I.IVnE XV. - CORHESl'DNDANCK. i.-=i
(le cette liviùie^ jui fait coiistiuire trois ponts, dont un, celui qui est sur la route de Placencia, est couvert par une tête de pont. Cette disposition est nécessitée par la nature de la rivière du Tietar, qui ou douze heures de pluie croît de six à huit pieds. Toute mon artillerie est à Navalmoral, et la division de dragons dans les points des bords du Tage qui peuvent la nourrir. Enfin mon quartier général est à deux lieues du Tage, et je sais tous les jours, à douze heures de date au plus, ce qui se passe dans le cœur de l'Estramadure et dans les environs de Coria.
« Votre Altesse me mande que Tintention de l'Empereur est que, pour préparer l'offensive, j'occupe Alcantara et que je le fasse mettre en état de défense. C'est une opération que j'exécuterai aussitôt que j'en aurai les moyens, mais aujourd'hui je ne jiourrais pas l'entreprendre, et voici mes raisons : pour qu'Alcantara soit mis en état de défense, il faudra au moins un mois d^ travail; il faudra, vu la proximité de l'ennemi, tenir à portée des forces assez considérables; mais je ne saurais comment les faire vivre; il faut donc auparavant que j'aie ici des magasins considérables formés qui puissent suivre le mouvement des troupes, assurer leurs subsistances, et permettre de les tenir réunies; une fois cet objcl rempli, rien ne sera plus aisé que d exécutci' k's inlciitions de l'Empei'eur. D'ici à
■cette époque je ferai également rassembler les bois nécessaires aux réparations du pont d'Alcantara, afin que ce travail, qu'on regarde comme difficile, mais cependant comme praticable, puisse être exécuté sans retard. Indépendamment des motifs cidessus et qui me paraissent sans réplique, il devient indispensable de laisser l'armée en repos pendant les grandes chaleurs, sous peine de la voir fondre par les maladies; elle a besoin, non-seulement de repos pour sa santé, mais aussi de repos pour se réparer.
« J'espère que Sa Majesté conclura, du compte que je viens de vous rendre, que j'ai pris toutes les mesures convenables pour soutenir et secourir l'armée du Midi de tous mes moyens; et, quoique l'expérience m'ait déjà prouvé qu'il était bon de ne pas trop aompter sur la parole de M. le duc de Dalmatie et sur sa fidélité à remplir ses engagements. Sa Majesté ne rendrait pas justice à mon amour pour le bien public et à mon dévouement à son service si elle doutait que je ne fisse plus que mes devoirs en cette circonstance comme en toute autre. La promptitude, au surplus, avec laquelle je suis parti de Salamanque, le peu de moyens que j'avais à ma disposition, et qui m auraient autorisé à retarder de quelque temps mon mouvement pour les augmenter, sont, j'ose le croire, un garant de ce que je ferais à l'avenir, s'il en était l)esoin. Je n'hé-
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siterai jamais à aller avec tontes mes forces au secours (lu maréchal duc de Dalmatie lorscju'il le faudra; mais j'avoue que je redouterais extrêmement d'être dans une situation inverse.
« Il nie reste à parler à Votre Altesse de la situation dans laquelle se trouve; l'armée. Sa Majesté suppose que depuis plus d'un mois j'ai reçu les chevaux d'artillerie de la garde que le duc d'Istrie devait me fournir. Je les ai réclamés à plusieurs reprises, toujours en vain, et en ce moment le comte Dorsenne refuse d'une manière formelle de les donner, avant d'en avoir reçu un pareil nombre de France, <e qui évidemment est contraire aux intentions de l'Empereur; car. s il neùl pas voulu nie donner un secours immédiat, il aurait donné l'ordre de me les envoyer directement de France. Le comte Dorsenne annonce que, quand il aura reçu cinq cents chevaux, il n'en enverra que trois cent quatrevingt-sept; attendu, dit-il, qu'il doit faire entrer en compte cent treize chevaux que le duc distrie a donnés au prince d'Essling il y a trois mois, et qui me paraissent tout à fait étrangers à ceux-ci.
c< Il résulte de la non-exécution des ordres de Sa Majesté que l'artillerie de l'armée est aujourd'hui dans une situation pire que celle où elle était à l'époque où j'ai commencé mon mouvement, puiscju'il y a eu quelques pertes de chevaux, quelques pertes de bœufs qui n'ont pas été remplacés,
140 BIÉMOIUES DU DUC DK UAGUSE.
(■U dun autre côté, que les voitures d'artillerie qui doivent être prises à Salamanque et conduites à Madrid pour y être réparées n'ont pu y être envoyées.
« A l'époque de mon mouvement , voulant le faire avec rapidité, chaque régiment a formé un petit dépôt, dans lequel il a placé tous les hommes malingres et la plus grande partie de ses équipages. J'ai réuni tous ces petits dépôts à Toro, sous le commandement d'un officier supérieur. Ces dépôts ont avec eux les effets d'habillement, les ouviiers, etc. J'ai de même, pour la cavalerie, laissé à ces dépôts tous les chevaux à refaire qui auraient péri dans nos marches et qui, aujourd'hui, sont en état de servir. Aussitôt après mon arrivée à Badajoz, j'ai envoyé un officier pour faire partir tou ces dépôts pour Talavera, afin que l'armée, en arrivant ici, trouvât tous les secours dont elle aurait besoin; mais le duc distrie s'est opposé à leur départ. J'ai envoyé postérieurement, et à diverses reprises, des officiers pour renouveler les mêmes oi'dres; mais le comte Dorsenne s'y oppose également; de manière que je suis dans la pénible situation de voir s'écouler, sans Iruit et sans utilité, le temps de repos que les corps pourraient employer si utilement à se mettre en état d'entrer en campagne. A mon départ de Salamanque, j'ai fait évacuer tous mes malades sur Valladoiid, parce
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(jiie Salamanque riait assez découvert, -lai |)lacé à Valladolid un officier supérieur, pour réunir et commander tous les honunes sortant des hôpitaux, un officier, et certain nombre de sous-officiers par ch;ique régiment, afin de former des détachements au fur et à mesure de leur guérison. Quinze cents hommes sont en état de rejoindre; mais, au lieu de me les renvoyer, on leur fait faire des détachements et divers services à l'armée du Nord, de manière que ces hommes, qui sont sans solde, sans aucun secours, qui ont assez d'officiers pour les conduire, mais non pour les commander dans le service, se dispersent partout, désertent ou se soustrayent au service de mille manières différentes, et seront en grande partie perdus pour leurs régiments. J'ai réclamé en vain; il règne en Espagne un esprit d'égoïsme et de localité qui est funeste au service de l'Empei'cur et quil est urgent de réprimer, -le demande, avec la plus vive instance, à Votre Altesse d'écrire à M. le comte Dorsenne d'une manière tellement impérafive, qu'il envoie, sans plus de retard, les cinq cents chevaux qui me sont destinés, et qu'il ne se permette plus de retenir ni un seul soldat ni un seul cheval qui appartienne à l'armée de Portugal. Enfin, monseigneur, })uisque le Nord me devient à peu près étranger, je demande également à Votre Altesse qu'on relève et qu'on me renvoie la garnison de Ciiidad-ilodi'igo.
H'2 MÉMOIliES DU DUC DE RAGUSE.
« Les rapports que je reçois des mouvements de l'ennemi sont : que deux divisions anglaises se sont portées dans le Nord et sont cantonnées près de la Coa, qu'une division est à Castel-Branco, et que la plus grande partie du reste de l'armée, qui était restée sur la rive gauche du Tage, est en marche pour prendre des cantonnements en arrière. »
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMOiM'.
« P.iris, le \ ;ioûll8H.
a J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, monsieur le maréchal, votre lettre du 15 juillet. Des secours de toute espèce sont en mouvement pour renforcer votre armée; de nouveaux régiments de marche se forment à Paris. Sa Majesté espère qu'au moment de la reprise des hostilités, qu'on suppose devoir être en septembre, vous aurez plus de six à sept mille hommes de cavalerie et quatre-vingts pièces d'artillerie bien approvisionnées et bien attelées.
c< Par les nouvelles de Londres, il paraît que les Anglais renforcent leur armée. Tout porte à penser qu'ils parviendront à remplacer les pertes qu'ils ont éprouvées dans la campagne qui vient d'avoir lieu.
« La cinquième division, que les Anglais envoient sur le Tage, est vraisemblablement pour ob-