LIVRE X
vait en résulter une révolution ou un changement de (H)litique complet. A la suite d'une pareille entreprise, il y avait tout à redouter. Ces nouvelles étaient déjà fort anciennes. Mais, le 29 avril, de nouvelles dépêches de Sébasliani, en date du 4, vinrent m'apprendre les heureux événements qui s'étaient passés.
Sébastiani avait soutenu et développé l'énergie du sultan. Par de feintes négociations, il avait fait gagner du temps, et, en peu de jours, toute la côte avait été couverte d'artillerie. Alors on refusa de traiter. Les Turcs étaient revenus de leur effroi, et, les moyens moraux, les seuls favorables aux Anglais dans leur entreprise, se trouvant usés, il n'y avait plus aucune proportion entre les moyens matériels d'attaque et de défense.
On s'occupait aussi à armer les Dardanelles^ afin d'en rendre le passage plus difficile. L'amiral an* glais craignit les dangers du retour, et se hâta de partir. Un des gros boulets de pierre, lancé parcelle artillerie barbare, mais gigantesque, du détroit, rencontra le grand mât d'un vaisseau de ligne anglais et l'abattit d'un seul coup.
L'éniergie des Turcs et la rapidité avec laquelle on créa la défense firent, dans le temps, beaucoup d'honneur à Sébastiani. Il fut secondé puissamment dans l'exécution des travaux par les officiers que j'avais envoyés auprès de lui, parmi lesquels étaient
deux de mes aides de camp, MM. Leclerc elFabvier- Le dernier, homme d'une grande résolution, a acquis, depuis, à divers litres, une assez grande réputation. Avec eux (Hait un autre officier, également de mon choix, et devenu, lui aussi, bien autrement célèbre, le colonel Foy.
J'ai parlé des difficultés de communication que la Dalmatie présentait : rien ne peut en donner ridée. Elles rendaient les marches longues, pénibles, empêchaient de porter des corps organisés et en état de combattre sur le point où ils étaient nécessaires. Les transports des vivres et des munitions présentaient les plus grands embarras. Enfin les troupes, dans leur marche, étaient toujours dépourvues d'artillerie, de cet auxiliaire si puissant à la guerre.
Du temps des Vénitiens, tout était pour le mieux r maîtres de la mer et réduits sur terre à une guerre constamment défensive, ne communiquant qu'au moyen de leurs vaisseaux avec la Dalmatie, toutes les villes maritimes fortifiées étaient autant de tètes de pont par lesquelles ils pouvaient déboucher. Les ennemis à combattre étaient les Turcs et les Autrichiens, mais particulièremcntlespremiers^ Le pays étant impraticable, les Turcs n'avaient aucun moyen de pénétrer avec du canon, à moins de travaux énormes, et, n'étant jamais maîtres de la mer. ils ne pouvaient bloquer les places maritimes^