‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 204 sur 247 · LIVRE XIY · texte numérisé non relu

LIVRE XIY

pris le parti d'envoyer a Paris M. Heirn, secrétaire du gouvernement, homme actif et distingué, pour représenter l'état des choses; mais, plus tard, je sentis qu'il fallait faire connaître à l'Empereur et ises ministres d'une manière spéciale les besoins généraux de ce pays autrement que par des lettres, H je sollicitai pour moi-même un congé qui me fut leoordé peu après.

Au commencement de janvier survint un événe-

nenl fort extraordinaire. Un nommé Wilhelm-Au-

elio d'Amitia, né à Stuttgard, arriva sur la côte de

ialraatie sur un brick sicilien de quatorze canons.

'étant fait mettre à terre pendant la nuit, il s'an-

onça aux autorités comme ayant des dépèches à

le remettre, et demanda à être conduit auprès de

oi. Amené en poste à Laybach par un officier, il

c déclara qu'il était au service de la reine dcSi-

le et qu'il arrivait de Palerme. Il n'avait ni dépê-

es ni pouvoirs; mais assuré, disait*il, d'en avoir

ssilôt qu'il en aurait besoin; dévoué au roi et à

reine de Sicile, et connaissant leur situation mal-

ureuse, il s'était décidé à venir s'informer s'il

îxislait pas quelques moyens de rapprochement

Irc eux et l'Empereur. 11 me dit que les Anglais,

r suite de leurs outrages envers la cour de Siciks

lient devenus l'objet de son animadversion ; il

doutait pas, si l'Empereur déterminait, par un

ité, une indemnité convenable, qu'elle ne se ré-

U& MÊMuIRES DU DUC DE BAGUSE

sulùt à déclarer la gueire aux Anglais, à soulever le pays et faire mettre bas les armes aux huit mille hommes de cette nation qui s'y trouvaient; enfin, à livrer Messine aux Français. Il ajouta : u La reine ne peut penser que l'Rmpereur reste toujours son ennemi, lui qui vient d'épouser sa petite-flUe. »J1 prenait l'engagement de rapporter le plus promptement possible les pouvoirs nécessaires pour conclure l'arrangement, si Napoléon était disposé à y donner les mains. Quoique Farrivéc de cet homme sur un bâtiment de TËtat donnât une sorte d'auto* rite à sa mission, comme il étajt possible qu*il fût un espion envoyé par los Anglais pour voir le nombre des troupes existantes en Dlyrie, je défendis toute communication entre lui et les étrangers. D était possible que TEmpereur voulût tirer parti de ces ouvertures. Je lui en rendis compte, et, en attendant sa réponse, je retins le voyageur, que je logeai convenablement au château deLaybach, bien traité et gardé avec soin.

Celte mission et ces projets étaient dans le gèûe de Caroline, dont la légèreté était aussi grande que la violence. Sa déclaration de guerre aux Anglais ne pouvait être autre chose qu'un massacre, de nouvelles vêpres siciliennes, mais cette fois à notre piolit. En réponse à mon rapport, je reçus Tordre d'envoyer cet homme à Paris. Il monta en chaise de poste et y fut conduit par un officier de gendarm-

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rie. I/Emperenr n'eut pas foi à sa mission : elle était cependant bien réelle. Mis au Temple à son arrivée, il y est resté prisonnier jusqu'à la Restauration.

La preuve de la vérité de sa mission est tout entière dans ce qui se passa quelque temps après à Palerme. Les Anglais, informés des intrigues ourdies contre eux par Caroline, prirent de grandes mesures de sûreté. La première fut d'embarquer cette princesse pour Constantinople et de la renvoyer en Autriche. Tout le monde peut se rappeler ces événements, arrivés au mois de mars, précisément deux mois après le départ d'Amitia pour 111lyrie.

J'avais fait de grands efforts, ainsi qu'on a pu en juger, pour amener les Monténégrins à se mettre sous la protection de la France. Les appparences avaient d'abord |)aru favorables; mais le temps avait beaucoup diminué les probabilités. Quoique la paix régnât entre eux et nous, on ne pouvait cependant se faire illusion sur les mauvaises dispositions de l'archevêque et mettre en doute que ces barbares, à la première occasion difficile, nous ruseraient des embarras. Je crus devoir profiler lu repos dans lequel nous étions pour les détruire m les soumettre ; j'en fis de nouveau la proposition i l'Empereur, et j'en fixai l'exécution au prinemps. Cette fois, il l'agréa, et je préparai ce qui

était nécessaire; mais mon départ de riUyrie empêcha le projet de se réaliser.

Il existait, dans le régiment d'Ogulin, une horrible maladie, dont les progrès augmentaient chaque jour; elle avait été apportée de Yalachie, après la paix de Sistow; le moindre contact suffisait pour la communiquer d*une personne à l'autre. Trois mille individus en étaient attaqués. Je fis disposer tout dans le lazaret de Fiume, pour faire traiter et guérir, en Tisolant, cette population, qui fut enfin délivrée de l'horrible fléau.

L'emploi de mon temps étant bien réglé, il m'en restait beaucoup que je consacrais à des occupations de mon goût. J'avais fait les frais d'un magnifique cabinet de chimie, où j'avais réuni quelques instruments de physique, nécessaires aux décompositions. Aidé par le pharmacien en chef de ^a^ mée, nommé Paisse, homme d'une grande habileté, je consacrais chaque jour plusieurs heures à dive^ ses expériences, dont l'idée me venait à l'esprit. Frappé du phénomène que produit l'acide sulfurique concentré, quand, mêlé à de l'eau dans une proportion déterminée, il dégage une quantité de calorique très-considérable, et, réfléchissant que, la loi de la gravité agissant sur le calorique comme sur tous les autres corps, il doit être pesant, j'eus la pensée qu'on pourrait démontrer cette pesanteur et la prétention de l'avoir découverte. J'en

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