‹ Mémoires du maréchal-général SoultChapitre 6 sur 32 · M ASSÉNA. M · texte numérisé non relu

M ASSÉNA. M

D'après le contenu de ces deux lettres , on peut juger que l'auteur du Journal du siège de Gênes n'était pas bien instruit, lorsqu'il dit , pages 83 et 85, que le général en chef ne put être instruit des retards forcés que j'avais éprouvés.

porteur. Cet officier, d'un niërite très-distingué, avait suivi mes mouvements, depuis le 19 : il instruisit le général en chef de tous les détails de ma position , de la force des ennemis et de leurs dispositions ; ces renseignements achevèrent de le décider. Il fut de plus en plus convaincu de la nécessité de me renforcer et de se tenir au bord de la mer, sur là défensive. 11 se détermina à v rester lui-même , en ne gardant avec lui que le bataillon de grenadiers et la 97* demi-brigade de ligne. Le surphis de la division, réunissant à peu près mille combattants , forma un détachement , commandé par le général Fressinet, qui eut ordre de partir aussitôt , pour me rejoindre et se mettre à ma disposition.

11 était midi , quand le général Fressinet se mit en route; son mouvement fut dirigé avec beaucoup d'intelligence et de bonheur ; avant d'arriver au couvent dit du Désert , où il devait [)asser , il se trouva marcher parallèlement, sur les crêtes des montagnes, à petite portée et dans la même direction, avec une colonne autrichienne qui remontait aussi de mon côté. De part et d'autre , on s'observa pendant deux heures , sans s'arrêter , jusqu'à ce que les deux colonnes, en suivant les sentiers qui descendent dans le fond des vallées , se perdissent de vue. Le général Fressinet jugea que, plus tard, il aurait à combattre le même

corps ennemi et à passer à travers , pour se rëunir à moi ; il fit donp ses dispositions pour le surprendre. II rallia sa troupe à l'abri d'un petit bois ; une heure avant la nuit , il était au revers de la montagne de THermette , sur laquelle je livrais mon troisième combat de la journée. Depuis longtemps il entendait mon feu , et il avait de la peine à contenir ses soldats , qui lui demandaient de les engager; mai§ il ne cëda à leurs instances, qu'après leur avoir fait prendre un peu de repos et avoir attendu que le jour fut plus avancé. Alors il lança son avant-garde et fit commencer une vive fusillade , pour s'annoncer ; il joignit et aborda les ennemis , au pas de charge; leur (défaite ^ut d'autant plus prompte, qu'au même instant, ma gauche reprenait sur eux l'avantage et commençait à les ébranler. Ils se retirèrent précipitamment , et, comme je Vax dit dans mon rapport , nous les poursuivîmes pefidant deux heures h la lueur de la mousqueterip , en leur enlevant un grand nombre de prisonniers. La réuniop opérée, je félicitai le général Fressinet et les braves qu'il commandait, de leur brillante conduite ; mais nous eûmes à déplorer la perte du chef de brigade Villaret , commandant la 63^ de ligue , qui fut tué daps 1^^ charge que sa troupe exécuta ; c'était un officier du plus éminent mérite.

En m'instruisant des revers éprouvés par }a

DU MARÉCHAL-GÉliÉRAL SOULT. 71

colonne de gauche et de la position qu'elle occupait , au moTqent de son départ, le général Fressinet me remit une lettre du général en chef, par laquelle j'étais prévenu qu'il maintenait à mon égard ses première^ dispositions , et que je devais , en conséquence ^ continuer à agir ofTensivement ; obligé, de son c6té, de garder la défensive, jusqu'à ce que la route de la marine fût entièrement dégagée, il ferait en sorte de se maintenir à la position de Cogoletto, en occupant les hauteurs qui sont en avant de ce village. Cette détermination hardie faisait honneur au général Masséna; mais les troupes qui lui restaient étaient trop faibles pour qu'il eût espoir de contenir les ennemis et de les empêcher de venir l'attaquer, après le départ du général Fressinet , dont ils avaient vu défiler la colonne. En effet, à une heure après midi, ils se présentèrent devant la 97' demirbrigade , qui était en position en avant de Gogoletto, et, malgré sa résistance , ils la rejetèrent en désordre, au delà du torrent, où le bataillon ^e grenadiers était en réserve.

L'adjudant général Gauthier se trouvait à la tête de ce batailloa ; il attendit les ennemis de pied ferme , et il les arrêta par la vivacité de son feu. Mais la 97^ demi-brigade, qui n'avait pu se rallier, était poursuivie, au bord de la mer, par quelques pelotons de hussards autrichiens , et des

canonnières anglaises qui la prenaient en flanc, ajoutaient encore au désordre. II y eut un moment de confusion, et le général en chef, avec son état-major et son escorte , chargea lui-même , le sabre à la main et à deux reprises ^ pour sauver l'infanterie.

Malgré cette échauffourée , l'adjudant général Gauthier maintint le bataillon de grenadiers à la position, en arrière de Cogoletto, jusqu'à onze heures du soir ; ensuite il se retira en bon ordre sur Voltri et Sestri du Ponant , où la 97* demibrigade avait été se rallier. Cette demi-brigade fut renvoyée a Gênes, comme punition , et remplacée par des bataillons des 73® et 1 06® de ligne , qui , réunis au bataillon de grenadiers , formèrent ensemble près de deux mille sept cents hommes.

Pendant qu'on rassemblait ces troupes , on annonça qu'un corps de cinq mille Autrichiens était arrivé à Voltri. Ce bruit était sans fondement; mais quelques hussards, en éclairant le pays, y avaient commandé sept mille rations de vivres ; il en fallait moins pour faire supposer qu'une colonne autrichienne suivait immédiatement. On marcha donc, pour reprendre Voltri. Il se rencontra alors que trois mille prisonniers de guerre, faiblement escortés, que j'avais dirigés sur Gênes, excités par la faim et par les habitants, dont l'esprit était contre nous, s'étaient insurgés en pas-

sant à Yoltri. Ils allaient se délivrer et sans doute aussi emmener leur garde y lorsque la colonne du général Masséna parut et les fit rentrer dans le devoir. Cela se passait le 22 , pendant que je chassais ^ pour la seconde fois , les ennemis des hauteurs de THermette*.

Le 23 germinal, le général en chef revint de Gènes à Yoltri , et fit avancer la colonne qui y était rassemblée y jusqu'à Varaggio. De mon côté, j'attendais des vivres et des munitions , pour recommencer mes attaques; du leur, les ennemis abandonnèrent le bord de la mer jusqu'à hauteur de Savone , pour m'opposer la masse de leurs forces*. Le 24 , le général en chef, ne rencontrant

i. En recevant mon rapport sur la journée du SI, le général en chef m'écrivit la lettre suivante :

« Gènes , 32 germinal an vni.

« Allons , mon cher Soult , continuez ! faites toujours des

vôtres, on ne peut rien de mieux! Je suis bien inquiet

d'avoir de vos nouvelles. Que faites-vous? où êtes- vous? Il

paraît, d'après tous les rapports, que Sachet s'avance sur

Savone; c'est un peu tard, à la vérité, mais le résultat ne

peut qu'être avantageux. Je n'ose vous en dire davantage.

J'occupe en force Vol tri, c'est là que vous m'écrirez. Je vous

embrasse.

« Mass^na. »

Page 1