‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 88 sur 139 · LIVRE XV nis. - CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV nis. - CORRESPONDANCE

aussi de n'avoir pas fait des magasins à Salamanque et Valladolid lorsque je n'y commandais pas. Ces reproclies, tout pénibles qu'ils sont, ne me rendront pas coupable.

c( Votre Altesse m'accuse d'être la cause de la prise de Ciudad-Rodrigo: je crois y être tout à fait étranger. Ciudad-Piodrigo a été pris, parce qu'il avait une mauvaise garnison, trop peu nombreuse, et un mauvais général; parce que le général de l'armée du Nord a été sans surveillance et sans prévoyance. Je ne })Ouvais, moi, avoir l'œil sur cette place, puisque j'en étais séparé par une chaîne de montagnes et par un désert qu'un séjour de six mois de l'armée avait formé dans la vallée du Tage.

« L'Empereur est étonné que je n'aie pas marché du 17 au 18, avec les trente mille hommes que j'avais rassemblés. Je n'avais pas de troupes du 17 au 18; mais les troupes qui étaient en marche pour relever celles de l'armée du Nord dans leurs cantonnements avaient reçu, en route, les ordres nécessaires pour se réunir à Salamanque le '22. Ces troupes ne formaient que vingt-quatre mille hommes et ne pouvaient y arriver plus tôt. A cette époque, la place était prise depuis quatre jours. La reprendre sur-le-champ était impossible, puisqu'elle ne pouvait pas être bloquée, attendu que, la rivière n'étant pas guéable, je ne pouvais la passer, et que lord Wellington aurait conservé sa communication

avecCiudad-Rodrigo, sans qu'il eût été possible de l'empêcher. Ainsi l'armée anglaise, sans pouvoir être forcée à recevoir bataille, pouvait défendre cette place. L'armée de Portugal, qui n'avait d'ailleurs avec elle ni grosse artillerie ni vivres pour rester longtemps et manœuvrer, aurait donc fait sans objet et sans résultat une marche pénible et destructive de tous ses moyens.

« L'expérience de la guerre d'Espagne m "a appris que la grande affaire dans ce pays était la conservation des hommes et des moyens, et c'est à cela que je me suis attaché particulièrement.

f< L'Empereur trouve que je fatigue mes troupes par des marches inutiles. Personne ne s'occupe plus que moi de leur éviter des fatigues, et je ne conçois pas que cette observation s'applique aux détachements qui sont dans la vallée du Tage, car je ne les y ai point envoyés; je me suis contenté d'arrêter les troupes qui venaient de la Manche, à l'instant où, après la prise de Ciudad-Rodrigo, j'ai appris que le '21 janvier lord Wellington avait fait partir deux divisions pour l'Estramadure; comme je considérais alors comme un de mes devoirs de secourir le Midi, ces dispositions étaient toutes naturelles.

c< Lorsque le général llill a marché sur Merida, jai bien vu que c'était une diversion, et j'ai si peu pris le change, qu'en me portant sur Salamanque

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pour aller au secours de Ciudad-Rodrigo, je n'ai pas laissé plus de mille hommes dans la vallée du Tage.

c( 11 paraît que Sa Majesté croit que lord Wellington a des magasins à peu de distance, sur la frontière du Nord. Ses magasins sont à Abrantès et on Estraniadure; ses hôpitaux sont à Lisbonne, à Castel-Branco et Abrantès. Ainsi rien ne l'intéresse sur la Coa.

«Votre Altesse dit que la véritable roule de Lisbonne est par le Nord. Je crois que ceux qui connaissent bien le pays sont convaincus du contraire. Quant à moi, il me paraît que, toutes les fois que le principal corps d'armée passera par cette direction, on aura toutes sortes de malheurs à redouter, et que celle qu'on devrait choisir est celle de l'Alentejo. J'en ai déduit les motifs dans un mémoire que j'ai eu l'honneur de vous adresser il y a trois mois.

« Votre Altesse parle d'occuper les débouchés d'Almeida et de Ciudad-Rodrigo : le pays qui sépare l'Agueda et la Tormès est une immense plaine qui est praticable dans tous les sens. Ainsi j'ignore ce qu'on entend par ces débouchés.

« L'Empereur me blâme d'être rentré dans la vallée du Tage après avoir rejeté lord Wellington de l'autre côté de la Coa; mais c'était l'ordre imp ratif de l'Empereur, qui ne m'avait assigné d'autre territoiie (pie Im vallée du Tage. Ciudad-Rodrigo

ôàO MÉ3I0ÎP.ES DU DUC DE RAGUSE.

avait été occupé par les troupes de l'armée du Nord, et Sa Majesté m'avait affranchi du devoir de veiller sur cette place. Si j'eusse été le maître, je serais venu m'établir à Sahimanque; la raison militaire le disait, puisque l'ennemi était en présence; la raison des subsistances le disait de même, puisque ce pays offrait des ressources, et que la vallée du ïage était épuisée. Il paraîtrait donc juste que l'Empereur affranchit de toute responsabilité quand on suit littéralement ses ordres, ou qu'il laissai plus de latitude et de pouvoir pour les exécuter.

« L'Empereur semble croire que je ne suis pas ferme dans mes résolutions; j'ignore ce qui peut avoir motivé l'opinion de Sa Majesté. Lorsque j'ai cru utile de combattre, je ne sache pas que rien ait jamais ftiit changer mes déterminations; et, si ici on ne combat jamais, c'est qu'en vérité cette guerre ne ressemble en rien aux autres, et que les circonstances ne permettent pas de la faire autrement.

« L'Empereur ordonne de grands travaux à Salamanque; il veut que douze mille hommes soient employés à ces travaux : il semble que l'Empereur ignore que nous n'avons ni les vivres pour les nourrir ni l'argent pour les payer, et que nous sommes menacés de voir immédiatement tous les services manquer à la fois dans toutes les places : c'étaient les provinces du Nord qui pourvoyaient alors à la plus grande masse des besoins des sixième

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