‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 67 sur 247 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

retraite précipitée de rarrière-garde. C'était à Gospich, au surplus, que rennemi comptait rallier toutes ses forces et combattre de nouveau. Ce corps se trouvait ainsi sur le flanc des troupes qui me suivaient. Leur voisinage m'obligeant à marcher réuni, et quelques engagements en ayant imposé au général Clausel, commandant la colonne^ ce général ralentit la marche des troupes, tandis que moi, comptant sur leur prochaine arrivée, je m'étais engagé avec trois bataillons seulement. J'eus à soutenir un combat extrêmement difficile. L'ennemi n'avait pas moins de dix mille hommes autour de Grachaz. D'abord tout à fait sur la défensive, il s'aperçut fort tard du peu de monde qu'il avait devant lui; et c'est alors seulement qu'il marcha sur nous. Mes troupes étaient si bonnes, qu'on pouvait ne pas compter les ennemis; d'ailleurs le moindre mouvement rétrograde pouvait avoir les plus grands inconvénients; aussi me décidai-je à ne pas reculer d'un pas, et, pour soutenir la résolution de mes troupes, je me tins dans le lieu le plus exposé. Je reçus un coup de feu à la poitrine. Quoiqu'on se battit de très-près, ma blessure fut légère. Je prêtais le flanc droit à Tennemi, la balle vint de côté frapper en glissant sur ma bretelle et ricocha. Les officiers placés près de moi, au bruit qu'ils entendirent, me crurent tué. U commotion avait été forte, et cinq minutes après je me trouvais mal.

Heureusement la nuit était entièrement close, et le combat finissait. Je me rappellerai toute. ma vie TeiTet produit dans cette petite armée par la nouvelle de ma blessure. Chacun éprouva une alarme très-vive et montra un intérêt touchant. Indépendamment de l'attachement des soldats pour leur chef, ils sentaient bien qu'un changement de commandement, dans une situation aussi difficile et au commencement d'une opération présentant d'aussi . grands obstacles^ pourrait être funeste. Âussr une grande joie se peignit sur toutes les figures quand je reparus à cheval le lendemain. Quelles douces acclamations ! il me semble encore les entendre. Digne récompense des plus grands dangers et des souffrances les plus pénibles!

Le 18, au matin, Tennemi avait évacué Grachaz. Il opéi*ait sa retraite sur Gospich, où tout annonçait qu'il avait l'intention dé résister.

Je passai le 18 et le 19 à Grachaz.

Pendant ces deux journées, un convoi de vivres et de nninitions, escorté par une partie de la garnison de Zara, me rejoignit, ainsi que tout ce qui était resté en arrière. Je renvovai les hommes du 60' avec des prisonniers, en faisant mes adieuï à la Dalmatie. Le 20, nous continuâmes notre mouvement sur Gospich, et, le '21, nous arrivâmes de bonne heure en vue de celte ville.

Indépeiuiamnient des colonnes d'Évernich et

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