OBSERVATIONS
hes explications précédentes font connaître d'une manière satisfaisante tous les malheurs de cette triste campagne; il ne manquait plus qu'une chose pour compléter les étranges aberrations de Napoléon, c'était de faire peser sur moi la responsabilité d'un mouvement que je n'avais exécuté que malgré moi et comme l'accomplissement d'un devoir impérieux d'obéissance, et c'est ce qui n'a pas manqué d'arriver.
Les ordres impératifs sont du mois de février, et n'ont pu être exécutés qu'à la fin du mois de mars.
A la fin de ce mois, ils me sont réitérés verbalement i)ar le coIoik^I Jardct, mou aide de camp, que
LIVRI-: \V BIS. — CORRESPO.XDANCE. iTl
Napoléon me renvoie, et qui me rejoint le 25. Le '28, j'entre en campagne, ignorant encore l'investissement de Badajoz. Le 4 avril, le prince de Neu(châtel m'écrit que l'Empereur me laisse carte blanche, mais cette dépèche ne me parvient qu'après la moitié du mois de mai.
Maintenant Napoléon, 16 avril, blâme l'opération exécutée, et dit que, puisque le feu était à la maison, il fallait marcher par Almaraz; mais c'est ce que je m'étais tué de lui re|)résenter; c'est ce qu'il a blâmé si directement et qu'il oublie; car si, six semaines plus tôt, le feu n'était pas à la maison, il était facile de reconnaître qu'il y serait mis bientôt, et alors il était sage de rester à portée pour pouvoir léteindre; il ne veut pas se rappeler que l'armée n'avait aucune mobilité et ne pouvait pas faire le moindre mouvement sans l'avoir préparé longtemps d'avance.
Au surplus, au milieu de ses reproches, de ses blâmes et de son humeur, il cherche une justification personnelle, et il prouve ainsi qu'il reconnaît ses torts, en disant qne les instructions étaient données à trois cents lieues de distance, ce qui faisait croire sans doute quà ses yeux elles n'étaient pas impératives. Mais alors il ne fallait pas les libeller d'une manière si précise; il fallait comprendre les raisons absolues qui m'avaient obligé à adopter un système purement défensif, en liaison et en combi-
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naison constante avec le Midi, seul système qui put remplir le triple objet de réunir promptement les troupes nécessaires pour livrer bataille, de vivre en repos, mais d'être toujours prêt à agir jusqu'à la récolte, en conservant précieusement les vivres économisés pour les mouvements qui deviendraient nécessaires.
Je le répète, si j'eusse gardé cette position, Wellington n'aurait rien osé entreprendre. Mais, du moment où le système d'une offensive impuissante a prévalu, il a pu agir avec sécurité, et un secours direct qui fût parti des bords de l'Agueda le 1" avril pour Badajoz, au moment où j'ai appris le commencement du siège, n'aurait rien produit d'utile, car je ne pouvais pas arriver à temps, puisque, dans la nuit du 6 au 7, la ville a été emportée, et la défense a été si courte, que le maréchal Soult, qui avait préparé les moyens de secours dont il pouvait disposer, et n'était occupé que de ce soin, n'est arrivé avec ses troupes en face des Anglais, à Alm'endralejo, à deux marches de Badajoz, que le 8, c'està-dire deux jours après la reddition.
La fin de la lettre du prince de Neufchâtel pourrait peut-être faire supposer que Napoléon attribuait à 1 humeur la conduite que j'ai tenue; s'il on était ainsi, il aurait été dans une grande erreur; car, assurément, il n'y a eu d'autres mobiles dans ma conduite que de la soumission; et cette soumis-
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sion était d'autant plus méritoire, que j'en connaissais d'avance les funestes ellets.
L'examen des lettres du général l'alfarelli, des 14, '20, 20 juin, et il juillet; celles du maréchal Jourdan et du roi d'Espagne terminent les commentaires.
Par les premières, on voit d'abord la ferme résolution du général Calfarelli d'envoyer à mon secours. On doit la croire sincère au moins ; mais cette intention se modifie bientôt. Les seuls mouvements des guérillas, exécutés dans le but de faire une diversion, l'effrayent. Il exagère les dangers, et bientôt, en homme faible, il perd la tète, et oublie son premier devoir, celui dont l'exécution touchait de si près au salut de 1 Espagne, et il reste absorbé par des intérêts misérables et devant des dangers de nulle gravité. En définitive, l'armée de ' Portugal reçoit l'assurance que l'armée du Xord ne lui apportera aucun secours de quelque importance.
La correspondance du roi est, en général, raisonnable, et il donne des ordres à chacun de me secourir suivant l'occurrence; mais ceux adressés au général Caffarelli ne produisent aucun effet sur l'esprit de celui-ci. Ceux envoyés au maréchal Soult n'ont pas été dans le cas d'être exécutés. Cependant le roi a eu plusieurs torts, dos torts tels, qu'ils ont amené la catastrophe : d'abord, de le pas penser plus tôt au secours qu'il pouvait m'apporter, même •
liypothétiquement, de ne pas le préparer et de ne m'en avoir pas informé, non plus que du parti qu'il prendrait si les circonstances l'y forçaient; au contraire, il s'est prononcé d'une manière tout opposée, et il m'a annoncé formellement, sans équivoque, que le maréchal Suchet, n'obtempérant pas à ses demandes, il ne pourrait rien faire par ses propres moyens. La lettre du maréchal Jourdan, du 30 juin, est explicite : elle ne laisse aucun doute et aucune espérance; elle me provoque même, dune manière réitérée, à livrer bataille sans retard. C'est la réception de cette lettre, celle des dernières du général Caffarelli et la certitude qu'Âstorga achèverait la consommation de ses vivres avec' la fin du mois, et la crainte de voir arriver le général Hill se réunir à Wellington, qui m'ont décidé à prendre l'offensive. D'après mes données, cette résolution était opportune et bien calculée, malgré la disproportion des forces; mais il se trouve qu'après m'avoir parlé dune manière si claire le roi change d'avis sans m'en prévenir. C'est le jour même où il part de Madrid qu'il m'annonce son mouvement. Évidemment, il a dû le préparer pendant huit ou dix jours au moins, et il m'en a fait un mystère. S'il m'avait seulement parlé de la possibilité d'un secours, assurément je l'aurais attendu; et, sans même le promettre d'une manière absolue, il oui pu me le laisser espérer. Au moment de son en-