‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 170 sur 247 · LIVRE Xlli. — 1809-lHio · texte numérisé non relu

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ici cette petite campagne, parce qu'elle concerne les Croates, dont je viens de parler si longuement. Mais cette courte expédition n'eut lieu qu'au commencement du printemps. Un mouvement de troupes au milieu de l'hiver, dans des pays difficiles €t pauvres, dépourvus de moyens de cantonnement^ aurait été trop pénible. Mes réclamations auprès du pacha furent faites immédiatement; mais la réunion des troupes^ les menaces et l'exécution n'eurent lieu qu'au mois de mai.

Une partie de l'hiver fut employée à prendre connaissance de l'administration, à décider tout ce qui pouvait être réglé. Je ne trouvais aucun conconrs utile dans la personne de M. dÂuchy; au contraire, ses prétentions et son extrême nullité multiplièrent les obstacles. Cependant je parvins à exécuter éiverses choses utiles. Après avoir pourvu aux pv^emiers besoins de l'administration^ je m'occupai d'une opération urgente, résultant de la séparalion de ces provinces avec l'Autriche^ c'est-à-dire du tarif de douanes. Un comité d'hommes experts en cette matière fut chargé de faire un projet d'après les bases suivantes :

l*" Établir, à l'entrée des provinces iilyrieniies^ des droits assez forts pour donner le plus de revenus possible, et assez faibles pour que la contrebande n'y soit pas encouragée. Cette dernière considération était d'une grande importance, vu l'immense

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développement et retendue du contour des provinces, comparé à leur surface et à leur richesse'.

j 2"* Favoriser d'abord Findustrie propre des provinces illyriennes, ensuite celle de la France, puis

^ celle du royaume d'Italie, et enfin celle du royaume

ï (le Naples.

d"" Établir un droit de transit pour les marchandises entrant en Autriche ou en sortant, dont Vienne est le lieu de consommation présumé ou le point de départ, et le calculer de manière à ce

qu'il ne puisse pas élever le prix des marchandises assez pour faire prendre au commerce une autre direction.

4"" Augmenter le droit de transit, pour les objeb manufacturés en Autriche, en raison du voisinage des provinces illyriennes, et, par conséquent, de la dépendance dont ils étaient de nos communicitions, mais sans courir risque de les repousser.

J'envoyai le projet du tarif, avec l'indication des bases ci-dessus, au consul de France à Tricste, M. Maurice Séguier, un des hommes les plus distingués, les plus instruits, les plus spirituels elles plus agréables que j'aie jamais connus. 11 communiqua ce travail aux négociants les plus éclairés, et nous parvînmes à faire assez promplement et avec succès ce travail, Irès-difiicile de sa nature.

Je pris connaissance des ressources sur lesquelles on pouvait compter; les résultats étaient fort tru-

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les; les revenus ne pouvaient pas s'élever pendant l'année 1810, en raison des pertes occasionnées par la guerre, à plus de cinq millions; et nos dépenses, en y comprenant les troupes françaises destinées à y rester, et dont la force avait été fixée à vingtquatre bataillons et douze escadrons, devaient s'élever à dix-neuf millions. Diverses améliorations pouvaient faire espérer de porter ces revenus de douze à quatorze millions pour les années suivantes; mais il devait toujours rester un déficit, qui, dans ce cas, serait réduit à cinq millions. Nous avions, comme ressources extraordinaires, les domaines de la Carniole, dont l'étendue formait le cinquième de la province, les riches mines de mercure d'Idria, et celles de plomb de la Carinlhie. Mais, d'un côté, les biens se composaient en partie de droits féodaux dont la suppression était posée en principe, et l'on ne pouvait pas vendre un objet dont la valeur était au moment d'être réduite. D'ailleurs, l'Empereur disposa de ces biens pour en faire des dotations, ainsi que des mines de Bleiberg; et, quant à celles dldria, il les prit pour doter l'ordre des Trois-Toisons, dont il avait décrété la fondation en mémoire de la conquête de Vienne, répétée deux fois, et de celle de Madrid. Ainsi nous | étions réduits aux plus minces ressources. Nos em-, \ barras étaient encore augmentés par la présence du papier-monnaie, laissé par les Autrichiens, et

de la monnaie de cuivre, dont nous étions inondés. L'Istrie, la Dalmatie, Raguse et Gattaro s'en trouvaiont exemptées, ce qui compliquait notre* position. On ne pouvait brusquement mettre hors de h circulation le papier-monnaie, parce que Targeot était rare et insuflisant pour servir aux moyens d'échange. Afin de rapprocher le moment où Ton pourrait s'en passer et accélérer le retour de h ^ monnaie effective, j'établis la valeur du florin en .papier beaucoup au-dessous du cours de Vienne, (soit pour les échanges de particulier à particulier, ^soit pour le payement dans les caisses publiques. Chacun s'empressa d'envoyer son papier à Vienne et d'en faire venir de l'argent, et, dès le mois de mars 1810, je pus prendre un arrêté qui le mettait hors de cours.

Nous fixâmes aussi, par un tarif, la valeur des monnaies de cuivre et de billon; mais. TévaluatioB ayant été mal faite, et les monnaies arrivant d'An- Iriche chez nous, il fallut faire un nouveau tarif pour les maintenir à leur juste valeur.

Tous les tribunaux des provinces illyriennes, b Dalmatie et l'Istrie exceptées, ressortissaient autrefois du tribunal d'appel de Vienne. Depuis la séparation et jusqu'à l'organisation de l'ordre judiciaire^ il y eut suspension de justice, ce qui fut grande calamité. Tout était dans lechaos, et la fusion s'augmentait encore par les exigencea de

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