‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 101 sur 198 · LIVRE XVII. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CORRESPONDANCE

être amènerait la séparation de l'Autriche; alors la Prusse serait à votre merci.

« Je n'ai pas vu les travaux de Dresde; mais, d'après ce qui m'en a été dit, je crains que Votre Majesté ne se fasse illusion sur leur force réelle et leurs moyens de résistance absolue, et c est un point capital dans vos combinaisons. Dans le choix de différents partis à prendre, j'aimerais mieux attendre l'approche de l'ennemi pour lui livrer bataille, et, après l'avoir écrasé, combiner une offensive suivant les circonstances; et remarquez bien que, suivant cette hypothèse, les mouvements de l'armée ennemie ne peuvent pas être combinés avec autant de précision que ceux de l'armée française, parce que celle-ci est placée au centre, dans un pays ouvert, tandis que les différentes parties de l'autre occupent un arc de cercle d'un grand développement, et sont séparées par des montagnes.

« Enfin, je le répète. Sire, par la division de ses forces, par la création de trois armées distinctes et séparées par de grandes distances, Votre Majesté renonce encore aux avantages que sa présence sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour où elle aura remporté une victoire et cru gagner une bataille décisive, elle n'apprenne qu'elle en a perdu deux. »

LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON

« 10 aoùl 1815, matin.

« Sire, j'ai reçu cette nuit la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 15 au soir. J'ai eu l'honneur de répondre hier matin à la lettre que Votre Majesté m'avait écrite le 12.

« Puisque vous daignez, Sire, provoquer mes réflexions, j'oserai vous dire que je regrette que vous ayez renoncé à la première idée que vous aviez eue de vous concentrer en attendant les mouvements de l'ennemi pour profiter de ses fautes pour le combattre; mais j'ajoute bien vite, Sire, que, puisque Votre Majesté a arrêté son opération sur Berlin avant d'avoir battu les Russes et les Autrichiens, il était indispensable de prendre les dispositions que vous avez arrêtées pour protéger les corps d'armée qui s'y rendent : il me semble cependant que les troisième et cinquième corps sont un peu loin, surtout depuis qu'il parait certain que les forces principales de l'ennemi se rapprochent de l'Elbe. Votre Majesté est sans doute bien mieux informée que je ne puis l'être des mouvements de l'ennemi; mais il ne me paraît pas douteux, d'après les nouvelles répandues dans le pays, que la plus grande

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