CHAPITRE XVIII
Les quinze jours de combats que nous venons commenrement de raconter forment une première période dans la ï'iocu» de Gène» campagne de Gènes. Nous avions fait un dernier effort, poui* nous maintenir à l'état d'armée agissante, et pour conserver nos communications avec la France. Mais lorsque la supériorité disproportionnée des forces ennemies et le dénûment de toute espèce de moyens, pour alimenter les troupes en campagne et les entretenir en munitions , eurent rendu impossible de continuer les opérations de campagne, nous dûmes céder et nous restreindre à la défense de Gènes même. C'est ici par conséquent que commence le blocus proprement dit de Gènes. Nous le soutînmes encore, tant que nous le pûmes , par une défense active et par des opérations offensives qui forment une seconde période. Après cette période, il y en eut une dernière , de défense pure et simple. Mais nous ne
pouvions plus avoir d'autre but que celui de prolonger notre résistance , pour attendre des secours, s'ils pouvaient nous arriver , surtout pour retenir devant nous, le plus longtemps possible, une partie au moins de Tarmée ennemie, et pour faciliter ainsi les opérations de l'armée de réserve, seules opérations qui pussent être décisives et changer la face de la guerre. L'armée de Gênes croit avoir bien rempli cette dernière tâche et avoir eu sa part dans les victoires de l'armée de Mârengo .
Nous rentrions à Gênes , le 30 germinal (20 avril 1800), précédés par nos cinq mille prisonniers, rapportant le témoignage de ce que nous avions fait pour Fhonneur de nos armes, et bien persuadés, malgré nos pertes, que nous ne pouvions être vaincus que par épuisement. Le moral des soldats était complètement affermi; ils méprisaient les dangers , les privations et les souffrances , et ils les supportaient sans murmurer ; il suffisait de leur parler d'honneur, pour obtenir tout de leur courage. Ce résultat de notre courte campagne était d'autant meilleur, que le bon esprit des troupes se communiquait aux habitants, et s'il n'exaltait pas leur enthousiasme, il augmentait du moins leur patience , et les portait à se soumettre aux nouvelles épreuves qu'ils devaient subir encore, à tout moment , pour Uvrer leurs dernières ressources.
DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOULT. sa
En partanl de Gènes , nous étions persuades qu*il ne restait pas dans la ville pour trois jours de vivres ; cependant nous avions encore vécu quinze jours j par les seules denrées qu'on était parvenu à découvrir , car du dehors il n'était rien arrivé, et nous revenions affamés , pour renouveler avec plus de rigueur les recherches. Mais nous étions puissamment soutenus par la sollicitude du général en chef, par la confiance illimitée qu'il inspirait , enfm par Tespérance.
Cependant le gouvernement de la république ligurienne , par impuissance ou pour user de ménagements envers ses concitoyens, ou bien encore |iar la mauvaise foi de quelques-uns de ses membres, n'était pas toujours empressé à répondre aux fréquentes demandes que nos pressants besoins obligeaient Tadministratiou militaire et les chefs de Tarmée à lui adresser. Jusque-là, le général en chef avait aussi voulu ménager l'opinion publique, et il avait respecté l'indépendance de ce gouvernement, dans l'exercice deVautorité nationale. Excepté pour l'action de la police', ils était borné à exercer son influence personnelle sur les membres du gouvernement. Mais le moment était venu où il avait besoin
i . Dix jours avaQt d'entrer en campagne , le général en chef avait fait rendre , par le gouvernement ligurien, un décret qui prononçait des peines sévères contre tous ceux qui tenteraient de troubler la tranquillité publique, qui auraient
d'une action plus directe sur le pouvoir; en conséquence , il fit choisir et nommer, dans le sein du gouvernement ligurien , une commission spéciale dont il prit la présidence, et il fit statuer que les arrêtés de cette commission seraient exécutés immédiatement.
Cette mesure, que les circonstances rendaient impérieuse, contribua, plus qu'aucune autre disposition, à nous faire prolonger la défense. Notre énergie et la bonne volonté des troupes n'eussent pas sufïî , si un pouvoir , intéressé lui-même à nos succès , ne se fût élevé , pour comprimer la malveillance, déjouer l'égoïsme et employer au salut commun les ressources que l'intérêt privé faisait cacher. Aussi , rien ne fut ignoré : tout ce qui pouvait servir d'aliment , quelle qu'en fût la nature et en quelque lieu qu'on le trouvât, fut successivement pris et mis en distribution régulière, pour que chacun y participât, les habitants comme la troupe, les autorités de la ville comme les chefs militaires. La centralisation du pouvoir sous l'influence militaire, pendant le blocus, eut encore le bon effet de mètre à la disposition du général en chef un nombreux personnel de gens du peuple
des intelligences avec l'ennemi ou qui en seraient soupçonnés. Il enjoignait aux autorités locales et aux conunissaires de police , dans les communes de l'extérieur, de se concerter avec les commandants militaires français.
et de réfugies italiens qu'il utilisa suivant leur capacité y tantôt pour les travaux de défense , tantôt pour transporter les vivres et les munitions aux troupes qui étaient en ligne ; il choisit les plus dispos pour les incorporer dans les légions ligurienne ou italienne , dont les cadres étaient employés à divers services intérieurs de la place, ou sur les remparts , concurremment avec la garde nationale. Indépendamment de ces ressources , d'abord inconnues et que , d'une manière ou d'autre, on parvenait toujours à découvrir, nous attendions , à chaque bourrasque sur mer , quelque léger bâtiment chargé de grains soit pour l'armée, soit pour le commerce. £nfm nous portions nos vues sur les approvisionnements que nous pourrions enlever aux ennemis, au péril de nos vies.
En marchant sur Savone, le général en chef avait eu le projet de gagner Vado , pour y prendre les magasins de blé que les Autrichiens commençaient à y former. Au retour de cette expédition , et pendant que j'étais à Voltri, il se proposa d'embarquer, par une nuit obscure, autant de troupes que les bâtiments de la flottille pourraient en contenir, et d'aller opérer un débarquement à Porto- Fino , au levant de Gênçs , afin d'y enlever un convoi de grains destinés aux ennemis et qui venait d'y arriver. Le général MioUis devait seconder cette entreprise, en attaquant avec vigueur le corps
autrichien qui lui était opposé , sur le bord de la mer. Mais ce second projet resta aussi sans exécution , parce qu'il fut reconnu qu'on aurait des forces trop considérables à combattre, et parce qu'à l'instant où le mouvement allait commencer, nous fûmes attaqués à Voltri. Le lendemain , le général en chef eut encore un autre motif pour y renoncer.
Les troupes que je ramenais de mon expédittpn n'étaient pas entièrement établies sur les positions qu'elles devaient défendre autour de Gènes , que le général en chef reçut le faux avis de la retraite précipitée des Autrichiens vers Savone*. H n'y avait rien de vrai dans ce rapport ; mais nous désirions tous tellement qu'il en fût ainsi , que le général y crut, ou du moins il feignit d'y croire, et
i . Le général Masséna reçut le faux rapport de la retraite des Autrichiens, le 30 germinal , et la veille, il avait reçu un autre faux avis qui lui annonçait que les Autrichiens se préparaient à nous enlever, par escalade, la place de Gènes. Vofcî les deux lettres qu'il m'écrivit jwur m'en faire |>art :
j4u lieutenant général Soûl t.
a Gènes , 29 germinal.
ft Les nouveaux rapports que je reçois s'accordent encore sur l'attaque que l'ennemi doit faire, demain matin, sur plusieurs j)oints. Us vont même jusqu'à dire qu'il doit tenter une escalade, et qu'il y a, pour l'exécution de ce projet, plusieurs échelles de faites. Quoique je ne croie pas à ce rapport, il
il en fit répandre le bruit, afin de stimuler Tardeur des troupes. Il espérait pouvoir essayer encore un mouvement en avant, et tenter un dernier effort, pour joindre le lieutenant général Sucliet; car il se persuadait aussi que ce général , d'après les derniers ordres que le général Oudinot lui avait portés, avait pu faire une diversion assez puissante pour occasionner un grand mouvement dans l'armée ennemie , et qu*il s'avançait vers nous. Dans cette pensée , le général en chef me fit prévenir de disposer sur-le-champ, à Saint-Pierre d'Arena, un corps de sept mille hommes , pour marcher à la poursuite des Autrichiens. Cette troupe fut préparée d'autant plus vite, qu'elle était à peu près la
n en &ut pas moins se lenir sur ses gardes. Que vos réserves srâent prêtes à marcher , que tous les officiers généraux et auU^es, soient à leur [loste ; évitons (l*étre surpris, et l'ennemi échouera. Je vous souhaite le bonsoir, mon cher général.
« Mass^na. m
Ju lieutenant général Soult,
a Gènes , le 30 germinal , an vin.
A J'apprends que l'ennemi retire tous ses postes et marche à grands pas vers Savone. Ces nouvelles , mon cher général , doivent accélérer notre mouvement; préparez tout pour que deoiaiB, vers les trois ou quatre heures après-midi, nous puissions être en marche.
« Masséna. »
même que celle qui avait fait la dernière expédition. Nous devions prendre, en outre, trois petites pièces d'artillerie , un bataillon de patriotes italiens réfugiés , une compagnie de grenadiers piémontais , et une compagnie de soldats polonais , formée de déserteurs et de prisonniers qui avaient demandé à servir.
Des distributions extraordinaires en vivres, munitions et souliers , avaient été faites à ces troupes , et le i *' floréal , à huit heures du soir, la colonne allait se mettre en mouvement , lorsque le général en chef, qui devait marcher avec nous, ayant reçu des avis plus exacts sur la situation des ennemis , donna contre-ordre. Les corps reprirent alors leurs positions de défense autour de Gênes. La journée du 2 floréal fut employée à rectifier la répartition des troupes et à donner des instructions aux généraux et aux chefs de corps, sur le service que chacun avait à faire. Ce même jour, le général en chef fit payer, par la caisse de l'armée, deux louis à chaque officier blessé, pour l'aider dans ses besoins les plus pressants ; le nombre en était considérable, et ce secours donné à propos contribua à en sauver beaucoup.
Avant de commencer le récit de ce que nous flmes pour la défense de Gênes, j'ai à décrire l'état de la place , des forts et des ouvrages qui en dépendent , du terrain qui l'entoure , ainsi que
les positions prises par nos troupes et par celles des ennemis *.
La ville de Gênes est située au pied d'un am- D»»»;«p»i«»»
* Genrs.
pliithëàtre formé par deux crêtes détachées d'une arête des Apennins , et qui se prolongent vers la mer, en faisant un angle aigu entre elles. Leur point de départ est à environ trois mille toises du rivage. Parfois, leurs pentes sont assez adoucies pour être praticables; mais souvent elles présentent des escarpements prolongés , en se terminant brusquement. Deux torrents, la Polcevera et le Bisagno, en descendant des plus hautes montagnes , bornent , à l'est et à Touest , cet amphithéâtre imposant, dont le sommet est couronné en flèche par l'arête qui remonte , pour se rattacher à la grande chaîne de l'Apennin^ arête longue et étroite, entrecoupée de cols et de redressements brusques , et sillonnée, des deux côtés, par des ravins profonds. Les deux crêtes qui s'en détachent ont à leur base, en arrivant à la mer, une ouverture de deux mille toises ; leur développement, d'environ huit mille toises, est entièrement occupé par la première enceinte ; la seconde enceinte n'embrasse que le tiers de l'amphithéâtre, et resserre la ville entre un ravin intérieur qui
1. Les fortificatioDS de Gènes ont été tellement augmentées, dans les dernières années, qu'on a peine, aujourd'hui, à reconnaître ce qui existait en ISOO.
partage Taire du grand triangle en deux parties négales , et le pied de la première enceinte, du côté du levant , qui est baigné par le Bisagno.
\ l'ouest du grand ravin intérieur, l'espace est occupé , sur le rivage , par les dépendances du port jusqu'à l'extrémité de la première enceinte , au bout de laquelle est un phare appelé la Lanterne. Le môle neuf, qui couvre la partie du port située à l'ouest, vient s'y appuyer ; l'un et l'autre sont iimiéâ de (brtes batteries , qui se croisent avec celles du vieux môle , situé du côté opposé , pour défendre l'entrée du port. Du côlé de terre, et à l'extérieur, la batterie de la Lanterne dirige aussi des feux sur les issues du faubourg de Saint-Pierre d'Arena , traversé par la Polcevera. Ce faubourg est entore soumis aux feux d'un ouvrage à tenaille, tracé sur un saillant du grand côté ouest de la première enceinte , pour fouiller dans les ravins , qdi déversent dans le faubourgs et jusqu'aux bords de la Polcevera , en remontant vers Rivarolo.
Les deux enceintes sont revêtues ; leur tracé est irrégulier, mais il saisit tous les replis du terrain , de manière à éclairer les points accessibles , et à y croiser des feux ; les remparts sont larges et leurs communications faciles. Un bastion aigu, nommé fort de l'Éperon , que l'on considère comme la clef de la place , est au sommet dû triangle. En partant de ce point , et en remontant la grande
arête, on trouve, à huit cents toises plus loin , deu]i mamelons jumeaux connus sous le nom des Deux- Frères, qui sont occupes par des ouvrages de campagne ; au delà , il y a un col ; plus loin encore, à cinq cents toises des Deux-Frères, el à la naissance des ramifications du terrain , s'élève le fort à étoile nommé le Diamant, qui a pour destination d'éloigner les approches.
Tel est Tensemble des fortifications de la première enceinte , à Touest et au nord de Gènes ; mais à Test, afin de retarder les approches du front d'attaque, en avant de la porta Pila et de la porta Romana, ainsi que pour éloigner de la ville les dangers du bombardement , on a élevé , en divers temps, des forts détachés et des retranchements sur les hauteurs qui sont entre le Bisagno et la Sturla. Ces forts complètent le système de défense extérieure, et ils pouvaient, malgré le mauvais état où Jls étaient alors , empêcher, pendant longtemps , l'ennemi d'y former des établissements. Le plus rapproché de la place est le fort Santa- Thecla , situé entre les hauteurs de Saint-Martin d'Âlbaro et de la Madone del Monte ; il établit la communicatioii avec le fort Richelieu , placé sur le mont Manego ; enfin, en tirant vers le nord , entre ce dernier fort et la vallée supérieure du Bisagno , se trouve le fort de Quezzi , sur le mont Valpara. Ces trois forts sont liés entre eux et avec
la place par des ouvrages de campagne , qui assurent leurs communications et leur donnent des appuis. Les principaux sont à Quezzi, à la Madone del Monte , à Santa-Âgatha , et à Saint-Martin d'Albaro. Ainsi les contre-forts détachés des masses du monte Ratti et du monte Fascio, dont les versants s'étendent en pente douce jusqu'à la plage de la rivière du Levant , entre les embouchures du Bisagno et de la Sturla , se trouvent occupés et parfaitement éclairés, dans toutes leurs parties.
Enfui 5 du côté de la mer, entre Fembouchure du Bisagno , qui baigne le pied de Tenceinte au levant 9 et l'extrémité du vieux môle, la ville est défendue contre les attaques de mer par de fortes batteries placées sur un rempart bastionné, qui couvre le quartier le plus populeux de Gênes. Mais ces batteries ne réussissent pas toujours à empêcher des bâtiments ennemis de s'approcher de la côte, qui est élevée et acore, et de s'em-. bosser à portée de lancer des bombes. Cela est arrivé , à plusieurs reprises , pendant la durée du siège, et nous avons eu beaucoup à en souffrir.
Il suffit de cette description pour juger que la défense de Gênes est toute à l'extérieur, et que, dans leur ensemble , les fortifications tracées sur ce lerrain irrégulier offrent un système complet de camp retranché, dont le fort de l'Éperon est la clef. Un inconvénient très-grave de ce système
est de dépendre d'iui seul point ; car si l'ennemi s'en empare, tout le reste est entraîné , jusqu'à la première enceinle ; et celle-ci, qui forme le corps de place, cessant en même temps d'être couverte par les forts détacUés au delà du Bisagno, qu'on est forcé d'abandonner, parce qu'ils ont perdu leurs appuis, devient le dernier refuge des assiégés. Mais alors celte enceinte, qui est dominée et mal défilée , quoique son tracé soit plus régulier que celui de la seconde enceinte , ne peut plus servir qu'à favoriser une courte résistance, pour obtenir une meilleure capitulation.
Les ouvrages des deux enceintes et le fort du Diamant étaient assez bien armés en pièces de gros calibre; mais il y manquait des pièces de campagne. L'arsenal était aussi dépourvu d'objets de rechange. On suppléa à l'insufTisance de ce matériel, aux dépens de la marine ; et les produits d'une fabrique de poudre, établie dans Gènes avant la reprise des hostilités, couvrirent, en parlie , le déficit journalier des consommations.
Voici maintenant quelle était la position des troupes. Le général Miollis, commandant la première division , et ayant sous ses ordres les généraux d'Arnaud et Vouillemont , était chargé de garder le front du levant , qui comprenait tous les ouvrages détachés en avant du faubourg d'Âlbaro, la rive droite de la Sturlâ jusqu'à hauteur du fort
iLsÂu^.
Richelieu, le Monle-Ratti, le Monte-Rignano, et la vallée du Bisagno jusqu'en arrière de Santo- Goitardo, o^ il liait ses postes avec ceux jetés, en avant du fort de l'Éperon, sur le revers oriental de la montagne des Deux-Frères. Le chef de bataillon Donadieu commandait , sous le général MioUis, au fort Richelieu, et le chef de bataillon Desportes au fort Santa-Thecla .
Le général Gazan, ayant sous ses ordres les généraux Cassagne et Spital , devait garder, avec la deuxième division, tous les ouvrages, forts et bastions, dépendant de la place de Gênes, qui se trouvent depuis le fort du Diamant inclusivement, jusqu'au poste de la Lanterne exclusivement , en y comprenant la position des Deux-Frères , le fort de l'Eperon , la Tenaille , le faubourg de Saint- Pierre d' Arena et les bords de la Polcevera jusqu'à Rivarolo, d'où une ligne de postes s'étendait, sur le revers de la montagne , en remontant vers les Deux-Frères, pour éclairer les passages de la TorloUa et le débouché de Bigato. Le chef de bataillon Bertrand commandait au fort du Diamant, où il avait deux cents hommes de garnison, et le chef de bataillon Castillon, avec une égale force, au fort de l'Éperon.
Le général d'artillerie Sugny avait le commandement du front et des batteries de la marine, depuis la Lanterne jusqu'au Lazaret inclusive-
ment. Le chef de division de marine Sibille commandait le port y et Tadjudant général Degiovaui était chargé des détails intérieura d« la place. Enfin une réserve générale^ formée par la brigade du général Poinsot, prise dans la troisième division, se réunissait toutes les nuits, en cas d'alarme, sur la place de l'Aqua-Verde, pour marcher au secours des points qui pouvaient être sérieusement menacés.
La force des Autrichiens qui nous étaient direi^itement opposés varia , suivant la vivacité de nos attaques^ et la proximité des autres opérations auxquelles se livra le restant de leur armée, dirigé par )e général en chef Mêlas en personne. Cependant nous n'eiimes jamais devant nous moins de vingt-quatre mille hommes (dont quatre mille paysans bien organisés), formés en deux corps, aux ordres des généraux comte de HoheuzoUern et de Palfy , qui étaient eux-mêmes sous le commandement du lieutenant général Ott, chargé du »ége« Les principaux points que ces troupes occupèrent, pour former la circonvallation de la place, furent, en arrière de Nervi, sur le Monte- Fascio et le Monte-Creto, sur l'arête du Diamant, devant Teggia, dans la Polcevera, et sur les hauteurs de la Coronata. L'escadre anglaise, commandée par Tamiral Keith , nous fermait la mer.
La journée du 2 floréal s'était passée , de notre
part, à rectifier l'emplacement des troupes et à donner aux chefs des instructions. De leur côté , les ennemis traviillèrent avec ardeur à élever des retranchements , et se disposèrent pour pénétrer, le lendemain , dans le fauboui^ de Saint-Pierre d'Arena. Eu effet, avant le jour, ils firent déboucher deux colonnes : l'une passa la Polcevera, entre Saint-Pierre et Rivarolo , suivit le revers du terrain de la Tenaille , et chercha à gagner la batterie de la Lanterne , pour couper la retraite à deux de nos bataillons qui gardaient le fauboui^ ; l'autre colonne attaqua de front ces mêmes bataillons, et les poussa vivement, dans l'espoir d'entrer pêlemêle avec eux dans la ville. Ce dernier mouvement obtint d'abord un demi-succès ; le régiment autrichien de Nadasti s'était emparé de la première barrière et touchait presque à la seconde , lorsque le général Gazan , qui arrivait à la hâte , la fit fermer et lever les ponts : « Marclions aux ennemis et plus de retraite , s'écrie-t-îl ! » La charge bat, le faubourg est repris. En se retirant, le colonel de Nadasti , qui avait déjà perdu une partie de son monde, demande aux prisoîiiiicrs qu'il emmenait le plus court chemin pour regagner Cornegliano. Le capitaine Chodron de la 25* légère lui en indique un , à travers un jardin qui n'avait pas d'issue. La colonne autrichienne s'y engage, la grille est refermée, et six cents pri-
DU iMAl\ECHAL-GK>EHAL SOLLJ . 97
soimierSy dus à la présence cFespril de cel ofiicier, restent entre nos mains. Nous rentrâmes dans nos postes y et dans la journée nous échangeâmes les officiers de Nadasti , contre ceux qu'ils nous avaient enlevés dans la matinée. Ce coup de main manqué par les ennemis ne nous coûta qu'une trentaine d'hommes et fut lout à notre avantage ; il nous fit aussi sentir la nécessité de donner plus de développement aux ouvrages de Saint- Pieire d'àrena. Afin d'opposer des difficultés insurmontables aux entreprises des ennemis^ les clôtures des jardins, des traverses et des barricades dans les rues , des batteries et de bons épaulements , tout fut perfectionné , nuit et jour , de manière qu'avec un peu de surveillance il n'y eut plus rien à craindre de ce côté.
Jusqu'au 1 floréal (1 avril) on ne fit , de part et d'autre , aucune entreprise sérieuse ; seulement de notre côté , des reconnaissances étaient envoyées , tous les matins j sur la circonvallation ennemie , afin d'éclairer les travaux qu'on y faisait, et d'avoir des renseignements. La reconnaissance du 7 passa la Polcevera, entre Rivarolo et Saint - Pierre , pour aller, au-dessus de Cornigliano , faire démasquer les forces autrichiennes qui étaient campées dans les replis dés hauteurs de la Coronata. On trouva ces forces supérieures à ce que nous
en pensions, et, après quelques heures d'en- III. 7
98 MEiMOlRES
gageaient, nos troupes reprirent leurs posi* tions.
Chacune dt c^s reconnaissances amenait des prisonniers, :et on cherchait à attirer des déserteurs autrichiens, dont les rapports, confirmés par nos émissaires, nous faisaient pressentir de prochaines entreprises* C'étaient de grands mouveinents de troupes, des amas considérables de matériau^iL , le transport d'une grande quantité d'échelles, des signanx, des menaces^ enfin l'auge mentation de la flottille ennaniie. Depuis quelques jours, on remarquait des canonnières napolitaines, sondant la cote et destinées à protéger une attaque générale, à laquelle devaient participer plus de vingt-cinq mille hommes. On était dans l'attente de l'événement , lorsque le 4 floréal , à deux heures du matin , une vive fusillade fut engagée par les Autrichiens aux avant-postes de la position des Deux^Frèr^s, et successivenient sur les deux fronts jusqu'à la mer, où les Anglais commencèrent le bombardement. Au Ponant, une batterie de six chaloupes canonnières prit en flâne les retranchements de la marine , pour favoriser l'at-* taque de Saint-Pierre d'Arena, par un corps au-» trichien sorti du camp de la Coronata, Le village de Rivarolo fut attaqué ; en même temps, plusieurs charges curent lieu de ce côté ; le chef de brigade Godinot les repoussa avec vigueur : il fit des pri-
DU MA11ÉCHAL-GÉ>ÉRAL SOLLT. 99
sonuiersy et se maintint sans perdre du ter*
ram.
Cette dernière attaque n'était qu'une diversion, Bauiiie
, ■ , du 10 flor
afin d attirer nos forces au couchant de Gènes, et de favoriser Fattaque beaucoup plus sérieuse du levant. Les ennemis n'engagèrent celle-ci , qu'à six heures du matin. Tout à coup, plusieurs colonnes se portèrent à la fois sur le faubourg de Saint- Martin d'Albaro et sur le fort de Santa- Thecla , qu'elles occupèrent , malgré Topiniâtre résistance du général d'Arnaud ; sur le fort Que/.zi , qui n'était pas encore en état de défense, et d'où nos troupes durent se retirer sur le fort Richelieu, que la fermeté du chef de bataillon Donuadieu nous conserva y et sur les retranchements de la Madona del Monte , confiés à l'habileté du chef de brigade y ouillemont , qui repoussa l'emiemi. Pendant ce temps, l'escadre anglaise s'était approchée du port , et elle ne cessait de bombarder la ville , pour y exciter un soulèvement. A neuf heures, une troisième attaque nous enleva l'importante position des Deux-Frères, et le commandant du fort du Diamant reçut , du général de HolienzoUern , la sommation de capituler. Le chef de bataillon Bertrand lui répondit avec dignité, et garda son poste. Cependant notre position était devenue très-critique , il fallait reprendre tout ce que nous venions de perdre , ou nous résoudre à
soutenir 9 la nuit suivante, un assaut général par escalade , comme les ennemis semblaient s'y préparer. Cet assaut eût été livré , à la fois , au corps de place, sur le front d'Albaro; au côté de la mer, sous la protection du feu des vaisseaux anglais; au fort de FÉperon, et à la seconde enceinte, dont les ouvrages étaient à découvert.
J'étais avec le général Masséna, faisant des dispositions de défense, à la Madona del Monte, pour empêcher les Autrichiens de s'établir dans le faubourg d'Albaro, d'où ils auraient pu bombarder Gènes , quand nous apprîmes que les Autrichiens venaient d'enlever les Deux-Frères.* Il fallut, dès lors, prendre des mesures plus efficaces et nous préparer à vaincre l'ennemi , à tout prix. Nous convînmes que le général en chef se chargerait de diriger en personne la première division, pour chasser les ennemis des positions qu'ils nous avaient prises , entre le Bisagno et la Sturla, et qu'aussitôt l'engagement commencé, j'irais, avec une brigade de la 2* division, reprendre la position des Deux-Frères, et débloquer le fort du Diamant.
Avant de prononcer son mouvement, le général Masséna, pour relever sa droite, dirigea le général d'Arnaud sur la Sturla , en suivant le bord de la mer et en masquant sa marche par une ligne de tirailleurs placés devant Saint Martin
DU MARÉCHAL-GÉNÉRAL SOIJLT. iOl
d'Albaro : le général Otlavi eut ordre de le protéger avec un bataillon. Tous les deux réussirent; les Autrichiens y menacés d'avoir leur retraite coupée s'ils restaient dans le faubourg, voulurent gagner la Sturla ; mais, atteints au passage, ils furent écharpés , et on leur fit quatre cents prisonniers. Déjà Tadjudant général Hector suivait la crête qui lie la Madona del Monte au Tort Richelieu , pour tourner le Monte Ralli , tandis que le général Poinsot, à la tête de deux bataillons de la 3* demi-brigade de ligne, commandés par le digne colonel Mouton, allait reprendre le fort deQuezzi.
De l'emplacement du fort on domine les hau- comiMt teurs voisines. Les ennemis en avaient apprécié l'importance, comme nous; ils s'y étaient concentrés, et, résolus de s'y maintenir, ils travaillaient aux fortifications et attendaient nos troupes, de pied ferme. Notre première attaque fut vivement repoussée ; à la seconde , le général Masséna s'y porta lui-même avec quatre compagnies de réserve, et, l'épée à la main, il renouvela le combat. En même temps, le général MioUis chercha à déborder la gauche des retranchements, et le commandant du fort Richelieu exécuta avec sa garnison une vigoureuse sortie. L'action fut des plus rudes ; trois fois, de part et d'autre, on en vint à se battre à coups de crosses et à coups de pierres. A la fin, le général Masséna l'emporta, et
de Queiaû
d02 MÉMOIRES
le fort de Qiiezzi lui resta avec trois cents prisonniers. Le général Miollis, secondé par le général Poinsot et par les adjudants généraux Thiebauld, Hector et Andrieux, en prit trois ceiils autres, au ^moment où il fit sa jonction en arrière de Quezzi; il enleva encore un bataillon dans les deux dernières redoutes du Monte Ratti, et il y trouva liuit cents échelles destinées à Fescalade de Gènes. Ces divers mouvements étaient protégés , sur la gauche , par Tadjudant général Gauthier, qui contenait dans la vallée du Bisagno une colonne autrichienne, et qui lui fit aussi des prisonniers.
Il ne fallait rien moins que la présence du général en chef pour vaincre les ennemis à Quezzi ; ils y avaient l'avantage de la position , et une supériorité de nombre hors de proportion avec nous ; leurs troupes étaient dans le meilleur état, les nôtres étaient exténuées. En pareille circonstance, d'autres chefs auraient pu trouver qu'ils avaient déjà bien assez fait pour Ihonneur de nos armes; Masséna ne pouvait s'en tenir là, son âme de feu demandait la victoire ; il l'exigea, et elle lui fut fidèle. En allant à la charge, il s'aperçut que les soldats étaient intimidés , et qu'ils doutaient du succès. « Nous avons juré de Vaincre, leur dit -il, et de ne rentrer dans Gènes qu'en triomphe. » L'énergie de cette apostrophe assura le succès.
des Deux-Fi^
DU MARÉCHAL-GÉNÉRAL SOllLT. W^
Pour mon compte * le serment que j'avais fait combat de reprendre les Deux-Frères, n'était pas non plufi bteti facile à tenir; les difficultës étaient telles^ qu*on pouvait sans honte les regarder comme insurniontablês ^ Avec l($s faible^ moyens dont je dispMais. Ils consistaient en quinze cents hommes des 106% 97* et 63* de ligne, fort bonne troupe , mais par trop inférieure en force à celle que j'allais cotnbattrei J'opérais sur un terrain élevé) hérissé d'aspérités, où six mille hommes, que le général de Hohenzollern y avait établis ^ avec du canon, perfectionnaient les retranchements que nous y ayions commencés, et les tournaient contre nous. Cependant il fallait tout surmonter et réus^ sir; l'honneur, le salut de l'armée, et l'exemple de ce qui se passait au delà du Bisagno^ nousTimpo* «aient également. C'était le cas d'une noble rivalité^ qui porte le& hommes à se surpasser euX'^mémes ; mes soldats le comprirent en voyant les progrès de la droite; Quand le général Masséna arriva devant Quezzi, je jugeai qu'il était Bê^et dvanoé pour que je pusse engager le combat ^ de mon côté. 11 était cinq heures du sdir; ma troupe, impatiente^ n'attendait que le signal de charger à la baïonnette ; je le donnai, et je défendis, sous peine de déshonneur^ de tirer un seul coup de fusil ^ aidant qu'on eût forcé les ê^tranchements et que les ennemis fussent en déroute i On me répondit par le cri de :
En (lisant! J*avais formé trois colonnes d'allaque; j'étais, répée à la main , à la tête delà principale, composée de huit cents hommes de la 1 06* demibrigade; un bataillon de la 97' appuyait ma droite, et le général Spital conduisait, à ma gauche, un fort détachement de la 63" de ligne, destiné à prendre à revers les ouvrages des Autrichiens , que j'abordais de front. En approchant des Deux-Frères, nous fûmes accueillis par un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Sans y répondre, nous continuâmes à gravir. Le général Spital pénètre le premier dans, les retranchements ; les ennemis , étonnés de son audace , tourbillonnent et font effort pour le repousser. J'arrive, avec l'intrépide 106*; la 97* nous suit, et la mêlée commence. Les x^utrichiens sont abattus à coups de baïonnettes, pris aux cheveux, corps à corps, ou terrassés à coups de crosses ; ils cèdent enfin, et se rejettent dans la Poloevera , vers Teggia , et sur Terrazza , au delà du fort du Diamant , qui se trouva ainsi débloqué*
Nous restâmes maîtres de l'indispensable position des Deux-Frères ; nous la trouvâmes mieux fortifiée que nous ne l'avions laissée, et couverte d'un nombre considérable de blessés abandonnés par les Autrichiens. Le beau régiment de Joseph Colloredo y fut presque entièrement détruit et son colonel tué ; nous y primes aussi une immense
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quantité ^'échelles, destinées à l'escalade du fort de rÉperon, et trois pièces de canon. Ces avantages^ joints à ceux que la droite avait obtenus j élevèrent la perte des ennemis y pendant cette journée, à plus de quatre mille hommes , sur lesquels seizM cents prisonniers de guerre entrèrent dans Gènes*, Comparativement à celles des Autrichiens , nos pertes furent, grâce à la rapidité de nos mouvements, très-légères quant au nombre ; mais une perte cruelle pour Tarmée fut celle du chef de brigade Mouton, de la 3* de ligne, qui eut le corps traversé par une balle , à la prise du fort de Quezzi; il fut regardé comme blessé mortellement; cependant, à force de soins, on parvint à sauver cet officier du plus haut mérite , et à
1 . Avant le blocus, on avait, de part et d'autre, échangé ou remis sur parole quelques officiers et des employés de Tadministration non combattants ; les autres prisonniers de guerre , qui tombaient en nos mains , étaient dirigés sur la France. Mais on ne put leur donner cette direction, du moment où les communications furent interceptées. Cependant le nombre des prisonniers autrichiens augmentait tous les jours ; il s'éleva à huit ou neuf mille hommes , dont nous ne savions que faire , puisque , manquant pour nous-mêmes de subsistances, nous étions sans moyens pour les nourrir. Le général Masséna proposa au général en chef ennemi de les lui remettre, pourvu qu'il nous rendît à Gènes un nombre égal (le Français, ou bien qu'il se chargeât de leur entretien , en envoyant par mer les vivres nécessaires. Le général Mêlas s'y refusa, dans l'espoir que ce surcroît de consommation
le rendre à Tarmée dont il est devenu un des chefs les plus éminents^ J'ai déjà cité ceux qui se firent le plus reraattjuer à l'attaque dirigée par le général en chef* A la mienUe ^ j'eus à faire Véloge de toute la troupe et je désignai , comme s'étant plus particulièrement distingués ^ le gëué» rai Spital ^ Tadjudant général Gauthrin, mon chef d'état<>major , et le chef d'escadron Souli^ moil frère.
De pareils faits devaient nécessairement exercer une grande influence sui* la nature et sur la durée du blocus. Aussi ^ dès le lendemain et tous les jours suivants ^ jusqu'à la fin , nous Rmès la remarque que les ennemis , étonnés de notre ré»sistance et de leurs pertes^ comptaient bien moins , pour nous réduire , sur leurs forces que
nous affamerait plus tôt. INous étions dans l'impuissance de donner raison à cet odieux calcul , el les prisonniers en fa-« rent les victimes* On les avait embarqués sur des bâtiments stationnés dans lé port$ afin de prévenir les mouvements qu'ils auraient pu exciter parmi la population de Gènes ; et le gou^i vernement ligurien devait les comprendre dans les distribua* tions qu'il faisait au peuple. Mais il ne donnait qii'tm peu de mauvaise soupe aux herbes, tout à fait insuffisante pour sou^ tenir des corps vigoureux et accoutumés à une bonne noui^ riture. Aussi» livrés à une faim dévorante» ils mangèrent lenra havresacs, leurs souliet's , leurs gibernes ; ils finirent même par se dévorer entre eux, et la plupart terminèrent leurs horribles souffrances en se jetant à la mer.
i . Le maréchal comte de Lobau.
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sur notre épuisement, et qu'ils étaient^ bien plus occupés d'empêcher les secours de nous arriver que de renouveler leurs attaques. Ces résultats confirmèrent aussi nos troupes dans le sentiment de leur supériorité j et dissipèrent les alarmes que les habitants avaient éprouvées à la vue du dan* ger. Quand les craintes sont vives, s'il survient un bonheur inespéré , on est naturellement disposé à passer , d'un extrême à l'extrême contraire; ce fut le cas de la population de Gênes. Dans la journée du 1 floréal , elle était tremblante et désespérée j le matin ^ et transportée d'enthousiasme, le soir , à la rentrée de nos troupes dont elle exaltait le courage. Ces témoignages si bien mérités ajoutaient au juste orgueil que l'armée éprouvait, et contribuaient à lui faire supporter les privations et les souffrances qui , de jour en jour, s'appesantissaient sur elle.
Cependant le général Masséna , voulant mettre à profit cette heureuse disposition des troupes ^ ordonna , le 1 2 , de grand matin , une forte reconnaissance sur la position de la Coronata , afin de s'assurer si les Âutricliiens avaient fait quelque mouvement, comme certains avis l'annonçaient, et s'il était possible de pousser jusqu'à Sestri , pour y enlever un dépôt de subsistances qu'on savait y être arrivées. Le chef de brigade Godinot eut ordre d'inquiéter l'ennemi sur le
d08 MÉMOIRES
front de ]a Polcevera , et le général Gazan fut chargé de l'attaque de la Coronala qu'il devait prendre à revers, en débouchant de Rivarolo. Je me réservai d'appuyer ce mouvement avec la brigade du général Poinsot que je plaçai au-dessus de Rivarolo , en travers de la Polcevera.
F^e général Gazan aborda franchement la gauche de la ligne autrichienne; il touchait à une forte batterie , qui déjà se retirait , et il obligeait \m régiment ennemi à mettre bas les armes lorsque, blessé à la tête par une balle, il dut se retirer avec plusieurs autres officiers également blessés . L'adjudant général Fantucci, militaire très-distingué, qui servait auprès de moi , fut tué dans l'instant où une réserve autrichienne vint rétablir le combat . Nos troupes , forcées de plier , étaient aussi menacées d'avoir leur retraite coupée par les chasseurs de Bussi et par un régiment de hussards hongrois lancés au galop dans la Polcevera; mais ceux-ci vinrent se heurter sur ma ligne de bataille et furent repoussés par son feu. Libre de ce côté , j'accourus alors vers la troupe qui revenait de la Coronata ; je me plaçai en avant d'elle , pour couvrir son ralliement, et j'arrêtai la poursuite des Autrichiens. Nous n'avions plus , de part ni d'autre , intérêt à continuer l'engagement , nous le laissâmes s'éteindre, et, peu après, chacun rentra dans ses postes. Cette affaire, que nous
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aurions peut-être bien fait d'éviter , n'eut d'autre résultat que d'occasionner des [)ertes réciproques ; elles furent même assez considérables pour donner lieu à une trêve de trois quarts d'heure , afin d'enlever les morts et les blessés des deux côtés ; mais le général en chef la fit rompre, quand il vit que les ennemis en profitaient pour débaucher nos soldats et pour lier des communications avec
la ville.
Les huit jours suivants se passèrent sans événement remarquable ; on se borna au service ordinaire , aux reconnaissances , à pousser les travaux pour améliorer les points de défense , surtout le fort de Quezzi qui fut mis en état de résister à une attaque de vive force*. Les ennemis augmentèrent aussi leurs ouvrages, et nous les vîmes couvrir de nouvelles battei'ies le camp de la Coronata. Quelques nouvelles que nous parvenions à recevoir , entretenaient nos espérances et nous faisaient redoubler de vigilance , pour ne pas être surpris. L'adjudant général Reille , chargé par le premier Consul de dépêches qui annonçaient la marche de l'armée de réserve, était rentré
1. Des Iravaux, qu'on peut appeler gigantesques, furent faits, en trois jours et trois nuits , au fort de Quezzi , et les troupes y déployèrent, malgré leur état de faiblesse, une ardeur qui n'était pas moins extraordinaire que leur courage sur le champ de bataille.
lieureusenaent à Gènes , avant Taffaire du 1 floréal.
Le 1 3 y des émissaires nous prévinrent qu'au Monte Creto, les Autrichiens avaient reçu deux mille hommes de renfort , et qu ils se disposaient encore àtenterTescaladede Gênes. Le lendemain ^ on apprit que ce qui restait de cavalerie devant nous, se dirigeait sur le Piémont. Le 1 5 , un petit bâtiment chargé de grains eut le bonheur d'échapper à Fescadre anglaise, et il nous apporta des vivres pour cinq jours. Le 1 8 , un autre émis* saire vint nous faire part qu'on avait entendu une forte canonnade dans la direction de Turin , que les Français marchaient sur Milan , et que dix mille Autrichiens , conduits par le général Mêlas , avaient passé à Sassello , pour se rapprocher du E^. Cette nouvelle é.tait encore très-prématurée. Le même jour et le 1 9 , la flottille napolitaine , réunie à Tescadre anglaise , lança des bombes dans les faubourgs de Saint-Pierre d'Arena et d^Albaro. Enfin , le 20 , le général Ott , commandant le blocus, prévint le général Masséna que son armée, ainsi que Fescadre, allaient exécuter une salve générale, pour célébrer une victoire remportée sur le lieutenant général Suchet. En effet, nous entendîmes un feu roulant d'artillerie, sur terre et sur mer , accompagné de décliarges de mousquo* terie et de fanfares de musique.
DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOULT. ill
L'importance que les ennemis parurent attacher à cette nouvelle nous Ht juger qu'elle était suspecte y et que c'était une ruse pour nous intimider. Nous faisions encore le calcul que , si la nouvelle était vraie , elle prouvait que les Autrichiens étaient hors de la direction que Tarmée de réserve allait suivre , et qu'ils facilitaient ainsi les opéralions de cette armée , où étaient tous leurs dangers et toutes nos espérances. Aussi , loin d'éhran- 1er notre constance , ils aiïermirent la résolution que nous avions prise de résister jusqu'à la dernière extrémité. Les souffrances avaient produit chez nous un tel degré d'exaltation que rien n'était capable de nous ébranler , quoique , de jour en jour, nous vissions empirer notre situation. Nos regards fixés vers les plaines de la Lombardie, nous réglions les marches du premier Consul , sans tenir compte des relards forcés qu'il pouvait éprouver, ni calculer les distances. Noire impatience le supposait , à tout moment , près d'arriver, el nous faisait voir les ennemis en pleine retraite. Nou$ étions si convaincus de leur prochain départ , que nous observions leurs mouvements, pour prendre nous-mêmes part à notre délivrance, el nous tenions les troupes prêtes à marcher au premier signal.
Pleins de ces idées , nous jugeâmes , le général Masséna et moi , que la circonstance du succès ,
dont les ennemis se réjouissaient, pouvait leur inspirer de la sécurité et nous servir à prendre notre revanche. Nous arrêtâmes d'aller , jusque dans leur camp , chercher des approvisionnements , pour gagner encore quelques jours. La faim nous pressait d'agir, et, en différant, nous devions craindre que nos forces affaiblies ne manquassent entièrement. Nous fixâmes la première attaque au lendemain. Je proposai au général Masséna d'aller moi-même enlever le camp autrichien qui était sur le Monte Fascio , pendant qu'il ferait passer la Sturla au général Miollis, pour attaquer les ennemis au Monte Parisone. 11 dirigerait ensuite cette division sur le point que j'allais attaquer, et, en même temps , une autre colonne , conduite par l'adjudant général Reille , irait prendre position en avant du Monte Ratti.
i)ini)jitdu Ces dispositions ainsi réglées, le 21 floréal
(11 mai) a cinq lieures du matai , je reunis sur les glacis de la porte romaine deux mille cinq cents hommes des 25® légère, 2% 3® et 4** de ligne, aux ordres des généraux d'Arnaud et Poinsot, ahisi que la 78® de ligne, commandée par l'adjudant général Gauthier. Après avoir forcé la ligne des postes autrichiens , nous partîmes pour remonter la vallée du Bisagno. Je dirigeai l'adjudant général Gauthier sur Bavari, où était un camp ennemi, en lui enjoignant de se mettre à sa place et d'y
DU MARÉCUAL-GÉJSÉRAL SOULT. ii3
rester; il y réussit. Je continuai mon mouvement par Bisantino , Olmo , Prato , Olivette et Cassolo , où je passai la rivière , ralliai ma troupe et lui fis prendre du repos, hors de la vue du camp ennemi de Monte-Creto, devant lequel un de mes détachements se présentait, seulement pour le reconnaître.
A droite, on avait attendu que je fusse en pleine marche, pour commencer le mouvement. Le général Miollis enleva d'abord les premières positions des ennemis sur le Monte- Parisone, et poussa sa pointe jusqu'au pied du Monte-Fascio ; mais chargé à son tour avec beaucoup de vigueur , il fut rejeté sur la Sturla. La réserve protégea son ralliement à Saint-Martin d'Albaro, et le général Massénalui fit reprendre ses postes du matin, pour mettre sa troupe en état de me seconder, si cela devait être nécessaire.
Mon feu avait cessé , et toute communication avec Gênes m'était interceptée. I-.es ennemis , en repoussant le général Miollis, avaient aussi replacé leui's postes dans le Bisagno ; j'en étais peu inquiet ; je voulais me faire oublier en avant du pont de Cassolo, et j'y restai tranquille, pendant quelques heures, en gardant l'embranchement des chemins qui conduisent à Torriglia , à Campanardigo et à Savignone. Quand ma troupe fut reposée, je la remis en mouvement par Terrasso. Arrivé à III. 8
il4 MÉMOIRES
hauteur de Campanardigo , un détachement autrichien vint me reconnaître ; je le fis enlever. Derrière lui , j'aperçus une colonne qui se rendait du Monte-Fascio au Monte-Cornua ; je pressai ma marche, pour la prévenir à une position intermédiaire ; mais il fallait gravir un terrain hérissé de rochers et coupé par d'affreux précipices; nous les franchîmes, au moyen d'échelles que nous portions. Parvenu au delà, je donnai ordre au général d'Arnaud d'attaquer, avec cent hommes de la 25* légère, les premiers pelotons qui se formaient déjà sur la hauteur au-dessus de lui. Il n'est pas possible de montrer plus d'intelligence, ni de bravoure, que le général d'Arnaud n'en déploya. Les Autrichiens étonnés , sont enfoncés , et nous restons maîtres de cette importante position, où nous coupions, aux troupes du Monte-Fascio, la retraite sur Torriglia et sur le camp du Monte- Cornua.
Le début était encourageant; mais le plus difficile nous restait à faire , et j'allais m'engager de plus en plus. Là division autrichienne du Monte- Fascio , qui , le matin , avait repoussé le général MioUis, se voyant perdue, si elle ne m'arrêtait, se hâta de se réunir. Je me ralliai aussi , et quand je me remis en marche, les ennemis s'étaient déjà ébranlés pour m' attaquer. Les deux colonnes s'arrêtèrent à cinquante pas l'une de l'autre, éga*
DU MARECHAL- GÉNÉRAL SOULT. i i »
leraent étonnëes de se voir de si près, et prêtes à s'aborder. Le général de Gotterlieim , qui commandait la colonne ennemie, lança sur mes flancs, dans les bois et à travers les ravins , des dëtache^ ments pour m'envelopper. Il secondait mes désirs, en aflaiblissanl ainsi son centre. Je le laissai faire ; et, le voyant dégarni, je lui envoyai le chef de brigade Godinot en parlementaire , pour le sommer de faire mettre bas les armes à sa troupe, sinon elle serait passée au fil de Tépée; ce langage était nouveau pour lui , et il refusa avec hauteur , comme je m'y attendais. Je renouvelai alors à mes soldais la défense quie je leur avais faite aux Deux-Frères, de tirer, et j'ordonnai la charge à la baïonnette. Nous eûmes bientôt franchi, au pas de charge, le court espace qui nous séparait ; le choc Tut si rude , que les ennemis ne purent le soutenir ; un grand nombre périt sous nos coups ; d'autres trouvèrent la mort , en se jetant dans les précipices. Une partie voulut regagner le camp, au somrnet du Monte-Fascio ; mais notre feu , commençant alors, les empêcha de s'y rallier; le camp fîit emporté, le combat cessa , et je m'arrêtai pour recueillir les prisonniers , pendant que mes braves soldats se partageaient les vivres abandonnés par l'ennemi , dans sa fuite.
Je restai une heure sur le Monte-Fascio , où je fis briser plus de trois mille fusils , que nous ne
pouvions emporter. J'y ramassai seize cents prisonniers, et je fis partir le général d'Arnaud pour Nervi, afin d'enlever Jes établissements ennemis qui s'y trouvaient, et de prendre en route les détachements autrichiens qui s'étaient égarés. J'envoyai aussi une colonne au Monte-Parisone, et je repartis pour Gênes, un peu avant la nuit. Le général d'Arnaud compléta la victoire, en prenant, à Nervi , deux pièces de canon , beaucoup de munitions, de nouveaux prisonniers et un peu de vivres. Il y fut joint par un détachement que le général en chef fit partir d'Albaro.
D'après les rapports qui nous parvinrent , la perte des ennemis, dans la journée du 21 floréal, fut de quatre mille hommes, dont deux mille prisonniers de guerre , et les autres tués , blessés ou égarés. Le général de Gotterheim se sauva presque seul quand, il vit l'entière défaite de sa troupe. De mon côté, je n'eus que quatre-vingts hommes hors de combat. Nous ne pouvions répondre avec plus d'éclat ni d'une manière plus prompte à la nouvelle que le général Ott nous avait donnée, la veille, et il dut être surpris qu'elle eut produit un effet si contraire à ses espérances.
Pendant mon expédition, voici ce qui se passait a Gênes. Après que l'attaque de droite eut échoué, et lorsque j'eus dépassé la ligne des postes autrichiens , on referma derrière moi les portes et
toutes les issues conduisant au Bisagno. Jusqu'au soir, il n'y eut aucune communication. Le général Masséna, inquiet de ne point recevoir de mes nouvelles , avait porté en avant , vers les quatre heures de l'après-midi, un détachement qui occupa le Monte-Ratti, et qui se mit en rapport avec Tâdjudant général Gauthier, que j'avais laissé au camp de Bavari ; mais ce dernier ne put pas non plus donner de mes nouvelles. On n'entendait pas mon feu, de mon côté personne ne revenait, et les ennemis répandaient le bruit que j'étais enveloppé, pris ou tué. Cette rumeur, accréditée par la malveillance , inspira la consternation ; la nuit était venue, et l'on s'était retiré, dans la pensée que j'étais perdu avec toutes mes troupes. Le général en chef, rentré chez lui, attendait avec anxiété d'être éclairé sur mon sort , lorsqu'un billet du commandant du fort de Richelieu, que lui fit passer le général Miollis, l'instruisit qu'on avait entendu, avant la fin du jour, une vive fusillade, dans la direction, mais au delà de Monte-Fascio. Elle ne pouvait venir que de moi ; on en tira la
conséquence que la nouvelle de ma défaite était au moins prématurée. L'espérance renaît alors et on s'écrie que je vais reparaître. Le général Masséna accourt à ma rencontre, transporté de joie; tout le monde le suit. Quelques instants après, j'embrassais mon ami, et je lui présentais les trophées que
je rapportais \ 11 voulut annoncer cette victoire par la musique nûlitaîre, et faire^ à Tinstant, illu* miner la ville. Le lendemain, il fit rendre aux ennemis leurs salves de réjouissance de la veille. Ma rentrée à Gènes eut un air de triomphe. Je ne sus répondre au& félicitations qui me furent adressées^ qu'en citant les bravés qui m'avaient si admirablement secondé ^ entre autres le général d'Arnaud) l'adjudant général Gauthier^ les chefs de brigade Godinot et Perrin, les chefs d'escadrons Soult^ mon frère , et Lavilette, l'adjoint Brousse^ le lieutenant Mamart^ etc. Je rendis aussi compte au général en chef du trait d'héroïsme et d'abnégation qui s'était passé sous mes yeux^ à l'attaque du Monte-Fascio, et que l'histoire doit conserver. La 25'' demi-brigade légère et la 24* de ligne ne s'étaient pas trouvée^ à côté l'une de l'autre , depuis que la première avait été chargée de désarmer la seconde ^ lors de la désertion ^ à l'intérieur ^ d'une partie de l'ancienne armée d'Italie. L impression qui était restée de ce désarmement avait paru si profonde , qu'on s'était cru
i . Je n'amenai à Gènes que seize cents prisonniers^ parmi lesquels se trouvaient un colonel , un lieutenant- colonel, deux majors et cent cinq autres officiers. La fatigue des troupes, les difficultés des chemins et l'obscurité de la nuit furent cause que quatre centfc de mes prisonniers échappèrent ou se jetèrent dans les précipices , en voulant se sauver.
obligé de tenir éloignés Tun de Tautre ces deux corpS) qui rivalisaient de gloire. Mais nous dûmes nous affranchir de cette gène, (|uand les pertes journalières eurent sensiblement réduit le nombre des combattants. C'était la première fois que ces demi-brigades étaient rapprochées. Arrivées sur le champ de bataille , la communauté de danger et l'enthousiasme qui les anime, font abjurer Tinimitié passée; les soldats s'embrassent et confondent leurs rangs , par un mouvement spontané ; rivaux de courage , s'ils ne peuvent se surpasser entre eux, ils veulent combattre et vaincre réunis; j'y consens , et la victoire eti est la récompense. On ne cite de pareils traité que dans les armées françaises.
La journée du 22 floréal fut consacrée au repos; c'était le moins qu'on pût faire pour des troupes exténuées , qui n'avaient repris leurs postes I que bien avant dans la nuit. H fallut aussi remplacer les munitions consommées , distribuer quelques vivres, et disposer d'autres troupes pour les nouveaux combats que nous voulions livrer le lendemain, car j'ai toujours pratiqué, autant que je l'ai pu, le principe de faire alterner les troupes dans le service. Nous employâmes ce temps à régler les dispositions d'une nouvelle attaque, sur l'opportunité de laquelle nous étions parfaitement d'accord. La victoire du 21 parais*
sait nous promettre un succès plus décisif, si nous parvenions à empêcher les ennemis de remplacer leurs pertes. Nous avions d'ailleurs les mêmes motifs pour agir : la faim nous pressait et ne nous laissait pas le temps d'attendre que nos restes de vigueur fussent éteints.
Les vues du général en chef différaient des miennes, quant à l'exécution. Il demandait que j'allasse à Rapallo et à Porto-Fino , pour enlever le grain qu'on pourrait y trouver; je devais emmener moins de deux mille hommes de troupes et cinq cents marins ou portefaix. Des ordres furent donnés en conséquence. Mais, le soir, le général d'Arnaud rendit compte qu'ayant poussé une reconnaissance jusqu'à Sori, il y avait été attaqué par quinze cents Autrichiens, qui l'avaient obligé à rentrer à Nervi, d'où il détachait des postes sur Bogliasco , et qu'il n'avait pas trouvé de vivres à Sori. Malgré cet incident , le général Masséna persista à suivre son projet, et il m'en renouvela l'ordre. Je croyais préférable d'attaquer les ennemis au Monte*Creto , et je représentai au général en chef : V que les forces dont je disposerais ne pouvaient être supérieures à celles qui venaient de repousser le général d'Arnaud de Sori, et qu'il me serait ainsi bien difficile d'arriver, d'un trait, à Rapallo, parce que le chemin, tracé sur le flanc de la montagne, était dominé
par un amphithéâtre de jardins, ayant des murs de six à huit pieds d'élévation, et formant autant de reUraochements , derrière lesquels les Autrichiens seraient inexpugnables ; 2** qu'en admettant, néanmoins, qu'après avoir forcé l'importante position de Hua , je parvinsse à Rapallo , le restant de la journée ne me suffirait pas pour faire enlever, à Porto-Fino, les grains qu'on y supposait ; qu'étant ainsi obligé de remettre mon retour au lendemain, je rencontrerais vraisemblablâment les troupes que les Autrichiens avaient au Monte-Creto , et qu'As en feraient encore descendre, par le Monte-Comua, pour me couper ma retraite a Nervi ou à Recco, pendant que je serais embarrassé de mon convoi ; 3^ que ne pouvant me servir de la mer, puisque les canonnières ennemies étaient embossées près de la côte , et qu'ayant un trajet par terre de cinq lieues, je ne pourrais faire emporter, par les cinq cents portefaix que j'emploierais , guère plus de cinq cents quintaux de grains, représentant seulement une demi-journée de subsistance pour la garnison et pour les habitants ; 4® que pour obtenir ce faible résultat, il fallait passer par toutes les chances : de battre les ennemis, de les éloigner de leurs potions, d'arriver à Rapallo et à Porto-Fino, d'y trouver du blé, ce qui était incertain, de pouvoir y rester le temps nécessaire au chargement , et de
n'éprouver aucun obstacle au retour 5 5* qu'il suffirait de manquer une de ces chances, pour compromettre Texpédition , dont la durée nous exposerait à des dangers sérieux.
Enfin je proposai au général en chef de substi-tuer à soa projet , dont l'exécution me paraissait trop chanceuse et trop peu utile, l'attaque du Monle-Creto , qui était le point central des positions occupées par les ennemis autour de Gènes , et la clef de la circonvallation. Je lui fis observer que^ si cette opération réussissait, elle amènerai! infailliblement la levée du blocus , et qu'elle nous laisserait maîtres d'aller jusque vers Sestri et Voltri du ponant^ par les derrières de la Coronata^ ou sur le golfe de Rapallo | dans le levant, en revenant par le Monte-Fascio ; qu'ayant ainsi agrandi notre horizon, il était probable que nous trouverions de quoi yivre , jusqu'à l'arrivée des secours , soit par ce que nous prendrions dans les établisse* ments autrichiens, soit par les ressources que nous trouverions dans les communes de l'extérieur.
J'étais si convaincu de la préférence à donner à ce plan sur le premier, à la fois par les avantages que nous pouvions en retirer, et en raison des inconvénients qu'il nous faisait éviter, que je le soumis, de confiance , au général en chef Nouft le discutâmes, et sa bonne foi lui fit reconnaître
DU MARÉCHAL-GÉNÉRAL SOULT. iK
que mes observations étaient fondées. Il approuva mes vues y nous convinmes des dispositions, et je le quittai^ après minuit, sans pressentir, plus (|iie lui, qu'une catastrophe m'attendait*. Quelques heures avant de partir, le 23 floréal (1 3 mai) , je donnai Tordre suivant au général Gazan :
ce Je vous préviens, mon cher camarade, que le (>>mbat mouvement que je devais diriger, ce matin , sur Rapallo, vient d*étre contremandé , et que les dispositions suivantes auront lieu :
« Aujourd'hui, vers cinq heures du matin, je
i. L'auteur du Journal du siège et du blocus de Gênes dit que le général Masséna eut le pressentiment que T expédition du Monte-Creto ne serait pas heureuse. Des pressentiments ne sont pas des raisons sérieuses , et le général Masséna en jugea bien ainsi; car à la suite d'une longue conférence, à laquelle assistait l'adjudant général Andrieu, et oii toutes les raisons, pour et contre, furent minutieusement examinées et débattues, le général Masséna se rendit complètement à celles que je lui donnais, pour faire préférer Texpédidon du Monte- Creto à celle de Rapallo, et il se détermina en conséquence.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce dernier projet n'était pas une conception du général Masséna, et qu'il lui avait été suggéré par quelqu'un qui ne devait pas même être chargé de son exécution.
Ijorsqu'il s'agit d'assurer, par quelques opérations militaires, des succès aux troupes d'une ville assiégée et manquant de tout, il faut que toutes les chances, comme les moyens , soient calculées de telle façon , que le résultat , s'il
i2i IVIÉMOIRES
partirai avec quatre demi-brigades, pour me porter sur le Monte-Creto , où j'attaquerai Tenuemi par son flanc gauche et ses derrières, afin de Tobliger à abandonner ses positions et les retranchements qu'il occupe dans cette partie. Pendant que j'exécuterai ce mouvement , et aussitôt que vous me verrez engagé, ou que mon feu vous annoncera que je suis aux prises avec l'ennemi, vous l'attaquerez avec vigueur, en avant du fort du Diamant ; vous ferez en sorte de le culbuter, et dans sa retraite, de lui enlever le plus de monde possible. Il est vraisemblable que l'ennemi, en se retirant, se rejettera en partie sur Buzzala, et en
n'est pas des plus avantageux , ne soit pas au moins des plus défavorables, et ne risque pas de tout compromettre. Le projet d'expédition sur Rapallo présentait ce grave inconvénient. En pareil cas , une expédition bien calculée est la seule convenable, quoique son résultat puisse ensuite ne pas répondre à l'attente qu'on en avait. Qui n'a vu , à la guerre, les meilleures dispositions échouer, par des accidents qu'il était impossible de prévoir ? Ainsi la mort ou la prise d'un chef, un orage qui a grossi des torrents et arrêté subitement la marche d'une troupe, un renfort inattendu que l'ennemi a reçu, et une foule d'autres causes sont souvent venues déranger les meilleurs calculs. Cependant , à la longue et dans la plupart des cas, c'est le calcul qui l'emporte sur le hasard. Aussi un chef, qui est chargé d'une responsabilité, ne peut pas prendre ses conseils du hasard ; il doit tout peser et tout calculer. Ce qu'on appelle une inspiration n'est qu'un calcul rapidement fait.
partie sur Campo-Maroue ; vous surveillerez ceux qui prendront cette dernière direction; je me chargerai des autres. Notre jonction devra s'opérer sur les hauteurs du Monte-Creto et vers les retranchements des Autrichiens. Faites en sorte qu'elle soit prompte ; elle doit décider de nos succès ultérieurs.
ff Je me réfère à l'instruction que je vous ai envoyée, hier au soir, pour ce qui concerne le front de Bigato et de Saint-Pierre d'Arena. Pour votre mouvement, vous pouvez disposer de toute la 106« demi-brigade, de la 92' et 97* de ligne. Le général en chef se rendra près de vous, dans la journée. »
C'était le dernier effort que, dans notre épuisement, nous pouvions hasarder. On fit tout ce qui était possible pour mettre les troupes en état de le soutenir. Animées de l'espoir d'une nouvelle victoire , et bien disposées , elles se mirent en marche, vers six heures du matin. La colonne dont je pris la direction fut réunie sur les glacis de la porte Romaine ; elle se composait des 3* légère , 2*, 3% 24* et 62* de ligne, qui, ensemble, formaient à peu près deux mille quatre cents hommes. Je plaçai , à l'avant-garde, l'adjudant général Gauthier, avec la 3* légère et la 62* de ligne ; le général Poinsot eut la brigade formée par les
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2* et 3* de ligne; la 24% que je destinais à seconder l'attaque du gënëral Gazan , commença par suivre mon mouvement. Je remontai la vallée du Bisagno ; les postes autrichiens que nous y trouvâmes, furent aisément repoussés jusqu'au pied du Monte-^^reto. L'adjudant général Gauthier gravit, après eux , la première hauteur de cette montagne escarpée, et s'y établit, à la suite de deux charges vigoureuses qui rejetèrent les ennemis dans leurs retranchements, et le rendirent maître du plateau ; mais il dut arrêter sa marche, pour attendre le général Poinsot.
Le général Gazan était parti , en même temps, des Deux-Frères, et il avait pris, à droite, au delà du fort du Diamant , pour attaquer, sur la montagne des Quatre- As, un corps autrichien, qui y occupait de fortes redoutes, en avant de son camp. Le général Spital commença, sur ce point, l'engagement; il fut secondé, au revers opposé, par la 24* demi-brigade, que j'avais détachée, à cet effet, en passant le Bisagno. Cette double attaque fit retirer les ennemis de leurs premières positions , et la 24* s'établit, de manière à prendre en flanc leur ligne ; son feu devint trè^vif. Le général Poinsot, qui en était encore assez rapproché, croyant que sa présence pouvait y être nécessaire, se détourna pour y aller, et laissa l'adjudant général Gauthier s'engager seul vers le Monte-Creto. J'étais près de
ce deraier, à Tavant^garde , quand j*appris le changement de direction que s'était permis le gë* néral Poinsot. J'en fus très-mécontent , et je lui envoyai Tordre de rentrer sur-le-champ dans la direction que je lui avais prescrite ; il arriva sur le plateau du Monte-Creto , après que la dernière charge eut conduit l'adjudant général Gauthier devant les retranchements ennemis.
En ce moment, un orage des plus violents vint éclater sur nous ; sur le point élevé où nous nous trouvions, une pluie torrentielle et les éclats du tonnerre nous enveloppaient de toutes parts. Le mouvement fut nécessairement suspendu; nous le reprimes, aux deux attaques, aussitôt que la tempête eut cessé. Sans doute, nous eussions mieux fait de nous retirer, après avoir reconnu que les ennemis s'étaient renforcés, et qu'ils se trouvaient beaucoup plus nombreux que nous ne lavions supposé, en allant à eux; en outre, l'oi3ge avait considérablement augmenté toutes les difficultés qui, auparavant, étaient déjà bien assez grandes. Les vêtements, les armes, le sol, tout était trempé; nous n'avions plus pied sur ces pentes rapides, nous glissions, nous ne pouvions plus avancer et à peine nous tenir sur place ; le vent était d'une violence extrême, et les soldats, grelotant de froid , n'avaient plus d'énergie. Cependant, nous étions en présence, et presque
entremêlés, au point où la tempête nous avait surpris. Dans cette position, aussi imprévue qu'extraordinaire, il était impossible de faire le moindre mouvement, dans un sens ou dans l'autre, sans qu'il devînt général et sans qu'il nous fût contraire.
A l'attaque du général Gazan , le général Spital avait pris, avant l'orage, les premières positions des Quatre-As. Quand la pluie ne tomba plus par torrents, il voulut ranimer ses troupes et faire effort pour les lancer. Quelques pelotons seulement le suivirent. Les ennemis venaient à lui, avec des forces très-supérieures ; pressé par eux , il cherche à se rallier; son cheval est tué, luimême est blessé et obligé de se retirer. Vainement l'adjudant général Reille , qui le remplace , veut donner aux soldats une nouvelle impulsion. Leur enthousiasme s'est éteint , ils ne l'écoutent plus. Ne pouvant les faire avancer, il est forcé de re- ' noncer au combat et de se rapprocher des Deux- Frères.
Rien ne pouvait être plus défavorable à l'attaque de droite , que ce qui se passait à celle de gauche. L'effet immédiat fut de faire manquer la diversion sur laquelle j'avais compté, et de laisser aux ennemis la liberté de diriger sur moi toutes les forces qu'ils avaient de ce côté. Malheureusement , je ne l'appris que quand j'en sen-
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tis les coups. Jusque-là y j'étais trop engagé pour y remédier , ou trop éloigné pour connaître , à temps, ce revers, qui devait m*étre fatal. A l'arrivée du général Poinsol sur le plateau de Monte- Creto, j'avais donné ordre à l'adjudant général Gauthier de recommencer l'attaque, et d'enlever les premières redoutes des ennemis; il les avait prises, sans la moindre hésitation, et nous y étions restés enfermés pendant l'orage. Les Autrichiens vinrent ensuite pour les reprendre ; nous les défendîmes à outrance , corps à corps , mais la supériorité du nombre l'emporta. Nous nous ralliâmes, et nous chargeâmes de nouveau. A cette reprise, les ennemis furent encore enfoncés; nous restâmes dans les redoutes , et nous (imes tomber la seconde ligne des retranchements , où un colonel et cent cinquante prisonniers restèrent en notre pouvoir. Le camp de Monte-Creto fut également pris , brûlé et dépassé ; mais un premier malheur vint nous frapper , au milieu de ces succès, qui devaient être les derniers. Le brave, l'infiniment brave adjudant général Gauthier, officier du plus rare mérite , qui s'était surpassé dans cette journée, fut grièvement blessé par une balle, et il dut se retirer. Je fis remplacer sa brigade par celle du général Poinsot , que je portai en avant.
Nous touchions au moment où la fortune qui , III. 9
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jusque-là', nous avait été si favorable, allait nous devenir contraire. Le général comte de Holienzollern , qui m'était opposé ^ commandait aifôsi les troupes autrichiennes établies aux Quatre-As^ et contre lesquelles Tattaque du général Gazan venait d'échouer. Assuré qu'il n'avait plus rien à craindre de ce côté, il s'était hâté d'en r^rer un fort détachement , et de le diriger sur le Monte- Creto ^ où je pressais vivement le restant de sa division. A l'arrivée de ce secours, les ennemis réunissent toutes leui*s forces, et marchent sur la brigade du général Poinsot, passée à l'avant-garde un instant auparavant . Je venais de rallier celle de l'adjudant général Gauthier ; je me mets à sa tête, et je me porté au soutien delà première brigade. Tout semblait nous proinettre, après ce dernier efibrt , un succès décisif. J'entre en ligne au delà du camp ennemi , le feu y était très- vif et presque à bout portant. Pour en finir, je •me dispoise à exécuter une charge générale ^ quand lis blessé une halle vient fracasser ma jàfnbie droite. Je tontt)è ; on m'entoure ; quelqu'vif i^écria que je suis mort ; on le croit , en voyant mon chapeau qu'on emporte. Les uns veulent m'enleivet*) les autres me défehdre. Je reprends connaissance, j'ordonne qu'on me laisse et qu'on repousse les ennemis. A ma voix, la troupe se ranime et moniire encore un reste de vigueur; mais c'en
et risonnier
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est fait de iios progrès : tout ciiange à notre désavantage. Les Autrichiens , qui ont remarqué de rhésitation dans nos rangs, deviennent audacieux. De notre côté, on chancelle, les rangs flottent, quelques soldats commencent à s'éloigner, ils sont suiviii par d'autres , ils ne s'arrêtent même plus dans les retranchements que nous venions de prendre, et où les chefs s'efToï-cent , eti vain , de les i-etenlr. Le général Polnsol, ladjudant général Gauthrin , mon chef d'étal-major , et le brave chef de brigade Peri'in , qui fut tué litte demiheure après , ne peuvent non plus se fdire écouter ; ils sont elUiainés dans la déroute et forcés de redescendre dans le Biscigno , où ils sont heureusement recueillis par le 24" de ligne , qui revenait des Quatre- As.
Ma chute avait malheureusement entraîné la défaite de mes compagnons d'armes, au moment où nous espérions recueillir le fruit de tant d'efforts, et réparer le mal que l'abandon de la colonne de gauche nous avait fait. Des soldats voului*ent ift'eiliporter; mais le sol était si glissant, sur ces pentôs rapides, qu'ils ne ])ouvaient y parvenir, et je les compromettais eux-mêmes, mêlés, comme nous l'étions, avec les ennemis. Je leur ordonnai de me laisser , et je les chai*geai de remettre mon dpée au général Masséna; je ne permis qu'à mon frère et au lieutenant Hulot,
tous deux mes aides de camp, de rester auprès de moi. Ils essayèrent à leur tour, mais sans plus de succès, de me retirer au moins du milieu du feu , en me portant sur un brancard fait avec des fusils ou sur leurs épaules. Ce ne fut qu'en me traînant sur le dos, et en tenant en Tair ma jambe brisée, que je parvins à gagner l'abri d'un rocher ; j'éprouvais de vives souffrances.
Le rocher nous préservait d'un premier danger , mais nous y étions exposés aux violences des soldats autrichiens, qui, pour s'arracher nos dépouilles, pouvaient nous faire un mauvais quartier ; ma montre et le peu d'argent que j'avais sur moi avaient servi à contenter les premiers, et nous n'avions plus rien à offrir pour satisfaire l'avidité des autres. Nous désirions nous remettre, le plus tôt possible, entre les mains d'une garde qui répondit de nous ; mais il n'était pas facile de la chercher. Mon frère méprisa le danger et fut à la rencontre des ennemis. Avant d'être reconnu, il manqua plusieurs fois d'être tué par les balles; il finit pourtant par arriver, et il demanda pour moi des secours. En apprenant que j^allais êlre son prisonnier , le comte de HohenzoUern s'empressa de m'en envoyer, et il me fit transporter dans une chaumière située en arrière du camp , où des chirurgiens autrichiens vinrent aussitôt appliquer le premier appareil à ma blessure.
Je reçus tous les secours qui pouvaient m'étre donnés; mais, soit prévention, soit qu en effet les chirurgiens autrichiens qui me soignaient manquassent d'instruction y comme leur gaucherie me le faisait craindre j je demandai au comte de Hohenzollern la permission de faire venir de Gènes le docteur Cothenet, chirurgien-major de la 25* demi-brigade légère, qui avait ma confiance. Il me l'accorda avec empressement, et j'écrivis au général Masséna pour le prier de me l'envoyer ; en même temps je rassurai le général Masséna sur mon compte, en lui donnant de mes nouvelles.
J'écrivis cette lettre, sur le dos du chirurgien autrichien qui me mettait l'appareil. 11 me faisait horriblement souffrir par sa maladresse, et il n'osait toucher à ma blessure, pour la dilater. Cependant l'opération était nécessaire pour prévenir les accidents qui, par la suite, auraient pu se déclarer. Impatienté, je la fis moi-même, après avoir ôté des mains du chirurgien son bistouri ; elle fut facile et peu douloureuse. J'ai attribué à cette prévoyance la promptitude de ma guérison.
Je passai la nuit au milieu d'un grand nombre Jesuistransp de blessés, qu'on avait placés dans la baraque où Alexandrie j'étais; leurs plaintes m'empêchaient de prendre aucun repos. Le lendemain, on me prépara une chaise à porteurs disposée en brancard ; trente soldats autrichiens, conduits par un officier, furent
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çomn^andés pour m'emporter, eii s^ relevant tour à tour. Qii mç donni^ ^u&s\ upohirurgien, jusqu'à l'arrivée c}vi docteqr Cotjien^t, et je fus transporte^ en six journées de niarche, à Alexandrie, où le palais de Tévêché ^le reçut. Mon frère et le lieutenant Hulot eurent la permission de me suivre et de rester ensuite près (le moij ils me furent d'un grand secours, et la satisfaction que j'éprouvai en conservant des an^is au^i^quels je devais la vie i ^e fu( aussi salutaire que les bqn^ traitements.
C'est a^i lieutepapt général coipte de HohenzQ^lern que je dois le^ sîofus et les égards affectueux qui me furent prodigués, pendant tout le temps qqe je restai au pouvoir des Autrichieiis. Je lui b} conservé une profonde reconnaissance, dont je tiens à consacrer encore ici le souveqir.