoutes du plateau élevé de San-Giacomo, celles qui couvraient Settepani, et celles de la Madona délia Nevè. Perdus et repris par nos troupes, ces retranchements restèrent, à la fin, aux ennemis, ainsi que ceux de Melogno, où les Autrichiens voulurent forcer la brigade du général Seras à capituler ; ils ne purent cependant l'empêcher d'opérer sa retraite, tandis que le général Jablonowski repoussait avec perte un de leurs détachements, qui cherchait à déboucher par les sources du Tanaro.
B général En occupaut Vado et en se plaçant devant Sa-
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ositions. Ics communicatious de notre aile droite avec le centre de l'armée. Le plus pressé pour nous était de chercher à les rétablir. Persuadé des efforts
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que , de notre côté , nous allions faire, le général Suchet se disposa à reprendre ses positions, dès le lendemain du jour où il les eut perdues , et, le 20 germinal , il dirigea deux colonnes, Tune par Bardinetto, Calissano et les sources de la Bormida, sur Settepani; l'autre sur San-Pantaleone. Les attaques furent poussées avec tant de vigueur que, dans la première journée et celle du lendemain , le général Clausel rentra dans les redoutes de Melogno et de Settepani, qu'il conserva. Le général Compans s'empara , à la baïonnette , d'une partie des retranchements de San-Giacomo ; mais il ne put enlever le plateau le plus élevé , où les ennemis se rallièrent et lui opposèrent des forces supérieures, qui l'obligèrent à rétrograder. Malgré cet échec partiel, le général Suchet retira, des divers combats que ses troupes livrèrent, dix-huit cents prisonniers, dont cinquante officiers, et il s'affermit à Settepani, à la Madona délia Neve , à San- Pantaleone, sur les hauteurs de Finale et à Gora. Cependant ses bonnes dispositions et la valeur de ses troupes n'avaient pas obtenu un complet succès, et, tant que l'ennemi restait maître du plateau de San-Giacomo, les communications ne pouvaient s'établir. Dès lors, tous nos efforts devaient être impuissants, puisqu'il n'aurait fallu rien moins que la réunion de toutes nos forces, pour que nos opérations eussent quelque chance de succès.
Le 25 germinal^ pendant notre mouvement com* biné avec le général Masséna, pour faire notre jonction à M ontenotte"^ lorsque mon attaque sur Ponte- Invrea échouait et que cellç^tl général Masséna sur Sa vone avait le mémesort, éeUii-ci avait envoyé son chef d'état-major y le général Oudinot, au général Suchet ^ dont il était inquiet de ne point avoir de nouvelles , pour l'instruire de nos mouvements et lui apporter l'ordre de renouveler son attaque^ afin d'ébranler la masse des ennemis. Alors il espérait encore que nous pourrions, de notre côté, renouveler nos attaques. Le général Oudinot eut le bonheur d'échapper à la croisière ennemie, et, en quelques heures de navigation, d'arriver à Loano, où il transmit au général Suchet les ordres du général en chef. Ces ordres supposaient que les divisions du centre étaient, nqu-seulement rentrées dans leurs premières positiotis, mais qu'elles avaient fait des progrès. Il en était tout autrement, et le général Suchet était dans une position analogue a la nôtre. Il fallut dès lor& modifier les dispositions.
Le général Suchet proposait de se porter sur Millesimo par la vallée de la Bormida , en même temps que je serais descendu sur Cairo , aOn cle réunir nos deux corps vers Carcare et d'agir ensuite de concert , pendant que le général en chef aurait continué à faire des démonstrations, dans la dir^i-
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tiou de Savove. Ce plan, qui d'abord parait téméraire, pi^sefiiait cet avantage, que nous pouvions e^rerturpvetfdre les généraux autrichiens, intercepter leurs eouvois de vivres et de munitions, et les Forcer de quiUelP le revers méridional des Apennins, pour venir nous combattre et débarras ser leur ligne d'opérations. J'avais formé le même projet, la première fois que j'étais arrivé à Sassello, et rexécution m'en avait paru si praticable, que je l'aurais certainement suivi, si j'avais pu recevoir, au moment même , l'approbation du général en ebef. Mais la crainte de paratti^e Tavoir abandonné, si je faisais ce mouveilient sans sa permission , m'avait retenu, quoique j'eusse confiance dans l'entreprise. Je ne doute pas que le général Oudi- Hol, dont la perspicacité égale la valeur, n'eût applaudi à eé mouvement , si ses instructions lui en eussent laissé la faculté; mais il était porteur d'ordres trop précis, pour pouvoir s'en écarter. Le général en chef ordonnait une coopération directe et simidtauée, et il fixait l'attaque au surlendemain . H n'y avait pas possibil ité de faire des observations ; te général Sifôhet se disposa à obéir.
Lorsque^ à la guerre, on se trouve dans le cas Attaque de combattre des forces supérieui'es^ il faut, autant générai sac que posâtbte^ balancer l'inégalité par l'avantage du ierl^aitl ou par la isurprise. Ici, toutes les chances étaient eu iatouir des ennemis : le nombre , les
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localités et Tattente d\ine nouvelle attaque. Les généraux autrichiens ne pouvaient pksëe mépreridre sur nos desseins; ils âvj|ii»it tourné contre nous les retranchements escarpés de la montagoe de San-Giacomo ^ et ils y tenaient dix bataillons, dont six de grenadiers hongrois, soutenus par une réserve. Le général Suchet, accompagné du général Oudinot, les attaqua avec toute la vigueur possible. Le général Compans, à la tête de la colonne de gauche, obtint d'abord des succès, et deux fois , il pénétra dans les premières redoutes ; mais il ne put forcer la grande redoute appelée l'Espagnole , ni les sommités de San-Giacomo, où les ennemis allaient se rallier, pour revenir en plus grand nombre. Cette résistance et les pertes éprouvées forcèrent le général Suchet à reprendre les positions qu'il avait quittées , le matin. Le général Compans était grièvement blessé ^ et mille hommes au moins étaient hors de combat.
Je fus averti de cet échec , par le contre-coup qui tomba sur moi ; car j'étais alors revenu , pour la seconde fois , à Sassello , et je marchais sur les derrières des ennemis , à l'attaque de Ponte-Invrea. Le général Mêlas, rassuré du côté de notre centre, ramena alors sur moi ses réserves , et me repoussa , comme je l'ai déjà dit. Mais le général Suchet avait aperçu mes feux sur les hauteurs de Ponte- Invrea , entre ce poste et celui de la Moglia , le len-
demain du jour où ses troupes furent de nouveau repoussées des hauteurs de San-Giacomo. Persuadé que j'entrais dans ses vues, il s'était préparé à reprendre son premier projet, et à me seconder, s'il me voyait sortir victorieux du combat engagé et manœuvrer dans la direction du centre. Malheureusement j'étais hors d'état de réaliser cette espérance. Cinq jours plus tôt, j'y serais peut-être parvenu ; mais il eût fallu qua les deux mouvements, dirigés vers un but commun, fussent simultanés , et que , pour y mettre de l'ensemble , le général en chef les eût ordonnés. Nous aurions pu alors arriver en même temps, le général Suchet à Millesimo , et moi à Sassello , et notre réunion pouvait s'opérer à Cairo. Mais, une fois ce moment passé, la réussite n'était plus possible. Il faut ajouter que le général Suchet et moi nous ignorions mutuellement nos mouvements et nos posilions, car le général en chef ne nous avait pas instruits des ordres qu'il avait donnés , de part et d'autre. Le général Suchet ne put même avoir connaissance de mes opérations, qu'à l'arrivée du général Oudinot , lorsque nous n'étions déjà plus en mesure, ni l'un ni l'autre, de nous seconder mutuellement. Ce serait au général Masséna qu'on pourrait reprocher de n'avoir pas pris cette précaution essentielle, de p évenir le général Suchet;
mais il avait envoyé , à l'avance, ses instructions à III. 10
ce général , et le bâtiment léger , qui en était porteur , fut intercepté.. Le général en chef espérait aussi que sa colonne se réunirait à la mienne , sur les hauteurs de Montenotte, et qu'arrivé là, il serait mieux placé pour donner de nouveaux ordres.
Ce plan pouvait être aussi bon que Tautre^ et s'il ne réussit point , la faute n'en est pas au général Masséna. Pourquoi d'ailleurs rechercher des fautes, quand notre faiblesse nous rendait dépendants des desseins des ennemis ? Nous avions fait tout ce qui était humainement possible , et plus qu'il n'était raisonnable d'attendre de nos troupes , dans l'état où elles étaient. Nous avions laissé sur le champ de bataille le tiers des braves soldats que nous y avions amenés; notre impuis* sance à rétablir nos communications était démontrée; il était également démontré que de nouvelles tentatives ne pourraient pas avoir d'autre résultat, que de hâter l'entière destruction de l'armée. Que nous restait-il à faire? 11 n'y avait pas à hésiter. L'aile droite devait rentrer dans Gènes , s'y défendre à toute extrémité , se soumettre à tous les sacrifices, à toutes les privations, à toutes les misères, se dévouer, avec une entière abnégation , à un seul but , celui de retenir , le plus longtemps possible , devant elle et de paralyser une partie de l'armée ennemie. Le centre
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devait, au contraire, se replier sur la froulièrc de France, mais seulement après des combats de chaque jour, mais après avoir défendu , pied à pied , le restant de la Ligurie , et n'avoir cédé qu'à la supériorité écrasante de TenDerai. Les re* latioDs cessaient donc entre ces deux parties de larmée , et tous leurs rapports étaient changés ; elles allaient appartenir chacune à un système différent : Tune ne représentait plus qu'un fait isolé, un grand épisode, qui attendait un dé* noùment particulier ; l'autre prenait sa place dans des combinaisons d'un tout autre ordre, et où nous la retrouverons plus tard.
Après ma retraite sur Yoltri, le général Suchet, qui espérait toujours me voir reparaître, avait fait enlever à la baïonnette les redoutes de Mu* rialto, et se maintenait dans les positions de Set tepani, Melogno, San^Pantaleone , etc.... Les avis qu'il reçut de notre retraite sur Gènes, et l'approche de nouvelles colonnes autrichiennes , lui firent sentir qu'il était temps de resserrer sa ligne et de prendre ses précautions contre les ennemis , qui le menaçaient, à la fois, sur tous les points de défense, et pouvaient l'envelopper par le San- Bernardo , où passe la route de Ceva à Albenga.
Pour prévenir ce danger, il se replia sur Loano Beiie retenu
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et Boi^hetto , ou sa droite tut appuyée ; son centre occupa les retranchements de Santo^Spirito,
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et il éclaira sa gauche , par des postes établis à Rocca-Barbena et sur le San-Bemardo. Ce front, beaucoup trop étendu pour les forces destinées à la défendre, avait encore, sur ses derrières, T inconvénient de faire craindre que , dans le cas d'une défaite, les habitants insurgés de la vallée d'Oneille ne rendissent la retraite fort difficile. Le général Suchet, dont l'audace était justifiée par la lenteur des ennemis , voulut cependant les y attendre et leur disputer le terrain. Mais le 2 mai, Loano fut enlevé par le corps du général autrichien Lattermann , dont le général Mêlas suivait le mouvement, et le lendemain, cette colonne, soutenue par le feu des frégates anglaises , attaqua de nouveau la droite du général Suchet à Borghetto ; elle ne put toutefois parvenir à forcer ce poste. A Rocca-Barbena, le général Serras était menacé par la division Elsnitz , qui manœuvrait pour l'envelopper; il fut obligé, pour se dégager et pour faire sa retraite , de reprendre sur les Autrichiens les redoutes de Succarello. Le centre, forcé a Santo-Spirito par la division autrichienne Bellegarde , se retira à Concento , après avoir éprouvé quelques pertes.
Pendant la nuit, le général Suchet fît continuer la retraite , et il prit position , la droite à Oneille et au port Maurice , le centre à Toria et San- Bartholomeo , la gauche à la Pieva , d'où elle
détachait des postes jusqu'aux sources du Tanaro. 11 se trouva ainsi en ligne avec son extrême gauche, qui consistait en un corps de dix-huit cents hommes établi au col de Tende y et commandé par le général Lesuire. On ne conçoit pas que le général en chef autrichien ait préféré forcer successivement toutes les positions que le général Suchet jugeait à propos de défendre , et y perdre beaucoup de monde, plutôt que de faire le mouvement si simple et si clairement indiqué par le col de Tende, mouvement qui, d'un seul coup, et sans rien risquer , Teût rendu maître de tout le pays , et mis les troupes du général Suchet en danger d'être réduites à capituler. Mais il n'y songea que lorsque son habile adversaire fut à portée de lui échapper, et il lui laissa même quatre jours de repos , pour se reconnaître et s'affermir. Enfin , le 6 mai, les généraux autrichiens Knesewich et Gorrup attaquèrent le général Lesuire, qui fut, à l'instant, déposté et poussé jusqu'à Saorgio , sur la route de Nice. Le lendemain , le général Mêlas ayant réuni dix-huit mille hommes , quatre fois autant que le général Suchet en avait en ligne , fit attaquer, par le général Elsnitz , à San-Bartholomeo , à Bezzo et la Pieva , le centre des Français. Pendant cinq heures-, on se battit avec un incroyable acharnement, et souvent à la baïonnette; les Autrichiens ne faisaient que des
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progrès très-lents, et ils auraient peut-être même été contenus sur le front de la position, si la supériorité de leur nombre ne leur eût rendu facile de séparer la gauche^ commandée par le général Jablonowski. Cette faible brigade, toujours poursuivie, sans pouvoir se rallier, sur la montagne d'Aqua-» rone, fut menée jusque préside Taggio , où les troupes qui avaient défendu Toria, San-Bartholo-* meo , Rezzo et Cosio, arrivèrent successivement. A la droite, Port-Maurice fut défendu avec la même opiniâtreté, pour n'être cédé qu'à la dernière extrémité ; quelques braves , renfermés dans des maisons crénelées , y résistèrent , pendant toute la journée à la colonne du général Lattermann , ar-^ rétèrent sa marche ^ et ne se retirèrent que quand Tordre leur en fut donné. Dans cette journée, les Autrichiens firent des pertes considérables ; à bien moins de frais , ils pouvaient obtenir un plus grand avantage. Le général Suchet perdit aussi du monde, mais, tout compensé, beaucoup moins que les ennemis.
Par ses bonnes dispositions , et à l'aide de la valeur de ses troupes, le général Suchet avait soutenu de glorieux combats et disputé opiniàtré*ment le terrain. Il ne pouvait cependant différer plus longtemps de se rendre sur le Var ; les Autrichiens y arrivés à Saorgio, menaçaient d'y être avant lui ; ils tournaient sa gauche , et lui
faisaient craindre d'être entame , avant qu'il terminât la marche lente et difficile que le salut de ses troupes Tobligeait à faire, il partit , rallia tous ses détachements, traversa , sans s'arrêter, la belle position de b Roy a, qui descend du col de Tende à la mer, pourvut à la défense des forts de Yinti* miglia, de Villelranche et de Montalban; il évacua la ville de Nice , et le troisième jour du mouvement (le 12 mai), ses colonnes poursuivies, souvent entourées, se firent passage au milieu des ennemis , pour gagner, à leur vue , la rive droite du Var.
Devant un ennemi aussi supérieur en forces, Legénén robstacle était bien faible ; car la ligne du Var, ^""trie^l défectueuse par elle-même, et dont l'étendue, depuis la mer jusqu'au pied des hautes montagnes , est au moins de quinze lieues , ne pouvait être défendue ni éclairée sur tous les points ; les Français devaient en laisser les quatre cinquièmes à découvert, pour se tenir concentrés vers l'embouchure du fleuve. Un pont de bateaux fut conservé , vis-à-vis le village de Saint-Laurent , pour communiquer avec une tête de pont établie sur la rive gauche; cette tête de pont consistait en bons ouvrages , avec un fossé plein d'eau , et garnis d'artillerie. En s'y maintenant , le général Suchet gardait une attitude offensive, qui cachait son infériorité, en imposait aux généraux aiilri-
chiens , et , en attirant leur attention , les détournait des entreprises qu'ils auraient pu tenter, sur la partie supérieure du Var.
Après une série d'opérations, comme celles qui venaient d'avoir lieu , mi général attentif ne peut manquer d'avoir fait des ^remarques sur les habitudes guerrières de son adversaire et sur le système qu'il suit, s'il est entreprenant ou méthodique , vigilant ou paresseux , prudent ou téméraire f et ces indications sont souvent de la plus grande utilité. Le général Suchet avait fait cette étude ; il avait pu reconnaître que le général Mêlas se tenait à la lettre de ses instructions , et que , plutôt que de s'en écarter , il laissait échapper les occasions de remporter de grands avantages. Ses délais, ses tâtonnements , son habitude de faire toutes ses attaques de front, au prix des pertes qu'il en coûtait à son armée , tandis qu'il aurait pu souvent, par un simple mouvement, obtenir le même résultat avec beaucoup moins de sacrifices , fournissaient autant d'inductions, pour donner lieu de croire qu'il continuerait à suivre ce système.
Cette observation aurait suffi pour déterminer le général Suchet à se défendre sur la ligne du Var. Des renforts lui étaient en outre annoncés. Il avait fait un appel aux gardes nationales de la Provence; son petit corps allait s'augmenter, et
il pouvait espérer d'arrêter, assez longtemps encore , les ennemis , s*3s entreprenaient de forcer la léte de pont, qu'on travaillait activement à perfectionner. 11 avait un motif de plus, pour s'affermir dans une position qui lui donnait le moyen de reprendre bientôt Toftensive. Le premier Consul, de qui il recevait directement des ordres, depuis que nos communications avaient cessé , l'instruisait des succès de l'armée d'Allemagne, commandée par le général Moreau , et de la marche de l'armée de réserve, déjà arrivée au pied des Alpes , pour passer le Saint- Bernard et descendre en Italie. Ce mouvement allait inévitablement rappeler le général Mêlas, en toute hâte, de l'autre côté des Alpes, et l'obliger à diviser ses forces. Le général Suchet, qui voyait venir cet événement , montrait ainsi autant de sagacité que de courage, en persistant dans son système de défense menaçante , tandis que le général Mêlas, pour qui le danger grossissait^ de jour en jour, et qui ne s'en doutait pas encore , s'obstinatt , dans une direction tout opposée , à une opération qui ne pouvait que le conduire à sa perte.
Mais je dois , afin de suivre la marche simultanée des événements, laisser, pour quelque temps, le général Suchet sur le Var. Nous l'y retrouverons , quand les mouvements de l'armée