LIVRE XIII. — 1809-1810. ô
TËmpereur, qui demandait des choses impossibles. 11 voulait qu'on trouvât de l'argent pour tous les besoins, et cependant son premier acte avait été^e déterminer que, pour Tan 1810, les impôts ne seraient pas changés, en ordonnant, d'un autre côté, qu'on appliquât sur-le-champ à ce pays les principes de l'administration française, principes entièrement différents.
Les travaux les mieux faits, les recherches les plus consciencieuses, démontrèrent l'impossibilité d'obtenir, à l'avenir, plus de douze millions de revenus des provinces illyriennes, vu les circonstances dans lesquelles elles étaient placées, c'est-à-dire avec la cessation du commerce et la distraction des domaines et des mines. Nous opérâmes sur cette base, et, de prime abord, nous doublâmes les contributions établies dans les provinces nouvellement cédées. Quant à la Dalmatie, on ne put rien changer a ce qui existait. Toutes les terres de l'intérieur, primitivement concédées à titre de fiefs, payaient autrefois au gouvernement la dime en nature comme redevance; l'administration italienne avant rendu les Morlaques propriétaires, la dime forma l'impôt. Changer chez cette population, dans l'état de misère où elle était, l'impôt en nature en impôt en ai^entA quelque faible que fût ce dernier, était tout à fait impossible : aussi je conservai l'ordre de choses^ établi: mais, au lieu d'avoir une nuée d'employés,
et d'embarrasser Tad mi nist ration de beaucoup de magasins^ je fis aflermer la dime par arrondissement.
Le sel était un des plus grands revenus de rOI?rie, et par la consommation propre de ses habitants, et par les ventes faites aux Turcs. J'ordonnai tout de suite que le payement du sel vendu aurait lieu en argent, et cette disposition fit rentrer quelques sommes dans les caisses publiques. Un contrôle bien entendu établit l'ordre dans cette administration et la plaça à l'abri de la fraude.
Les douanes étaient une grande affaire ; le blocus continental, idée fixe de l'Empereur, exigeait impérieusement qu on s'en occupât. Ce malheureux système, cette combinaison funeste, cause et prétexte de tant et de si criantes injustices, dont Tidée gigantesque avait quelque chose de séduisant pour une imagination comme celle de Napoléon, détenait monstrueuse et absurde dans son applicatioa: absurde, car l'Empereur, seul intéressé à l'établir contre le vœu et le besoin de toute l'Europe, pouvant seul en obtenir des résultats favorables, était obligé d'y déroger par des licences, autre scandik, autre infamie. Du jour où l'Empereur, par l'actioi du despotisme le plus violent exercé sur tous ks princes de l'Europe, eut dérogé à son système ptf des exceptions à son pmfit. il transforma une idés grande en une misérable spéculation financièPi^
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faite aux dépens de ses propres alliés. Aucune raison politique ne justifiant plus alors la mesure la plus tyrannique qui fut jamais^ elle mettait le comble à rhumiliation de tous les souverains de l'Europe^ et ils durent chercher à s'en affranchir. Mais, par rapport à ses propres sujets, vit-on jamais monstruosité plus grande? Ces licences donnaient le privilège du commerce à un petit nombre d'individus, au détriment de tous ceux de leur classe; faisaient intervenir, dans l'expédition de chaque navire, le gouvernement, qui partageait le profit du commerce par le prix qu'il faisait payer la licence. Sans admettre une liberté illimitée du commerce, question d'une tout autre nature, et en admettant le droit d'en restreindre l'étendue et d'en modifier Texereice, le gouvernement ne peut intervenir que par des règles générales, laissant à chacun, dans ses actions, la même liberté qu'à son voisin. Avec les licences, un individu corrupteur, mal famé, sans crédit, mais protégé, fait scandaleusement sa fortune; et l'honorable négociant, dont le crédit embrasse le monde, qui a répugné à employer des moyens réprouvés par la délicatesse pour obtenir une faculté qui lui est refusée, végète et consomme ses capitaux au lieu de les faire fructifier.
L injustice était entre les individus, entre les villes, elle était partout; et, pour compléter le tableau de ce temps d'aberration et de folie, il faut
rappeler deux faits dont il y a eu beaucoup d'exemples : des denrées coloniales confisquées, vendues publiquement y confisquées de nouveau et vendues encore; et la confiscation d'objets apportés par des bâtiments munis de licence, mais absents pendant que la mobile législation des douanes avait changé. Ce système, si fatal et si funeste, fut au moment d'être abandonné : on peut en juger par les demandes que l'Empereur fît adresser partout. A la fin de juillet 1810, il posa la question de savoirs l'admission des marchandises coloniales avec des droits extrêmement élevés ne valait pas mieux que la répulsion et la confiscation. Cette question, débattue avec soin, nous amena à conclure pour Taffirmative dans notre réponse. Si la résolution eût été conforme, elle rendait la vie à ce malheureux pays, et particulièrement à Trieste, monument admirable des effets de la liberté du commerce; mail il n'en fut rien. Au contraire, on exagéra toutes les mesures déjà si rigoureuses; et l'Europe, ciMh stamment insultée^ avilie par le mépris de tous ks droits et de toute équité, se disposa à rompre M chaînes.
L'orgueil a toujours été un des traits les ploi marquants du caractère de Napoléon; aussi UM^ les actes quF mettaient sa puissance en relief M causaient de grandes jouissances. Cette action coê^] stante qu'il exerça pendant quelque temps sur