‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 53 sur 139 · I.IVHE XV BIS · texte numérisé non relu

I.IVHE XV BIS

vaux la force de ma cavalerie en dix jours de temps.

Le général Bonnet, avant d'avoir reçu mes ordres, instruit du mouvement de l'armée anglaise et isolé dans les Asturies avec très-peu de munitions, prit la sage résolution d'évacuer cette jirovince, dont la sortie pouvait être difficile si l'enuemi se fut mis en mesure de s'y opposer. Ayant pris position à Re\nosa, il put exécuter promplonient l'ordre qui lui fut donné de se rendre sur le Uuero.

Les milices portugaises se montrèrent sur l'Esla, à l'embouchure de cette rivière et vers Benavente; mais desimpies démonstrations suffirent pour les contenir. Pendant ce temps, l'armée de Galice avait formé le blocus d'xVstorga.

Ainsi, en face d'une armée qui avait douze mille hommes d'infanterie et deux mille cinq cents chevaux de plus que moi, qui pouvait recevoir d'un jour à l'autre le corps de Hill, composé de douze mille hommes, je voyais encore mon flanc droit et mes derrières menacés.

Jaccablais le général Caffarelli de mes lettres et de mes demandes; je le sommais d'exécuter les dispositions arrêtées par l'Empereur; mais, après m'avoir fait de magnifiques j)romesses, il baissait chaque jour de ton et trouvait toujours de nouveaux prétextes pour ne faire aucun effort en ma faveur.

Il m'écrivit que les bandes de Regnovales, Pinta et Longa étaient en mouvement. 11 y avait pitié de

sa part à mettre ainsi en balance les intérêts de l'Espagne avec ceux de la tranquillité de son arrondissement. Je lui mandai de les laisser faire, de venir à mon secours avec tous ses moyens, et qu'après avoir battu les Anglais je lui donnerais autant de troupes qu'il en voudrait pour tout mettre chez lui promptement à la raison. Plus tard, enfin, il m'annonça que des bâtiments s'étaient montrés sur la côte et menaçaient d'un débarquement. C'était me faire connaître de toutes les manières sa résolution de ne pas me seconder.

Je crus que le roi connaîtrait mieux ses devoirs et les intérêts de la défense qui lui était confiée, et je m'adressa'i à lui avec persévérance.

L'armée du Centre pouvait former une division de cinq à six mille hommes d'infanterie. Elle avait une forte cavalerie, belle et instruite, entre autres, une division commandée par le général Treilhard, qui était inoccupée dans la vallée du Tage. Après mille sollicitations, mille prières, mille demandes motivées sur des faits qui n'étaient pas susceptibles de discussions, il me fit répondre, par le maréchal Jourdan, une lettre ainsi conçue :

« Monsieur le maréchal,

a Le roi m'a chargé de vous dire qu'il n'a pas leçu de vos nouvelles depuis la lettre que vous m'avez fait llionneur de m'écrire le 14 du courant.

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Depuis lors, il a circulé ici des bruits de toulo espèce; mais ce qu'on a pu conclure au milieu de tous ces rapports contradictoires, c'est que l'armée anglaise est en position sur la ïormès et que vous avez réuni la vôtre sur le Duero. Vous sentez, monsieur le maréchal, que Sa Majesté est fort imj)atiente de recevoir de vos nouvelles. On dit ici que l'armée ennemie est forte d'environ cinquante mille hommes, parmi lesquels on ne com})te que dix-huit mille Anglais. Le roi pense que, si cela est vrai, vous êtes en état de battre cette armée, et le roi désirerait bien connaître les motifs qui vous ont empêché d'agir. Il me charge donc de vous inviter à lui écrire par des exprès.

<( Le roi me charge en même temps de vous communiquer les nouvelles qu'il a reçues d'Andalousie. Les dernières lettres de M. le duc de Dalmatie sont du 16 courant, et la dernière lettre de M. le comte d'Erlon est du 18. A cette époque, le général Hill, (jui est toujours resté sur la Gyadiana avec un corps de quinze mille hommes et trois à quatre mille Espagnols, s'était avancé sur Zafra, et même sur la Serena.

« Des troupes de l'armée du Midi sont en marche pour se réunir au général Drouet, et ce général doit être en opération, depuis le 20, contre le général Hill. Le roi a réitéré au duc de Dalmatie l'ordre de diriger le général Drouet sur la vallée du Tage,

si lord Wellington appelle à lui le général Ilill ; mais, comme il serait possible, le cas arrivant, que cet ordre ne fût pas exécuté assez promptement, Sa Majesté désirerait que vous profitassiez du moment où lord Wellington n'a pas toutes ses forces réunies pour le combattre. Le roi a aussi demandé (les troupes au général Suchet; mais ces troupes n'arriveront pas. Ainsi tout ce que Sa Majesté a pu faire, c'est d'envoyer un renfort de troupes dans la province de Ségovie, et d'ordonner au général Estère, gouverneur de cette province, de secourir, au besoin, la garnison d'Avila et de lui envoyer des viores.

« Le maréchal de l'empire, chef de l'état-rnajor de Sa Majesté Catholique,

« Signé : Jourdan.

« Madrid, le 50 juin 1812. »

Cette lettre du maréchal Jourdan, du 50 juin, me ))ar\int le 12 juillet par duplicata.

Ainsi l'armée du Centre refusait tout secours, officiellement.

L'armée du Nord refusait également, d'une manière moins positive, à la vérité; mais il n'y avait pas à en espérer davantage.

En ajournant l'offensive, ma position ne pouvait pas s'améliorer, puisqu'aucun secours ne devait venir me joindi'e; mais, nu contraire, il était proba-

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