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l'armée de Portugal, entre la Guadiana et le Tage, est un vaste désert absolument inculte, couvert de bois ou consacré aux pâturages. Les environs de Caceres et de Montanchès seuls offrent quelques ressources, et encore ces cantons ne produisent-ils guère que du vin.
(( L'Rmpereur ayant une sollicitude particulière pour le Midi, il semblerait que I année devrait stationner sur les bords de la Guadiana; mais, outre que, dans cette saison, tout le pays est peslilentie!, le même raisonnement que je fais pour un petit corps s'applique à l'armée entière; car, dans cette hypothèse, évidemment l'ennemi, marchant à Truxillo, où il peut se rendre avec la plus grande facilité, attendu qu'il existe de toutes parts de bonnes communications (jui arrivent sur ce point delà frontière du Portugal, l'armée serait fort compromise, et, dans tous les cas, serait forcée à une prompte retraite, qui équivaudrait presque à une défaite dans Popinion. D'ailleurs, l'armée de Portugal, n'étant pas aujourd'hui assez forte pour combattre seule l'armée anglaise, ne doit pas se placer de manière à être obligée de livrer bataille malgré elle, et avant que d'autres troupes soient entrées en communication avec elle. Il me semble que la communication de l'armée de Portugal avec PEstramadure, étant parallèle à l'ennemi, et |)ar suite découverte dans toute son étendue, s'oppose à
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ce que celle nrmée soit chargée de Badajoz et habituellement de cette frontière, taudis que, la communication de l'armée du Midi étant directe, quelle que soit la faiblesse du corps qu'elle porte en avant, celui-ci n'a ricii à craindre, même eu se rcpliiinl devant des forces supérieures, puisqu'il se rapproche de ses magasins et de ses renlbrls sans jamais risquer de perdre sa communication, aucun autre débouché n'étant offert à l'ennemi. Au pis aller, ce corps arrive sur une chaîne de montagnes, où peu d'hommes équivalent à beaucoup, ce qui donne le temps de rassembler les troupes de l'Andalousie pour déboucher ensuite. Il me paraît qu'il résulte de la situation des choses et des localités que l'armée de Portugal, stationnée sur le Tage, ne peut pas se charger de la défensive immédiate en Ëstramadure, mais bien de délivrer 1 Estramadure, tandis que les troupes de l'armée du Midi sont merveilleusement placées pour garder le pays sans se compromettre. Enfin que, dans l'hypothèse d'une guerre sérieuse sur la rive gauche du Tage, ce n'est jamais à l'armée du Midi à venir au secours de l'armée de Portugal, mais à l'armée de Portugal à aller au secours de l'armée du Midi. En conséquence, c'est à celle-là à s'engager la dernière, et, en dernière analyse, larmée de Portugal doit toujours agir en offensive en Ëstramadure. Triixillo est en outre un mauvais poste, et
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la division qui l'occupe ne devrait jamais y combattre, quand même l'ennemi se présenterait en force égale, parce qu'elle est encore trop loin du Rio del Monte, que l'ennemi pourrait passer avant elle. D'après cela, voici quelles sont les instructions que j'ai données au général Foy, qui commande à Truxillo : 1° de pousser de fréquents partis sur Merida et sur Caceres, afin d'avoir des nouvelles de l'ennemi et commimiquer avec les troupes légères de l'armée du Midi; 2° de placer une portion de son artillerie et de ses troupes à Jaraicejo, sur la droite du Rio del Monte, et, dans le cas d'attaque de la jiart de l'ennemi, de se replier sans combattre sur Jaraicejo, où il serait en sûreté pour quelque temps, attendu que le Rio del Monte, par la profondeur de son lit et l'escarpement de ses rives, présente un grand obstacle, surtout dans sa partie intérieure, et que l'ennemi ne pourrait le tourner qu'en remontant cette rivière et en s'exposant luimême à perdre sa communication si, sur ces entrefaites, le général Foy recevait des renforts qui le missent en état de reprendre l'offensive. Si le général Foy était forcé dans cette position, il se retirerait sur les hauteurs du Tage; les localités offrent la plus facile défense contre des forces extrêmement supérieures. J'y fais exécuter en outre des travaux qui en feront en peu de jours un excellent camp retranché pour une division. Je fais exécu-
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ter également des travaux qui assurent sa communication avec le fort construit sur le bord du Tage, mpèchent que cette division, en stationnant, ne soit jamais séparée de la rivière, et lui donnent toujours la faculté de la repasser. Ainsi, au moyen des dispositions prises, 1' j'ai des troupes sur le plateau de TEstramadure, qui voient ce qui se passe et nrinforment des mouvements de l'ennemi; "2° ce corps, forcé, par la marche de l'ennemi, à se replier, occupe des positions doù il est inexpugnable, et qui m'assurent la position, non-seulement de la rive gauche du fleuve, mais encore des hauteurs qui le dominent à environ une lieue, hauteurs que je regarde comme un beaucoup plus grand obstacle (jue le fleuve lui-même; 5° enfin, dans la position que j'ai donnée aujourd'hui à l'armée, cinq divisions pourraient être réunies au delà du Tage en quarante-huit heures si les circonstances l'exigeaient, et la sixième un peu plus tard. Il me parait donc que j'ai résolu le problème, puisque l'armée ne peut pas perdre la faculté de se porter en masse sur la rive gauche; qu'elle peut le faire toujours en très-peu d'instants, et que, de là, pouvant se jeter sur tous les points de l'Estramadure, elle garde cette province comme si elle y était stationnée, mais sans danger, et toujours maîtresse de ses mouvements.
« Dans le cas où il y aurait une impossibilité ab-
i5") MÉ.MOir.ES DU DUC UE l'.AGUSE.
solue à la division du général Foy de vivre à Truxillo, cette division repasserait le Tage; mais, afin de conserver toujours la possession des hauteurs de Miravete, je fais construire, comme faisant partie du camp retranché, deux forts qui ])()uri'ont être abandonnés à eux-mêmes, et qui, défendus par cent hommes, assurent toujours la possession du col, et, par conséquent, un débouché. Dans ce cas, j'enverrai de fortes reconnaissances toutes les semaines a Truxillo, sur la route de Merida et sur celle de Caceres, afin d'être instruit des mouvements de lennemi.
c( J'avais déjà ordonné la construction d'un pont sui" pilotis sur le Tage, et on s'occupe de la recherche des bois nécessaires à ce travail. J'ai fait construire deux têtes de pont avec des réduits qui avant cinq jours seront terminées et formeront une espèce de place susceptible d'être défendue par quatre cents hommes, et assez bonne pour être abandonnée à elle-même. Ce poste renferme mes magasins de vivres; et ces magasins s'augmenteront au fur et à mesure que j'en aurai les moyens. Comme pour placer sainement l'armée et trouver les moyens de la faire vivre, j'ai été obligé de l'établir en grande partie sur la rive droite du Tietar, dans la Yera de Placencia, et que le point naturel de rassemblement de l'armée, en cas de marche inopinée de l'ennemi sur elle, est sur la rive gauche