‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 100 sur 198 · LIVRE XVII. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CORRESPONDANCE

début de la campagne. Sans un premier succès, qui nous donnera de l'ascendant sur l'ennemi, nous n'aurons qu'une marche incertaine. Or elle doit être livrée sous vos auspices, sous votre commandement immédiat, quel que soit le côté par lequel se présente l'ennemi; et, pour qu'il en soit ainsi, l'armée, quoique très-nombreuse, doit être réunie le plus possible.

« D'après cela, Sire, Votre Majesté comprendra que, dans mon opinion et dans aucun cas, nous ne devrions nous étendre jusqu'à Liegnitz. Vos réflexions sur les inconvénients d'une position où l'on prêterait le flanc à l'ennemi; et défilant continuellement près de la frontière de Bohême pendant huit marches, sont trop fondées pour qu'il puisse jamais être question de s'éloigner ainsi de l'Elbe. J'en dirai autant pour Buntzlau; Gôrlitz même ne devrait être occupé que par une avant-garde. Je voudrais que toute l'armée fût établie sur la Sprée et sur l'Elbe, et attendit que l'ennemi s'approchât assez pour qu'on pût l'accabler; et cette grande proximité des troupes entre elles vous donnerait le moyen d'être présent partout à la fois dans les moments importants, chose que je regarde comme la garantie de nos succès. Je comprends votre impatience de vous emparer de Berlin, et je la partage; cependant le moyen d'y arriver sûrement n'est

pas, je pense, de se hâtera se mettre en marche dans cette direction . Le sort de la campagne n'est pas de ce côté, et le destin de Berlin doit être la conséquence de ce qui se passera ailleurs. Si vous persistez à prendre cette offensive tout d'abord, vous vous privez d'une partie de vos forces, tandis que la présence d'un seul corps d'armée en avant de Torgau et quelques mouvements de Magdebourg et de Hambourg suffiraient pour neutraliser l'armée prussienne qui couvre Berlin. Après une grande bataille gagnée sur l'Elbe ou sur la Sprée, vous pouvez sans danger faire tels mouvements excentriques que vous voudrez, et le succès de la marche sur Berlin sera incontestable.

« Mais, si le temps d'attente auquel je vous propose de vous soumettre vous parait trop pénible, alors j'aimerais mieux une offensive directe prise contre la Bohême. Les troupes qui sont en Silésie se réuniraient sur la Neisse pour couvrir le mouvement qui se feraitparPeterswald, se rapprocheraient de l'Elbe si l'ennemi marchait à elles pour les combattre, et finiraient par suivre le mouvement général, ou bien entreraient directement en Bohême par le débouché de Zittau. Une bataille gagnée en Bohême aurait d'immenses conséquences, vous donnerait de grands résultats et la possession d'un pays qui vous assurerait de grandes ressources et peut-

Page 1