‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 86 sur 139 · I.E GKNÉIIAI. DORSENNE AU ^ilARÉCllAL MARMONT · texte numérisé non relu

I.E GKNÉIIAI. DORSENNE AU ^ilARÉCllAL MARMONT

«Btif-os, le 24loviiLT 181-2.

« tes rapports que je reçois de la Biscaye sont de nature à mempêcher d'en détacher un seul homme. — Les "2^ et 5' régiments de marche de votre armée y gardent seuls la communication d'Irun à Vitoria, et, malgré tout le désir que j'ai de les mettre à votre disposition, vous devez concevoir qu'il m'est impossible de le faire avant d'avoir reçu les troupes de la division Bonnet, qui doivent les remplacer. — Le 1" régiment de marche, stationné en Navarre, a depuis longtemps l'ordre d'en partir pour se rendre à Valladolid; mais je suis sans iiouvelles de cette province, et j'ignore même encore si le gén(h'al Callarelii y est entré : c'est ce qui

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m'empêche de vous adresser l'itinéraire de ces détachements.

a Toute l'armée a subi des pertes, de sorte que je ne puis même disposer d'aucun de ces corps. Le peu de troupes qui va me rester me met dans la nécessité de prier Votre Excellence d'ordonner l'occupalion des postes de Villa-Rodrigo et Quintana del Puente. Il existe dans le premier deux cent cinquante hommes, et dans le second soixante dix. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour garder le plus longtemps possible Reynosa; mais, si on n'augmente pas mes moyens, je crains d'être forcé à vous prier également d'en faire remplacer la garnison.

« Un approvisionnement de grains que je suis obligé d'envoyer dans la province de Santander me met aussi dans l'embarras pour les transports. Cependant j'espère pouvoir diriger sur Vnlladolid, dans huit à dix jours, cent à cent vingt voitures pour y prendre une partie de mes malades.

« J'ai fait partir ;uijourd'hui le douziènie convoi de fonds, et j'ai joint à son escorte le délachement de l'armée de Portugal, qui formait la garnison d'Aranda. »

LE MARKCIIAI, MARMOXT AU MAJOR GKNÉlU\f..

« Viilhuloliil, Ie26r.'viicr 1812.

(( Monseigneur, je reçois les lettres que vous

LIVUK XV BIS. — CORRKSlMl.NDANCE. 3i.>

iiiavoz Ta il riionncurde m'écrire le 11 février; plus je les ai méditées, plus je me suis couvaincu (pie, si Sa Majesté était sur les lieux, elle envisagerait la position de son armée de Portugal d'une tout autre manière. Votre Altesse me dit (pu^ j'aurais dû concentrer mes troupes à Salamanque, mais elle oublie que précédemment les ordres de l'Empereur étaient d'avoir trois divisions au delà des montagnes. Si je concentrais l'armée a Salamanque, elle ne pouri-ait y vivre quinze jours; et bientôt un désert semblable à celui qui sépare Ciudad-Rodrigo de Salamanque séparerait Salamanque de Yalladolid, ce qui rendrait pour l'avenir bien pire la situation de l'armée. L'Empereur veut que je fasse des mouvements offensifs sur Ciudad-Rodrigo; mais Sa Majesté ignore donc que le plus léger mouvement ici cause une perte énorme de moyens, et spécialement de chevaux, équivalente à celle qui résulterait d'une bataille; de manière qu'il faut restreindre ses mouvements pour un objet déterminé et positif et qui promette des résultats. Si l'armée faisait un mouvement sur Ciudad-Rodrigo aujourd'hui, elle ne pourrait pas passer l'Agueda, parce que dans cette saison cette rivière n'est pas guéable. L'armée ne |)ourrait pas rester, faute de vivres, trois jours devant Ciudad-Rodrigo, et cette simple marche, qui n'auiait aucun résultat et n'aurait donné aucun change à renn(^:iii. paice qu'il Loiinaît bien lim-

possibilité absolue où nous sommes de rien entreprendre, cette simple marche, dis-je, ferait perdre à rarniée cinq cents chevaux et la rendrait incapable de faire aucun mouvement pendant six semaines, parce qu'il faudrait qu'elle se dispersât jusqu'à vingt et vingt-cinq lieues pour aller former sa réserve de vivres, et qu'elle eût le temps de les rassembler et de les préparer. Au mois d'avril de l'année dernière, l'armée de Portugal a perdu presque tous ses chevaux d'artillerie et le plus grand nombre de ses chevaux de cavalerie, pour être restée entre la Coa et l'Agueda pendant six jours; et cependant la saison était plus avancée et le pays moins désert qu'aujourd'hui.

a Sa Majesté pense que je ne dois point envoyer mes troupes se perdre sur les derrières; mais n'ai-je pas dû relever sept mille hommes de la garde et les troupes de l'armée du Nord dans les postes qu'elles occupaient, postes qui ne peuvent être abandonnés sans bouleverser tout le pays et renoncer aux moyens de vivre.

« Votre Altesse me parle du siège de Ciudad-Rodrigo. Si je reçois des transports et un équipage de vivres, cette opération sera facile après la récolte; mais, avant et sans ces moyens, il est absolument impossible d'y songer. Votre Altesse me dit qu'il est de mon honneur de faire tout ce qui sera utile au service de lEmpercur; mais je n'ai point ici de torts

LIVUE X.V BIS. — COUUESPONDANCE. 515

i\ mo reprocher; car, certes, les causes de la perte de Ciiidad-Ilodrigo me sont tout à fait étrangères. Si les circonstances eussent mis plus tôt cette frontière sous mes ordres, je crois pouvoir le dire avec fondement, Ciudad-Rodrigo serait encore à nous.

« Votre Altesse me dit que, si l'armée était réunie à Salamanque, les Anglais seraient fous de se porter en Eslramadure, en me laissant derrière eux et maître d'aller à Lisbonne; mais cette combinaison, ils l'ont faite au mois de mai dernier, quoique toute l'armée fût à peu de distance de Salamanque, quoique l'armée du Nord fût double de ce qu'elle est aujourd'hui, quoique la saison, plus avancée, pût permettre de faire vivre les chevaux, et que nous fussions maîtres de Ciudad-Rodrigo. Ils n'ont pas cru possible alors que nous entreprissions cette opétion, et ils ont eu raison. L'imagineraient-ils aujourd'hui, que toutes les circonstances que je viens d'énoncer sont contraires, et qu'ils connaissent la grande quantité de troupes qui est rentrée en France. « L'ennemi avait si bien le projet de faire depuis longtemps le siège de Badajoz, que, depuis près de quatre mois, il a établi de grands magasins à Campo- Major, et j'en ai rendu compte à Votre Altesse. Il n'a cessé de les augmenter depuis. 11 était tellement résolu à faire un détachement après la prise de Ci udad- Rodrigo, que, quoiqu'il sût très -bien que j'étais en pleine marche avec l'armée pour me ren-

54rt MÉMOIUES DU HCC DE H A (i USE.

dre sur la Tonnés, et de là sur l'Agueda, il a fait partir deux divisions le surlendemain de l'occupation de Ciudad-Rodrigo.

c( L'année de Portugal, dans l'état actuel des choses, n'ayant pas même un ennemi devant elle. ne pourrait pas dépasser la Coa, et les forces que lord Wellington y a laissées sont plus que suffisantes pour mettre à Fabri de tous événements les villages .les plus avancés du Portugal. En conséquence, aucun mouvement de ce côté ne remplirait l'objet de sauver Badajoz. Il n'y a que des dispositions qui donnent une action immédiate sur cette place qui puissent en imposer à l'ennemi et faire espérer d'atteindre le but proposé.

« L'Empereur, à ce qu'il me paraît, compte pour rien les difficultés de vivre. Ces difficultés font tout: et, si elles eussent cessé par la formation de magasins, tout ce que pourrait ordonner l'Empereur serait exécuté avec ponctualité et facilité. Mais nous sommes loin de là, et je n'ai rien à me reprochera cet égard, -le ne commandais pas ici il y a trois mois. J'ai voulu faire des magasins dans la vallée du Tage, et, à cet effet, j'ai demandé un territoire étendu, fertile et à portée, avec des moyens de transport. Le territoire m'a été refusé, et les moyens de transport, accordés et longtemps attendus, ont reçu, à ce qu'il parait, une autre destination.

MVHK XV liis, — CORRESPOlVOANri;. â'J

« J'arrive dans le Nord au mois de janvier, et je ne trouve pas un grain de blé en magasin, pas un sou dans les caisses, des dettes partout, et, résultat infîiillible du système absurde d'administration qui a été adopté, une disette réelle ou factice dont il est difficile de se faire une juste idée. On n'obtient dans les cantonnements des subsistances journalières que les armes à la main; il y a loin de là à la formation de magasins qui permettent de faire mouvoir l'armée.

c< Nous ne sommes pas à deux de jeu dans l'espèce de guerre que nous faisons ici avec les Anglais; l'armée anglaise est toujours réunie et disponible, parce qu'elle a beaucoup d'argent et beaucoup de transports. Sept à huit mille mulets sont employés pour le transport de ses subsistances. Le foin que toute la cavalerie anglaise mange sur les bords de la Coà et de l'Agueda vient d'Angleterre. Que Sa Majesté juge, d'après cela, quel rapport il y a entre nos moyens et les leurs, nous qui n'avons pas un magasin qui renferme quatre jours de vivres pour l'armée, et nucnns moyens de transport, nons qui ne pouvons pas envoyer une réquisition avec fruit au plus misérable village sans faire un détachement de deux cenis hommes, et qui sommes obligés de nous éparpiMerà des dislaucos énormes et dètre consliiuiment en course pour subsister.

<( Quelque faililes (jue soient les garnisons des

villes, on ne peut exprimer quelle difficulté il y a à les pourvoir de subsistances. Ainsi, quelque effort que j'aie fait, Valladolid ne renferme pas pour cinq jours de vivres.

« Cet état de choses ne changera entièrement qu'après la récolte, avec des principes d'administration plus raisonnables, et avec plus d'ordre qu'on n'en a mis jusqu'ici. D'ici à cette époque, l'armée sera dans la position la plus difficile qu'on puisse dépeindre, et il serait injuste d'attendre beaucoup d'elle. On ne peut rien faire ici qu'avec du temps : il faut créer ses moyens, les organiser, et pour cela il faut être à l'époque des ressources; malheureusement j'arrive ici quand elles sont épuisées.

« Il est possible que Sa Majesté ne soit pas satisfaite de mes raisons; mais j'avoue que je ne conçois pas la possibilité d'exécuter ce qui m'est prescrit sans préparer des désastres pour l'avenir. Si Sa Majesté en juge autrement, je lui renouvellerai avec instance la prière de me donner un successeur dans mon commandement, qui alors doit être conlié en de meilleures mains.

« En attendant, je vais, conformément à ma lettre d'hier, faire tous mes efforts pour sauver Badajoz; si j'y parviens, quand les apparences indi- (jucront que l'ennemi renonce à touteoffensivedans le Midi, je ramènerai alors toutes mes troupes dans la Vieille-Castille, et je ferai réoccuper les Asturies.

IJVHE XV r.is. — CORRESPONDANCE. ".49

c< J'espère au suri)lus qu'avant ce temps Sa Majesté m'aura soulagé d'un fardeau qui est au-dessus de mes forces. »

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT

(t P;.ris, le 58 ('.'vricr 1812.

c< .l'ai mis sous les yeux de lEnipereur, monsieur le duc, la lettre par laquelle vous témoignez le désir de suivre Sa Majesté dans le cas où elle entrerait en campagne,

« L'Empereur, monsieur le maréchal, me charge de vous faire connaître que vos talents lui sont nécessaires en Espagne, et que le bien de son service exige que vous restiez à la tête de l'armée que vous commandez. »

LE MARÉCHAL MARMOM AL' MAJOR GÉNÉRAL

a VMladolid. le '2 nnrs 18lt>.

« Monseigneur, à 1 instant où je montais à cheval pour me rendre à Avila, je reçois les lettres que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire les 18 et 21 février. Les ordres de Sa Majesté sont tellement impératifs et me rendent tellement étranger au sort de Badajoz, que, quelles que soient les raisons qui m'avaient empêché d'abord de m'y conformer, je pense qu'il est aujourd'hui de mon de-

voir de le faire. En conséquence, je donne i'ordre à la cavalerie légère, à la quatrième et à la sixième division qui sont dans la vallée du Tage, de rentrer dans la Vieille-Castille; j'y laisse seulement la première division qui rentrera aussi aux époques fixées par.Sa Majesté, et lorsqu'elle aura été relevée par l'armée du Centre. Mais, comme il me parait évident que le siège de Badajoz n'a été suspendu que par suite de la présence de ces trois divisions, mon opinion est que mon mouvement va mettre cette place en péril; j'ose espérer au m.oins que, s'il lui arrive malheur, on ne pourra pas m'en attribuer la faute.

« Votre Altesse m'écrit que l'Empereur trouve que je m'occupe trop des intérêts des autres et pas assez de ce dont je suis personnellement chargé. J'avais regardé comme un de mes devoirs imposés par l'Empereur, et un des plus difficiles à remplir, de secourir l'armée du Midi, et ce devoir a été formellement exprimé dans vingt de vos dépêches, et indiqué explicitement par l'ordre que j'ai reçu de laisser trois divisions dans la vallée du Tage. Aujourd'hui j'en suis atîranchi. ma position devient beaucoup plus simple et beaucoup meilleure.

« L'Empereur paraît ajouter beaucoup de confiance à l'effet que doivent puoduire sur l'esprit de lord Wellington des démonstrations dans le Nord. J'ose avoir une opinion contraire, attendu que lord

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