I.IVISH XV IMS. — CORUESl'ONDANCI^. 4i
mandement. Ce temps précieux, que j'aurais employé à rectifier le placement des troupes sur la gauche, se passa sans fruit. De lahsence du commandement naît l'anarchie, et de là le désordre. Cependant le temps s'écoule sans que l'ennemi entreprenne rien. Enlin à cinq heures, jugeant que la situation est favorable, l'ennemi attaque avec impétuosité cette gauche mal formée, les divisions combattant repoussent l'ennemi, en sont repoussées à leur tour; mais elles agissent sans ensemble et sans méthode : les divisions que j'avais appelées pour soutenir les premières se trouvent dans le cas de prendre part au combat sans l'avoir prévu; chaque général fait des efforts extraordinaires pour pouvoir suppléer par ses dispositions particulières à ce que l'ensemble laisse à désirer: mais, s'il peut y parvenir en partie, il ne le peut complètement. L'artillerie se couvre de gloire, fait des prodiges de valeur et au milieu de nos pertes rennemi en fait d'énormes ; il dirige des attaques sur Arapilès que le brave b20' défendait; il en est repoussé laissant plus de huit cents morts sur la place ; enfin l'armée se replie, évacue les plateaux et se retire à la lisière du bois; là l'ennemi fait de nouveaux efforts; la division Foy, qui se trouve par la nature des choses chargée de couvrir le mouvement rétrograde, est attaquée avec vigueur, repousse l'ennemi constamment. Cette division ainsi que son général mé-
iiS MÉMOIRES DU DUC DE lUGUSE.
ritent les plus grands éloges. Dès ce monieiU la retraite s'effectua sur Alba de Tormès, sans être inquiétée par l'ennemi. Notre perte s'élève à six mille hommes environ hors de combat ; nous avons perdu neuf pièces de canon qui^, étant démontées, n'ont pu être transportées ; tout le reste des bagages, tout le parc d'artillerie, tout le matériel de l'armée a été emmené.
« Il m'est difficile, monsieur le duc, d'exprimer les divers sentiments qui m'ont agité au moment où la fatale blessure que j'ai reçue m'a éloigné de l'armée; j'aurais échangé avec délices cette blessure contre la certitude de recevoir un coup mortel à la fin de la journée, pour conserver la faculté du commandement, tant je connaissais l'importance des événements qui allaient se passer, et combien en ce moment, où le choc des deux armées semblait se préparer, la présence du chef était nécessaire pour l'ensemble à donner au mouvement des troupes et pour en diriger l'action.
« Ainsi un moment de malheur a détruit le résultat de six semaines de combinaisons sages, de mouvements méthodiques, dont l'issue jusqu'alors paraissait certaine et dont tout nous faisait présager de recueillir les fruits.
c< Le 25, l'armée fit sa retraite d'Alba de Tormès sur Peiîaranda, en prenant sa direction vers le Duero. Toute la cavalerie ennemie atteignit noti-e
MVRE XV i:i<. — CnRHKSPONDANCE. AW
;<rrière-gar(le, composée de cavalerie el de la première division; celle cavalerie se replia et laissa celle division trop engagée; mais elle forma ses carrés pour résister à Tcnnemi. Un d'eux fut enfoncé, les autres résistèrent, et celui du 09' notamment tua deux cents chevaux à l'ennemi à coups de baïonnette; depuis ce temps, il n'a fait aucune tentative contre nous.
« Le général Glausel a le commandement de l'armée, et prendra les mesures que les circonstances exigeront. Je vais me faire transporter à Burgos, où jespère qu'avec du repos et des soins je pourrai me guérir des blessures graves que j'ai reçues, et qui m'affligent plus par l'influence funeste qu'elles ont eue sur les succès de l'armée que par les souffrances qu'elles me font éprouver.
c( Je ne saurais trop faire l'éloge de la valeur avec laquelle les généraux et les colonels ont combattu, et du bon esprit qui les a animés dans cette circonstance difficile. Je dois faire mention particulière du général Bonnet, dont au surplus la réputation est faite depuis longtemps; je dois également nommer le général Taupin, qui counnandait la sixième division. Le général Glausel, quoique blessé, n'a pas quitté le champ de bataille et a donné l'exemple d'une grande bravoure, et a payé de sa personne jusqu'à la fin. Le général d'artillerie Tirlet et le colonel Dijeon. commandant la réserve