LIVRE X
un quart seulement se bat avec courage dans les rochere et résiste; mais cependant la masse occupe toujours plus ou moins, et deviendrait redoutable dans un moment de desordre.
Deux heures après avoir reçu la nouvelle de la sortie des Russes, je me mis en marche.
Je laissai au camp, devant Raguse-Yieux , les hommes malingres ou mal chaussés, et avec eux des officiers et sous-ofBciers, de manière à en faire une espèce de réserve. Les soldats déposèrent leurs effets, se chargèrent de vivres et de cartouches, et je me mis en route, dans la nuit du 29 au 30, avec cinq mille neuf cents baïonnettes. J'espérais avoir mon avant-garde au jour, en arrière d'un rassemblement de douze à quinze cents montagnards placés en derà du pont de la Liouta. Une pluie survenue et la difficulté des chemins retardèrent mes colonnes, et le jour nous trouva encore à une lieue de Tennemi. Lorsque nous fûmes en présence, je le fis attaquer par un bataillon de voltigeui^, commandé par le colonel Plauzonne, et composé des compagnies des troisième et quatrième bataillons, des 5*', 23* et 79* régiments, et soutenu par un bataillon de grenadiers des mêmes régiments, conduit par le général Lauriston. Le 79* resta en réserve. L'ennemi ne tint pas, et se relira sur de plus grandes hauteurs. Nous l'y joignîmes, et nous découvrîmes distinctement la ligne russe, établie sur le col de Débilibrick.
Je réunis les deux bataillons d'élile sous les ordres du général Lauriston, et lui ordonnai de suivre le plateau situé au dehors des grandes crêtes, de chasser deux ou trois mille paysans qui y occupaient une position assez forte, et de tourner ainsi celle des Russes. Je le fis soutenir par le H* régiment, sous les ordres du général Aubrée. J'ordonnai au 79* d'attaquer de front, et je gardai en réserve le 25% sous les ordres du général Delzons, et deux bataillons de la garde royale italienne, sous les ordres du général Lecchi. Le 18* régiment d'infanterie légère, lancé d'abord sur les montagnes, fut rappelé pour suivre le mouvement, devenir réserve et prendre part au combat du lendemain.
Les troupes se mettaient en mouvement lorsque les Russes disparurent. Les paysans, forcés dans leur position, laissèrent soixante hommes sur la place, et se retirèrent sur une dernière position, plus forte et plus élevée, que nous ne pûmes attaquer faute de jour. Un de mes aides de camp, le capitaine Gayet, qui servait depuis longtemps avec moi, périt malheureusement ce jour-là, en se rendant à une colonne pour y porter des ordres; il tomba entre les mains des Monténégrins, qui lui coupèrent la tête. Je le regrettai beaucoup.
Le lendemain, 1*' octobre, l'ennemi avait disparu de la position où il s'était retiré la veille au soir; le 1 r Toccupa. Le régiment d'élite suivit la dernière