Voir, dans VMlas^ la carte des environs de Gènes
sait en outre cinq cent quatre-vingt-dix hommes au fort de Gavi. Elle occupait Casella et Croce di Piesehi , par où ses communications étaient établies avec la première division-, Savîglione-, Busalla, Ronco, Borgo di Fornari, les retranchements du col de la Bocchetta , Voltaggio , la montagne de Paradis , à l'avancée de Gavi , Rossiglione, Monte-Calvo, Campo-Freddo , les Cabanes de Marcorolo , Mazone, etc. , gardant tous les débouchés y qui , de ces postes , conduisaient à Sasselo , Àcqui , Alexandrie , Tortone , Novi , Serravalle et la vallée de la Scrivia. La grande route de Gènes à Milan , qui passait à la Bocchetta , traversait cette ligne; mais indépendamment d'elle, il y avait deux autres chemins , par où l'artillerie de campagne pouvait passer ; c'était aussi la raison qui faisait considérer cette partie de la défense , comme la plus importante pour couvrir Gènes.
La troisième division , forte de cinq mille quatrevingt six hommes , était commandée par le général de division Marbot , qui , de Savone , faisait occuper la Madona , Saint-Bernardo , Stella , Saint- Martino , Casa Barbieri , Ramate , les redoutes de Montenegino, Cadi-Bona, Legino, Vado, les retranchements de la Torre , etc. Elle gardait les trois débouchés venant d'Acqui, dont l'un passait à Sassello et à Stella , pour aboutir à Arbizola ; l'autre, praticable à l'artillerie, se dirigeait sur
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Savoiie par Cairo , Âltare et Cadibona ; le troisième allait de ce dernier endroit à Vado.
Une garnison de deux mille trois cent quarantecinq hommes faisait le service intérieur de Gènes, et était destinée à former au besoin la réserve des première et deifkième divisions ; mais la troisième division , qui* ^ît trop éloignée , devait prendre sur elle-même son 'point d'appui et fournir encore des postes au borff de la mer, pour assurer ses communications avec la seconde division ; car dans cette partie , il n'avait pas été possible d'étendre la ligne de postes dans les montagnes , ni même de garder Sassello, faute de troupes. Ainsi, l'aile droite se composait de dix-huit mille trois cents hommes, tout compris; c'était plus des deux tiers de l'armée active. Le corps du centre, commandé par le lieutenant-général Suchet, et destiné à défendre les débouchés de Coni et de Mondovi sur Finale, Loano et Albenga , n'était que de cinq à six mille hommes, et il devait se tenir concentré sur la montagne de San Giacomo , garnie de bons retranchements; de ce point, il communiquait avec la troisième division sur Vado, par la chaîne escarpée (le Monte Alto , tandiis qu'à la gauche , douze ou quinze cents hommes éclairaient les passages du Col de Tende , vers Nice et sur le Var.
La présence du général en chef me dispensait
naturellement des grandes mesures d'administra* m. â
irrections.
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tioii qu'il fallait prendre et renouveler , à tout instant, pour fournir aux besoins de Tarmée , ainsi que des coups d'autorité qu^ la nécessité le forçait d'employer, pour obliger le gouvernement ligurien à suppléer à notre pénurie^ soit par des emprunts exigés à main armée ^ sOit par l'enlèvement des denrées partout où on p^x^it en découvrir, souvent même aux dépensée l'existence du peuple, soit en favorisant un'lfbmmerce abusif avec l'intérieur de l'Italie , dans l'espoir d'en tirer clandestinement quelques ressources. Néanmoins j'avais encore beaucoup de soinfc à prendre , car le général eh chef n'ordonnait aucune disposition, que l'exécution ne m'en fût remise, et s'il avait le mérite de l'initiative , il m'en revenait souvent le désagrément. D'ailleurs^ plus près des troupes, et plus spécialement chargé de les diriger, le soin de rétablir leur discipline et de rappeler parmi elles la confiance et la moralité , me regardait aussi plus particulièrement , tandis que , par mes démarches ou mes importunités, je devais faire en sorte de soulager leur misère. Enfin, sur un développement de plus de soixante milles , où la plupart des points de défense étaient à créer ou à perfectionner, le service de la ligne exigeait une surveillance de tous les moments.
Nous passâmes le mois de février au milieu de ces soins. £n mars, il fallut les étendre, de jour en
jour, à mesure qu'ils dépurent insufïisants et que les ennemis, trop bien instruits de noire situation, augmentèrent nos embarras par leurs mouvements, ainsi que par les insurrections qu'ils fomentèrent dans les populations des montagnes du Levant. Le foyer de ces insurrections ainsi que des soulèvements dont nous étions souvent menacés, dans la ville même , était à Gênes , dont la classe riche nous était, en majorité du moins, hostile; elle entretenait une correspondance secrète et activé avec les Aulrichiens; il y avait même , jusque dsiM nos rangs, de faux réfugiés italiens, qui servaient d espions aux ennemis.
Ce fut dans la vallée de Fontana-Bona que l'agitation commença ; elle se communiqua à trentesept communes, qui s'armèrent, se réunirent et qui finirent par attaquer nos détachements et par rendre nos communications dangereuses. Le général en chef avait cherché à les faire rentrer dans le devoir , en leur adressant des proclamations ; mais les insurgés n'en devenaient que plus entreprenants , et ne cessaient de serecruter d'une foulé de peuple que la misère chassait de nos cantonnements. Il fut démontré qu'on ne pouvait traiter avec eux , que par la force , et l'emploi en était d'autant plus pressant , que chaque jour de retard étendait les progrès de cet incendie et menaçait dé nous enfermer danii Gènes , même sans le seconrii
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de l'armée aulricliieiine.il fui donc décidé de soumettre les insurgés , et de faire , en même temps , une reconnaissance générale sur tout le front de notre ligne, pour vérifier les mouvements des Autrichiens.
Nous étions instruits que les généraux ennemis n'avaient pas terminé leurs préparatifs pour entrer en campagne , et la saison peu avancé^ paraissait devoir faire suspendre encore les opérations. Cependant des rassemblements de troupes avaient lieu à Acqui : une colonne autrichienne s'était présentée devant le fort de Gavi, et paraissait vouloir en fornîer l'investissement ; une autre venait d'attaquer et de repousser le poste que nous avions à Croce , et divers rapports annonçaient qu'un corps de vingt mille hommes, commandé par les généraux Ott et Klenau , se dirigeait sur le territoire de Gênes, en remontant la vallée du Taro, et par la route de la Spezzia, sur Sestri du Levant. Il était évident que ce dernier mouvement tendait à donner un appui aux insurgés de Fontana-Bona, et à attirer nos principales forces à l'est de Gênes, pour ncnis faire dégarnir au centre, où le plus léger effort nous aurait privés de nos communications. Le général Masséna le sentit et fit heureusement le contraire de ce que les généraux autrichiens avaient espéré. Pour leur imprimer du respect, ainsi que pour exciter l'ar-
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deur de son armée , en lui montrant les ennemis , il se décida à faire un mouvement en avant. Le lieutenant général Suchet se porta sur Caira avec le corps du centre ; la 3* division de Taile droite s'avança jusqu'à Cairo, d'où elle éclaira Sassello et Dego ; la 2* division gagna Saint-Christophe, Castellato, Ovada, Roca-Grimaldi , et reprit le poste de Croce.
Ces trois corps réussirent parfaitement dans Premier
■m / 1 • • •! y . 1 mouvement de
leurs expéditions ; us repoussèrent partout les Parmée. postes ennemis ; ils trouvèrent , en plusieurs endroits, les soldats autrichiens mêlés avec lesinsurgés, et ils leur enlevèrent des prisonniers. Pendant qu'ils faisaient cette diversion , la première division, dont je suivais le mouvement, s'était formée en deux colonnes. Je dirigeai celle de -droite , de Nervi , sur Chiavari et Sestri du Levant, où elle devait être jointe par une flottille de bâtiments armés , sortie de Gênes ; la colonne de gauche , réunie à Torriglia et Scofera , devait communiquer avec la première, par Carasco , après s'être établie à Ponte Cicagna et à Panezzi.
La colonne de droite rencontra à Rua cinq à combats
•11 / * 1 .. 1 • 1 • . de Chiavarî et de
six nulle paysans armes qui voulurent lui disputer Ponte-cû agnn. le passage. Ce rassemblement fut aussitôt dispersé, ainsi que ceux de Sainte-Marguerite, Sainte-Marie, Saint-Martin et Rapallo. Quatre cents Autrichiens, qui défendaient le pont de Chiavari, et
qui s'y étaient retranchés , furent forcés avec perte , malgré leur longue résistance , et le lendemain ^^niars (1 5 ventôse), nous entrâmes à Sestri, au moment où Tavant-garde du général Oit en sortait. De ce côté, le succès fut complet. Ixs insurgés, intimidés par leur défaite, écoutèrent les conseils d'une proclamation du général en chef, que je leur fis distribuer ; ils rentrèrent la plupart chez eux , et nous remirent une partie de leurs armes, tandis que les Autrichiens, repoussés sur Braco , laissèrent en notre pouvoir des pri-^ sonnier& et quelques chargements de grains que nous eûmes le bonheur de trouver à Sestri. C'é- U^it peu considérable ; mais , dans notre pénurie , la moindre ressource devenait importante , et je m'empressai d'envoyer ce secours à Gènes , où on le reçut avec des transports de joie. Il n'en fut pas de même à ma gauche. En descendant dans la vallée de Fontana-Bona , la seconde colonne se trouva tout à coup environnée d'une si grande multitude d'insurgés, qu'elle eut beaucoup de peine à s'en débarrasser. Des signaux d'alarme étaient allumés sur toutes les montagnes ; le tocsin se faisait entendre de tous côtés ; le nombre d'insurgés augmentait à tout instant. Le général qui conduisait cette attaque, jugeant qu'il avait devant lui des obstacles insurmontables, reconnut qu'il ne pourrait se confonner à ses instructions , ni se
maintenir à Ponte Cicagna , où il était arrivé ; alors il opéra sa retraite sur Panezzi. Ce mouvement, qui laissait à découvert la brigade de d^ite, obligea celle-ci à rétrograder pour se remettre en ligne , et à reprendre les positions de Rua et du monte Allegro , dont les insurgés s'étaient déjà emparés. Le but de cette expédition fut donc , en partie, manqué; cependant celle-ci [)roduisitle bon effet de mettre la désunion parmi les insurgés , et de les rendre , pour quelque temps , plus circonspects. Ils avaient perdu beaucoup de monde ; cinq de leurs villages, où nos colonnes , après en avoir reçu des assurances pacifiques , avaient été assaillies par une vive fusillade , étaient incendiés , et les habitants- des bords de la mer, soumis pour la plupart , ne paraissaient plus disposés à les seconder ; ils étaient enfin privés de Tappui des Autrichiens qui s'étaient éloignés. Ces derniers, dont le projet était déjoué, rentrèrent dans leurs quartiers. Cette petite expédition nous fut ainsi utile ; mais le résultat le plus avantageux fut surtout d'avoir rendu confiance à nos troupes.
Le restant du mois de mars fut assez tranquille , de la part des ennemis ; seulement , dans les derniers jours, les mouvements recommencèrent. En attendant, notre situation, loin de s'améliorer, allait tous les jours en empirant , sous le rapport des subsistances , des hôpitaux et des besoins de
tout genre. J'écrivais le 11 mars (21 ventôse) au général en chef :
a Tous les chevaux de correspondance , qui se trouvent dans les divisions (il n'y avait pas d'autre cavalerie h l'armée) sont absolument hors de service , faute d'avoir quelques fonds pour les faire ferrer. Le service des vivres-viande manque sur tous les points. Le fournisseur *** m'avait assuré avoir envoyé des fonds à Savone pour faire des achats ; il m'a trompé , et il parait que tous les jours, il vous trompe. Notre situation, au lieu de s'améliorer , deviendra donc plus pénible , et quand vous croirez avoir l'armée refaite , prête à entrer en campagne , vous n'aurez que des squelettes chancelants , qui ne seront capables d'aucun service. Cette terrible perspective porte à faire les réflexions les plus amères; je n'ajouterai pas aux vôtres, je connais votre sollicitude; mais, mon général , permettez-moi de la réclamer en ce moment; je le dois par devoir et par amitié. Je vous remets la lettre que le général Marbot m'écrit à ce sujet, ainsi que les pièces qu'il y a jointes ; elles n'ont pas besoin de commentaire. »
Le 1 6 mars (26 ventôse) j'écrivais de nouveau :
a Malgré les promesses des fournisseurs, des commissaires, des employés, le service manque
entièrement dans la 3' division. Ces messieurs vous trompent , mon c^er général ; ils sacrifient leurs devoirs à leurs plaisirs ^ et ils vous abandonnent. Le général Marbot m'écrit qu'hier il n'a pu faire donner que demi-ration à la troupe, et aujourd'hui il n'a rien , absolument rien ! Aucune excuse ne peut justifier le commissaire ordonnateur. Le 20^ je lui annonçais que la 3' division n'était pourvue en subsistances que jusqu'au 23 ; depuis^ il y a envoyé soixante-six quintaux de grain , qui, au moyen de la réduction opérée le 24, ont procuré la demi-ration pour le 25. Mais point de viande, aucun liquide, ni légumes, et rien enfin pour y suppléer. L'armée que vous commandez , mon général, e$t-elle donc destinée à être sans cesse le jouet de cette horde impure qui s'engraisse de la substance du soldat , rit de notre mi« sère , et qui , par un monopole scandaleux , prive les braves que vous avez sous vos ordres de ce qui est nécessaire à leurs besoins ? Quel courage ! que de vertu ! . . . mais aussi que d'infamie !
« Je vous demande des mesures vigoureuses qui fassent justice de ces misérables , et qui procurent du pain à la troupe. Je vous demande le changement de ***, et d'approuver l'ordre que je donne aux employés de l'administration , de se rendre à mon quartier général. Quand je les tiendrai près de moi , il faudra bien qu'ils mar-
client, et droit; leurs têtes me répondront de Toubli de leur devoir. Ils ne sont plus dignes de ménagement. Demain je vous parlerai des hôpitaux. »
«*Des 17 et i8 rnars (27 et 28 ventôse).
ce Du compte que m'a rendu l'adjudant général Degiovani sur la tenue des hôpitaux de Gènes et de Saint-Pierre d'Arena , il résulte , mon cher général , que les militaires qui s'y trouvent sont fort mal soignés ; souvent, à trois heures après-midi, la distribution du malin n'est pas encore faite , ni à minuit, celle du soir ; les aliments y sont mal préparés ; on y manque d'infirmiers, et dans l'hôpital n*" 1 , plus de cent cinquante malades sont couchés par terre, sur de mauvaises paillasses pourries, où ils sont entassés les uns sur les autres ! Peut-on laisser , dans un abandon aussi absolu , des malheureux pour qui l'humanité réclame ! ! Pour y remédier, j'ai ordonné, etc....
a A Savone , les hôpitaux sont dans un état encore plus pitoyable. Le service parait y être abandonné , et les malades , qui s'y trouvent , y périssent en quantité, victimes malheureuses de l'insouciance et de la cupidité de ceux qui , par devoir , sont chargés d'en avoir soin ! Le général Marbot a été obligé d'employer la force , pour faire enlever quelques médicaments chez les apothi-» caires de la ville , car il n'en existe pas à l'hôpital ;
il a dû , enfin ^ répartir plusieurs malades clieai les habitants ; il n'y a rien pour les coucher , point de poterie pour faire cuire les aliments ; il n'y avait point de viande pour les malades , hier ni aujourd'hui ; le bois manque toujours. Je l'ai dit plus haut, tout est dans l'abandon.... Votre armée se fond , mon cher général , j'en ai le cœur navré ; les maladies font des ravages terribles dans la < ""^ division . Quand donc cessera tant de misère?... Il n'y a pas un seul transport à la 3* division, ni de fourrage nulle part. L'énumération de nos maux serait bien grande. Vous connaissez nos moyens.
« Le général Miollis me rend compte qu'une maladie terrible règne parmi ses troupes ; quantité de soldats entrent journellement aux hôpitaux, et plusieurs même périssent avant d'y parvenir; on en trouve beaucoup sur les routes, qui ont succombé de faiblesse. On en a fait examiner la cause : c'est un abattement extrême , avec délire, La 24'' demi-brigade est principalement attaquée de cette maladie. Que de maux, qui accablent votre pauvre armée auraient été évités , si chacun avait fait son devoir ! . . . »
Enfin, pour donner une idée de l'état physique des troupes à l'ouverture de la campagne, j'ajouterai , pour dernière citation , l'extrait d'un
rapport que j'adressai au général en chef le 30 mars (i germinal) , cinq jours avant que les ennemis vinssent, avec toute leur armée, nous attaquer sur nos positions.
« Les maladies font toujours les plus grands ravages, mon cher général. La 24® demi-brigade ne peut plus soutenir le service ; il ne lui reste que huit cents hommes presque tous convalescents ; le y de ligne et la 3* légère sont à peu près dans le même cas ; enfin , tous les corps employés à Taile droite perdent considérablement de monde; je reçois à cet égard et de tous côtés , les rapports les plus alarmants. Ajoutez à cela , que la désertion continue toujours. Les privations continuelles que le soldat éprouve , en sont la seule cause. Les comptes qu'on vous rend à Gênes sont inexacts. Quel tableau ! il me déchire 1 ame. J'écris au général Miollis de faire relever la 24* par la 106'; au général Gazan de faire relever la Jd^ de ligne par la 2® ; je n'ai pas le moyen de faire relever la 78* de ligne; pourtant elle en aurait grand besoin , ainsi que la garnison de Gavi qui, depuis onze mois, est enfermée dans le fort, où Ton m'annonce que le scorbut commence à se manifester, w
C'était avec des troupes réduites à un pareil état de faiblesse et au moment où tout paraissait
DU MARÉCHAL-GÉKÉRAL SOLLT. 29
conjuré pour empêcher notre situation de s'améliorer , que nous devions soutenir la lulte la plus inégale. Dix-huit mille quintaux de blé devaient être expédiés sur Gênes , deux millions de francs étaient arrivés à Nice ; mais les vents contraires et la croisière ennemie s'opposèrent à leur transport. Nous ne pûmes recevoir non plus trois demi-brigades d'infanterie et trois régiments de cavalerie , venant de l'intérieur, et qui étaient destinés à l'aile droite. Ainsi, à la veille d'être livrés à nousmêmes, en perdant nos communications avec la France, et lorsque tout annonçait la prochaine reprise des hostilités, nous étions dans le dénûment le plus absolu. Déjà les insurgés de Fontana-Bona, excités par les nombreux partisans qu'ils avaient autour de nous, peut-être même au sein du gouvernement de Gênes , et dirigés par le baron d'Aspre, colonel autrichien, qui était venu leur donner appui avec un fort détachement , recommençaient à nous inquiéter , et poussaient l'audace jusqu'à nous affronter sur nos positions. Le 24 mars , ils attaquèrent celle de Monte-Cornua ; le 27, ils y revinrent ; en même temps , ils firent les plus grands efforts pour enlever celle de Rua. Ils éprouvèrent de très-grandes pertes et ne réussirent nulle part. Cependant, enhardis par l'approche des ennemis, le 29, ils se portèrent sur Villa- Vecchia , siuprirent le poste qui s'y trou-
vait , et s'y établirent , nous annonçant ainsi le mouvement général de l'armée autrichienne qui venait à nous.
Marche de Beaucoup de chemins conduisent , du Piémont ^
titriXrane. dans la Ligurie et aun bords de la Méditerranée ; mais , dans ce nombre , il en est trois de praticables pour l'artillerie, et qui devaient, dans cette circonstance, plus particulièrement seconder les des-* seins du général en chef autrichien et lui être utiles : le premier traverse le col de la Bocchetta et aboutit à Gènes, le second se rend d'Acqui à Savone par Cadibona , et le troisième descend dit col de Tende à Nice. Si , au début de la campagne , le général Mêlas avait engagé ses principales forces sur la première de ces directions , il nous eût laissé la faculté de réunir devant lui la ma^ jeure partie de nos troupes et de recevoir des secours , en conservant peut'-être nos communications avec la France. Par la seconde , à laquelle le général Mêlas donna la préférence , notre aile droite se trouvait aussitôt isolée du restant dé ' l'armée , et elle était forcée de se concentrer autour de Gènes, tandis que les divisions du centre de** vaient être repoussées vers le Var- Par cette sé^ paration , on pouvait plus aisément nous contenir^ nous affamer , et nous forcer , tôt ou tard , à capituler, en rendant Gênes. Dans tous les cas, le port de Gènes était toujours bloqué par l'ésetdré
anglaise y qui en interdisait l'entrée à toute es[)èce de bâtiments , et qui interceptait la navigation jusqu'à la hauteur de Marseille.
Le troisième mouvement , en procurant aux ennemis les mêmes avantages ^ ies conduisait à Nice et sur le Var , où ils auraient trouvé sans défense les dépôts d'approvisionnements de tout genre et tout ce qui venait de France pour l'armée. Celle-ci eût bientôt été forcée par le besoin de quitter la Ligurie , pour chercher à vivre et à rétablir ses communications ; mais son infériorité, son épuisement et tous les obstacles l'auraient infailliblement fait succomber en entier, avant qu'elle fût parvenue à se dégager* Le général Mêlas pouvait employer au mouvement sur Nice les deux tiers de son armée, et disposer de l'autre tiers^ qui était encore de beaucoup supérieur aux Français restés du côté de Gênes et dans les Apennins , pour les observer , les poursuivre et les empêcher de se livrer à aucune entreprise. Arrivant sur le Var avec soixante mille hommes, le général Mêlas pouvait se répandre dans les provinces du midi de la France , jusqu'au Rhône, sans trouver d'obstacle en état de l'arrêter. Alors la guerre changeait de théâtre et prenait une autre direction. Le premier Consul n'avait point encore terminé ses préparatifs, et il aurait été plus pressé de parer au danger présent , que de suivre le plan d'attaque
({u'il mit plus tard à exécution ; il aurait commencé par se défendre et par affaiblir Tarmée du Rhin , pour repousser l'invasion ; c'en était fait des belles combinaisons qui amenèrent les victoires de Marengo et de Hohêtilinden.
Je crois que le général Mêlas pouvait entreprendre cette double opération , et qu'il avait assez de troupes pour en assurer le succès. L'effectif de son armée dépassait cent mille hommes; quarante mille eussent été bien plus que suffisants, pour contenir les dix-huit mille soldats exténués qui composaient l'aile droite sous mes ordres, et le général Suchet, rejeté sur le Var avec six mille hommes tout au plus, qu'il eût pu réunir, n'eût pas même retardé la marche de l'armée principale qui descendait en Provence. J'ignore par quels motifs le général Mêlas , dont les talents ne sont pas d'ailleurs contestés , n'a pas pensé à faire ce mouvement , ou quels obstacles il a trouvés. Il est vrai que cette entreprise exigeait de lactivité et une certaine audace , et le général Mêlas préféra s'en tenir à un système qui semblait plus prudent : commencer par réduire Gènes et par détruire notre faible armée, avant d'aller plus loin. Il n'y employa même que la moitié de son armée , et il laissa cinquante mille hommes , y compris son artillerie et toute sa cavalerie, en Piémont, où ils ne servirent à rien et ne furent d'aucune utilité, lise con-
tenta d'uue denii-niesure, lorsqu'il aurait dû chercher, au contraire, à donner de l'occupation à son redoutable adversaire.
Bornant donc ses opérations ^agir contre Gènes , et s'y livrant en toute sécurité , le général Mêlas commença par couper notre ligne de défense , au-dessous de Gênes , pour nous resserrer sur cette place. Dès les premiers jours d'avril , il fît rassembler, aux environs d'Acqui, trente mille hommes d'infanterie , qu'il destina à marcher sur Savone et contre les retranchements de San-Giacomo, et il en prit lui-même le commandement. Une division de dix mille hommes, sous les ordres du lieutenant général comte de Hohenzollern , se forma en avant de Tortone, pour se préparer à l'attaque de la Bocchetta ; et le lieutenant général Ott, chargé d'emporter les positions que nous occupions au levant de Gênes, réunit à Bobbio un pareil corps de dix mille hommes , qu'il grossit ensuite des insurgés plus nombreux de Fontana- Buona.
Prévenus par ces préparatifs, dont les ennemis, L*anné< malgré leurs soins, ne pouvaient nous dérober p^reTieœ* l'entière connaissance , nous étions dans l'attente i^n^^ d'une explosion d'autant plus prochaine^ que la flotte anglaise augmentait incessamment en nombre, et qu'elle fermait le blocus avec la plus grande rigueur. Le 15 germinal (5 avril), elle se mît en