LIVRE XVII
auquel je demandai une entrevue pour pouvoir arrêter avec lui ce qui nous restait à faire. Nous ne pûmes nous comprendre. Il fut impossible de lui faire entendre que rien ne pressait dans nos mouvements de retraite, et qu'il fallait attendre que l'ennemi se montrât en force pour se retirer. Le maréchal Ney, brave et intrépide soldat, homme de champ de bataille, n'entendait rien à la combinaison des mouvements. Son esprit s'effrayait de ce qu'il ne voyait pas. Jamais les calculs ne dirigeaient ses actions. C'était toujours chez lui le résultat de la sensation du moment et comme un effet de l'état de son sang. Il pouvait s'en aller aussi bien devant trente mille hommes en ayant cinquante qu'en attaquer cinquante avec vingt. Toutefois, dans la circonstance, il était dans une disposition de crainte irréfléchie et exagérée. Il ne voulut pas s'arrêter, quoique des troupes légères seules fussent en présence.
Ce maréchal ayant continué son mouvement, j'allai occuper le même jour, 6, les hauteurs d'Eulenbourg où je campai. Leipzig se trouvant de nouveau menacé, dès le lendemain je me portai sur cette ville, par Taucha, afin de la couvrir, et de protéger l'arrivée d'un convoi retenu à Naum- . bourg. Je l'y fis entrer.
Le S, ayant fait une forte reconnaissance du coté
de Delitzsch, je trouvai devant moi des forces de cavalerie assez considérables; mais elles se retirèrent après une légère résistance.
Pendant que ces divers mouvements s'opéraient, Napoléon fit les dispositions suivantes. Il laissa le maréchal Saint-Cyr à Dresde, avec les premier et quatorzième corps, et les chargea de garder les débouchés de. la Bohême de ce côté. I.e cinquième corps reçut l'ordre de se rendre à Freyberg avec le huitième. Réunis au deuxième, ces trois corps furent mis aux ordres du roi de Naples, et chargés de couvrir les débouchés de la Bohème sur Leipzig. Le 7, Napoléon se mit en mouvement pour descendre l'Elbe et se rapprocher de l'armée de Silésie, que son intention était de combattre. Il partit avec les troisième et onzième corps et sa garde. Le 9, il s'avança à Eulenbourg, où il fut rejoint par les quatrième et septième corps. Le même jour, je me portai, conformément à ses ordres, dans la direction de Dùben, et je campai à la hauteur d 'Eulenbourg. Une très-nombreuse cavalerie était devant moi et je dus marcher avec lenteur et précaution, n'ayant plus avec moi les premier et cinquième corps de cavalerie. Je trouvai l'ennemi formé près de Koblein, soutenu par une nombreuse artillerie; mais il n'entreprit rien de sérieux et se retira après un engagement de trois quarts d'heure