LIVRE \V cis. — CORIU:Sl'(iNn.\M:E
Wellington sait très-bien que nous n'avons point de magasins, et connaît les immenses difficultés que le pays présente par sa nature et par le manque absolu de ressources en subsistances en cette saison. Il sait très-bien que l'armée, sans avoir personne à combattre, n'est pas en état d'aller au delà de la Coa, et que, si elle 1 entreprenait à l'époque où nous sommes, elle en reviendrait au bout de quatre jours, hors d'état de rien faire de la can)pagne et après avoir perdu tous ses chevaux.
« Je me rends à Salamanque où je vais établir mon quartier général; je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour remplir les intentions de l'Empereur; mais toutes les démonstrations ne peuvent aller au delà des cours rapides de l'Agueda et de la Tormès et des reconnaissances sur Ciudad-Rodrigo, car, l'Agueda n'étant pas guéable maintenant, le passage de cette rivière est une opération qui exige des bateaux, et je n'en ai pas.
a Lord Wellington, qui ne peut pas croire, à cette époque de Tannée, à une marche offensive, faute de magasins formés et de subsistances pour les chevaux, ne peut pas croire davantage au siège de Ciudad-Hodrigo, la grosse artillerie fût-elle a Salamanque; il sait qu'il faut d'autres préparatifs qui exigent du temps, et, s'il veut faire le siège deBadajoz, il a le temps de l'exécuter, puisque les préparatifs sont faits depuis longtemps, et de revenir pour sou-
552 MÉMOIUES DU DUC DE lUGUSE.
tenir Ciudad -Rodrigo; ainsi je doute fort que mes mouvemenls lui en imposent beaucoup.
a Sa Majesté veut que nos avant-postes fassent joiîrnellement le coup de fusil avec les Anglais. Sa Majesté ignore donc que, par la nature des choses et par l'impossibilité absolue de vivre, il y a toujours au moins vingt lieues entre les avant-postes anglais et les nôtres, et que cet intervalle est occupé par les guérillas, de manière qu'en détachant beaucoup de troupes elles meurent de faim, et que, si on en détache peu, elles sont compromises. Ce n'est donc qu'avec les guérillas, et à peu de distance de nos lignes, que nous avons affaire.
« Sa Majesté trouve qu'ayant la supériorité sur l'ennemi j'ai tort de lui laisser prendre l'initiative ; l'armée de Portugal est bien assez forte pour battre l'arm.ée anglaise, mais elle est inférieure à celle-ci pour opérer, par suite de la différence des moyens. I/armée anglaise, pourvue d'avance de grands magasins, de moyens de transport suffisants, vit partout également bien ; l'armée de Portugal, sans magasins, avec très-peu de transports, sans argent, ne j^eut vivre qu'en se disséminant, et se trouve par là dépendante des lieux qui offrent des ressources, et n'est nullement propre à manœuvrer; et cet état de choses durera jusqu'à la récolte.
c( Puisque Votre Altesse me reproche d'avoir laissé prendre Almeida, il est possible qu'elle me reproche